26/06/2009

Le beurre, l’argent du beurre, la crémière, sa retraite et l'AVIVO

La seule chose de vraiment certaine en ce bas monde, c’est que les jeunes finissent par vieillir, à moins de mourir avant. Et un peu trop souvent, les jeunes contestataires tout feu tous flammes, avides de tout bouleverser, deviennent de vieux conservateurs grincheux, rétifs à tout changement.
La tradition se vérifie plutôt deux fois qu’une avec les leaders de l’AVIVO et leur référendum visant à figer la Rade dans son état du XIXème. Pourquoi celui du XIXème plutôt que celui du XVIIème ? Les eaux du Léman venaient alors clapoter jusqu’à la Place du Molard qui n’a rien à voir avec un crachat, mais tout avec un môle, où l’on débarquait les marchandises des barques aux voiles majestueuses… Elle était très certainement très jolie, très romantique et très agréable la rade au XVIIème siècle !
La vue de ces conservateurs aigris est comme de juste à courte vue : « Après moi le déluge ! »
Car en voulant tout enrayer, tout figer, de la Praille aux Quais, ils pétrifient une situation loin d’être enviable. Faut-il leur rappeler que si l’on ne construit pas au centre, les problèmes de transport avec la périphérie, où l’on a chassé les habitants, n’ont aucune chance de se résoudre, quelle que soit la pollution qu’ils entraînent ?
Or ce déplacement vers la périphérie était déjà la conséquence des lois stupides âprement défendues par Grobet en son temps, qui visaient à enrayer le développement naturel de Genève. Développement qui s’est fait malgré tout, mais hors les murs, précisément parce qu’il est naturel, qu’il est la vie, l’espoir et le progrès. Grobet jeune n’étant pas parvenu à l’enrayer, l’emmerdeur cantonal No 1, vieilli, remet ça avec la mauvaise foi qui le caractérise.
La même mauvaise foi que celle qui lui faisait faire ses courses en France voisine et en voiture le dimanche matin où il avait appelé à voter contre l’ouverture des magasins le dimanche et contre l’ouverture à l’Europe. Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais… Etonnant qu’il puisse encore avoir une quelconque crédibilité…
Plus grave, ce que comprennent les initiants, dont le but reste une sorte de grand soir chimérique, mais qu’ils se gardent bien d’expliquer à leur clientèle, c’est que si jamais ces divers référendums remportaient la victoire en votation, ils signifieraient un coup d’arrêt brutal dans l’économie genevoise. Qui n’en a pas franchement besoin. Parce que nous sommes en concurrence avec d'autres villes et que si l'on évolue pas, on se fait dépasser.
Cela serait une catastrophe pour tout le monde, mais notamment pour tous les retraités qui bénéficient d’une assistance ou même simplement des services publics. Et l’assistance publique, avec les coûts de la médecine qui explosent, tout le monde ou presque risque d’y passer, aux derniers soirs de sa vie, lorsque sa retraite ne suffira plus à payer les frais d’un EMS spécialisé…
C’est donc un magnifique autogoal que nous manigancent les grands manitous de l’AVIVO.
Par contre, il y aura de la place sur les bancs, au coucher de soleil… Mais nous ne sommes ni en Corse, ni en Andalousie, et l’hiver il fera bien froid pour profiter de nos bancs…

23/06/2009

Nod-Sud: Faire ou défaire l'opinion

Un blog, c'est un peu comme le courrier des lecteurs des journaux: cela ne reflète qu'une partie de l'opinion. Ceux qui sont assez grande gueule pour l'ouvrir à tout bout de champ... et qui ont le temps pour. 

Les réactions suscitées par mon dernier texte sont éclairantes: un supré Maciste blanc, toujours prêt à en découdre, flanqué de ses supplétifs, un militant régional obnubilé par sa province chérie et sa haine de Paris, quelques voix pour rappeler le manque de solidarité de notre pauvre monde (merci à eux)... Mais quasiment aucune réaction sur le fond du discours. A savoir :

"Sommes nous prêts à partager le monde autrement, ? Nous sommes les plus riches sur cette planète. Même le bénéficiaire de l'Assistance publique genevoise, dont l'empreinte écologique est nettement supérieure à celle d'un cadre togolais. Sommes nous prêts à accepter de nous contenter à l'avenir d'un niveau de vie inférieur, tandis que celui d'autres pays va augmenter ?"

"Sommes nous pêts à y réfléchir pour faire en sorte que ce niveau de vie soit inférieur en matière de consommation de produits à forte empreinte carbone, mais peut-être pas si inférieur que cela en intégrant d'autres données, comme l'harmonie, les services à la personne, la qualité des relations humaines, la zénitude ???"

J'entends déjà Supré Maciste éclater de rire, mais à vrai dire je m'en fiche. parce que lorsque je parle avec des gens (qui sont des gens que je connais, donc pas forcément un échantillon représentatif, je vous l'accorde),  bon nombre d'entre eux, non seulement sont d'accord, mais ont déjà commencé à réfléchir à la question. Alors je crois que nous allons y arriver. Et que Supré maciste pourra bien essayer de déclencher sa guerre civile, avec ses quelques supplétifs, il restera seul dans son coin.

 

19/06/2009

Mettre en place au sud un vrai système social, payé par un impôt ad hoc au nord

Comme mes fidèles lecteurs ne l'ignorent pas, j'ai un film sur la gaz, et donc peu de temps.

Je me contenterai donc de vous mettre un lien sur cet excellent article du Monde d'hier, l'interview d'un  prof de Sciences-Po Paris sur les rapports Nord-Sud.

Tout à la fin, le gars résume une partie essentielle de mon livre l'Utopie Urgente (ça c'est pour le père siffleur). J'en suis flatté. Qu'il l'ait lu, ou qu'il soit arrivé tout seul aux mêmes solutions, avec les mêmes arguments, m'importe peu. Elles et ils sont de toute manière évident(e)s (ça c'est pour faire plaisir à Sandrin Salerna) à qui veut bien réfléchir librement. L'essentiel est que la sauce prenne, que la mayonnaise monte. Et la crise y est pour beaucoup, alors qu'il y a un an à peine, personne n'envisageait même de simplement considérer le problème objectivement.

http://www.lemonde.fr/international/chat/2009/06/02/nord-...

 

16/06/2009

On n’est pas sorti de la… pardon, de l’auberge espagnole !

Le monde est un immense tas de merde, disait un poète beatnick. Pour le changer, il faut la prendre à pleines mains.
Or ce à quoi l’on a assisté, hier à la Conférence du BIT à la tribune de laquelle se sont succédés les chefs d’Etat, c’est à une danse de sioux autour du tas, chacun lançant des incantations, plus ou moins pertinentes, dictées par ses intérêts propres de dirigeant de son pays, ce qui finissait par faire furieusement penser à une auberge espagnole…
Aujourd’hui on dirait un pique-nique canadien. Chacun y apporte ses préoccupations, qui peuvent être parfaitement contradictoires sans personne pour les coordonner, et sans que personne n’ose vraiment s’attaquer au cœur du problème. Rôle qui ici incombe au système international qui hier a entendu ses oreilles siffler… Chacun y allant de sa petite pique ou suggestion… mais sans oser vraiment nommer les choses. Ou alors comme Sarkozy, à contretemps, dans un but clairement électoraliste.
Ce n’est pas un secret, je n’aime pas le Président français. Effet Cohn-Bendit oblige, il eut cependant le bon goût de teinter de vert ses propos. Mais il fut aussi celui qui, le plus clairement, sous l’apparence d’un discours global, répondait en fait à des préoccupations purement électoralistes internes et ce de la manière la plus veule possible, tapant par exemple sur l’OMC, pour faire plaisir au Monde diplo. L’OMC, seule accusée de son discours aux côtés des paradis fiscaux… Du moins ceux qui ont eu droit à ce titre au dernier G20, mais pas les autres…. Un président, chef de Gouvernement, oubliant comme par mégarde, que l’OMC n’est rien sans précisément les gouvernements qui la composent, qui la dirigent et qui la financent. Dont la France, parmi 153 autres.
Il est vrai qu’il n’est pas à une contradiction près, dénonçant « les excès indécents » qui dénaturent le métier de riche, et lui donnent une bien mauvaise image. Une image un peu bling bling peut-être ? Suivez mon regard, non pas sur la Rolex, et surtout faites ce que je dis, mais pas ce que je fais…
Sarkozy, surtout, en s’en prenant à « tous les dumpings », contre lequel il s’agit de se protéger, a lancé une grosse pierre dans le jardin des pays pauvres. Ceux-ci sont réunis au BIT pour tenter de lutter contre les excès comme le travail forcé, notamment celui des enfants et pour parvenir à instaurer des règles, mais aussi et surtout pour jeter les bases d’un système social minimal, contre le chômage notamment, là où il n’existe pas du tout. Système social minimal qu’il va falloir financer… Or si on tente d’instaurer des barrières contre le seul atout de ces pays, à savoir leurs coûts de production plus bas, on les étrangle purement et simplement. Et le retours de la croissance mondiale avec…
En agissant ainsi, on débouche à coup sûr sur ce que disait craindre Sarkozy, à savoir les abominations nées de la grande dépression de 1929 : cohortes de chômeurs, montée des nationalismes les plus extrêmes et finalement guerre mondiale. Sauf que du nationalisme, c’est exactement ce qu’a fait Sarkozy hier. Lula, le Brésilien, dont le discours décontracté fut certainement le plus important, le plus vivifiant et nettement le plus applaudi du sommet, a parlé lui aussi de ses intérêts en tant que président du Brésil. Même s’il s’est dit le porte-parole des pays pauvres et de l’Afrique.
Lula, au contraire de Sarkozy, a défendu le rôle du commerce et des échanges dans le développement. Comme plusieurs intervenants africains, il a vigoureusement soutenu l’OMC en appelant à une conclusion rapide des accords de Doha dont il a rejeté l’échec sur les pays riches, soucieux de maintenir leurs privilèges.  Tout ceci avant de partir pour la réunion du BRIC qui réunit aujourd’hui en Russie les grands pays émergents. Qui se pose clairement sinon en rival du G8, du moins en groupe de pression. Et lorsqu’on représente la population de la moitié de l’humanité et le seul vrai espoir de croissance soutenue, dans les mois et les années à venir, on pèse lourd, très lourd.
Ce n’est pas un hasard si des compagnies asiatiques rachètent des opérateurs clefs dans tous les marchés, de l’exploration pétrolière à l’informatique en passant par la construction mécanique… De fait, si l’on met ensemble et superpose tous ces discours épars, on obtient une vision assez correcte de la situation mondiale :
Un potentiel de croissance important dans certains pays, tandis que d’autres (nous occidentaux) sont clairement sur le déclin, quoiqu’avec de forts beaux restes. Le problème est que le gâteau n’est pas extensible à l’infini et qu’il faut donc le partager. Partager de manière équitable, sinon l’on va droit au conflit mondial. Or pour l’heure, on ne prend guère le chemin du partage équitable. Qui forcément signifiera pour nous occidentaux une baisse conséquente de notre niveau de consommation, avec cette chance immense que nous avons encore les moyens (si nous agissons avant que la crise ne s’aggrave et dégénère en conflit) d’aménager la mutation vers une société moins gaspilleuse.
Seules des institutions internationales renforcées et coordonnées (ce que pour l’heure elles ne sont pas, les Gouvernements s’en défiant comme de la peste) sont à même de piloter ces mutations nécessaires équitablement. C’est ça ou la guerre, même Sarkozy le dit. Qui a l’intuition juste en parlant d’étendre les domaines du droit international dans lesquels les organismes internationaux devraient pouvoir agir de manière coercitive… Pas forcément contre le commerce, mais contre les égoïsmes nationaux.
Et la Suisse dans tout ça ? Elle est victime, précisément des égoïsmes nationaux. C’est de bonne guerre, car elle en a longtemps profité, en jouant les uns contre les autres et leur doit sa bonne santé économique. Santé qui fait envie aujourd’hui, au point que les mastodontes qui dominent le jeu n’ont plus aucune pitié.

11/06/2009

La politique politicienne des extrêmes

J'ai longtemps cru, naïvement, que la politique politicienne, celle qui consiste à raconter des salades pour se faire élire et à magouiller dans les couloirs au lieu de s'occuper des gens restait l'apanage des partis aux affaires. Je m'aperçois qu'en fait, les extrémistes, de droite comme de gauche, sont encore pires. Ce n'est pas un hasard si on les retrouve de plus en plus souvent assemblés sur toutes sortes de thèmes: ils n'ont plus vraiment de principes. Leur seul vrai credo, c 'est critiquer le pouvoir en place et le système. Sous n'importe quel prétexte et n'importe comment, sans se préoccuper le moins du monde d'une quelconque cohérence interne de leurs propos.
Ce qui fait qu'ils se contredisent allègrement d'un jour à l'autre, voire d'une minute à l'autre... et ne proposent jamais rien de constructif.
Le dernier blog de l'UDC Yves Nidegger, par exemple, s'en prend encore une fois aux socialistes et aux radicaux sur leur gestion de l'affaire Kadhafi, en leur reprochant, en gros, d'avoir arrêté son fils. Je me suis moi aussi posé la question. Et j'ai appris que le personnel et les clients de l'hôtel se plaignaient quotidiennement depuis plusieurs jours des bruits de coup et des hurlements de douleur et de souffrance qui s'échappaient de la suite. Il s'agissait purement et simplement de flagrant délit et qui plus est de violences répétées. Qu'il eut donc fallu, selon M. Nidegger, laisser se perpétuer. Curieuse conception des droits de l'homme et de la femme pour un candidat au Conseil d'Etat. Qui déplore paradoxalement que l'affaire se soit terminé en non-lieu, alors qu'il sait pertinement, en tant qu'avocat, que le dit non lieu est une mesure de clémence due au retrait de la plainte, qui a permis la libération de la mère d'une des victimesi, emprisonnée dans les geôles libyennes, et aux deux suisses de sortir de ces mêmes geôles pour rejoindre l'ambassade. De la real politik, donc, ce que Nidegger réclame par ailleurs. 
Mais le plus étonannt c'est que l'UDC genevoise, dans le blog de son Président Soli Pardo a longtemps eu la position exactement inverse. Il fallait être ferme, encore plus ferme ne rien céder aux libyens, boycotter leur essence, saisir leurs avoirs, etc... Jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent de la bêtise de leurs arguments, car en la matière, c'est la Libye qui tient le couteau par le manche. Donc on est passé du "foutons sur la G... de ces libyens" a "pas touche à mon prince". Edifiant et sans aucune mesure, comme à l'accoutumée..
L'extrême-gauche ne fait pas mieux. J'étais hier soir à un débat sur les rapports à développer entre juniors et seniors. Cela se passait à Cite Seniors, et tous les participants ont parlé de sociologie, dressé des constats, fait des propositions intéressantes. Tous sauf un: Souhail Mouhana, de l'AVIVO, nous a fait une éblouissante démonstration de propagande hors-sujet. En gros, tout est de la faute de notre société occidentale capitaliste qui ne sait pas être solidaire comme les sociétés traditionnelles d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique Latine. Sociétés qui savent tellement bien être solidaires que leurs jeunes préfèrent mourir en barque au large pour tenter de gagner nos côtes plutôt que de rester chez eux. Où la protection sociale et les assurances maladies sont inexistantes et où les classes moyennes manquent de tout... Notre système social est une conquête de la gauche, pour sûr, mais rendue possible par notre système économique et la démocratie.
Prétendre ainsi que le malaise des jeunes a pour unique cause le chômage, c'est faire bien peu de cas des difficultés rencontrées et vaincues par les générations précédentes. Prétendre que les contraintes pesant sur les personnes choisissant de conserver leurs vieux à la maison ne sont qu'une invention des médias, que le 3ème âge et 4ème âge, qui s'allongent démesurément, ne posent aucun problème et ne coûtent rien à personne, c'est oublier que dans les pays où la solidarité intergénérationnelle existe encore, l'espèrance de vie est facilement 15 à 20 ans inférieure à la nôtre.
S'occuper quelques mois de ses vieux parents grabataires, tout le monde peut le faire. 20 ans, ça fait réfléchir et ce n'est fondamentalement pas un problème économique, même si cela peut accessoirement le devenir, parce qu'il faut une pièce en plus ou payer quelqu'un lorsqu'on quitte la maison pour aller travailler. L'argent versé au personnel des EMS est de l'argent qui circule dans la société rappelle Mouhana. C'est vrai. Mais c'est de l'argent de plus en plus souvent pris sur les impôts pour payer des services fort utiles, mais non productifs. Si plus personne ne produit, tandis que tout le monde reçoit, la société ne peut plus tourner. Un ingénieur comme M. Mouhana devrait être capable de comprendre cette équation de base.
En fait, je ne crois pas un instant que M. Mouhana soit incapable de se rendre compte des incohérences qu'il assène avec un aplomb d'arracheur de dents. C'est juste que c'est son business à lui de surfer sur les arguments simplistes et les angoisses bien naturelles des petis vieux. Son fonds de commerce en quelque sorte. En fait, à ce niveau, les propagandistes et les as du marketing vendent bien les même salades, avec le même cynisme. Et ça ne sent pas vraiment le frais...

09/06/2009

C'est toujours la montagne qui gagne

J'étais en tournage au Cambodge, lorsque cela c'est passé, le 29 mai, et n'étais donc pas au courant. C'est par Internet que j'apprend ce matin la mort de Karine Ruby, à 31 ans. La Haut-Savoyarde était l'une des vedettes d'un film que j'avais coproduit et monté "Les Etoiles du Mt-Blanc".
C'était surtout une grande, une très grande. Championne olympique de Snowboard, vice-championne olympique et six fois championne du Monde... Peu de sportifs ont un tel palmarès. En se retirant de la compétition, elle n'a pas abandonné sa montagne pour autant. Elle est devenue Guide, au Mont-Blanc évidemment.
C'est là, sur l'un de ses glaciers, dans l'une de ses crevasses qu'elle a chuté, avec ses deux clients. Sale fin pour un guide. Peut-être, sans doute, a-t-elle voulu protéger ou sauver son client, on ne le saura sans doute jamais.
Ces ponts de neige, qui se forment sur les crevasses et deviennent si fragiles par beau temps au printemps sont un des pièges les plus vicieux qui soient.
Avec un copain, devenu entretemps champion du monde d'apnée (comme quoi la montagne mène à tout) et une cousine de Doumeng Giovanoli, tous deux bien meilleurs skieurs que moi, nous avions fait la Vallée Blanche, il y a fort longtemps, sans guide, mais encordés, pour franchir certains passages, dont un pont de neige. Nicolas, le plus lourd, était passé le premier. Puis moi. Puis Muriel, la plus légère.
Pourquoi le pont s'est-il effondré à cet instant alors qu'il avait résisté à la pression de nos passages précédents ? Par accumulation des efforts bien sûr, chacun produisant son petit dommage, comme une pièce de métal que l'on tord jusqu'à ce qu'elle rompe.
Pourquoi sommes-nous passés dans cet ordre faussement logique ? Une intuition plus qu'autre chose, qui nous a sauvé la vie. Car le pont s'est effondré sous les lattes de Mumu, alors qu'elle finissait de le franchir. Nicolas et moi avons pu retenir sans mal ses 50 kilogs de gamine de 18 ans... Pas certain du tout que Muriel et moi aurions retenu si facilement les 90 kilogs (c'était bien avant qu'il fasse de l'apnée) de ce grand gabarit de Nicolas.
L'occasion de se rappeler que si la montagne ça vous gagne, c'est toujours elle qui gagne.

08/06/2009

De l'ego en politique (bis)

Le Modem s'est donc pris une claque aux européennes et le PS avec lui. Les Verts triomphent (tant mieux, ils le méritent et la planète en a besoin) et Cohn Bendit avec eux. Qui ne le mérite pas. Non pas tant pour son algarade avec Bayrou (qui après tout n'avait qu'à ne pas perdre les pédales quand Cohn Bendit lui a dit "Tu ne seras jamais Président, mon pote"), mais parce qu'il est un peu trop borderline, toujours à deux doigts d'endosser le rôle du leader de secte charismatique et jouisseur. Son discours d'hier soir, à Cohn Bendit, devant ses militants, était navrant de platitudes et de vide, hormis un vibrant appel à s'aimer les uns les autres…

Bayrou aussi, notez, en moins jouisseur et plus cérébral, doit faire attention à ne pas se laisser griser par les ménagères (désolé Mesdames, je raconte ce que j'ai vu, et j'ai vu cette adoration chez des femmes bien plus que chez des hommes) qui l'adulent et lui parlent dans les réunions d'avant meeting comme s'il était Jésus-Christ, en lui demandant ce qu'il peut faire pour les soins dont a besoin leur fille paralytique… Par exemple.

Cohn-Bendit, que j'ai interviewé jadis à Strasbourg, était lui entouré de 3 ou 4 jeunes et jolies assistantes toutes entières à sa dévotion. Sarko, à l'ego hypertrophié, Ségo, la prêtresse incantatoire, et tous les autres ne sont évidemment pas en reste. La personnalisation excessive du jeu politique français est devenue carrément dangereuse. On ne parle plus de politique mais de foi et d'idolâtrie. Affligeant, au pays de Descartes et des Lumières. Les médias sont en bonne partie responsables, mais après tout s'ils agissent ainsi, c'est parce que cela fait vendre et donc qu'il y a des bons clients pour acheter…

L'autre raison, c'est aussi qu'à force de taper sur les idéologies et la politique, on a fini par en nier l'importance. Or s'il parait évident à beaucoup que l'affrontement droite-gauche est stérile, cela ne signifie pas pour autant que la politique est morte. Loin de là.

Une remarque encore sur l'adulation. On sait depuis l'Antiquité que les puissants sont coupés de leur base. Paradoxalement, les bains de foule ne sont certainement pas un rempart contre cela. Dans un bain de foule, on ne rencontre que des adorateurs. Ou éventuellement quelques oeufs pourris. Ce qui n'est pas très utile. Le problème, en fait, c'est l'entourage, qui isole l'homme ou la femme politique moins de la base que d'autres conseillers potentiels, susceptibles de devenir rivaux. Poignards ou mépris, parfois les deux, peuvent alors susciter de terribles rancoeurs.

Quant au fond, la projection du film d'Arthus-Bertrand sur la chaîne publique nationale à quelques heures du scrutin, et gratuitement sur Internet, pour un film qui sortait en salles en même temps, avec toute la publicité que cela représente, restera comme une des plus magistrale opération de comm de ce début de siècle. Contraire à la loi française sur l'étalement des sorties de film (salles-dvd-télé), elle a été rendue possible par le financement intégral du film par de généreux sponsors, issus de la haute-finance.

Etait-ce fait exprès ? Personne à la direction de France 2 ne s'est-il posé la question de l'impact à deux jours d'une élection à la proportionnelle ? Sarkozy est-il si mal informé qu'il n'était pas au courant ? Cohn-Bendit va-t-il finir Ministre de l'Ecologie de Sarko ? A cette dernière question, on peut répondre: sans doute non ! Cela légitimerait les propos de Bayrou et donc risquerait de lui offrir un second souffle. Ce dont Sarkozy et les caciques de l'UMP ne veulent à aucun prix.

Mais à part cela, en dépit du caractère forcément réducteur, racoleur et scientifiquement à côté de la plaque du film Home, il aura eu au moins une vertu: augmenter encore un peu le niveau de la prise de conscience que

1) l'humanité a un problème, et même plusieurs. De gros problèmes

2) Ces problèmes ne se résoudront pas à l'échelle nationale. Ni même à l'échelle européenne

3) Les hommes et les femmes politiques feraient bien d'arrêter de raisonner à l'échelle nationale – ce qui reste le grand tort de Bayrou dans cette élection: avoir manqué de vista – pour changer de focale et regarder plus loin que le bout de leur nez.


Donc au final, c'est très bien que Home soit passé à la télé et si Sarko l'a fait exprès, c'est un calcul à courte vue, car s'il explose à court terme le PS et le Modem, à long terme, il flingue aussi l'UMP. Surtout si Cohn-Bendit refuse un fauteuil de Ministre... Car s'il est un fin politique, Cohn-Bendit n'a guère de programme et guère d'idée sur ce qu'il conviendrait de faire... Et les problèmes sont tellement énormes... Sa seule chance de survie à moyen terme est donc de rester dans l'opposition.

 

ps: cette note, écrite sous word, était lisible sous Firefox, mais pas sous Outlook (merci Windows !) donc je l'ai remis, à la dmande générale, après l'avoir passée à la moulinette wordpad...

De l'ego en politique

Le Modem s'est donc pris une claque aux européennes et le PS avec lui. Les Verts triomphent (tant mieux, ils le méritent et la planète en a besoin) et Cohn Bendit avec eux. Qui ne le mérite pas. Non pas tant pour son algarade avec Bayrou (qui après tout n'avait qu'à ne pas perdre les pédales quand Cohn Bendit lui a dit "Tu ne seras jamais Président, mon pote"), mais parce qu'il est un peu trop borderline, toujours à deux doigts d'endosser le rôle du leader de secte charismatique et jouisseur. Son discours d'hier soir, à Cohn Bendit, devant ses militants, était navrant de platitudes et de vide, hormis un vibrant appel à s'aimer les uns les autres…

Bayrou aussi, notez, en moins jouisseur et plus cérébral, doit faire attention à ne pas se laisser griser par les ménagères (désolé Mesdames, je raconte ce que j'ai vu, et j'ai vu cette adoration chez des femmes bien plus que chez des hommes) qui l'adulent et lui parlent dans les réunions d'avant meeting comme s'il était Jésus-Christ, en lui demandant ce qu'il peut faire pour les soins dont a besoin leur fille paralytique… Par exemple.

Cohn-Bendit, que j'ai interviewé jadis à Strasbourg, était lui entouré de 3 ou 4 jeunes et jolies assistantes toutes entières à sa dévotion. Sarko, à l'ego hypertrophié, Ségo, la prêtresse incantatoire, et tous les autres ne sont évidemment pas en reste. La personnalisation excessive du jeu politique français est devenue carrément dangereuse. On ne parle plus de politique mais de foi et d'idolâtrie. Affligeant, au pays de Descartes et des Lumières. Les médias sont en bonne partie responsables, mais après tout s'ils agissent ainsi, c'est parce que cela fait vendre et donc qu'il y a des bons clients pour acheter…

L'autre raison, c'est aussi qu'à force de taper sur les idéologies et la politique, on a fini par en nier l'importance. Or s'il parait évident à beaucoup que l'affrontement droite-gauche est stérile, cela ne signifie pas pour autant que la politique est morte. Loin de là.

Une remarque encore sur l'adulation. On sait depuis l'Antiquité que les puissants sont coupés de leur base. Paradoxalement, les bains de foule ne sont certainement pas un rempart contre cela. Dans un bain de foule, on ne rencontre que des adorateurs. Ou éventuellement quelques oeufs pourris. Ce qui n'est pas très utile. Le problème, en fait, c'est l'entourage, qui isole l'homme ou la femme politique moins de la base que d'autres conseillers potentiels, susceptibles de devenir rivaux. Poignards ou mépris, parfois les deux, peuvent alors susciter de terribles rancoeurs.

Quant au fond, la projection du film d'Arthus-Bertrand sur la chaîne publique nationale à quelques heures du scrutin, et gratuitement sur Internet, pour un film qui sortait en salles en même temps, avec toute la publicité que cela représente, restera comme une des plus magistrale opération de comm de ce début de siècle. Contraire à la loi française sur l'étalement des sorties de film (salles-dvd-télé), elle a été rendue possible par le financement intégral du film par de généreux sponsors, issus de la haute-finance.

Etait-ce fait exprès ? Personne à la direction de France 2 ne s'est-il posé la question de l'impact à deux jours d'une élection à la proportionnelle ? Sarkozy est-il si mal informé qu'il n'était pas au courant ? Cohn-Bendit va-t-il finir Ministre de l'Ecologie de Sarko ? A cette dernière question, on peut répondre: sans doute non ! Cela légitimerait les propos de Bayrou et donc risquerait de lui offrir un second souffle. Ce dont Sarkozy et les caciques de l'UMP ne veulent à aucun prix.

Mais à part cela, en dépit du caractère forcément réducteur, racoleur et scientifiquement à côté de la plaque du film Home, il aura eu au moins une vertu: augmenter encore un peu le niveau de la prise de conscience que

1) l'humanité a un problème, et même plusieurs. De gros problèmes

2) Ces problèmes ne se résoudront pas à l'échelle nationale. Ni même à l'échelle européenne

3) Les hommes et les femmes politiques feraient bien d'arrêter de raisonner à l'échelle nationale – ce qui reste le grand tort de Bayrou dans cette élection: avoir manqué de vista – pour changer de focale et regarder plus loin que le bout de leur nez.

 

Donc au final, c'est très bien que Home soit passé à la télé et si Sarko l'a fait exprès, c'est un calcul à courte vue, car s'il explose à court terme le PS et le Modem, à long terme, il flingue aussi l'UMP. Surtout si Cohn-Bendit refuse un fauteuil de Ministre... Car s'il est un fin politique, Cohn-Bendit n'a guère de programme et guère d'idée sur ce qu'il conviendrait de faire... Et les problèmes sont tellement énormes... Sa seule chance de survie à moyen terme est donc de rester dans l'opposition.

05/06/2009

Quand les trotskystes genevois marchent sur la tête

Solidarités, le parti de ceux qui se prétendaient jadis internationalistes, appelle aujourd'hui à manifester contre la remise d'un titre de Docteur Honoris Causa à Pascal Lamy. Ils le font de manière ignomineuse en le comparant à Jean Calvin qui a fait condamner à mort Jean Servet, tandis que le leader altermondialiste sud-coréen Lee-Kung Hyae s'est immolé à Cancun devant la réunion de l'OMC en 2003.

En dehors du fait que Pascal Lamy est catholique, ancien des Jeunesses Etudiantes Chrétiennes, et socialiste, il y a deux autres différences essentielles:

Pascal Lamy n'était pas encore en poste à l'OMC lors de la conférence de Cancun...

Jean Servet a été condamné. Lee-Kung Hyae s'est suicidé. De son plein gré. Par conviction politique et parce qu'il a choisi de devenir un martyr de la cause altermondialiste. Un martyr volontaire.

Ce faisant, il ne soutenait pas la cause des plus pauvres, qui sont beaucoup plus efficacement défendus par l'OMC de Lamy que par n'importe quelle autre Organisation Internationale, excepté peut-être le BIT, mais la cause des paysans largement subventionnés d'un pays développé, la Corée du Sud.


Les paysans subventionnés ont le droit de vivre, mais le fait est que les subventions qu'ils touchent font une concurrence déloyale aux petits paysans pauvres des pays qui n'ont pas les moyens de subventionner leur agriculture et qui se heurtent à nos barrières douanières, alors que nous avons impunément exporté nos produits chez eux durant des siècles (et pillé leurs ressources) pour asseoir notre prospérité.


Je rentre du Cambodge et du Vietnam où les discours sont unanimes, et c'est la même chose en Afrique, que je connais bien: les pays les plus pauvres ont un besoin vital de pouvoir accéder à nos marchés de manière stable et régulée, ce qu'organise précisément l'OMC. Et là-bas, l'OMC est acclamée. Accessoirement, nous avons nous besoin de matières premières et de débouchés pour nos produits, ce qui fait que globalement, tout le monde y trouve son compte.


Que Solidarités se range aux côtés de l'UDC ou du Front National pour soutenir la préférence nationale, et les intérêts des petits ou gros propriétaires suisses et occidentaux, dans une logique à courte vue, qui historiquement a toujours mené à la guerre, c'est son droit. Mais de grâce, qu'elle ne le fasse pas au nom de la défense des plus pauvres et encore moins de l'internationalisme prolétarien, car c'est là un mensonge éhonté, qui doit se faire retourner Trotsky dans sa tombe.