01/09/2009

Genève, son suicide et son 2ème pilier international

 

Genève passe un sale quart d'heure. Qui risque de s'éterniser... La pression sur les banques ayant accueilli le fruit de l'évasion ou de la soustraction fiscale ne va pas se relâcher de sitôt. Et d'ici à ce que la place financière achève sa mue, en laissant tomber sa vieille peau pour se resserrer sur ce qu'elle sait faire excellemment bien, à savoir gérer l'argent au mieux dans des conditions de fiabilité inégalées, bien des postes de travail vont disparaître. C'est mathématique et les conséquences sur les revenus fiscaux du canton, comme de la ville, seront considérables.

L'industrie du luxe et de l'horlogerie, troisième pilier de la prospérité genevoise, ne va guère mieux. Car si les marchés connaissent à nouveau des hauts et plus seulement des bas, la reprise reste très incertaine dans les consciences... et dans les porte-monnaie, même les mieux garnis, qui sont aussi souvent ceux qui ont le plus perdu dans la crise.

C'est donc le moment qu'a choisi l'extrême-gauche pour lancer son référendum contre le 2ème pilier de la prospérité genevoise, celui qui sous-tend tous les autres, de par le renom qu'il assure à Genève: le monde des organisations internationales. Le terme de 2ème pilier est des plus approprié, puisqu'il représente à peu près le cinquième de l'économie du Canton.

Alors bien sûr, il y en a ras-le-bol des concessions au fric et au sacro-saint business, qui font avaler de décidément bien grosses couleuvres. N'empêche que sans ce fric, sans les impôts, les places de travail et toute l'activité locale engendrée, Genève ne serait qu'une petite ville de province. Pas grave, diront certains, prompts à attiser le ras-le-bol et les jalousies à l'égard de ces banquiers aux primes juteuses ou de ces internationaux qui ne paient ni impôts ni amendes. Ce qui soit dit en passant est faux.

Les internationaux paient des impôts à la source, à leurs pays respectifs, qui en retours assument l'entier des dépenses des organisations et de leurs employés à Genève. Au moins 5 milliards injectés annuellement dans l'économie locale, ce qui paie plusieurs mois de salaire à toute la population genevoise. Quant aux amendes, 98% des diplomates les paient ou n'en ont jamais. 2% d'indisciplinés, concentrés sur une petite dizaine de pays, notamment d'Europe latine et d'Afrique, c'est une proportion qui n'a rien d'anormal ou d'injuste. Et lorsqu'ils dépassent les bornes, ils s'exposent à des sanctions, dont le retrait de leur immunité. Par ailleurs, dans les organisations internationales, les amendes sont envoyées directement aux services du personnel, qui demandent aux fautifs de payer.

Le plus important, c'est que si d'aventure le message envoyé aux organisations internationales le 27 septembre était négatif, cela ne pourrait que renforcer la tendance, aux seins des organisations internationales, à déménager ou délocaliser. Parce que Genève est chère, qu'on n'y trouve plus à se loger, que l'on y circule de plus en plus mal... Les mêmes ennuis que pour le Genevois de base... Sauf que les organisations internationales auraient un intérêt financier évident à lever le camp, et qu'en période de crise, on économise partout.

La Genève internationale est un château de cartes où tout se tient. Cette imbrication fait sa force, mais si des maillons essentiels, comme l'OMC doivent s'en aller trouver ailleurs – à leur grand dam - l'accueil correspondant à leurs besoins, notamment en termes d'espace... C'est tout le château qui vacille. Et s'il s'écroule, c'est Genève qui se retrouve privée des moyens de ses ambitions, notamment en matière sociale.

Un assisté social, dans le canton, touche chaque mois 60% de plus qu'un RMIste français... ou encore l'équivalent du salaire d'un ministre dans un PMA (les pays les moins avancés = les plus pauvres). Ces mêmes pays qui se saignent aux quatre veines pour envoyer, à Genève, quelques délégués dans les conférences les plus importantes. Et qui paient donc indirectement, de concert avec les pays riches, une bonne partie de ces allocations d'asistance. Sans paler des trams, des écoles, bref de tout ce qui fait notre quotidien.

Ils en paient un cinquième en fait, proportionnellement à la part de la genève internationale dans l'économie locale. Si la Genève Internationale s'écroule comme cela c'était passé à la fin de la SDN, c'est aussi en gros un emploi sur 5 (et parmi les mieux payés) qui disparait. On imagine les dégats.

C 'est l'importance du problème et la taille catastrophique du risque que cela fait courrir sur chacun d'entre nous qui a poussé tous les partis politiques, hors l'extrême gauche, à conclure une union sacrée sur la question.

Certes, Genève a déjà connu ce type de cataclysmes et s'en est relevé. A la fin de la SDN, précisément ou à la fin du Moyen Age, lorsque les routes de la soie et des épices, qui passaient par Genève pour relier Venise au Nord de l'Europe, ont été ruinées par la concurrence des routes maritimes. A chaque fois, dans les années 40 comme au XVème siècle, le secteur financier a pris le relais. Mais cette fois, il est lui-même en crise. Dont il saura se sortir, soyons-en certains, il en a les capacités. Seulement, ce n'est peut-être pas le moment de sacrifier toutes les poules aux oeufs d'or en même temps.

Ceux qui par jalousie, rancune ou même par esprit de justice comptent voter "non" le 27 devraient se rappeler que d'une manière ou d'une autre, à moyen terme, leur niveau de vie pâtira d'un vote négatif. C'est aussi simple et mathématique que cela. Et qu'un oui n'améliorera en rien leur situation, puisque l'enjeu officiel, le parc public, n'est en réalité pas vraiment touché par l'extension. Tout ceci n'est qu'une grosse boursouflure électorale visant à rassurer l'ego des quelques militants d'extrême gauche qui rêvent de revenir au Grand Conseil. Au prix de la ruine de Genève et des Genevois !

 

Commentaires

Excellent! Je veux dire le suicide bien sûr.

Écrit par : Olivier | 01/09/2009

Peut-être que Genève doit effectivement se recentrer sur sa région proche, et se résigner à laisser un peu filer le côté "international", qui certes est un beau blason, mais complique beaucoup les choses. Un peu comme la politique internationale de la France (souvent l'héritage de son empire) complique les problèmes des Français ordinaires, je dirais. La province a aussi son charme. Et l'universalisme, je pense, va à la fois plus loin et plus haut que l'internationalisme, qui s'appuie plus sur les Etats (les fonctionnaires) que les gens (les individus du monde entier).

Écrit par : Rémi Mogenet | 03/09/2009

Les commentaires sont fermés.