21/08/2009

Négoce et négociations, d'Abidjan à Tripoli

 

C'était hier, l'enterrement à Genève de mon amie Besida Tonwe, dans son cercueil recouvert du drapeau bleu de l'Organisation des Nations Unies. L'un des moments les plus émouvants fut les remerciements des prêtres venus spécialement de Côte d'Ivoire, pour exprimer la reconnaissance d'un peuple à celle qui fut « la première, aussi bien parmi les autorités locales qu'au sein de la communauté internationale, à oser franchir les lignes pour aller négocier avec les rebelles, ouvrant ainsi la voie à la paix ».

De par elle-même, Besida était une jeteuse de ponts. Fille d'Afrique et d'Europe, parfaitement bilingue et même trilingue, puisque de culture anglophone et germanophone, elle avait passé son bac à Abidjan, où son père était Ambassadeur du Nigeria (avant d'y revenir plus tard comme administrateur de la Banque africaine de développement), terminé ses études à Paris et travaillé comme journaliste à Genève. Protestante et catholique également, même si, devant les évènements de Côte d'Ivoire, et le constat d'un certain fondamentalisme protestant d'origine anglo-saxonne en vogue au sein du Gouvernement ivoirien, elle avait finalement choisi le catholicisme.

L'Esprit de Genève soufflait en elle, celui d'Henry Dunant et de la Société des Nations, davantage que celui du MCG, incontestablement. Quand on lit les rodomontades nocturnes de ces gens qui se parent de pseudos mégalos (Shere Khan, Post tenebras lux et consorts) on ne peut qu'être affligé par les effluves de haine qui suintent de leurs éructations guerrières, émises en bavant de rage sur un clavier d'ordinateur, à l'abri de tout.

En allant à Canossa, ou plutôt à Tripoli, Hans Rudolph Merz a prouvé qu'il était un grand homme d'Etat et un homme d'action courageux, qui savait prendre ses responsabilités. Un homme aussi qui a vu passer la mort de près, il n'y a pas si longtemps et qui, sans doute, souhaite ne plus perdre son temps. Cela ne fait plaisir à personne de devoir s'excuser publiquement pour quelque chose dont on ne se croit pas coupable, mais lui a eu le courage de le faire, sachant ce que cela pouvait lui coûter en termes d'image. Dans un but bien précis: obtenir la libération des deux otages, qui sont retenus depuis plus d'une année. Et au passage, relancer la machine économique.

Négocier n'est pas pour rien un mot à double sens. L'importance du commerce dans les relations entre groupes humains est fondamentale. Depuis la nuit des temps, c'est l'alternative à la guerre. On se parle et on s'échange des cadeaux, des marchandises et des services... ou des coups de massue. Il n'y a pas vraiment d'alternative. Même chez les bonobos, nos cousins simiesques et olé olé, il en va de même.

J'ai beaucoup de respect pour M. Moutinot, qui a montré lui aussi un courage politique peu commun dans cette histoire. Il ne s'agit pas d'éviter l'affrontement à tout prix et de nier le droit. L'intervention de M. Merz pose de lourdes questions en termes de souveraineté et d'égalité de traitement, mais présente aussi l'avantage de reposer la problématique des limites de l'immunité diplomatique et de l'extraterritorialité. Nous n'aimons pas qu'à l'intérieur de leurs ambassades, des diplomates orientaux (par exemple) bafouent nos lois en maltraitant leur personnel, comme il est usuel de le faire chez eux... Mais nous n'aimerions pas davantage que nos diplomates soient poursuivis devant leurs tribunaux pour avoir (par exemple) bu de l'alcool dans les salons de nos ambassades.

Accorder le statut diplomatique à posteriori est par ailleurs une autre nouveauté de cette affaire, mais la lucidité et le pragmatisme commandent. Ce qui signifie peser tous les enjeux avant d'agir. Deux innocents étaient retenus, qu'il fallait libérer. Reste à savoir s'ils le seront.

 

Il est évident que l'on ne peut pas tout résoudre par la négociation. Si ces évènements ne concernaient pas un pays assez lointain, mais un voisin immédiat, et qu'ils soient susceptibles de se reproduire régulièrement, il faudrait peut-être en venir aux coups de massue. Sans que l'on sache forcément l'identité du vainqueur. Ce sont là les impondérables de la guerre, qu'il faut parfois mener en sachant qu'on a toutes les chances de la perdre, pour l'honneur. Ce que n'a plus fait la Suisse depuis fort longtemps. Mais si l'on peut éviter l'affrontement, surtout entre deux adversaires séparés par plusieurs milliers de kilomètres, qui plus est pour une broutille, alors il ne faut pas hésiter.

Les gros malins qui disent ce matin avoir honte de leur passeport seraient sans doute bien content qu'un Conseiller Fédéral ose prendre son avion, son bâton de pélerin et ses excuses en bandoulière, pour venir les sortir de la gonfle en cas de pépin...

 

Commentaires

J'apprécie tous les éléments que vous apportez dans votre article.
Il est évident que tellement de paramètres sont en jeu qu'il est difficile pour quiconque ne fréquente pas tous les milieux et les mentalités concernés dans cette affaire de donner un avis péremptoire.
Il faut reconnaître que nous réfléchissons encore trop de façon "binaire": oui et non, tu veux ou tu veux pas?, etc. Cela simplifie mais ne tient pas compte de la complexité des humains et de la nature.
Belle journée à vous!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 21/08/2009

Non monsieur, non.

Vous dites qu'il s'agit d'obtenir la libération de deux otages, et au passage, relancer la machine économique. Soyons sérieux : sans ces accords économiques, le "pragmatisme" aurait certainement considéré que la climatisation de l'ambassade de Suisse à Tripoli avait suffisamment peu de rapport avec l'ambiance des cachots libyens pour s'épargner de se mettre à plat ventre devant l'un des dictateurs les plus mégalomanes de la planète.

Vous dites qu'Hans-Rudolf Merz a eu le courage de s'excuser publiquement, sachant ce que ça pouvait lui coûter en termes d'image.
Seulement, d'une part, ce n'est pas que son image à lui, mais celle de la Suisse dans son ensemble qui est engagée. Gageons qu'il n'emporterait pas l'approbation populaire sur ce coup-là. Donc non, ce n'est pas que "l'image de M. Merz".
D'autre part, vous raisonnez ici en termes d'image sur le terrain suisse. Il reste désormais à prouver en quoi cette démarche améliorera son image, et encore une fois, celle de la Suisse par extension d'effet, du côté de Tripoli. Souvenez-vous de la réception en grande pompe du clan Kadhafi par Sarkozy dans les jardins de l'Elysée. Au vu des propos tenus par la suite par le Libyen, difficile de parler de gain politique.

Peut-être, effectivement, les deux ressortissants vont-ils pouvoir quitter l'ambassade et rentrer sur le territoire. Pour tout autre "gain" supposément retiré de cette Opération Serpillère, se reporter aux semaines à venir.

Écrit par : Evan | 21/08/2009

Gentil Philippe, mais que faites vous de la clause d'expulsion des deux domestiques marocains? On est pas ici dans une négociation comme on en a connu dans le cas de Bétancourt et des infirmières bulgares, des vies sont désormais en jeu, ce n'est pas qu'une question d'argent et d'honneur!

Mertz a pris un risque, et l'affaire n'est pas encore résolue. A t'il agit en grand chef d'Etat? Je n'en sais rien! Il est trop tôt pour le dire! Qu'avez vous tous à vous soulager à coup de grandes envolées héroïques???!!! Est-ce votre amour du multilatéralisme sans limites qui vous pousse à ce genre de postulat!? est-ce un effet de catharsis?

http://auxfrontieresdelextreme-centre.blog.tdg.ch/archive/2009/08/21/lybie-deux-vies-contre-deux-vies.html

Écrit par : Carlitos de Unmauno | 21/08/2009

Bonjour M. Souaille,

J'aime bien lire vos commentaires toujours empreints d'un grand respect pour l'autre. Nous sommes bien sur un blog où l'on exprime des idées, on livre des analyses et où les réponses reposent sur la même vision du respect des autres.

Aller à contre-courant dans l'affaire Merz - puisque désormais il faut parler d'affaire Merz - c'est tout simplemet être prêt à prendre "quelques baffes" de la part de ceux qui, évidemment, savent ce qu'il ne fallait pas faire, mais qui n'auront jamais la moindre idée de ce qu'il faudra faire.

Si la visite de M. Merz n'apporte "que" la libération des deux otages suisses, je ne puis que vous suivre dans votre analyse. Au fond présenter des excuses à un dictateur (un tantinet parano), un tyran (chacun mettra ici le nom qui lui plaira) ne me paraît pas vraiment relever de la couardise. Alors tous mes compatriotes qui manifestent leur honte, leur désapprobation, leur dégoût, leur rage, etc, qu'ils se souviennent que la Suisse n'est qu'une petite tache (Je le dis sans mauvaise intention !) sur la carte du globe. Que la conduite de ses élites, des ses édiles, de ses citoyens n'a pas toujours été exemplaire et qu'une certaine modestie nous siérait davantage.

Il est vrai qu'il est intellectuellement satisfaisant de chercher des boucs-émissaires, cela évite de se poser les questions embarrassantes, ça permet de se comporter parfois en vierges effarouchées.

Personnellement la seule chose qui me fâche, c'est que la vie des otages ait pu être mise au même niveau que l'activité économique entre deux pays (Je me demande personnellement ce que l'on peut bien attendre du régime libyen ; mais Vespasien l'avait déjà bien dit : "l'argent n'a pas d'odeur.")

Et puis, M. Souaille, une mini-pique - qui aime bien châtie bien ! - comment
pouvez-vous exprimer la phrase suivante : "Ce sont là les impondérables de la guerre, qu'il faut parfois mener en sachant qu'on a toutes les chances de la perdre, pour l'honneur." A-t-on vraiment des chances de perdre la guerre ? J'aurais préféré "tous les risques".

C'est d'ailleurs presque une constante dans le presse : on a des chances d'attraper le cancer et l'équipe de Suisse risque de gagner...

Bien cordialement et merci de m'avoir lu jusqu'au bout.

Écrit par : Michel Sommer | 21/08/2009

M. Sommer, vous avez raison. Le mot "risques" eut été plus approprié. Même si étymologiquement, je ne suis pas certain que "chances" soit inadéquat. Il peut y avoir de bonnes et de mauvaises fortunes, de la chance et de la malchance... Bon je pinaille, là, je vous l'accorde.
Et j'en profite pour remarquer une coïncidence qui fait bien les choses, assez improbable au niveau statistique pour se dire qu'il y a peut-être anguille sous roche, à savoir que l'auteur de l'attentat de Lockerbie est rentré en Libye. Et si malgré tout, l'Helvétie avait pu recevoir un appui discret de quelques geôliers calédoniens bien placés ?

Écrit par : Philippe Souaille | 21/08/2009

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Philippe,

tout d'abord, recevez mes condoléances poru la perte de votre amie. Paradoxalement, hier je participais à la cérémonie de mon ami disparu.

Cela permet sans doute de relativiser nos comportements instinctifs humains.

Concernant votre billet, je vous rejoins, lorsque l'émotionnel aura passé, et que nos deux otages, je l'espère retrouveront le sol Suisse sous peu, les excuses de M. Merz nous paraitront le moindre mal pour réunir nos ressortissants et leurs familles.

398 jours loin des leurs...

J'aime beaucoup votre dernier paragraphe :

-"Les gros malins qui disent ce matin avoir honte de leur passeport seraient sans doute bien content qu'un Conseiller Fédéral ose prendre son avion, son bâton de pélerin et ses excuses en bandoulière, pour venir les sortir de la gonfle en cas de pépin..."

Très réaliste et très juste. Il est un peu facile de jouer les "vierges effarouchées" depuis ici...

Les familles sont contentes et espèrent.

Aussi merci Philippe, d'avoir dès le départ soutenus les démarches en laissant nos clivages aux vestiaires pour mener des actions concrêtes.

Sur ces bonnes paroles,

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 21/08/2009

Bonjour Stéphane,
mes condoléances vous accompagnent également.

Écrit par : Philippe Souaille | 21/08/2009

Salut Philippe !

A te lire, je reste perplexe. N'as-tu jamais songé à faire de la politique ?
Tu sais, cet art de ne pas dire grand chose et de ménager toutes les parties...
Pierre

Écrit par : Pierre Jenni | 21/08/2009

Bien, puisque visiblement je suis dans le camp des "vierges effarouchées", je vais l'assumer jusqu'au bout en remettant une ou deux petites choses dans leur contexte. L'expression est somme toute savoureuse, d'ailleurs, provenant de gens pour qui le "pragmatisme" consiste visiblement à sacrifier toute crédibilité politique (et pas celle de Merz en Suisse, entendons-nous bien) aux vaines rodomontades d'un gros enflé dérangé mentalement, pourvu qu'il existe une chance qu'il se désintéresse de nous ensuite.

Primo, puisque certains ont aimé, parlons de votre dernier paragraphe :
-"Les gros malins qui disent ce matin avoir honte de leur passeport seraient sans doute bien content qu'un Conseiller Fédéral ose prendre son avion, son bâton de pélerin et ses excuses en bandoulière, pour venir les sortir de la gonfle en cas de pépin..."

Je vais peut-être faire preuve d'un coupable manque d'ouverture multi-latéraliste, mais il se trouve qu'il est des pays, comme la Corée du Nord, l'Iran, ou la Libye quand le fou à sa tête éructe sa haine contre le mien, où je préfère éviter de mettre les pieds si ça ne m'est pas une nécessité absolue.
Ce qui peut entre autres désagréments m'éviter, par exemple, de me retrouver à servir de bouc émissaire se reposant sur un coup de pouce (quand on aime les euphémismes) de la politique étrangère de mon pays, rien de moins, pour me tirer du pétrin où je me serais moi-même fourré.

Secundo, il est de notoriété publique qu'être de l'avis majoritaire, comme l'écrit l'aimable M. Sommer, c'est forcément faire preuve d'absence totale de réflexion et de sens critique, donc de capacité de décision par rapport à la conduite qu'il eût fallu suivre en pareil cas.
Il est donc convenu d'emblée que, puisque le peuple prompt à l'émotion intempestive n'aurait pas su quoi faire, M. Merz a eu raison.

Vous croyez?

Vous estimez réellement que la Suisse n'avait aucun autre moyen, au niveau de la diplomatie internationale, d'obtenir la liberté de ses deux ressortissants, sans passer par là? Face à une telle affirmation, si tant est que vous la fassiez vôtre, je ne peux que répondre d'un air navré "Si vous le dites..." Mais si on parle de contrats juteux, en revanche...

Sans parler de votre petite saillie relativiste, M. Sommer, selon laquelle la Suisse, par ses fautes passées, n'aurait absolument rien à envier au fou de Tripoli ni même simplement moyen de faire valoir son bon droit. Je l'ai trouvée passablement nauséabonde, je dois dire.

Tertio, vous ne mesurez absolument pas les conséquences politiques pour les ressortissants suisses de l'étranger, dont je fais moi-même partie, d'un tel dénouement. Qu'on se le dise, amis terroristes, pirates, preneurs d'otage et autres tarés revendicatifs de tout poil : le Suisse est une valeur en hausse ! Et voyez-vous, quand une position politique censée "sauver" la vie de deux ressortissants suisses, est également susceptible d'exposer davantage au danger celle de beaucoup d'autres, je ne suis pas certain qu'on puisse tant que ça invoquer son humanisme pour faire taire les récriminations.

Si d'ici une année on n'a pas vécu au moins une nouvelle affaire de ce style impliquant un ou plusieurs ressortissants suisses, je veux bien manger mon chapeau.
Quand aux fameux investissements suisses, attendons effectivement "que l'émotionnel soit passé" pour juger des formidables gains retirés.


"You've been given the choice between war and dishonor. You've chosen dishonor and you will have war."
W. Churchill, à Richard Chamberlain

Écrit par : Evan | 21/08/2009

Evan, comment s'appelle, déjà, le fait de se référer au nazisme à tout bout de champ ?
La situation n'a rien à voir avec 38-39. Et les terroristes en général n'ont pas grand chose à battre des excuses ou de ce genre de choses. Le fait que le Suisse de base, aux yeux du reste du monde soit un coffre-fort ambulant est en soit suffisant à justifier un certain nombre d'enlèvements politico-crapuleux qui se déroulent depuis quelques années déjà un peu partout sur la planète. Il ne se passe pas une année sans que l'un de nos ressortissants ne soit enlevé. Au Mali, aux Philippines, en Amérique Latine, au Daghestan ou ailleurs.
Restreindre la géographie des possibles n'est pas une solution, sinon, il viendra un jour où vous ne pourrez plus sortir de Suisse.
Là où vous trompez lourdement, c'est que la crédibilité politique internationale de la Suisse n'est pas entamée d'un iota dans cette affaire. Pas un gouvernement démocratique ne prendra ces excuses pour autre chose que ce qu'elles sont.
Quant à ta réflexion, cher Pierre, sache qu'elle me laisse à mon tour perplexe. Si je ne dis rien, ou pas grand chose et ménage tout le monde, pourquoi perds-tu ton temps à me lire ? Et puisque tu parles de politique, que penses-tu de l'instrumentalisation des taxis genevois par le MCG dans ses campagnes promotionnelles tout ménages ? Je ne t'ai pas entendu émettre de protestation au sujet de cette récupération grossière. Le discours simplissime, pour ne pas dire carrément simplet du conducator gominé te semblerait-il lourdement chargé de sens profond ?

Écrit par : Philippe Souaille | 21/08/2009

Philippe, si citer Churchill doit être synonyme de point Godwin, autant s'épargner d'emblée tout débat. Je ne compare pas la situation à 38-39, elle est juste là pour rappeler qu'entre s'aplatir et relever le défi, s'aplatir est rarement la bonne solution. On ne peut pas dire que Churchill, outre le contexte de la Seconde Guerre Mondiale, ait souvent été démenti par l'Histoire sur ce point.

Et je ne partage pas votre point de vue : entre éviter quelques destinations particulièrement gratinées et ne plus sortir de Suisse, il y a ce me semble une nuance importante. Parce que si un Suisse se fait enlever au Mali, justement, on n'aura pas à s'imposer d'importantes concessions officielles aux Maliens pour le récupérer, la problématique sera différente.

Quand à la crédibilité internationale de la Suisse soi-disant intacte, qu'en savez-vous? Il ne s'agit pas que des réactions des gouvernements démocratiques - il est vrai souvent aussi prompts à l'aplatissement que le nôtre, je vous le concède volontiers. Il y a l'opinion européenne et internationale. Il y a l'opinion de tout un tas de gouvernements pas très démocratiques qui eux, ne manqueront pas de prendre cette position diplomatique pour ce qu'elle est : un signe de faiblesse.

La diplomatie est un sport de combat dans lequel on marque et on perd des points. Lorsque ces mêmes gouvernements démocratiques censés nous soutenir en seront à nouveau à examiner des accords divers avec la Suisse, sans lui prêter un effet direct non plus j'ai du mal à imaginer ce genre d'affaire renforcer notre position.

Quand à l'opinion internationale, ce qu'elle retient, c'est que le président de la Confédération Helvétique s'est déplacé plus ou moins en catimini en Libye pour "présenter des excuses" à Kadhafi après que la police genevoise ait arrêté son crétin de fils pour maltraitance envers son personnel.

Écrit par : Evan | 21/08/2009

Tu touches un point sensible qui me préoccupe bien entendu. J'ai pourtant appris qu'il valait parfois mieux ne pas réagir. Tout particulièrement dans ce cas qui nous intéresse afin d'empêcher à M. Stauffer de se faire un peu plus de pub sur notre dos. (T'en fais pas je l'aurai au contour !)
Quant à ta contribution, bien que je ne sois pas un assidu, j'éprouve de la curiosité et du plaisir à te lire. Tu as une belle plume, une tête qui fonctionne bien et parfois du coeur. C'est déjà beaucoup. Mais sur ce coup, j'ai de la peine à te suivre. Tout particulièrement quand tu parles d'intérêts économiques. Mais surtout, c'est ce sentiment, à la fin de ta prose, d'un vide. Comme si rien n'avait été dit... Et comme en politique c'est du grand art, je te repose la question. A quand ta candidature et dans quel parti ?

Écrit par : Pierre Jenni | 21/08/2009

Pierre, je croyais que tu étais au courant. Je suis membre du parti radical et j'ai été rédacteur en chef du journal. J'ai même été un temps candidat à la constituante avant de démissionner de la liste, ne souhaitant pas vraiment faire campagne. J'ai aussi été Président fondateur du MODEM en Suisse, le parti de François Bayrou, étant double national, avant là-aussi de me retirer.
En fait je ne veux être candidat nulle part, préférant conserver ma liberté de ton et d'expression.
Evan, pour ce qui est des concessions et de l'à-plat-ventrisme, il me parait à moi que des excuses ne sont pas cher payées, si nos deux gars peuvent sortir au bout d'un an, comparé à ce que l'Union Européenne a du céder au bout de six ans pour les infirmières bulgares, dont une centrale nucléaire, un accord sur Lockerbie et le boeing d'UTA et le retours en grâce de Kadhafi.
En fait, compte tenu du fait qu'il y a eu jusqu'à plus d'une douzaine d'otages potentiels réfugiés à l'ambassade et que la seule contre-attaque possible eût été non pas le boycott de Tamoil (Kadhafi s'en contrefiche) mais la saisie de ses comptes lorsqu'il y en avait encore pour 7 milliards dans nos coffres, la Suisse s'en sort très bien, y compris en comparaison internationale.

Écrit par : Philippe Souaille | 22/08/2009

A Evan
Puisqu'on en est aux citations, je vous livre la mienne, en français, vous m'excuserez.
«L'honneur doit être un éperon pour la vertu, et non pas un étrier pour l'orgueil.» (Charles Cahier)
Ensuite vous dites :" (...) Et voyez-vous, quand une position politique censée "sauver" la vie de deux ressortissants suisses, est également susceptible d'exposer davantage au danger celle de beaucoup d'autres, je ne suis pas certain qu'on puisse tant que ça invoquer son humanisme pour faire taire les récriminations." Vous n'êtes pas certain, vous avez donc quelques doutes. Nous progressons.
Quant au côté nauséabond de mon propos, je vous en laisse la paternité. Si vous aviez lu mon texte et non pas seulement réagi, vous auriez - peut-être - compris qu'on ne lave plus son honneur simplement en invoquant la raison d'Etat, si tant est qu'il faille réellement laver notre honneur.

"Le but de la discussion ne doit pas être la victoire, mais l'amélioration." Charles Joubert

Écrit par : Michel Sommer | 22/08/2009

Je n'ai pas pu réagir plus tôt mais peu importe. Je partage entièrement, M. Sommer, la maxime de Charles Joubert, c'est dans ce but que je me suis exprimé ici plutôt qu'ailleurs entre gens du même avis.

M. Sommer, j'ai lu attentivement votre message plus haut, quoi que vous en pensiez. Et croyez bien à mon profond mépris pour la bien-pensance occidentale qui consiste à s'estimer capable de donner des leçons à la planète entière, tout comme à mon respect envers des valeurs telles que l'humilité.
Seulement je me méfie tout autant du piège de la culpabilisation et du relativisme systématiques. Toute modestie et toute remise en question doit avoir ses limites, que j'estime amplement atteintes lorsqu'on parle de pourritures telles que Kadhafi, terroriste international qui s'est acheté une respectabilité en confisquant la Libye, il est bon de le rappeler. Sur d'autres sujets vous aurais-je sans doute donné raison ; pas sur celui-ci.

J'aimerais rappeler, ici, que je ne considère pas la démarche de M. Merz comme dénuée de tout fondement ; je la considère juste inopportune.

Certains considèrent la question du rang, car c'est en partie de cela qu'il s'agit dans cette polémique, comme déplacée. Je pense pour ma part que c'est encore important, que la démocratie n'a pas atteint un tel degré de progressisme qu'elle puisse se permettre d'ignorer ce genre de facteur, pourtant piétiné lorsqu'on parle d'arbitrage international. Envisage-t-on ce genre de chose dans un pays souverain? Cette affaire traduit selon beaucoup d'observateurs l'isolement de la Suisse sur le plan international. Or, que la Suisse soit un petit pays à l'échelon mondial n'implique pas nécessairement qu'elle doive être perçue comme faible. Et un pays perçu comme isolé est également perçu comme faible, par tous ceux qui savent que sur le plan diplomatique, la faiblesse s'exploite.

Il y a ce que l'on voit, les gains immédiats, rappelés à juste titre par M. Souaille. Il y a aussi ce que l'on ne voit pas encore, les conséquences à moyen et long terme de cette opération pour la Suisse et sa diplomatie, que la procédure "d'arbitrage" viendra influencer à titre non négligeable. Et il y a enfin l'opinion du peuple suisse, qui d'après moi, devrait compter, quand une telle majorité manifeste sa désapprobation.

In fine, je reste sur ma position, en espérant qu'on ne paiera pas trop cher ces otages-là. Merci, néanmoins, pour cet échange.

Écrit par : Evan | 25/08/2009

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