23/07/2009

Les dangers de la circulation

Genève n'est pas un village de campagne avant l'invention du moteur à explosion. Sa voirie est parcourue d'objets métalliques assez lourds qui même à 50km/h peuvent faire très mal. On peut le déplorer, mais tant qu'une traversée du lac n'aura pas désengorgé le centre ville, transformé dans cette attente en passage obligé d'une rive à l'autre, il en sera ainsi. Et le passage aux véhicules électriques ne changera pas la donne, ils seront simplement moins bruyants, donc potentiellement plus dangereux.

Il arrive même que pour différentes raisons, de sécurité publique notamment, les objets métalliques doivent se déplacer encore plus vite.

J'y pensais hier, lorsqu'un cycliste particulièrement allumé (un quinquagénaire, genre babacool reformaté « j'ai troqué le pétard contre le péclo et ça défonce encore mieux ») a surgi face à moi, me venant droit dessus en sens contraire, à vive allure, la sienne plus la mienne potentiellement, au beau milieu de ma voie de circulation. J'ai cru un instant que j'hallucinais, mais non, c'était bien un téméraire redresseur de torts qui, faute de moulins à vent, avait décidé de s'en prendre seul aux monstres en acier.

Par réflexe, j'ai évidemment freiné, me suis arrêté (au risque de me faire défoncer le pare-choc arrière, ce que le Don Quichote aurait sûrement adoré) et je l'ai laissé passé. Après les feux-rouges et les sens interdits entre deux voitures, c'est donc maintenant les sens interdits face aux voitures. Bravo, il y a du progrès, mais peut-être serait-il temps de rappeler que la loi est égale pour tous, même pour les cyclistes, avant qu'il n'y ait des morts.

Des morts, on n'est franchement pas passé loin hier et il se trouve que j'ai été témoin visuel de la fin de l'accident de Plainpalais, depuis la terrasse du Grütli où le serveur était en train de m'expliquer qu'il était complet. Plus exactement, nous avons entendu le bruit des sirènes puis tout à coup un bruit différent, inidentifiable (mais pas vraiment de coup de frein, ni de voiture, ni de scooter) et vu débouler une voiture de police, effectivement à vive allure, mais impossible évidement de la chiffrer au-dessus ou en dessous de 80km/h. Elle partait en travers, pour une raison inconnue de nous puisque le choc initial nous était juste dissimulé, à quelques mètres près, par le coin de l'église du sacré-coeur. Traversant tout le boulevard en biais depuis notre côté, l'auto s'est mise sur deux roues puis a décollé du sol comme pour partir en tonneaux, mais a été arrêtée brutalement dans sa course folle par un candélabre dans laquelle elle s'est encastrée, de l'autre côté de la voie. Heureusement pour les piétons, qui se trouvaient un peu plus loin sur sa trajectoire, si celle-ci s'était poursuivie. Malheureusement pour le policier passager qui a encaissé tout le choc. Le chauffeur lui est sorti quelques instants plus tard, visiblement sonné. A noter encore que la photo montre la voiture découpée après désincarcération. Vu de notre côté, son tribord, elle n'était abîmée qu'au niveau de la portière, et indemne avant l'encastrement.

Il se trouve que mon père était ingénieur automobile, créateur du centre de psychodynamie de Lignières et expert auprès de la DAS et du CAP pour analyser les accidents. J'ai donc baigné toute mon enfance dans les déplacements de masse et l'analyse des enchaînements susceptibles de provoquer l'accident.

Quelle que soit sa vitesse, une auto lancée en ligne droite ne se déporte pas et ne part pas en tête à queue et/ou en tonneaux sans élément déclenchant. Il faut même que cet élément soit important, que la force qui lui soit appliquée soit assez forte pour perturber une course fondamentalement stable du fait de son énergie cinétique. Dans le cas présent, et dans ce que j'ai vu de la fin de la course, il ne peut s'agir que d'un choc assez violent, parce que le scooter allait lui-même à suffisamment bonne allure pour donner l'impulsion latérale, ou d'un coup de volant violent à droite du policier pour l'éviter, suivi d'un coup de volant tout aussi violent à gauche (contrebraquage) pour éviter cette fois d'atterrir dans le mur de l'église. Ce qui serait non pas un défaut de maîtrise, mais une faute de pilotage, encore que lorsqu'on voit un mur arriver, on a les réflexes qu'on peut.

Cela étant, en principe, ce n'est pas au deuxième coup de volant qu'une auto décroche, mais au troisième (contre-contrebraquage), à fortiori une auto dotée de suspensions modernes. Et clairement, il ne peut s'agir ici d'un 3ème coup de volant, ni la durée, ni la distance, ni la disposition des lieux ne le rendent possible. En tout cas, le véhicule policier était à droite de la chaussée dans son sens de circulation, lorsqu'il a débouché de derrière l'église et mon impression est qu'il était alors dans le prolongement de sa course en ligne droite et non pas dans un déport d'évitement. Ce qu'une analyse au sol devrait confirmer ou infirmer. Cette configuration impliquerait une vitesse importante du scooter au moment de l'impact. Le point d'impact à l'arrière du véhicule de police semble confirmer cette hypothèse, faisant partir l'auto en dérapage suffisamment violemment pour la mettre à la fois en rotation horizontale et latérale...

La morale de cette histoire est que l'usage de la voie publique en dehors des trottoirs doit rester soumis aux règles de la circulation, si l'on veut éviter que ne se multiplient les accidents graves.

 

Commentaires

Malheureusement, ce n'est pas la première fois que des policiers tuent des passants et font des accidents, parfois mortels pour ceux qui les croisent.
ON EST DANS UN CENTRE VILLE !!!ET LES POLICIERS ROULENT A UNE VITESSE COMPLETEMENT INCOMPATIBLE AVEC LE NOMBRE D'USAGé DE LA ROUTE.
DONC IL EST TANT QU'ILS ROULENT MOINS VITE POUR EVITER DE NOUVEAUX DRAMES...

Écrit par : mur | 23/07/2009

@Mur. D'accord avec vous. L'urgence n'explique pas tout. Par contre, à moins que je sois pris d'une surdité précoce, je trouve que le son des sirènes de la police n'est pas aussi perceptible que l'on pourrait le penser et peut-être sous le casque, le conducteur du 2 roues n'a pas entendu et évalué clairement la provenance de la sirène ? Je n'engage que moi sur ce point.

Écrit par : demain | 23/07/2009

Si trois automobilistes ont entendu la sirène de la voiture de police avant de s'arrêter pour laisser passer le véhicule d'urgence, j'ai du mal à croire que le scootériste n'ait pas pu entendre à son tour ladite sirène, même sous son casque.

Minet le motard.

Écrit par : Minet | 23/07/2009

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