31/08/2009

Les Nains de Bayrou

Suite à un texte que j'avais déposé sur le blog de JF Mabut, Vu du Salève, j'ai été pris à partie par un courageaux anonyme auquel j'ai répondu. Comme il me porte diverses accusations, je recopie ici ma réponse, afin que les choses soient claires. La transparence restant à mon avis, une excelllente chose et la dissimulation une très mauvaise, qui finit fatalement par vous retomber dessus.

Anastase, les nains de Bayrou vous saluent bien.
Parmi les gens que j'ai rencontrés au Cambodge, il y avait des travailleurs et des travailleuses, comme dirait Arlette, tout simplement ravis d'avoir un job certes mal payé en regard de nos standards occidentaux, mais multipliant par trois ou quatre le revenu d'un ménage de petits paysans. Ce qui leur permet de payer les médicaments, les frais scolaires des enfants et un peu de protéine de temps en temps.
Ce n'est pas beaucoup, mais c'est beaucoup mieux que rien, et c'est surtout le mieux de ce qui est possible, car personne n'a de baguette magique pour faire passer d'un coup le revenu d'un paysan dans un PMA de 25 Francs par mois (et encore les bonnes années) à 2500 francs par mois, revenu d'un asssisté genevois.
Car il y a des assistés genevois, et c'est très bien que ces aides existent, elles sont d'ailleurs dues à l'initiative d'un éminent radical de mes amis depuis 30 ans, un vrai visionnaire, Guy-Olivier Segond. Mais elles doivent être un tremplin, aider à remonter à la surface lorsqu'on touche le fond, pas un oreiller de paresse comme c'est malheureusement souvent le cas.
J'ai le droit de le dire, et j'aurais même le droit de le dire, selon moi, si je n'étais qu'un frontalier payant, sur le fruit de son labeur, les impôts qui permettent de financer ces aides aux divers cas sociaux de la République. Il se trouve que si j'ai longtemps été frontalier, bien que résident en Suisse depuis l'âge de six ans, je ne le suis plus. J'ai un passeport suisse qui me donne les mêmes droits de cité que vous. Pour autant que vous l'ayez vous-même, M. le censeur anonyme.
Vous êtes mieux renseigné sur mes études universitaires (en dépit de vos fautes de frappe) que j'ai effectivement interrompues en refusant de réécrire mon mémoire de diplôme en ethnologie de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EPHE VIè section), équivalent d'une maîtrise de 2ème cycle, parce qu'un éminent professeur n'était pas d'accord sur mes constatations et mon analyse, qui remettaient en cause ses convictions et son travail.
Tant qu'à faire d'être subjectif, autant l'être officiellement ais-je alors pensé et j'ai choisi le journalisme, ce qui m'a valu d'entrer à la Tribune de Genève. Je m'en félicite encore aujourd'hui.
Accessoirement et c'est le plus important, si quelqu'un avait une baguette magique pour faire que d'un coup tous ceux qui travaillent avec acharnement dans le monde aient des revenus au moins équivalents à ceux qui ne font rien à Genève, nous aurions une catastrophe écologique de première grandeur sur les bras. Donc il devient urgent de repenser tout le système... C'est en vomissant ce genre d'âneries que j'ai fâché l'un de mes profs. Le constat n'en reste pas moins vrai...

22/08/2009

Genève-Tripoli, où le besoin d'un arbitrage international qui existe... à Genève !

La personnalité imprévisible de Kadhafi a paralysé les services officiels de la Confédération. Ils ont évidemment songé à bloquer les 7 milliards que le leader libyen possédait dans nos coffres (quasiment une pile d'un kilomètre de haut en billets de 1000 tout de même :-) mais ont renoncé,
par légalisme d'une part (officiellement, les 2 suisses étaient retenus pour une affaire de visas et donc étaient en tort, selon la version libyenne, ce qui fait que formellement, les usages internationaux étaient respectés)
et d'autre part, par crainte d'une escalade imprévisible sur les intérêts suisses en Libye et surtout sur la liberté et la vie de la quinzaine d'helvètes qui étaient reclus dans l'ambassade au début de l'affaire.
Berne a donc laissé les libyens vider leurs comptes petit à petit...
Ce que cette affaire met en lumière, c'est que s'il existait à l'échelle internationale un tribunal où puisse être jugé ce genre de différend, la chose n'aurait pas pu aller si loin. Ou tout au moins, la sécurité des otages aurait été garantie et les libyens auraient été contraints de respecter les usages internationaux, non seulement dans la forme, mais sur le fond.
En fait, ce tribunal existe, mais uniquement sur un plan commercial, à l'OMC. Il permet aux pays ayant un différend de s'en remettre aux décisions d'un système de médiation, qui tranche en fonction des règles adoptées auparavant par l'ensemble des membres de l'organisation. L'OMC étant l'organisation du Commerce, sa chambre de règlement des différents ne s'occupe que de litiges commerciaux.
Ce qu'est cette affaire, en bonne partie, Non pas au départ, simple affaire de droits communs et de violence, mais au niveau des réactions libyennes, très certainement, puisque la Libye s'en est pris ouvertement aux intérêts économiques suisses. Plus, Tripoli a arrêté, sous des prétextes fallacieux, des employés de firmes suisses en activité, ce qui n'est qu'une forme de protectionnisme flagrant, dirigé spécifiquement contre un pays.
Il se trouve que ces procédures sont assez longues, mais qu'elles ont le mérite d'exister. Malheureusement, la Libye n'est pas membre de l'OMC. Si elle l'avait été, elle aurait pu être rapidement reconnue coupable de manquements aux règles communes de l'organisation. Elle n'y a qu'un statut d'observateur. Il ne devrait pas être très difficile de lui faire comprendre que si elle tient à en devenir membre pour de bon, il va lui falloir apprendre à respecter les règles du commerce international. Qui disent clairement que l'on ne se fait pas justice soi-même.

Parce qu'à l'OMC, ce n'est plus seulement l'intérêt d'un pays qui est en jeu, mais les intérêts conjugués de tous à ce que les choses se déroulent dans les règles. Dans le monde globalisé qui est le notre, où toutes les distances sont singulièrement raccourcies par l'internet et l'avion, il apparait plus que nécessaire de renforcer les structures de gouvernance mondiale qui permettront un règlement pacifique des conflits à naître. Et ce d'autant plus que les années qui viennent, plombées par les différentes crises, ne vont pas manquer en sujets de disputes et d'affrontements.

21/08/2009

Négoce et négociations, d'Abidjan à Tripoli

 

C'était hier, l'enterrement à Genève de mon amie Besida Tonwe, dans son cercueil recouvert du drapeau bleu de l'Organisation des Nations Unies. L'un des moments les plus émouvants fut les remerciements des prêtres venus spécialement de Côte d'Ivoire, pour exprimer la reconnaissance d'un peuple à celle qui fut « la première, aussi bien parmi les autorités locales qu'au sein de la communauté internationale, à oser franchir les lignes pour aller négocier avec les rebelles, ouvrant ainsi la voie à la paix ».

De par elle-même, Besida était une jeteuse de ponts. Fille d'Afrique et d'Europe, parfaitement bilingue et même trilingue, puisque de culture anglophone et germanophone, elle avait passé son bac à Abidjan, où son père était Ambassadeur du Nigeria (avant d'y revenir plus tard comme administrateur de la Banque africaine de développement), terminé ses études à Paris et travaillé comme journaliste à Genève. Protestante et catholique également, même si, devant les évènements de Côte d'Ivoire, et le constat d'un certain fondamentalisme protestant d'origine anglo-saxonne en vogue au sein du Gouvernement ivoirien, elle avait finalement choisi le catholicisme.

L'Esprit de Genève soufflait en elle, celui d'Henry Dunant et de la Société des Nations, davantage que celui du MCG, incontestablement. Quand on lit les rodomontades nocturnes de ces gens qui se parent de pseudos mégalos (Shere Khan, Post tenebras lux et consorts) on ne peut qu'être affligé par les effluves de haine qui suintent de leurs éructations guerrières, émises en bavant de rage sur un clavier d'ordinateur, à l'abri de tout.

En allant à Canossa, ou plutôt à Tripoli, Hans Rudolph Merz a prouvé qu'il était un grand homme d'Etat et un homme d'action courageux, qui savait prendre ses responsabilités. Un homme aussi qui a vu passer la mort de près, il n'y a pas si longtemps et qui, sans doute, souhaite ne plus perdre son temps. Cela ne fait plaisir à personne de devoir s'excuser publiquement pour quelque chose dont on ne se croit pas coupable, mais lui a eu le courage de le faire, sachant ce que cela pouvait lui coûter en termes d'image. Dans un but bien précis: obtenir la libération des deux otages, qui sont retenus depuis plus d'une année. Et au passage, relancer la machine économique.

Négocier n'est pas pour rien un mot à double sens. L'importance du commerce dans les relations entre groupes humains est fondamentale. Depuis la nuit des temps, c'est l'alternative à la guerre. On se parle et on s'échange des cadeaux, des marchandises et des services... ou des coups de massue. Il n'y a pas vraiment d'alternative. Même chez les bonobos, nos cousins simiesques et olé olé, il en va de même.

J'ai beaucoup de respect pour M. Moutinot, qui a montré lui aussi un courage politique peu commun dans cette histoire. Il ne s'agit pas d'éviter l'affrontement à tout prix et de nier le droit. L'intervention de M. Merz pose de lourdes questions en termes de souveraineté et d'égalité de traitement, mais présente aussi l'avantage de reposer la problématique des limites de l'immunité diplomatique et de l'extraterritorialité. Nous n'aimons pas qu'à l'intérieur de leurs ambassades, des diplomates orientaux (par exemple) bafouent nos lois en maltraitant leur personnel, comme il est usuel de le faire chez eux... Mais nous n'aimerions pas davantage que nos diplomates soient poursuivis devant leurs tribunaux pour avoir (par exemple) bu de l'alcool dans les salons de nos ambassades.

Accorder le statut diplomatique à posteriori est par ailleurs une autre nouveauté de cette affaire, mais la lucidité et le pragmatisme commandent. Ce qui signifie peser tous les enjeux avant d'agir. Deux innocents étaient retenus, qu'il fallait libérer. Reste à savoir s'ils le seront.

 

Il est évident que l'on ne peut pas tout résoudre par la négociation. Si ces évènements ne concernaient pas un pays assez lointain, mais un voisin immédiat, et qu'ils soient susceptibles de se reproduire régulièrement, il faudrait peut-être en venir aux coups de massue. Sans que l'on sache forcément l'identité du vainqueur. Ce sont là les impondérables de la guerre, qu'il faut parfois mener en sachant qu'on a toutes les chances de la perdre, pour l'honneur. Ce que n'a plus fait la Suisse depuis fort longtemps. Mais si l'on peut éviter l'affrontement, surtout entre deux adversaires séparés par plusieurs milliers de kilomètres, qui plus est pour une broutille, alors il ne faut pas hésiter.

Les gros malins qui disent ce matin avoir honte de leur passeport seraient sans doute bien content qu'un Conseiller Fédéral ose prendre son avion, son bâton de pélerin et ses excuses en bandoulière, pour venir les sortir de la gonfle en cas de pépin...

 

18/08/2009

Pour le bien des citoyens genevois

C'est un parti politique qui prétend agir pour le bien des citoyens genevois. En toute logique, il devrait donc être favorable à la réunion des deux réseaux ferroviaires du Canton, qui vont permettre d'améliorer d'un coup l'accessibilité en diminuant les nuisances automobiles frontalières, tellement décriées.

Certes, ce n'est pas le remède miracle solutionnant tous les problèmes de transport du canton, mais il en améliore plusieurs et en plus, c'est le seul à être prêt et financé, là maintenant, tout de suite. Comme le CEVA va très certainement simplifier notablement le quotidien de ceux qui vont pouvoir l'emprunter, et améliorer celui des autres, qui verront la paralysie et la pollution du centre diminuer, on pourrait s'attendre à ce que le MCG l'appuie. Il n'en est rien. Ce parti de neinsäger invétérés fait entendre sa voix, une fois encore.

On se perd en conjectures. D'où vient une telle contradiction entre les buts affichés et la réalité des faits ? La diminution des nuisances frontalières n'est-elle pas un objectif de ce parti ? C'est là qu'on réalise qu'à l'instar de tant d'autres partis obsédés par la prise du pouvoir avant lui, le MCG a un fond de commerce et que si les récriminations qui accompagnent ce fond de commerce lui font défaut, il perd sa raison d'être.

Moins de frontaliers en voiture, bien visibles dans les embouteillages du matin, c'est moins de voix potentielles pour les râleurs xénophobes. Le MCG n'y a donc aucun intérêt. D'où son action contre le CEVA, pour que la situation reste bloquée, et que la paralysie du canton le renforce. Une attitude factieuse et indigne. Qui va nous coûter encore un peu plus, sous prétexte d'économies ! Il est vrai que logique et politique ne font pas toujours bon ménage,

15/08/2009

Besida Chair et Besida Lumière

Cette semaine, je terminais le montage d'un film sur la gouvernance mondiale. L'aboutissement de 4 années d'efforts intenses et parfois difficiles, huit, même, si l'on part du tout début…

Un moment particulièrement heureux de mon existence, qui eût été parfait si mon horoscope ne m'avait pas annoncé personnellement mardi matin que j'allais recevoir ce jour là des nouvelles brutales.

Sur le moment, je n'y ai guère prêté attention, mais lorsqu'on m'a appelé, une heure plus tard, pour m'annoncer la mort soudaine de Besida Tonwe, je me suis vraiment senti bizarre.

Elle était ma plus vieille amie. Ma meilleure amie. Elle était aussi une source d'inspiration pour mes livres et mon film sur cette gouvernance mondiale, qui s'avère tous les jours davantage indispensable.

Par nos longues conversations téléphoniques au cours desquelles elle me racontait ses expériences sur le front de la guerre et de la paix… Par son être même, sa lumière et son cosmopolitisme… Tellement intelligent.

Nous nous parlions de nos amours aussi, et de nos divorces. Une vraie amitié, solide depuis trente ans.

Cette semaine donc, aurait du être un moment parfait. Elle ne l'a pas été. La perfection n'est pas de ce monde, sauf peut-être en Besida. Personnellement, en trente ans, y compris dans la vie quotidienne, à New York, Abidjan ou Genève, je ne lui ai connu aucun défaut !

La bonne nouvelle c'est que si les moments totalement parfaits n'existent pas, les moments totalement imparfaits n'existent pas davantage. Sauf la mort d'un être cher bien sûr. D'un être de chair….

Mais tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, et la mort d'un proche aussi. Parce que Besida était positive en toutes circonstances, qu'elle n'aurait pas voulu qu'on oublie que la vie continue. Et parce si l'athée que je suis est persuadé d'une chose c'est que si quoi que ce soit existe au-delà, Besida Lumière va utiliser toute son énergie à faire que les choses aillent mieux.

Je l'imagine très bien aller discuter avec les grands de ce monde, dans leur sommeil, comme elle le faisait de son vivant, avec les chefs de guerre et de bandes rebelles, en Côte d'Ivoire ou dans la Corne de l'Afrique. Le message sera le même: mieux vaut la palabre et l'échange que le chant des armes et le cri des mères.

08/08/2009

Quelques candidats et un porteur de valise

 

Je sais que je ne devrais pas m'en mêler, mais après tout, la démocratie ne s'use que si l'on ne s'en sert pas.

Voilà donc, en toute indépendance d'esprit, mon choix dans l'ordre, pour le Conseil Fédéral. Ceux qui n'y sont pas n'ont, selon moi, aucune raison d'y figurer.

Mes critères sont un dosage très personnel de compétence reconnue, de lisibilité, de franchise, d'appellation d'origine géographique contrôlée et bien sur de compatibilité politique. Ils n'engagent que moi, of course.

 

  1. Pascal Broulis

  2. Dominique de Buman

  3. Martine Brunschwig-Graf

  4. Didier Burckhalter

  5. Fulvio Pelli

  6. Christian Lüscher

 

A part ça, dans le train pour Locarno, dans les Centovalli, monte un très joli brin de fille d'une vingtaine d'années, souriante, bien en chair et sexy, qui se coltine une grosse Samsonit jaune. Au volume et à la peine qu'elle montre à la tirer en slalomant entre les voyageurs, la valise doit approcher les 30 kilogs. La jeune femme est en grande discussion avec la personne qui la suit, que l'on ne voit pas encore, car elle est bloquée avec sa valise. Enfin ça se dégage, et son compagnon apparait. Grand gaillard dégingandé du même âge, il porte lui deux petits sacs légers en bandoulière. Genre banane. Même chargés de piles, ce qui n'a pas l'air d'être le cas, ils ne doivent pas faire plus de deux kilogs chacun.

Ma voisine d'en face, la soixantaine très digne, n'en croit pas ses yeux. Moi non plus. Nos regards se croisent, et nous rions tous les deux de cette drôle d'évolution des moeurs, sans même avoir besoin de parler.

 

07/08/2009

Ushuaia ou Rencontres du 3ème Type ?

 

Il y a quelques temps, j'ai fait des remarques à une amie sur le manque d'objectivité de son émission (par ailleurs très écoutée) de la radio romande, du moins sur certains sujets. Elle me fit cette réponse désarmante: je m'en fiche, je suis animatrice, pas journaliste et ne suis donc pas tenue à l'objectivité. J'y pensais hier soir en zappant de Tf1 à France 2, entre Nicolas Hulot à la rencontre des peuples premiers et un docu-fiction prétendant illustrer l'émergence des chefs dans les sociétés primitives.

Deux approches, aussi fausses et biaisées l'une que l'autre.

On peut se dire que c'est bien que la télé montre ce genre de choses en prime time, parce qu'après tout c'est toujours mieux que les c... adolescentes de mtv, mais le problème, c'est qu'en vulgarisant avec un évident souci de séduire le plus grand nombre on déforme et on simplifie à outrance. Au final on crée ou on entretient des mythes qui ont des conséquences politiques.

Nicolas Hulot, garçon par ailleurs éminemment colérique, est un spécialiste du genre. Sans avoir jamais mis les pieds en Nouvelle Guinée, je suis prêt à mettre ma main au feu qu'il a nettoyé le décor au karcher et l'image au scalpel pour offrir, par exemple, au téléspectateur une course de pirogues dans laquelle tous les indigènes portent le même pagne, de la même couleur éclatante, sans rien qui traîne, genre lunettes de soleil, morceau de métal ou miroir, paire de vieilles tongs et autres artefacts de la modernité que les peuples les plus isolés affectionnent de montrer comme autant de signes extérieurs de richesse.

Idem des maisons dans les arbres, dans lesquelles tout le monde porte un collier de cauris, comme seule trace de contact avec le monde extérieur. Ces coquillages vivent dans l'océan indien, très très loin des montagnes de Nouvelle Guinée, et ne sont pas arrivés là par miracle. Les papous qui les arborent les ont forcément troqués. Ils ont donc des biens à fournir en échange, et là encore, l'absence de tout outil de métal, par exemple, est éminemment suspecte. S'ils peuvent obtenir des cauris, ils peuvent aussi obtenir le reste, et mon expérience parmi les peuples premiers d'Afrique ou d'Amérique latine m'assure qu'ils le font. Si on ne les voit pas à l'image, c'est que le chef décorateur de Nicolas Hulot les a enlevés.

Quand à ce que l'équipe de tournage a laissé sur place, on le devine. A commencer par un très vraissemblable cargo cult, déifiant Nicolas et ses drôles de machines volantes, capables de stationner au-dessus des arbres, dans une débauche de technologie occidentale. A ce niveau, ce n'est plus Ushuaïa, c'est rencontre du 3ème Type. Et pas un mot sur cette confrontation et ses retombées sur les indigènes.

Accessoirement, pas de maladie, ni de problème, dans cette société merveilleuse vivant en parfaite harmonie avec la nature !!! Ce qui nous ramène au commentaire parfaitement imbécile accompagnant les cérémonies nuptiales nouba, affirmant que si ces jeunes filles acceptent de se laisser fouetter, elles disposent ensuite de toutes sortes d'onguents pour calmer leurs blessures... En oubliant de préciser qu'une fois sur 4 ou 5, cela s'infecte, causant des lésions irréversibles et parfois la mort...

Ces images qui confortent le mythe du bon sauvage et de l'état de nature perdu ne sont que du bourrage de crâne, de la lobotomisation pour bobos et adolescents altermondialistes. France 2 était comme d'habitude plus intègre, en affichant clairement la couleur de la reconstitution, mais avec une telle quantité d'anachronismes que tout le bel édifice se lézardait d'emblée. Faire remonter la naissance de la chefferie et de l'alliance pouvoir-religieux aux peuples sédentarisés disposant de maisons de pisé et de magnifiques vases en bronze est juste stupide. N'importe quel ethnologue aurait pu dire que des chefs et des magouilles politico-religieuses, il y en avait déjà chez les hommes des cavernes et les peuples les plus premiers qui soient... La structuration de la société ne dénature pas l'être humain, elle lui permet de progresser. Nuance fondamentale

05/08/2009

Le pois de la France... et de la Suisse

Mon film "Le Secret des dieux" (première mondiale le 9 09 09 en soirée de clôture du Festival Médias Nord sud) parle entre autres du CEB, le Chief Executive Board, la conférence réunissant deux fois par an, alternativement en Suisse et aux Etats-Unis, les chefs des principales organisations intergouvernementales mondiales. Un véritable conseil des ministres du monde, qui devrait se réunir plus souvent. Où l'on constate qu'aucun pays ne compte plus d'un représentant parmi les 26 membres, sauf deux... les Etats-Unis (qui en ont quatre) et la France qui en a... quatre aussi !

L'Afrique francophone est aussi assez bien représentée, mieux que l'Asie en tout cas, et parmi les curiosités, il y a un saoudien... qui est une saoudienne ! Les femmes étant par ailleurs, là aussi, sous-représentées. Cette surreprésentation française tend à infirmer les ranking universitaires mondiaux, puisque l'ENA et Polytechnique sont au moins aussi bien représentés que Harvard... D'aucuns insinuent que la forte rivalité onusienne entre les obédiences fraternelles francophone et anglo-saxonnes y serait pour quelque chose.

Plus fondamentalement, il me parait évident que c'est le fruit direct du siècle des Lumières, qui fit la République Française comme les Etats-Unis... et la Suisse, car n'en déplaise aux nostalgiques du Grütli, la Suisse moderne est bel et bien née de la Révolution française et de l'intervention bonapartiste. Au même titre (et c'est là qu'on voit combien les destins des peuples sont liés) que la Suisse romande et la région genevoise ont joué un rôle essentiel dans la Révolution française.

Parce que ses banquiers prêtaient, ou ne prêtaient plus, au Roi, parce que Necker était son ministre, parce que Rousseau, Voltaire et Mme de Staël, parce que Marat, parce que les cent suisse, parce que les émeutiers qui ont pris la Bastille étaient dirigés par d'anciens mercenaires helvétiques, parce que la Révolution genevoise, avortée, a servi de ballon d'essai à celle de Paris... Bref, la France et la Suisse, ensemble se grandissent mutuellement, et la Genève internationale leur permet d'être aux premières loges.

A l'heure où la mondialisation politique, après la mondialisation économique, s'impose comme le recours naturel et la solution aux problèmes dramatiques de la planète, où les nations, peu à peu perdent de leur intérêt, il est bon de se souvenir qu'il restera toujours des groupes d'intérêts et de leur histoire, de l'Histoire, qui nous fait ce que nous sommes.

 

 

 

 

03/08/2009

CEVA : Un barreau sud qui oublie le Châblais

 

Il suffit de prendre une carte de la région pour comprendre que le barreau sud devra tôt ou tard être relié au réseau de transport publics, mais qu'il n'est pas la réponse adaptée et prioritaire aux problèmes de la mobilité genevoise. Contrairement au CEVA.

Arguer qu'il collecterait plus de pendulaires motorisés n'est pas vrai. Ceux-ci passent la frontière en nombre à cet endroit parce que c'est là que l'autoroute franchit la frontière, mais l'autoroute longe toute la frontière et passe aussi par Annemasse. Le transfert route-rail se fera là où se feront les parkings d'échange pratiques, en France. Et pour le moment ils ne sont prévus nulle part, ce qui est certainement une faille des deux projets. Mais incontestablement, la variante CEVA drainera davantage de clientèle française que la variante Saint-Julien.

Derrière l'agglomération annemassienne, il y a en effet la vallée de l'Arve jusqu'à Cluses et Saint-Gervais, et surtout, surtout, tout le Châblais savoyard, jusqu'à Thonon qui sont de très importants bassins de peuplement frontalier et qui sont desservis par des voies ferrées. Il ne faut pas compter les faire passer par Saint-Julien pour se rendre à Genève, à l'aéroport ou sur Vaud, car ce serait un détours par l'autre bout du Canton.

Tandis qu'Annemasse étant situé au milieu, on peut très bien imaginer qu'une liaison ferroviaire soutenue de Saint-Julien vers Annemasse aurait quelques chances de succès, en attendant qu'un barreau de sud digne de ce nom soit tiré pour un tram. En attendant, un bus amélioré peut très bien faire l'affaire, puisque précisément le réseau routier rapide et performant en offre l'opportunité.

Les opposants au CEVA oublient de plus que la première fonction d'un métro ou d'un RER est de desservir et relier des zones urbaines à forte densité. C'est incontestablement le cas du CEVA. Tandis que le barreau sud relie une bourgade à une zone de fret, en passant par la campagne. Ils n'ont à vrai dire qu'une vision étroitement genevoise d'une région qui s'étend pourtant bien au-delà.

Normal, puisque l'opposition au CEVA se nourrit de la rencontre entre plusieurs sensibilités et intérêts, où l'on retrouve pêle-mêle des tenants d'une vieille hypothèse qui refusent de s'avouer battus, des opposants professionnels proches du MCG et des habitants de Champel apeurés par l'idée d'être reliés à la populace par un métro... Avec le risque bien réel de réunir une de ces majorités de circonstance qui en agitant le porte-monnaie aux yeux de l'électeur genevois est capable de paralyser tout projet d'avenir dans ce canton...

02/08/2009

Le 9 du 9 09 à 9 PM

 

Sans être superstitieux, le hasard fait parfois bien les choses: force est de reconnaître que la date que l'on nous a proposée pour la première de mon film « Le Secret des Dieux », en soirée de clôture du Festival Médias Nord-Sud, sonne drôlement bien.

L'évènement sera suivi de questions réponses sur la gouvernance mondiale et le protectionnisme au CICG. Des thèmes dont il a été question hier, dans les discours du 1er août. Celui de David Hiler, Président du Conseil d'Etat, devant les représentants des Missions diplomatiques et des Organisations internationales a été brillant. Après avoir souligné les obligations écologiques découlant de l'usage de notre maison commune, la Terre, et évoqué la nécessaire transparence fiscale qui cependant ne peut être que mondiale et égale pour tous (ce qui est encore loin d'être clair dans les discours du G20), il a rappelé, en tant qu'historien, que lorsque les marchandises cessent de franchir les frontières, ce sont généralement les armées qui les passent... Un discours très applaudi par la communauté internationale.

A Veyrier, où je n'étais pas, les paysans genevois, dont mon ami François Haldeman, avaient entrepris de circonvenir Doris Leuthard en l'invitant sur leurs terres. But de la manoeuvre, mettre en évidence les dangers de l'ouverture aux produits agricoles européens pour notre agriculture. L'argument choc développé (ils l'ont annoncé dans la presse) c'est que l'agriculture de niche « bio » mise en avant comme réponse aux accords, et montrée comme voie d'évolution à suivre aux paysans suisses, convient à certains produits de haute valeur ajoutée, comme le gruyère, le cardon argenté de Plainpalais et autres AOC, mais certainement pas aux produits de consommation courante, comme le blé, les pommes de terre ou le lait commun...

C'est un fait. Toute la question est de savoir s'il est bien logique de s'échiner à produire ici à grands frais (très largement subventionnés), à l'aide d'une forte mécanisation, du blé, des betteraves ou des patates qui poussent à bien meilleur coût dans la Beauce ou en Ukraine. La Suisse ne produit pas de voitures, qui est pourtant la base de l'activité industrielle mondiale et ne s'en porte pas plus mal. Nul n'est censé produire de tout et surtout pas un petit pays. C'est un non-sens économique et même écologique de le prétendre, car les coûts carbone de production dans des conditions qui ne sont pas idéales sont supérieurs au coût carbone du transport... Sans parler du coût lui-même.

Quid de la sécurité alimentaire, me direz-vous ? Eh bien si l'athmosphère européenne devenait orageuse au point de devoir fermer les frontières (ce qui a bien plus de chances de se produire avec le protectionnisme que l'inverse), il serait toujours temps de mettre en oeuvre un plan Wahlen bis et de planter des patates au Parc la Grange.

Quid des espaces agricoles à préserver ? A préserver pourquoi ? Soit ces terres peuvent être mises en exploitation pour des productions rentables sans subvention (de niche, bio ou autres) soit elles ne le peuvent pas et si elles ne le peuvent pas, elles peuvent sans autre retourner à l'état sauvage, y compris dans les alpages... Un peu de forêt supplémentaire ne fera de mal à personne, si l'on en croit les discours que l'on entend tous les jours au sujet des paysans de la forêt africaine ou amazonienne... Et si certaines de ces terres, notamment à Genève, peuvent être déclassées pour construire quelques habitations supplémentaires dans le canton, qui s'en plaindra ?

Quid des paysans alors ? Là encore, soit ils parviennent à rendre leur exploitation rentable, soit ils se recyclent. Et l'Etat doit les y aider, ce qui coûtera toujours moins cher que de les subventionner à vie aussi largement que c'est le cas actuellement, pour des activités structurellement déficitaires. Et contrairement à la culture (celle que l'on étale comme la confiture) qui se doit à mon avis d'avoir l'accent du pays, ou aux produits de niche culturellement très connotés (du fromage de Bagnes ou de l'Etivaz, des abricots du Valais, de l'Humagne ou de l'Oeil de Perdrix) les produits de consommation courante n'ont pas de légitimité « locale ».

D'accord, se recycler n'est pas facile, à fortiori lorsque l'histoire familiale est ancrée dans la terre depuis des générations, mais cela arrive dans tous les secteurs d'activité, et cela n'est pas né avec le monde moderne. A mon humble avis, qui n'engage que moi et certainement pas le parti dont je ne suis qu'un simple membre, le maintien à bout de bras d'une agriculture de production de masse n'a aucun sens en Suisse et à Genève en particulier, à moins qu'un petit génie de l'agronomie ne parvienne à faire ce que les horlogers jurassiens ont su faire pour la Swatch (ou les néerlandais avec leurs tulipes et leurs tomates...): trouver le moyen d'être rentable et concurrentiel sur le marché international!