23/09/2009

Business is business

Lors du débat qui a suivi la première de mon film Le Secret des Dieux, qui porte sur la gouvernance mondiale face à la crise et le rôle qu'y joue l'OMC, une spectatrice m'a demandé pour qui j'avais fait ce film ?

Pour les 10 à 20% de gens qui s'intérèssent à la politique, à l'économie et à la manière dont les choses fonctionnent vraiment. Qui sont incontestablement un peu plus nombreux que la moyenne parmi les lecteurs de ces blogs. ce qui fait que j'y traîne volontiers quand j'ai le temps.

C'est pourquoi aussi, aux 20 premiers lecteurs de ces blogs qui s'annonceront en tant que tels à l'entrée, puis aux un sur cinq suivants, j'offre un DVD de la fiction Ashakara.

La plus belle fille du monde ne peut offrir que ce qu'elle a et la gouvernance mondiale, c'est un sujet ardu. Qui nous concerne tous, certes, car cela définit la sauce à laquelle nous serons mangés demain... Mais ardu, en dépit d'un casting ébouriffant. Pour mémoire:

Pascal Lamy (OMC), Juan Somavia (BIT). Lula (Brésil), Sarkozy (France), Strauss-Kahn (FMI), Zoellick (Banque Mondiale), Pictet (Pictet), Guebuza (Mozambique), Steiner (PNUE), Jarraud (OMM), Annan (Forum Global), Ki-moon (ONU), Sapir (EHESS), Badie (Sciences-Po), Peyrelevade (Polytechnique), plus quelques seconds couteaux et deux coutelles Magali Orsini (Attac) et Salika Wenger (Indépendante de gauche)

Il y a une séance par soir au CAC Voltaire (consulter les horaires sur le mémento Tribune).

 

21/09/2009

La Gouvernance mondiale au cinéma

Demain mardi, à 19h00, première publique du "Secret des Dieux", au CAC Voltaire. la projection sera suivie d'un débat avec Magali Orsini, d'Attac Genève sur les thèmes du film: la gouvernance mondiale et les changements que la crise induit, le protectionnisme, la possibilité de concilier aide au développement et développement durable, le rôle de l'OMC, du BIT et des principales organisations internationales dans tout cela...

Les blogueurs de la Tdg, connus ou annonymes sont bien évidemment attendus pour participer pour une fois à un débat qui ne sera pas épistolaire

 

09/09/2009

Merci à Micheline Calmy Rey de son objectivité

Je n'ai de loin pas toujours été en accord avec Micheline Calmy-Rey, notamment sur la question colombienne,mais je dois lui reconnaître un courage certain.
Rares sont les hommes et femmes politiques à reconnaître que la démocratie peut-être un problème,voire un obstacle à la solidarité.
Le premier, c'était Dominique Strauss-Kahn, dans un discours récent lors du sommet Aid for Trade à Genève,mais il n'est plus actif en politique, au moins pour l'instant.
Dans son discours du forum "Faim du Monde" mardi soir au CICG, Micheline Calmy Rey a rappelé l'injustice que faisait aux productions agricoles du Sud nos subventions agricoles du Nord. Et souligné qu'elles étaient électoralement fort difficiles à combattre. Merci de cette objectivité, assez rare en politique pour être soulignée.
Par les temps qui courrent, il me semble que les valeurs de rigueur, d'honnêteté, de transparence et pour tout dire d'éthique ne peuvent qu'améliorer la gestion des affaires publiques. Un peu contrainte et forcée, la Suisse se voit aujourd'hui conduite à changer les recettes du succès qui l'ont menée à la première place de la compétitivité mondiale. Faisons de la rigueur morale et de la solidarité non plus un paravent, mais une base de travail solide, un symbole indétachable du "swiss Made". Ainsi peut-être pourrons-nous garder notre rang dans le monde.  

A part cela, excellente nouvelle, le film "Le secret des dieux" sera visible en salles, au CAC Voltaire, dès le 22 septembre et vers a mi-octobre à lausanne. Le DVD sera disponible à la même époque.

08/09/2009

Première Mondiale du film LE SECRET DES DIEUX

J'ai été trotskyste dans ma jeunesse et j'en ai gardé une valeur: l'internationalisme. Pour moi, un paysan, un comptable ou un ouvrier de mon pays ne valent ni plus ni moins qu'un paysan, un comptable ou un ouvrier d'un pays pauvre éloigné de plusieurs milliers de kilomètres. D'autant plus que le Togo, la Colombie, le Maroc directement pour des raisons familiales et beaucoup d'autres, pour des raisons affectives sont autant mes pays que la France ou la Suisse. Ces gens, ailleurs ont en théorie les mêmes droits qu'ici et je m'efforce, dans la mesure de mes moyens de faire en sorte que cela soit vrai aussi en pratique.
La mondialisation est le meilleur moyen d'y parvenir. Une mondialisation améliorée, bien entendue et plus équitable. Sauf que les altermondialistes prennent la solution pour le problème et vice versa. Le problème, c'est l'Etat-Nation, qui n'est plus de taille à faire contreproids aux puissances de l'argent, qui elles sont internationales. Cela ne date pas d'aujourd'hui puisque durant la guerre de 14 déjà, certains dénonçaient "le grand capital apatride..."
Tenter de refermer les frontières comme veulent le faire les altermondialistes serait une catastrophe économique majeure, qui nous mènerait tout droit à la guerre. Nucléaire la guerre ! Ce qu'il faut, c'est une forme d'Etat mondial, démocratique, qui dispose de pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires multinationaux pour créer les conditions de la stabilité et du développement, dans le respect de normes environnementales, sociales et fiscales qui s'imposeront alors, tout naturellement et surtout équitablement.
Des socialistes visionnaires et pragmatiques comme Pascal Lamy, Juan Somavia (le patron du BIT) et d'autres l'ont compris. Le changement ne se fera pas en quinze jours. Il prendra des années, mais la crise vient de lui donner un sérieux coup d'accélérateur. C'est très exactement le thème de mon film, dont la première mondiale aura lieu ce mercredi - sur invitation - 9 09 09 à 9 heures du soir (et c'est un hasard, mais il parait de bon augure) au CICG, en clôture du Forum Médias Nord Sud sur "LA FAIM DU MONDE".

Tourné en Haute Définition, "LE SECRET DES DIEUX" , documentaire de 90' sera visible en salles à Genève avant la fin du mois et à Lausanne ensuite. Il existe dès à présent en français et en anglais, tandis que les sous-titrages allemand, italien et espagnol sont en cours. Il sera diffusé par la TSR avant la fin de l'année, sans doute au moment du sommet de Copenhague.

On peut en voir la bande annonce ici :

http://www.lesecretdesdieux.ch/trailer.php

Le site

http://www.lesecretdesdieux.ch renseignera sur les sorties en salle et sur l'achat du DVD qui sera livrable en format classique et en Blu-Ray Haute Définition début octobre.

Au casting, parmi beaucoup d'autres, on trouve plusieurs chefs d'Etat, dont Lula et Sarkozy, des patrons d'organisations internationales, comme Lamy (OMC), Somavia (BIT), Jarraud (OMM), Steiner (PNUE), des banquiers (Pictet, Peyrelevade) des altermondialistes (Wenger, Orsini), des Professeurs (Saab, Sapir, Badie)... Et même le Président du Conseil d'Etat, David Hiler. Tout un monde qui réfléchit et qui agit sur la manière dont notre planète, demain sera gouvernée.

C'est beaucoup de blabla, c'est sûr, et ça manque d'érotisme et d'action, c'est certain, mais c'est du blabla intéressant, qui nous concerne tous. Ces gens sont ceux qui dessinent notre réalité de demain. Les crises, servant de catalyseur, vont semble-t-il permettre de débloquer certaines pesanteurs. profitons de l'occasion, car si la gouvernance mondiale ne progresse pas, c'est le chaos qui occupera le terrain.

Merci d'avance à MM. Pascal Lamy, Juan Somavia et David Hiler d'avoir accepté d'honorer de leur présence cette première mondiale.

 

05/09/2009

Vérités et contre vérités sur l'OMC

Rétablissons quelques vérités. La décision de retoucher la photo fut une décision stupide, prise unilatéralement par le responsable d'une agence de communication dont c'était la première campagne politique. Et sans doute la dernière, car il n'a pas compris la leçon et explique encore qu'il s'agissait de rendre le parking plus visible, sans intégrer le fait qu'il déformait la réalité. Une déformation représentative de ce qu'il y a de pire dans le marketing... Qui rabaisse les partisans de l'extension au niveau des opposants, qui ne cessent de mentir dans cette affaire.
C'est d'autant plus stupide s'il l'a fait de bonne foi, non pas pour tromper, mais pour montrer, et que c'est en quelque sorte un dégât collatéral. Llorsque les responsables de la campagne, délégués de partis par exemple, ont découvert l'affichette, ils n'ont relu que les textes, pas les photos, car ils ignoraient la retouche. Ils  ont donc donné leur blanc-seing de bonne foi. Mais les autorités n'ont rien à faire là-dedans, car elles ne se mêlent pas de l'organisation de la campagne.
Sur le fond, ces 6 petits arbres ou gros arbustes - par ailleurs sans valeur et sans intérêt - sont une parcelle qui n'est pas publique mais allouée à l'OMC par les accords de siège. Elle pourrait d'ailleurs interdire l'accès de toute cette parcelle au public, jusqu'aux rives du lac, ce qu'elle ne fait pas, à bien plaire, par respect des Genevois.
Cette coupe sera compensée au décuple par la plantation d'un nombre largement supérieurs d'arbustes destinés à enjoliver la haie de sécurité.
Celle-ci mordra très légèrement sur le Parc Barton qui jouxte cette parcelle et qui seul peut juridiquement faire l'objet d'une opposition, car effectivement public. Il ne perdra aucun de ses arbres, dont beaucoup sont vénérables et remarquables. Les qualificatifs que j'emploie ici :" petits arbres", "gros arbustes" "très légèrement"... sont aisément vérifiables ce dimanche en allant constater sur place, aux Journées portes-ouvertes de l'OMC.
Quant à Pascal Lamy, il n'est pas le pape de la dérégulation commerciale internationale, mais tout au contraire le patron d'une organisation chargée de réguler le commerce mondial. Le commerce existe depuis la nuit des temps, et dès leurs premières années, les petits humains troquent, échangent, partagent, bref font du commerce... Et parfois se disputent. C'est pourquoi il faut des règles et des tribunaux pour trancher les litiges en fonction des règles adoptées.
Depuis presque aussi longtemps,il existe un commerce international. Les hommes des cavernes échangeaient déjà des biens sur des milliers de kilomètres et l'Antiquité a fortement développé ces échanges. Seulement les lois sont nationales et lorsque surgissait un conflit commercial d'ordre international, il n'y avait guère de moyen de le règler pacifiquement à l'amiable.
Les litiges commerciaux et le protectionnisme qui leur est souvent lié sont, avec les religions, les premiers motifs de déclenchement des guerres dans l'histoire. La première et la seconde guerre mondiale en sont de parfaits exemples : l'Allemagne, l'Italie et le Japon avaient en commun un énorme problème d'approvisionnement en matières premières et le besoin de débouchés extérieurs pour leurs produits manufacturés, toutes choses que les puissances alliées monopolisaient depuis la première guerre mondiale.
C'est pourquoi le GATT, ancètre de l'OMC a été créé à la fin de la seconde guerre mondiale: pour édicter des règles internationales et dire le droit lorsque les lois nationales ne peuvent plus s'appliquer parce que le litige concerne plusieurs pays, donc plusieurs législations disparates.
Alors, svp, arrêtons de parler de dérégulation. L'OMC fixe des règles mondiales sur la base de l'accord unanime de tous ses pays membres, dont la Suisse. Ce faisant, certaines de ses règles contreviennent à des règles nationales et peuvent sembler défavorables à tel ou tel pays, ce qui explique l'impopularité de l'OMC dans certains milieux, paysans par exemple. Mais elles sont le fruit de négociations et d'échanges: je te donne ceci, et tu me donnes cela.
Le fruit aussi d'un rapport de forces au sein duquel les pays émergents et en développement sont aujourd'hui majoritaires, sans Conseil de Sécurité des 5 gros bras de la gouvernance mondiale pour y faire contrepoids.
Concrètement, cela porte des conséquences qui ne sont pas forcément favorables à nos pays développés, les plus riches de la planète, mais c'est l'expression de l'équité et de la démocratie. Il est assez cocasse de constater que ce sont les gauchistes, censés défendre le pauvre et l'orphelin qui sont le plus hostiles à ce renversement de situation.
Mais c'est logique, l'extrême gauche occidentale défend les intérêts des plus pauvres occidentaux. Qui sont effectivement lésés par la montée en puissance des pays pauvres et émergents. Les plus riches sont également lésés, mais d'une part ils ont de la marge et d'autre part, leur mobilité intellectuelle et financière leur permet d'être plus réactifs et moins dépendant d'une rente de situation, si parcimonieuse soit-elle.
A moyen et long terme, cependant, tout le monde y gagne. Parce que le monde global gagne ainsi en sécurité, ce qui est considérable à l'heure de la prolifération nucléaire, et parce qu'en rééquilibrant un peu les niveaux de richesse ici et là-bas, on autorise la mise en place d'un début de mesures sociales là-bas, qui au final, devrait permettre d'améliorer la situation de tous... Dans une société nettement plus respectueuse de l'environnement, si l'on veut qu'elle soit durable.
Et tout ceci se pense, se conçoit, se met au point et se réalise, peu à peu, ici, à Genève, à l'OMC, au BIT (enfin on dit l'OIT maintenant), à l'OMM... et aussi au PNUE à Naïrobi, et au PNUD à Bonn... mais c'est à Genève que les conférences les plus importantes se déroulent. Pour l'instant. Si elles devaient émigrer à Bonn ou à Naïrobi, le sort des plus pauvres ou des paysans d'ici serait d'un coup sérieusement péjoré, car ils auraient moins de poids dans les débats et surtout l'économie genevoise qui subventionne largement ces catégories sociales, serait saignée à blanc.

04/09/2009

Forum Nord Sud: quel monde après la décolonisation

Pour l'ouverture ce lundi du Forum Média Nord-Sud de Jean-Philippe Rapp, un passionant débat s'est lancé sur le blog de mon ami Pierre Kunz, qui nous change des bêtises libyennes. Il traite tout simplement des rapports nord sud et des causes réelles ou supposées de la faim dans le monde. Dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle ne date pas d'hier, mais qu'elle ne disparait pas aussi vite qu'elle le devrait.

Sur l'analyse du passé et des méfaits de la colonisation, je suis globalement d'accord avec Johann, pour une fois. Non sans quelques nuances cependant, car aucun schéma ne fonctionne aussi linéairement que ne le sous-tendent la plupart des thèses universitaires.
Il est vrai que Londres a ruiné sciemment la production textile indienne, mais vrai aussi que celle-ci n'était pas industrielle, mais manufacturière, basée sur des cohortes d'ouvriers-esclaves, parias et hors castes taillables et corvéables à merci, là où l'Europe, et la Grande-Bretagne en première, se sont précisément mécanisées.
De manière générale, ce qui s'est passé au XIXème siècle, grâce aux effets conjugués de la mécanisation, du capitalisme ET du socialisme (ou plutôt du syndicalisme), c'est une plus grande spécialisation des tâches, assorti d'un bond phénoménal des prix et des revenus et de la mise en place d'un système social de répartition... Basé sur des logiques nationales, donc réservé aux résidents nationaux (comme en Suisse) ou privilégiant les populations des métropoles coloniales (France et Grande-Bretagne). Mais ne délaissant pas complètement les colonies, qui profitaient tout de même des investissements strictement nécessaires à la bonne marche des affaires et à la formation contrôlée d'élites locales. Il est d'ailleurs intéressant de comparer l'attitude des différentes métropoles à cet égard.
La décolonisation, voulue principalement par les Etats-Unis, qui entendaient ainsi, après la seconde guerre mondiale, se ménager un accès aux marchés captifs des puissances coloniales, a aggravé le phénomène en supprimant l'obligation d'investissement dans les infrastructures, le néo-colonialisme n'assumant plus que la fonction prédatrice.
Aujourd'hui, avec les pays émergents, on arrive à un stade nouveau. Le boulevard mondial conçu par les Etats-Unis, à travers les accords de Bretton Wood, sur les cadavres des puissances coloniales, est désormais arpenté par les pays émergents, et il leur profite. L'OMC symbolise parfaitement ce bouleversement des équilibres qui fait que nous, puissances occidentales (et la Suisse en fait partie à tous points de vue: même sans avoir possédé de colonies directement, elle y investissait largement) ne seront plus jamais maîtres du monde. Sauf guerre nucléaire qui nous serait aussi dommageable qu'à nos adversaires vitrifiables. Car c'est à l'OMC que les pays émergents, mais aussi les pays les moins avancés, trouvent la tribune pour participer à l'élaboration des règles et défendre leurs intérêts contre la puissance encore bien réelle des Etats-Unis ou de l'Union européenne.
Qu'on ait ou non la nostalgie de la surématie occidentale n'est plus la question. Il s'agit de s'adapter et de profiter au mieux des nouvelles opportunités qu'offre le monde de demain, un monde qui sera global, avec ou sans pétrole, et si l'on ne fait pas de bêtises, plus équitable et plus harmonieux, donc plus sûr.

01/09/2009

Genève, son suicide et son 2ème pilier international

 

Genève passe un sale quart d'heure. Qui risque de s'éterniser... La pression sur les banques ayant accueilli le fruit de l'évasion ou de la soustraction fiscale ne va pas se relâcher de sitôt. Et d'ici à ce que la place financière achève sa mue, en laissant tomber sa vieille peau pour se resserrer sur ce qu'elle sait faire excellemment bien, à savoir gérer l'argent au mieux dans des conditions de fiabilité inégalées, bien des postes de travail vont disparaître. C'est mathématique et les conséquences sur les revenus fiscaux du canton, comme de la ville, seront considérables.

L'industrie du luxe et de l'horlogerie, troisième pilier de la prospérité genevoise, ne va guère mieux. Car si les marchés connaissent à nouveau des hauts et plus seulement des bas, la reprise reste très incertaine dans les consciences... et dans les porte-monnaie, même les mieux garnis, qui sont aussi souvent ceux qui ont le plus perdu dans la crise.

C'est donc le moment qu'a choisi l'extrême-gauche pour lancer son référendum contre le 2ème pilier de la prospérité genevoise, celui qui sous-tend tous les autres, de par le renom qu'il assure à Genève: le monde des organisations internationales. Le terme de 2ème pilier est des plus approprié, puisqu'il représente à peu près le cinquième de l'économie du Canton.

Alors bien sûr, il y en a ras-le-bol des concessions au fric et au sacro-saint business, qui font avaler de décidément bien grosses couleuvres. N'empêche que sans ce fric, sans les impôts, les places de travail et toute l'activité locale engendrée, Genève ne serait qu'une petite ville de province. Pas grave, diront certains, prompts à attiser le ras-le-bol et les jalousies à l'égard de ces banquiers aux primes juteuses ou de ces internationaux qui ne paient ni impôts ni amendes. Ce qui soit dit en passant est faux.

Les internationaux paient des impôts à la source, à leurs pays respectifs, qui en retours assument l'entier des dépenses des organisations et de leurs employés à Genève. Au moins 5 milliards injectés annuellement dans l'économie locale, ce qui paie plusieurs mois de salaire à toute la population genevoise. Quant aux amendes, 98% des diplomates les paient ou n'en ont jamais. 2% d'indisciplinés, concentrés sur une petite dizaine de pays, notamment d'Europe latine et d'Afrique, c'est une proportion qui n'a rien d'anormal ou d'injuste. Et lorsqu'ils dépassent les bornes, ils s'exposent à des sanctions, dont le retrait de leur immunité. Par ailleurs, dans les organisations internationales, les amendes sont envoyées directement aux services du personnel, qui demandent aux fautifs de payer.

Le plus important, c'est que si d'aventure le message envoyé aux organisations internationales le 27 septembre était négatif, cela ne pourrait que renforcer la tendance, aux seins des organisations internationales, à déménager ou délocaliser. Parce que Genève est chère, qu'on n'y trouve plus à se loger, que l'on y circule de plus en plus mal... Les mêmes ennuis que pour le Genevois de base... Sauf que les organisations internationales auraient un intérêt financier évident à lever le camp, et qu'en période de crise, on économise partout.

La Genève internationale est un château de cartes où tout se tient. Cette imbrication fait sa force, mais si des maillons essentiels, comme l'OMC doivent s'en aller trouver ailleurs – à leur grand dam - l'accueil correspondant à leurs besoins, notamment en termes d'espace... C'est tout le château qui vacille. Et s'il s'écroule, c'est Genève qui se retrouve privée des moyens de ses ambitions, notamment en matière sociale.

Un assisté social, dans le canton, touche chaque mois 60% de plus qu'un RMIste français... ou encore l'équivalent du salaire d'un ministre dans un PMA (les pays les moins avancés = les plus pauvres). Ces mêmes pays qui se saignent aux quatre veines pour envoyer, à Genève, quelques délégués dans les conférences les plus importantes. Et qui paient donc indirectement, de concert avec les pays riches, une bonne partie de ces allocations d'asistance. Sans paler des trams, des écoles, bref de tout ce qui fait notre quotidien.

Ils en paient un cinquième en fait, proportionnellement à la part de la genève internationale dans l'économie locale. Si la Genève Internationale s'écroule comme cela c'était passé à la fin de la SDN, c'est aussi en gros un emploi sur 5 (et parmi les mieux payés) qui disparait. On imagine les dégats.

C 'est l'importance du problème et la taille catastrophique du risque que cela fait courrir sur chacun d'entre nous qui a poussé tous les partis politiques, hors l'extrême gauche, à conclure une union sacrée sur la question.

Certes, Genève a déjà connu ce type de cataclysmes et s'en est relevé. A la fin de la SDN, précisément ou à la fin du Moyen Age, lorsque les routes de la soie et des épices, qui passaient par Genève pour relier Venise au Nord de l'Europe, ont été ruinées par la concurrence des routes maritimes. A chaque fois, dans les années 40 comme au XVème siècle, le secteur financier a pris le relais. Mais cette fois, il est lui-même en crise. Dont il saura se sortir, soyons-en certains, il en a les capacités. Seulement, ce n'est peut-être pas le moment de sacrifier toutes les poules aux oeufs d'or en même temps.

Ceux qui par jalousie, rancune ou même par esprit de justice comptent voter "non" le 27 devraient se rappeler que d'une manière ou d'une autre, à moyen terme, leur niveau de vie pâtira d'un vote négatif. C'est aussi simple et mathématique que cela. Et qu'un oui n'améliorera en rien leur situation, puisque l'enjeu officiel, le parc public, n'est en réalité pas vraiment touché par l'extension. Tout ceci n'est qu'une grosse boursouflure électorale visant à rassurer l'ego des quelques militants d'extrême gauche qui rêvent de revenir au Grand Conseil. Au prix de la ruine de Genève et des Genevois !