02/11/2009

Horizon vertical à Genève

 

La course en avant de l'économie mondiale ressemble assez au soutien à l'économie genevoise tel qu'il a été pratiqué ces dernières années, couplé à la libre circulation des personnes. Les autorités font en sorte d'assurer les conditions nécessaires à la croissance (ce qui déjà n'est pas simple et qui surtout s'avère nécessaire au fonctionnement de la société), sans toujours consentir aux investissements de fond qui seraient nécessaires pour assurer la durabilité de là-dite croissance... et le bien être des populations qu'elle laisse en plan.

Comme l'a très bien dit David Hiler, l'impact de l'afflux frontalier sur certaines catégories de population n'a pas été anticipé... Mais sans l'apport des frontaliers, l'économie genevoise aurait été moins performante et le chômage serait encore pire. En fait, Genève paie aujourd'hui le prix de décennies de développement au rabais, durant lesquelles on a privilégié la satisfaction des besoins personnels, tant par le moins d'impôts pour les plus riches, que par une politique d'assistance coûteuse aux plus démunis. Seule la classe moyenne étant ponctionnée.

Cela s'est fait au détriment des investissements d'infrastructures. Il y a 20 ans, on parlait déjà de métro, souterrain ou aérien, de traversée de la Rade, de CEVA etc... Rien de tout ceci n'a été entrepris, parce que certains avaient peur de l'expansion, et d'autres des coûts...

Pendant ce temps, la petite Genève devenait malgré tout une agglomération de près d'un million d'habitants, hyperétendue et dépourvue des infrastructures adaptées. Tous les partis en portent une part de responsabilité. Même les radicaux, qui en dépit de leur tradition de bâtisseurs, se sont contentés de mener des études très intéressantes, débouchant sur des projets futuristes allèchants, mais sans réelle volonté politique d'aboutir à des réalisations concrêtes.

Même au cours de cette campagne, personne ne semble prêt à dire les choses clairement: Genève doit se moderniser ou dépérir. Cela signifie un véritable réseau RER et vite, une liaison supplémentaire de transports publics et privés entre les deux rives (voire deux), une densification déterminée des zones comme la Praille, en oubliant les préceptes du Corbusier sur l'horizontalité, qui datent d'un autre temps.

Je viens de passer quelques jours à Los Angeles et Tokyo, les deux antithèses de l'horizontalité et de la verticalité. En dépit de ses excès, genre 3 ou 4 autoroutes superposées atteignant le 9è étage des immeubles, Tokyo, son métro et ses rues grouillantes de piétons en bonne santé parait bien plus moderne que la Cité des Anges, infiniment étalée sur un ou deux étages, se mourrant d'apoplexie sous ses voitures aux conducteurs gavés de hamburgers et de sucres rapides.

D'un autre côté dans la Tokyo dopée au gingembre, si propre et si organisée, tellement civile et civique, le taux de suicide atteint des proportions inégalées.

Nous avons la chance de pouvoir conjuguer les deux, toutes proportions gardées: les zones villas familiales et le centre ville animé. Avec en prime un hypercentre historique qui mérite d'être conservé. Mais la création de nouveaux quartiers urbains es devenu une nécessité. A la Praille et ailleurs, ils devront être bâtis en hauteur, et suffisamment irrigués par les transports publics pour assurer l'avenir.

Il est grand dommage que les prurits populistes aient comnplètement occulté ces points fondamentaux de la législature à venir. On aurait aimé que les électeurs, dans 15 jours, puissent se déterminer sur ces questions de fond, en toute connaissance de cause.

 

Commentaires

En effet, le manque de vision d'avenir est flagrant. Peur des coûts, de l'expansion? Ou simple absence de vision, gestion de l'époque de la grande richesse comme si plus rien ne devait bouger puisqu'on avait tout - ou presque? Pourtant, comme vous le soulignez, des pistes ont été parcourues, mais rien n'a vraiment suivi, pas de décision politique forte.

On a voté la surélévation des immeubles. Combien de dizaines d'années avant que cela ne se réalise? Est-il possible d'être informés sur les projets éventuels dans ce domaines? L'Etat va-t-il donner l'exemple et encourager ces constructions?

De même, cela fait combien d'années que l'on parle de poser des panneaux solaires sur les toits qui le permettent (il existe même sauf erreur des panneaux pouvant servir de décoration de façade). J'en parlais avec Sylvia Leuenberger lors d'un débat sur One fm, elle-même ne peut que constater la lenteur des décisions.

Écrit par : hommelibre | 02/11/2009

Je ne crois pas qu'il soit si nécessaire de construire en hauteur. Ni si judicieux. Les Genevois veulent aussi vivre dans des maisons individuelles. On peut aussi penser la ville sur le modèle urbain anglais: avec des maisons individuelles qui s'étalent loin dans l'espace. Et avec des quartiers entrecoupés d'espaces verts. Cela concilie à la fois le sens du peuple et le sens de la liberté individuelle. Ce qui est gênant, c'est ce que vous dites ici: "Nous avons la chance de pouvoir conjuguer les deux, toutes proportions gardées: les zones villas familiales et le centre ville animé." C'est gênant, parce qu'implicitement, cela continue de créer deux régimes distincts au sein de l'agglomération transfrontalière, puisque les zones villas extrêmement aérées du pourtour du canton de Genève sont entourées d'immeubles compacts côté français, notamment dans l'agglomération annemassienne. Cela crée une inégalité immédiatament perceptible, flagrante. Pour moi, Genève peut choisir un réseau de maisons individuelles plus serrées, qui deviennent logiques, ou admissibles, jusqu'aux immeubles d'Annemasse. Il n'est même pas pour moi important qu'il y ait des Genevois qui vivent en France au bout du compte: je ne les distingue guère des Français. Vouloir conserver les zones villas telles quelles, c'est conserver, tout de même, le symbole d'une Genève aristocratique qui a une agglomération populaire de l'autre côté de la frontière. Je crois que ce n'est pas sain, et qu'il est normal qu'à terme, les Français reculent face à un tel modèle, qui en vérité sépare trop rigoureusement les couches sociales au sein de l'agglomération, en s'appuyant notamment sur la frontière.

Écrit par : rm | 02/11/2009

"Comme l'a très bien dit David Hiler, l'impact de l'afflux frontalier sur certaines catégories de population n'a pas été anticipé... "
Je ne peux m'empêcher de penser que si M. Hiler, et d'autres, avaient exprimé ce constat publiquement, en le complétant, comme vous l'avez fait dans la suite de la phrase, d'un argument propre à être discuté, réfuté ou prouvé par des faits, les dernières élections au Grand Conseil auraient pu donner des résultats différents.
Les invectives préférées des politiciens et de certains citoyens, qui vont de "bobos gavés au caviar" jusqu'à " fachos ou nazillons nostalgiques des années trente" ont, certes, le mérite de dynamiser les troupes de part et d'autre des clivages politiques, mais leur impact sur les "catégories de population" auxquelles il est fait allusion au début, n'est pas de manière à les rassurer sur les faits économiques et politiques, et les pousse plutôt, me semble-t-il, à des votes de protestation pour des partis extrémistes. Si c'est là le résultat souhaité alors tant pis, mais s'en plaindre me paraît alors bien hypocrite.

Écrit par : Mère | 02/11/2009

Je pense que nos citoyens commencent - enfin - à se poser la question de l'utilité intrinsèque de la croissance et de l'expansion urbaine ...

Croissance, qui depuis quelques année, en ce qui me concerne, semble amener plus de problèmes que de bénéfices ... ou plus précisément, les bénéfices n'étant pas suffisamment répartis pour que l'ensemble de la population puisse y adhérer.

Écrit par : Djinius | 02/11/2009

La lenteur des décisions sont, me semblent-t-il, plus souvent le fait du "peuple souverain" (!) que de politiciens qui manqueraient de "vision".Ceci dit sans préjuger de la qualité des projets proposés et dont la liste vient de s'allonger aujourd'hui de La Nouvelle Comédie...

Entre esthétique, coût et sur-coût, utilité, désagréments circulatoires, destruction de site ou "racaillisation" possible, les motifs sont nombreux et les moyens multiples pour faire capoter un projet et continuer à râler.

Ah, oui vraiment, y'en a point comme nous, et qui ne peut ne peut...Il ne fait aucun doute qui si on avait demandé l'avis des genevois sur la construction des Pyramides on ne visiterait pas l'Egypte. ;o)

Écrit par : Azrael | 02/11/2009

Rémi, vous me semblez parfois monomaniaque... J'écris qu'il faut construire des immeubles en hauteur à Genève et vous me dites, "non", pour ensuite reprocher que les immeubles soient tous de l'autre côté de la frontière... ce qui est d'ailleurs passablement faux, car il y a certainement autant de zones villas en France voisine qu'en Suisse...
Le fait est qu'il faut construire en hauteur parce que les petites maisons collées à l'anglaise (où à la californienne d'ailleurs, dans les quartiers plus populaires), prennent tout simplement trop de place et rallongent inutilement les déplacements, ce qui pollue, prend du temps et augmente les embouteillages.

Écrit par : Philippe Souaille | 02/11/2009

Ce n'est pas grave, une fois que les immeubles sont construits, qu'il y en ait. J'ai voulu dire que les Genevois voulant vivre à Genève étaient forcément désireux d'avoir une maison, et qu'un appartement n'est qu'un pis-aller. Je pense donc qu'il faudrait aussi rendre plus compactes les zones villas, pour que les Genevois désireux d'acheter une petite maison ne se sentent pas obligés d'aller habiter en France, ce qui accroîtrait encore la pollution. Cela dit, cela peut s'ajouter à des immeubles: j'ai eu tort de dire qu'en soi ce n'était pas judicieux. J'ai voulu dire qu'il ne fallait pas compter uniquement sur cela, qu'il fallait aussi chercher à rendre plus compactes les zones villas. Il ne faut pas croire qu'une seule méthode va permettre de résoudre ce problème. Tous les moyens possibles peuvent être utilisés, et de dire a priori que les zones villas sont merveilleuses et qu'on ne doit pas les toucher, cela va déjà créer un obstacle. Je ne voulais pas en créer un en contestant la validité des immeubles élevés, néanmoins. Je me suis mal exprimé. Je trouve simplement que les villas sont bien ambitieuses, pour un canton qui chercher à loger les gens. Les mêmes villas seraient mieux justement en France, et à la place, à Genève, il serait bon qu'elles fussent plus compactes. C'est la logique dans l'abstrait, ensuite, les propriétaires de villas préfèrent simplement être en Suisse. Or, dans une agglomération transfrontalière idéale, il ne faudra plus distinguer la Suisse de la France, je pense.

Écrit par : rm | 02/11/2009

Eh bien cette fois nous sommes d'accord

Écrit par : Philippe Souaille | 03/11/2009

(Les villas très ambitieuses dont je voulais parler, ce sont les villas telles qu'elles sont dans les zones villas actuelles, souvent un peu seigneuriales - ou un peu gentilhommières, du moins.)

Écrit par : rm | 03/11/2009

La lenteur de la mise en route une fois le projet accepté est aussi due aux politiques administratives et aux responsables et gestionnaires des travaux du Canton. Quand on compare la construction par les sociétés françaises de l'A41 avec tunnels, viaduc et bas-côtés impeccables et la lenteur des travaux du tram de Meyrin, on doit se poser la seule et unique question : Pourquoi ?

Écrit par : demain | 03/11/2009

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