31/10/2009

Qui a dit que la crise était finie ?

Il arrive que ce que les gens ressentent de l'économie réelle ne dise plus la même chose que les statistiques macro-économiques. Par exemple en ce moment, où les PME et le secteur industriel continuent de souffrir, alors que la finance a repris du poil de la bête.

C'est que les politiques ont besoin de chiffres et de statistiques pour fonder leurs décisions, mais prennent parfois des décisions pour faire infléchir les statistiques. Or ces statistiques ne sont pas fausses, leurs chiffres sont exacts, mais ils ne disent pas toute la vérité.

Cela étant, si les mesures de relance prises dans le monde entier n'ont encore qu'une efficacité limitée, ne pas les prendre aurait été encore pire.

Ces mesures ont permis de relancer la machine, d'enrayer la descente en chute libre aux enfers. Mais elles n'ont rien solutionné des problèmes de fond, qui vont bien plus loin que les simples dérèglements dus aux cupidités conjuguées des traders... Si rien n'est fait, au fond, la relance n'aura fait que nous permettre de reculer pour mieux sauter. Car on ne pourra pas continuer indéfiniment à endetter les générations futures pour remettre du carburant dans notre avion, tout en se moquant de la pollution et du reste de la planète, de plus en plus déconnecté de l'opulence occidentale.

Le monde est aujourd'hui à un tournant. Il lui faut consentir des investissements de fond pour l'avenir, destinés non pas à faire redécoller l'avion de la croissance, mais à assurer un développement harmonieux, équitable et durable. Des investissements qui auront un coût et entraîneront des privations, comme une guerre. mais moins violemment que la guerre qui nous pend au nez, si nous n'agissons pas, si le monde n'agit pas.

Que faire ? La solution passe par un message clair à adresser aux gouvernements. Un message que seules les opinions publiques et les électeurs, là où c'est possible, sont en mesure de délivrer: « Cessez de voir les problèmes au travers du prisme étroit de vos rivalités nationales! »

Le hic, c'est que les opinions publiques sont précisément axées sur leurs nombrils nationaux respectifs et sont bien souvent encore plus nationalistes que leurs dirigeants et leurs élites.

A la décharge des opinions publiques il est évident que si la prise en charge globale des problèmes est porteuse d'un avenir meilleur et plus équilibré, elle n'apporte pas, à court terme, d'amélioration sensible du sort des catégories les moins favorisées, dans les pays riches. Catégories qui ont le sentiment d'être les dindons de la farce, parce qu'elles se retrouvent en concurrence directe avec les autres catégories défavorisées du vaste monde, qui elles ne bénéficient d'aucun filet social.

De fait, à moyen terme, il n'y a guère d'amélioration possible en termes de consommation, pour les milieux défavorisés des pays riches. Et même si une amélioration est possible en termes de qualité de vie, lorsqu'on vit très modestement dans une société d'opulence, on rêve davantage de consommer plus que de qualité de vie bobo... C'est d'ailleurs ce qui pousse également des hordes de jeunes gens du sud à risquer leur peau sur des embarcations de fortune.

Mais si l'on ne fait pas ces efforts nécessaires, on court tout droit à de nouvelles crises, à la guerre et aux confrontations violentes, entre touts les groupes d'intérêts divergents.

Fixer les gens au sud par des investissements massifs et par l'édification d'un filet social minimal (plutôt que de détruire complètement celui qui existe au nord), assurer la translation vers l'économie verte, voilà déjà trois objectifs mondiaux prioritaires et fondamentaux, qui ne pourront être accomplis sans une coordination globale accrue... et sans le soutien au moins tacite des populations. Ce qui implique de vastes campagnes de communication, afin de faire comprendre à chacun l'importance des enjeux.

 

26/10/2009

Les exclus des partis

 

Les partis politiques ont de nombreuses fonctions, parmi lesquelles certaines sont plus importantes que d'autres:

  • Regrouper des gens ayant des idées proches, pour faciliter les consensus

  • Permettre à des personnes sans fortune d'accéder à la politique et aux responsabilités

  • Présélectionner les candidats aux responsabilités, les tester par des compétitions internes, formelles ou informelles au sein du parti, afin de choisir, à priori, les plus compétents et les mieux dignes de représenter l'idéologie collective

    Sur ce dernier point, la sélection interne, chaque parti a ses règles, écrites et non écrites, qui valent ce qu'elles valent, mais qui ont le mérite d'exister, qui vont du vote public sur des candidatures aux coups de couteau dans le dos. En interne, les combats peuvent être d'une rare sauvagerie, quoiqu'officiellement à fleurets mouchetés et ce quel que soit le parti. Même si les socialistes s'en sont fait une spécialité :-)

    L'avantage c'est qu'en principe, au sein de son parti, on dispose de divers moyens pour se faire connaître et reconnaître, à commencer par le militantisme, qui est le dévouement au parti, critère premier d'évaluation, mais pas forcément le plus important. Les compétences, la qualité d'analyse, l'empathie, tout est passé en revue par chacun, en son for intérieur, au fil des réunions qui permettent de se connaître.

    Hors, comme le faisait très justement remarquer un excellent dossier du temps, la plupart des responsables du MCG ont ceci de commun qu'ils sont passés auparavant par d'autres partis, dont ils se sont retirés, parce qu'ils n'obtenaient pas les places qu'ils espéraient dans les listes de candidats ou les postes à responsabilité... Quand ils n'ont pas été carrément exclus. A chaque cas des causes différentes, qui vont de la malversation réelle ou supposée (en provenance du PDC), au racisme avéré (en provenance de l'UDC - il faut le faire ) en passant par l'incompétence supposée ou tout simplement l'inadéquation entre les ambitions du candidat et la reconnaissance de ses talents par le parti. Certains ont même fait successivement le tour de la moitié de la République : libéral, puis radical, puis MCG et finalement UDC... D'autres venant de l'extrême gauche avant d'y retourner.

    • Qu'un parti qui se présente comme celui des exclus du système soit effectivement celui des exclus de la politique classique n'a rien que de très logique. Mais il est bon de se rappeler, au moment de mettre son bulletin dans l'urne, que le-dit parti est essentiellement composé de gens ayant été jugés incompétents par leurs pairs, au sein de leurs anciennes formations.

    • Il va de soi que les électeurs n'ont aucune responsabilité dans ces exclusions. Mais il est bon qu'ils soient informés de qui ils élisent. Hors par définition, les leaders du MCG n'ayant généralement pas été jugés aptes à exercer des responsabilités au sein de leurs anciennes formations, il leur est facile de se présenter, devant l'électeur, vierges de toute erreur de gestion, puisqu'ils n'ont jamais eu à gérer publiquement... Mais ce n'est de loin pas un gage de compétence ou d'intégrité.

Prochainement, la suite: en quoi le protectionnisme - y compris contre les frontaliers - est-il incompatible avec l'évolution de la société moderne et à court terme facteur de décrépitude économique.

19/10/2009

Migros construit la région

Il y avait beaucoup de monde et c'est vraiment énorme. Gigantesque en fait et le Macumba, à côté, parait tout petit. Les ados qui m'accompagnaient n'avaient qu'une idée: revenir très vite pour essayer les toboggans, les piscines à vagues et à remous, les murs de grimpe géants... Le président du Conseil d'Etat David Hiler en (ancien) sportif a lui aussi applaudi chaudement la démonstration des grimpeurs.
C'est sûr, Vitampark, la nouvelle réalisation de la Migros, au noeud autoroutier de Saint-Julien, sera un rendez-vous incontournable pour les familles et les jeunes sportifs de la région. De toute la région, France et Suisse mêlée, comme ce soir, lors de l'inauguration...

La structure, conçue par l'entreprise de charpentes franco-suisse de Thomas Büchi est une véritable beauté technologique aussi magnifique de l'intérieur que de l'extérieur. Et la Migros, entreprise suisse dirigée par un Français, créée en France des emplois... et des activités dont profiteront les Genevois, avec toute la région.

Ivan Pictet, dans un film récent (programmé le 11 décembre sur TSR2 :-)) souligne les qualités d'adaptation du privé, là où les instances politiques piétinent à l'intérieur de leurs frontières Il parlait de gouvernance mondiale mais c'est pareil au plan local. Tandis que certains cherchent à se barricader, la région se construit, dans les faits, bien plus rapidement que ce que mettent en place les politiques.
Ce centre magnifique et prometteur n'existerait pas davantage s'il n'était que suisse que s'il n'était que français. Ensemble, nous serons plus forts. Il est temps de se mettre à l'échelle du XXIème siècle et d'ouvrir les fenêtres.

 

 

 

18/10/2009

Goldstone et les minarets

L'issue du vote au sujet du rapport Goldstone est consternante. Comme l'explique fort bien Andrès Allemand, son rapport était avant tout une tentative de réintroduire l'objectivité dans le débat israélo-arabe... Le dépassioner est en effet devenu plus que nécessaire. Ce qui implique pour chacun de reconnaître ses torts. Et même si l'occupé a le droit de se défendre par les moyens qui lui restent, il n'a pas plus que l'occupant le droit d'utiliser n'importe quel moyen...

Les invectives, la mauvaise foi (dictée comme souvent par des critères religieux, quel apparent paradoxe !) et l'absolue subjectivité qui dominent jusque dans ces blogs au sujet du Moyen-Orient, tant parmi les sionistes que parmi les islamistes est la preuve quotidienne d'un abcès purulent de bêtise humaine. Le petit juge Goldstone, qui avait fait partie de ceux qui sont parvenus à instaurer un processus judiciaire pacificateur en Afrique du Sud après l'apartheid, n'aura cependant pas travaillé en vain. Il a posé sa pierre, qui pour l'heure n'est qu'un grain de sable, que d'autres devront continuer de consolider. Mais surtout, il ne faut pas baisser les bras.

Même si la justice est une vue de l'esprit, même si l'objectivité n'est pas de ce monde, il y a des décisions plus justes que d'autres, des approches plus correctes que d'autres... Celle de Goldstone était juste et correcte, et le restera. Il faut se battre pour ce genre de démarche, comme il faut se battre pour que la loi soit la même pour tous en Suisse: c'est à dire par exemple, autoriser les minarets lorsqu'ils respectent les lois sur le bâti et l'environnement, et interdire les nuisances sonores ou les systèmes judiciaires communautaires... Les lignes de front ne sont pas si obscures qu'on veut bien le dire, que les extrémistes de tous bords cherchent à nous le faire croire.

Et l'ONU, à l'évidence doit être réformé. Le vieux principe d'un Etat, une voix n'a plus de sens. Il donne un pouvoir trop grand à certains qui ne le méritent pas et confinent de grands Etats comme la Chine, l'Inde ou le Brésil à la portion congrue. Le fait de parvenir à vivre ensemble dans une entité commune est un signe de maturité qui devrait être mieux récompensé dans les instances internationales.

14/10/2009

Conseil d'Etat: l'anti-candidat

Il a été impliqué dans la déconfiture de la société qu'il gèrait. Mis aux poursuites pour des sommes importantes et il a eu du mal à payer ses impôts. Il a changé de parti comme de chemise. Il s'est fait retirer le permis, puis a ensuite été pincé conduisant sans permis. Il arbore au poignet une montre bling bling... qui s'avère fausse, ce qui tombe, là encore, sous le coup de la loi. La psychologue qui m'accompagnait dans une réception où il était présent, sans le connaître et sans s'întéresser le moins du monde à la politique m'a déclaré spontanément, sans que je parle de lui: « Ce type a un gros problème d'ego. Un problème énorme ».

De fait, il faisait tout et son contraire pour se faire remarquer, posant ses semelles crottées sur les chaises rembourrées pour se donner du genre avec une grossièreté peu commune.

J'entend déjà les remarques courroucées: « Ce sont des attaques personnelles ». Si fait. Sauf que quand le type en question brigue publiquement des responsabilités publiques, il me semble légitime de rendre public le sentiment qu'il m'inspire... ou celui qu'il inspire à des gens dont c'est le métier de soigner les maladies psychiques. Après tout, le peuple a le droit d'être informé. Même les 14 % du-dit peuple qui votent pour lui et dont une partie va lire ce blog.

Il est tout de même étonnant qu'avec son pedigree, "Il" soit parait-il perçu par une partie de nos corps de police comme un prétendant valable au poste de responsable du DI, donc de la-dite police.

Certes il y a des précédents célèbres, comme l'ancien bagnard Vidocq qui fut un préfet de police exemplaire du XIXème siècle. Mais Vidocq était un truand repenti et je n'ai pas entendu dire que l'individu en question se soit jamais repenti...

 

12/10/2009

Dans un mois le Conseil d'Etat

Dans un mois, c'est l'élection du Conseil d'Etat. Si les partis de gouvernement s'entendent pour le bien du Canton, l'affaire est limpide:

Un vert

un libéral

une verte

une libérale

un radical

un socialiste

un PDC

Ce dans l'ordre d'arrivée à l'élection au Grand Conseil.

Manque le MCG et l'UDC me direz-vous. Il se trouve que c'est le peuple qui élit et que c'est lui qui choisira. Sur proposition des partis et en fonction des consignes données par ceux-ci qui, sans être impératives, influent tout de même sensiblement sur le résultat final.

L'UDC s'est grillée toute seule et son candidat putatif est loin dérrière.

Le leader historique du MCG peut toujours rêver de Conseil d'Etat, il n'a tout simplement jamais donné l'impression d'avoir les compétences et une poignée de fans en transe - même nombreux - n'assurent pas encore une élection au CE. Ce qui est heureux.

Le mercenaire de dernière heure parait un peu moins à côté de la plaque, mais justement, c'est un mercenaire. qui court toutes les élections (y compris italiennes) sous toutes les couleurs, et en tant qu'avocat se montre prêt à défendre n'importe quelle cause et son contraire, pourvu qu'elle soit médiatique. Nul n'est en mesure de dire quelle politique il entendrait mener et personne n'a la moindre idée de ses capacités à diriger un services de plusieurs centaines ou plusieurs milliers d'employés...

Reste aux partis de gouvernement à s'entedre, sur les noms et à défaut de programme, sur des objectifs qui sont une évidence: désengorger les transports et l'habitat.

 

11/10/2009

La stabilité assurée pour mener une législature de crise

Ainsi donc l'extrême-droite et l'extrême-droite, ensemble, font près de 24% des voix. L'une a phagocyté l'autre et les tendances xénophobes de l'électorat ont préféré l'original à la copie... Pas de quoi fouetter un chat. Plus des 3/4 de l'éectorat se sont montrés rétifs à la xénophobie, et Genève se retrouve dans la moyenne européenne à cet égard. Certes pas là où l'on aimerait qu'elle soit, c'est à dire dans les mieux classés, et même plutôt parmi les cancres, mais enfin, dans la norme...

L'extrême-gauche semble rater le quorum et c'est tant mieux. Les verts passent devant les socialistes, là encore, tant mieux: vive le centre. Le PDC et les radicaux s'effritent un peu, mais pas trop, nettement moins que les libéraux, qui restent cependant les premiers de classe. Pas de schadenfreude: ce rééquilibrage des forces au sein de l'Entente n'est pas une mauvaise nouvelle, même s'il eût été nettement préférable qu'il se fasse par le haut plutôt que par le bas.

In fine, globalement, les forces centristes s'en sortent bien, et pourront disposer d'une majorité confortable, si elles savent discerner l'intérêt réel de la collectivité, au Grand Conseil, comme vraisemblabelment au Conseil d'Etat. C'est heureux, car la crise est mondiale rappelons-le, tant écologique et climatique que financière et économique et sans doute demain humanitaire... Pour Genève, où les choses se sont pour l'instant mieux passées qu'ailleurs, les affaires sérieuses vont commencer avec de très probables réajustements dans le secteur bancaire.

Pour faire face aux défis que nous lancent la Terre et l'humanité, pour apprendre à mesurer nos consommations, à réduire nos gaspillages, à partager équitablement les ressources sans sombrer dans l'excès ni les affrontements, il faut des hommes et des femmes responsables à la tête de nos institutions. Il n'est pas difficile de déterminer où les trouver: dans les partis de l'Entente et chez les verts, ainsi qu'au PS.

 

05/10/2009

On va finir au Moyen-âge

La démagogie a-t-elle des limites ? Une campagne électorale excuse-t-elle n'importe quel dérapage ? La concurrence entre factions d'extrême-droite présente-t-elle des risques pour la démocratie ? Après avoir coupé routes, voies ferrées et ponts-levis, va-t-on remettre des chaînes à fleur d'eau dans la rade, pour empêcher les barques savoyardes de pénétrer dans Genève ? Est-ce que le ridicule tue ? Et si oui, lequel de ces deux ridicules va-t-il disparaître en premier ?

Genève a besoin d'un avenir clair, qui préserve l'emploi et les chances du tissu économique, qui stimule la concurrence tout en lui fixant un cadre et des règles, qui préserve l'environnement tout en organisant le territoire. Le territoire au sens large, qui aujourd'hui à l'évidence ne se limite plus aux anciennes fortifications de la Ville, ni même aux frontières du Canton. Tous les partis ne sont pas de taille à assumer et à défendre ces choix de société. Leur personnel, leurs candidats, sont plus ou moins en mesure d'assumer ces orientations. L'un d'entre eux me parait mieux à même d'y faire face: les Radicaux, sur la liste No 1.