26/10/2009

Les exclus des partis

 

Les partis politiques ont de nombreuses fonctions, parmi lesquelles certaines sont plus importantes que d'autres:

  • Regrouper des gens ayant des idées proches, pour faciliter les consensus

  • Permettre à des personnes sans fortune d'accéder à la politique et aux responsabilités

  • Présélectionner les candidats aux responsabilités, les tester par des compétitions internes, formelles ou informelles au sein du parti, afin de choisir, à priori, les plus compétents et les mieux dignes de représenter l'idéologie collective

    Sur ce dernier point, la sélection interne, chaque parti a ses règles, écrites et non écrites, qui valent ce qu'elles valent, mais qui ont le mérite d'exister, qui vont du vote public sur des candidatures aux coups de couteau dans le dos. En interne, les combats peuvent être d'une rare sauvagerie, quoiqu'officiellement à fleurets mouchetés et ce quel que soit le parti. Même si les socialistes s'en sont fait une spécialité :-)

    L'avantage c'est qu'en principe, au sein de son parti, on dispose de divers moyens pour se faire connaître et reconnaître, à commencer par le militantisme, qui est le dévouement au parti, critère premier d'évaluation, mais pas forcément le plus important. Les compétences, la qualité d'analyse, l'empathie, tout est passé en revue par chacun, en son for intérieur, au fil des réunions qui permettent de se connaître.

    Hors, comme le faisait très justement remarquer un excellent dossier du temps, la plupart des responsables du MCG ont ceci de commun qu'ils sont passés auparavant par d'autres partis, dont ils se sont retirés, parce qu'ils n'obtenaient pas les places qu'ils espéraient dans les listes de candidats ou les postes à responsabilité... Quand ils n'ont pas été carrément exclus. A chaque cas des causes différentes, qui vont de la malversation réelle ou supposée (en provenance du PDC), au racisme avéré (en provenance de l'UDC - il faut le faire ) en passant par l'incompétence supposée ou tout simplement l'inadéquation entre les ambitions du candidat et la reconnaissance de ses talents par le parti. Certains ont même fait successivement le tour de la moitié de la République : libéral, puis radical, puis MCG et finalement UDC... D'autres venant de l'extrême gauche avant d'y retourner.

    • Qu'un parti qui se présente comme celui des exclus du système soit effectivement celui des exclus de la politique classique n'a rien que de très logique. Mais il est bon de se rappeler, au moment de mettre son bulletin dans l'urne, que le-dit parti est essentiellement composé de gens ayant été jugés incompétents par leurs pairs, au sein de leurs anciennes formations.

    • Il va de soi que les électeurs n'ont aucune responsabilité dans ces exclusions. Mais il est bon qu'ils soient informés de qui ils élisent. Hors par définition, les leaders du MCG n'ayant généralement pas été jugés aptes à exercer des responsabilités au sein de leurs anciennes formations, il leur est facile de se présenter, devant l'électeur, vierges de toute erreur de gestion, puisqu'ils n'ont jamais eu à gérer publiquement... Mais ce n'est de loin pas un gage de compétence ou d'intégrité.

Prochainement, la suite: en quoi le protectionnisme - y compris contre les frontaliers - est-il incompatible avec l'évolution de la société moderne et à court terme facteur de décrépitude économique.

Commentaires

Le problème n'est peut-être pas là, car il faut planer un peu pour ne pas savoir que le libre échange développe l'économie. Le vrai problème est de savoir comment résoudre les problèmes créés par le libre échange, et qui ne relèvent pas de l'économie globale, mais peuvent avoir quand même un coût. Plus l'économie est globalisée, plus les marchands, pour ainsi dire, peuvent jouer avec les différents systèmes d'Etat pour ne pas subir ce coût. Pour résoudre les problèmes, il faut aller plus vite dans la construction d'institutions démocratiques qui soient à la mesure et à l'échelle du champ d'action de l'activité économique. Au lieu de cela, il faut bien l'avouer, chaque communauté qui a son système propre essaye de tirer ses marrons du feu en étant le principal bénéficiaire de l'enrichissement global, et en laissant le coût induit (coût environnemental, par exemple, ou social) aux autres. Et tenez, Philippe, ce qui permet cette forme d'égoïsme, c'est, selon moi, par exemple l'idée que telle communauté urbaine a spontanément plus le sens de la démocratie que telle communauté non urbaine. Car dès qu'on a dit cela, on est sûr qu'on ne va pas facilement accepter des structures démocratiques dont les orientations pourraient dépendre de la partie campagnarde, pour ainsi dire. Or, la démocratie l'exige bien: pourquoi pas? Mon conseil est donc, pour ceux qui veulent développer les choses dans ce sens, de commencer par s'intéresser aux cultures d'à côté et par développer en eux le goût de ces cultures d'à côté, même s'ils n'ont pas baigné dans ce genre d'atmosphère psychique, si j'ose dire. Pour le protectionnisme, tout le monde sait bien que cela freine le développement économique: vous perdriez votre temps, à essayer de le prouver.

Écrit par : rm | 26/10/2009

Eh bien Rémi, nous sommes au moins d'accord sur toute la première partie de la démonstration. Il faut vraiment planer pour ne pas comprendre que l'ouverture des marchés, y compris de l'emploi, était synonyme de croissance économique et vice versa. Malheureusement, il semble que quelques planeurs sévissent encore dans cette République et prétendent résoudre le problème de l'emploi des Genevois par des pratiques susceptibles de nuire à l'économie...
Il est vrai que seule une adaptation des règles administratives et de de gouvernance à la dimension réelle des échanges permettra de gérer les excès et disfonctionnements en tous genre. Vous résumez là parfaitement mon livre et mon film et je vous en remercie.
Il est tout aussi vrai qu'il ne saurait être question de laisser de côté des régions rupestres ou savoyardes au seul prétexte qu'elles sont rupestres... et/ou savoyardes. Mais chacun ses priorités et ses dadas. Les vôtres sont dans la proximité et la défense des patrimoines. Les miens sont dans la vision globale et les cultures d'outre-mer. Ce qui ne signifie pas, vous et moi que nous méconnaissions complètement le dada de l'autre. Simplement, nous avons des priorités différentes, et c'est heureux. il faut de tout pour faire un monde, surtout lorsque tout le monde est d'accord pour progresser vers davantage de compréhension et d'intelligence, sans haine recuite et stérile.

Écrit par : Philippe Souaille | 26/10/2009

Mais je commentais votre allusion aux frontaliers. Et à mon avis, les gens savent bien en général que le chômage genevois ne serait pas résorbé par l'absence de frontaliers. On le dit parce que ça fait sérieux. Mais on n'en croit rien, je pense. Le problème n'est pas économique. Il est réellement d'ordre patrimonial. On craint que les richesses créées pour certains aient pour conséquence une qualité de vie amoindrie pour les autres. Or, à cette interrogation, j'ai le sentiment que les partis dits démocratiques, à Genève, n'apportent pas de réponse. Car ils parlent de gains économiques globaux, comme si cet argument suffisait. Et pour la construction de l'agglomération, on dirait qu'ils préfèrent rester timides, comptant sur l'économie elle-même pour résoudre les problèmes. Mais on peut avoir le sentiment que ces partis sont liés à une aristocratie qui certes profite économiquement de la situation, mais n'a pas à en subir les conséquences, parce qu'au fond, elle n'est pas réellement obligée de fréquenter concrètement et physiquement les gens nouveaux qui viennent. Elle aussi plane, d'un certain point de vue.

Cela me rappelle Victor Bérard, radical socialiste sur qui je viens de publier un livre, qui ne voulait pas que l'Institut du monde arabe (et qui était à cette époque l'Institut du monde musulman) s'installe à Paris, parce que, disait-il, il fallait une acclimatation progressive aux "idées françaises" de la population venue du Maghreb. Donc, il fallait d'abord mettre cet Institut à Aix-en-Provence ou à Marseille! Le plus drôle est que les gens qui ont voulu faire l'éloge de Bérard ont chanté qu'il était favorable à la création à Paris de cet Institut! Des gens de son bord et de son milieu.

Bref, il faudrait mettre un peu plus la main à la pâte, à mon avis. Rencontrer réellement des gens. Ce n'est pas qu'en soi, la culture savoyarde soit plus importante que celles de l'outre-mer: pas du tout. Mais Genève n'est pas frontalière avec l'outre-mer. Et la culture genevoise n'est pas plus importante que celle de Lyon ou de Paris, mais j'ai réellement proposé à l'institution éducative d'enseigner la culture (histoire et littérature) de Genève aux Français voisins, afin qu'ils s'insèrent mieux dans un "bassin d'emploi". Et pour moi, là est la vraie construction de l'agglomération transfrontalière. Parler d'économie, cela ne sert à rien: les arguments ont déjà été assez ressassés.

Écrit par : rm | 26/10/2009

Les commentaires sont fermés.