27/07/2009

Circulation: traverser le lac, vite

 

La semaine dernière, en milieu de journée, avec mon équipe au complet, 4 personnes et 100kg de matériel, nous avons raté un rendez-vous essentiel avec une personnalité overbookée à l'année, perdu une demie-journée de tournage (ce qui me coûte 2000 CHF) et passé pour des charlots, parce nous avons été pris dans les bouchons subits de la Route des Jeunes. Une demie-heure de sur-place au lieu de 20 secondes en temps normal, parce que les responsables de la circulation urbaine ont modifié les phases de feux sans vraiment prévenir. Et pas moyen de sortir de la nasse !

Tout cela pour faire passer le tram par un des derniers points de passage à peu près fluide d'une rive à l'autre. Mes petits ennuis personnels sont certes négligeables en regard du bien commun, mais multipliés par le nombre de gens coincés ce jour là et les suivants, cela finit par faire beaucoup. Sans compter avec la quantité de C02 inutilement répandue dans l'athmosphère...

Il est évident qu'il faut des transports publics efficaces. La moindre des choses serait cependant de respecter la constitution genevoise et de ne pas en profiter pour péjorer à chaque fois que faire se peut le trafic individuel, que les transports publics ne sauraient remplacer entièrement. Une bonne part de la population a besoin de passer d'une rive à l'autre, avec armes et bagages, parfois quotidiennement. Les TPG ne sont pas en mesure d'assurer tout ce trafic et le renvoyer sur le Pont Butin ou l'autoroute de contournement (déjà systématiquement saturés aux heures de pointe) représente une immense perte de temps et d'argent et une stupide, bête et méchante augmentation du nombre de kilomètres parcourus dans le canton, donc de pollution émise.

La construction urgente d'une traversée de la Rade, accessible au transport privé et aux transports publics est une première réponse. Qui devrait être évidente, si les écologistes et l'extrême gauche voulaient bien se souvenir qu'un aménagement digne de ce nom doit tenir compte des intérêts et des besoins de tous et que dans un système basé sur la concertation et le consensus, on ne peut pas espérer écraser l'adversaire sans concession. D'autant moins lorsque l'adversaire détient les clefs de l'économie du canton et qu'une Genève inaccessible au transport privé se verra naturellement progressivement vidée de ses recettes fiscales.

Toutes les villes européennes ont un problème d'accès à leur centre ville, mais toutes ont bâti un réseau de ceintures concentriques qui permettent de gérer efficacement l'accès au centre, même lorsque celui-ci ne peut plus être traversé. Toutes sauf Genève, qui sur un tiers de sa circonférence, canalise le trafic de transit vers son coeur de centre, le Pont du Mt-Blanc... Et sur le reste du périmètre, s'ingénie à engendrer des bouchons là où jadis, les responsables de la circulation avaient su développer de merveilleuses ondes vertes permettant de traverser – et d'évacuer - la ville en un temps record.

Robert Cramer, le deus ex machina de ce joyeux petchi, va s'en aller cet automne. Espérons que son successeur saura prendre le problème à bras le corps et oser enfin la réconciliation des Genevois sur ce problème essentiel qui, pour la majorité d'entre eux, leur bouffe de précieuses tranches de leur temps, les stresse de manière considérable et n'arrange en rien le problème de la pollution, bien au contraire.

23/07/2009

Les dangers de la circulation

Genève n'est pas un village de campagne avant l'invention du moteur à explosion. Sa voirie est parcourue d'objets métalliques assez lourds qui même à 50km/h peuvent faire très mal. On peut le déplorer, mais tant qu'une traversée du lac n'aura pas désengorgé le centre ville, transformé dans cette attente en passage obligé d'une rive à l'autre, il en sera ainsi. Et le passage aux véhicules électriques ne changera pas la donne, ils seront simplement moins bruyants, donc potentiellement plus dangereux.

Il arrive même que pour différentes raisons, de sécurité publique notamment, les objets métalliques doivent se déplacer encore plus vite.

J'y pensais hier, lorsqu'un cycliste particulièrement allumé (un quinquagénaire, genre babacool reformaté « j'ai troqué le pétard contre le péclo et ça défonce encore mieux ») a surgi face à moi, me venant droit dessus en sens contraire, à vive allure, la sienne plus la mienne potentiellement, au beau milieu de ma voie de circulation. J'ai cru un instant que j'hallucinais, mais non, c'était bien un téméraire redresseur de torts qui, faute de moulins à vent, avait décidé de s'en prendre seul aux monstres en acier.

Par réflexe, j'ai évidemment freiné, me suis arrêté (au risque de me faire défoncer le pare-choc arrière, ce que le Don Quichote aurait sûrement adoré) et je l'ai laissé passé. Après les feux-rouges et les sens interdits entre deux voitures, c'est donc maintenant les sens interdits face aux voitures. Bravo, il y a du progrès, mais peut-être serait-il temps de rappeler que la loi est égale pour tous, même pour les cyclistes, avant qu'il n'y ait des morts.

Des morts, on n'est franchement pas passé loin hier et il se trouve que j'ai été témoin visuel de la fin de l'accident de Plainpalais, depuis la terrasse du Grütli où le serveur était en train de m'expliquer qu'il était complet. Plus exactement, nous avons entendu le bruit des sirènes puis tout à coup un bruit différent, inidentifiable (mais pas vraiment de coup de frein, ni de voiture, ni de scooter) et vu débouler une voiture de police, effectivement à vive allure, mais impossible évidement de la chiffrer au-dessus ou en dessous de 80km/h. Elle partait en travers, pour une raison inconnue de nous puisque le choc initial nous était juste dissimulé, à quelques mètres près, par le coin de l'église du sacré-coeur. Traversant tout le boulevard en biais depuis notre côté, l'auto s'est mise sur deux roues puis a décollé du sol comme pour partir en tonneaux, mais a été arrêtée brutalement dans sa course folle par un candélabre dans laquelle elle s'est encastrée, de l'autre côté de la voie. Heureusement pour les piétons, qui se trouvaient un peu plus loin sur sa trajectoire, si celle-ci s'était poursuivie. Malheureusement pour le policier passager qui a encaissé tout le choc. Le chauffeur lui est sorti quelques instants plus tard, visiblement sonné. A noter encore que la photo montre la voiture découpée après désincarcération. Vu de notre côté, son tribord, elle n'était abîmée qu'au niveau de la portière, et indemne avant l'encastrement.

Il se trouve que mon père était ingénieur automobile, créateur du centre de psychodynamie de Lignières et expert auprès de la DAS et du CAP pour analyser les accidents. J'ai donc baigné toute mon enfance dans les déplacements de masse et l'analyse des enchaînements susceptibles de provoquer l'accident.

Quelle que soit sa vitesse, une auto lancée en ligne droite ne se déporte pas et ne part pas en tête à queue et/ou en tonneaux sans élément déclenchant. Il faut même que cet élément soit important, que la force qui lui soit appliquée soit assez forte pour perturber une course fondamentalement stable du fait de son énergie cinétique. Dans le cas présent, et dans ce que j'ai vu de la fin de la course, il ne peut s'agir que d'un choc assez violent, parce que le scooter allait lui-même à suffisamment bonne allure pour donner l'impulsion latérale, ou d'un coup de volant violent à droite du policier pour l'éviter, suivi d'un coup de volant tout aussi violent à gauche (contrebraquage) pour éviter cette fois d'atterrir dans le mur de l'église. Ce qui serait non pas un défaut de maîtrise, mais une faute de pilotage, encore que lorsqu'on voit un mur arriver, on a les réflexes qu'on peut.

Cela étant, en principe, ce n'est pas au deuxième coup de volant qu'une auto décroche, mais au troisième (contre-contrebraquage), à fortiori une auto dotée de suspensions modernes. Et clairement, il ne peut s'agir ici d'un 3ème coup de volant, ni la durée, ni la distance, ni la disposition des lieux ne le rendent possible. En tout cas, le véhicule policier était à droite de la chaussée dans son sens de circulation, lorsqu'il a débouché de derrière l'église et mon impression est qu'il était alors dans le prolongement de sa course en ligne droite et non pas dans un déport d'évitement. Ce qu'une analyse au sol devrait confirmer ou infirmer. Cette configuration impliquerait une vitesse importante du scooter au moment de l'impact. Le point d'impact à l'arrière du véhicule de police semble confirmer cette hypothèse, faisant partir l'auto en dérapage suffisamment violemment pour la mettre à la fois en rotation horizontale et latérale...

La morale de cette histoire est que l'usage de la voie publique en dehors des trottoirs doit rester soumis aux règles de la circulation, si l'on veut éviter que ne se multiplient les accidents graves.

 

20/07/2009

Jardin Botanique : un avocat de l'ASLOCA s'attaque à la Ville

Si le monde aujourd'hui nous apprend que le capitalisme globalisé a besoin d'encadrement mondial, ce qui se passe au jardin botanique est assez typique des dérives entraînées assez sytématiquement par le collectivisme... quel qu'en soit l'échelle. Un gérant assis sur une mine d'or (un bistrot en plein air au coeur des organisations internationales, alternative potentiellement délicieuse à leurs cafétérias), protégé par sa concession municipale achetée il y a 40 ans, gère son bistrot à la papa et sans entretien ou si peu. L'endroit du coup, n'a aucun charme particulier, si ce n'est d'être là où il est. A sa décharge, lorsqu'il pleut, l'endroit n'est pas abrité. Si l'on était dans une société de marché, un entrepreneur audacieux se lèverait, proposerait au gérant un bon prix pour son départ et s'attelerait à une tâche devenue nécessaire: rénover les lieux pour attirer davantage de clientèle, avec de quoi la mettre au sec par temps humide. Pas possible, car l'endroit dépend de la Ville.

Qui s'est cependant réveillée. Pour permettre l'extension des collections du Jardin botanique, l'une des fiertés de Genève, il est question de rénover le lieu. Mais pour cela, il faut que le bistrot ferme. Pour mieux renaître. Là encore, dans une société de marché, on trouverait un arrangement financier. Lorsqu'un entrepreneur a besoin d'un terrain, ou d'un pas de porte, il l'achète, au prix qu'il faut. Et tout le monde est content. Mais là, ce n'est pas possible. Parce qu'il s'agit d'une concession de la Ville et que la collectivité ne prévoit pas vraiment la surenchère pour racheter une des concessions qu'elle a accordée. Du coup, procès, oppositions, retards et au final, pour la collectivité, une facture vraisemblablement plus salée que s'il avait fallu allonger tout de suite quelques centaines de billets de mille à un locataire éconduit et ronchon...

Accessoirement, toute l'histoire se déroule entre avocats issus du même moule, celui de l'ASLOCA, ce syndicat des locataires qui a tant fait pour que la classe moyenne ne puisse accèder à Genève au statut de propriétaire... Au point de devoir émigrer en France Voisine pour pouvoir espérer acquérir un bien familial !

19/07/2009

Pascal Broulis au Conseil Fédéral

Mes amis libéraux genevois vont m'en vouloir, mais il faut faire des choix dans la vie et clairement, pour moi, le meilleur candidat à la succession de Pascal Couchepin, c'est celui qui, en bon Vaudois, n'a encore dit ni oui ni non: Pascal Broulis. Maudet et Longchamp renonçant, il m'apparait le candidat naturel. Non par principe, car je n'ai pas davantage de fidélité à l'égard des rupestres contrées (même si c'est leur tour) qu'à l'égard de mes cousins libéraux, mais par ses qualités propres: il attire les suffrages et sait piloter un navire dans les passes difficiles.

Certes, Martine Brunschwig-Graff parait mieux placée pour défendre la Genève Internationale et Christian Lüscher a de réelles compétences juridiques ainsi qu'en foot-ball et en plus passe bien à la télé, mais le Conseil Fédéral n'est ni un prétoire, ni un terrain de foot, ni un plateau de télévision. Quand à la question de la Genève Internationale, elle se reposera au moment du départ de Micheline Calmy-Rey, dont on peut regretter d'ailleurs qu'elle ne l'ait pas toujours soutenue plus activement. En tout cas, le débat sur sa succession risque d'être corsé, car on voit mal qui aurait l'envergure internationale au PS Genevois, hormis Sommaruga, que ses positions extrémistes excluent cependant du jeu.

En attendant, même si Martine s'intérèsse à ce qui se passe aux abords de la Place des Nations, qui bruissent en ce moment d'une effervescence aussi fondamentale pour Genève que pour le monde, elle n'est pas la seule. Pascal Broulis également. Je le sais parce qu'il a lu mon livre sur la gouvernance mondiale et m'en a fait une critique élogieuse, qui prouvait qu'il l'avait épluché attentivement. C'est d'ailleurs le plus important: qu'il fasse montre de cette compétence appliquée et méthodique qui constitue la base du métier difficile de Conseiller Fédéral. En plus, il connait la finance de près, il est consensuel, il a lâché un job beaucoup plus rémunérateur dans une banque pour entrer en politique, on ne lui connait ni casseroles, ni bilans douteux... Bref cet homme là est une perle, qui a le sens de l'Etat. Et puis, c'est leur tour aux Vaudois.

 

 

15/07/2009

Medellin, une histoire, combien de vérités ... Et Shakira en prime

Il y a toujours plusieurs facettes à une histoire. Celle que rapporte aujourd'hui un reporter de la Tribune, connu pour ses opinions clairement anti-uribistes et néanmoins invité par le gouvernement colombien pour un voyage de presse est assez exemplaire. Parmi le groupe de repentis, para-militaires ou guerilleros d'extrême gauche qu'il a rencontré, travaillant ensemble dans le même programme, - ce qui est une réussite en soi, bien que non soulignée - il y en a un qui s'est vanté de nombreux crimes, tous plus horribles les uns que les autres. Evidemment, c'est un para-militaire.

C'est statistiquement logique, car ils sont beaucoup plus nombreux à avoir déposé les armes. parce que leurs chefs ont accepté de le faire, tandis que les chefs des FARC s'y opposent toujours et surtout, font exécuter les guérilleros qui se rendent et parfois leurs familles avec. Ce qui oblige le Gouvernement à les changer de région, lorsqu'il y en a - tout de même plusieurs milliers à ce jour - qui désertent, envers et contre tout.

Dommage, car on aurait pu avoir un gros titre de la Tribune disant "pour devenir guérillero, j'ai du exorbiter les yeux d'un enfant de 12 ans, couper la langue d'un père de famille, poser des mines sur les chemins d'accès aux champs d'un village, faire exploser une église emplie de femmes,de vieillards et d'enfants..." Toutes atrocités reconnues et officiellement imputées à des guérilleros d'extrême-gauche. La guerre est une saloperie, et personne n'en sort indemne. ce que tente de faire aujourd'hui la Colombie et son Gouvernement, c'est d'en sortir malgré tout. Tant bien que mal.

Seulement, il y a des forces qui ne s'en satisfont pas. Qui voudraient encore et toujours se venger des atrocités bien réelles que leurs copains ont subies, tout en oubliant celles qu'eux-mêmes ou ces mêmes copains ont infligées. La loi Justicia y paz, qui préside à la démobilisation en Colombie, est inspirée du processus de réconciliation sud-africain. le but, clairement affiché, est de tirer un trait sur le passé, qui est passé, de panser les plaies, avec les moyens du bord, et de repartir ensemble pour l'Avenir.

"Unis et Libres" est le slogan qui réunit aujourd'hui l'immense majorité des Colombiens. Libres des angoisses du passé et unis dans la volonté de construire un avenir meilleur.

Ce pauvre type, donc, raconte avoir commis les pires atrocités, et n'a pas été jugé pour cela. Il s'en veut. C'est le prototype même du repenti, à l'image de tous ceux que j'ai rencontrés et interviewés, à Medellin également en décembre 2008. Qui n'avaient pas de mots assez durs pour ceux qui, d'un bord ou de l'autre, refusaient de cesser le combat - ou y retournait ou se replongaient dans le narco-traffic. Plaie numéro un de la Colombie, comme du Mexique ou de l'Italie du Sud, qui lui servent de relais.

Le programme prévoit de juger les chefs et de réinsérer sans autres le menu fretin. Un exécuteur est-il un chef ou le menu fretin ? La question est existentielle et politique. Mais tant qu'on ne la posera que d'un côté, et avec l'évident désir de gêner le gouvernement, fustigeant aussi bien sa sévérité (quand il extradie) que sa clémence (quand il néglige les meurtres de la piétaille), on ne fera pas avancer d'un iota la cause colombienne.

On écrira juste quelques lignes partisanes, quelques lignes de plus, unilatérales, bien qu'ayant bénéficié de la très grande liberté de la presse qui règne en Colombie, au point d'en reprendre avec délectation les titres des journaux lorsqu'il attaquent le gouvernement... mais curieusement, tiens, tiens, jamais lorsqu'ils l'encensent ! Il peut n'y avoir qu'un cheveu entre le journalisme et la propagande, et ce n'est certainement pas le fait d'être payé pour faire l'un plutôt que l'autre qui fait la dfférence.

Êt comme c'est cette semaine la fête nationale colombienne, voici un joli cadeau : un extrait d'un concert pour la paix et la réconciliation, qui est tenu à Leticia, cité martyrisée par la guérilla, capitale de l'amazonie colombienne. Avec, en gust star : Shakira

http://www.youtube.com/watch?v=MWlhkUlY0Cg