11/11/2009

Mme Kunzler accepterez vous la traversée, si vous êtes élue avec 4 magistrats de l'Entente ?

 

J'étais hier coincé hier dans les embouteillages du matin, que je fréquente habituellement très peu, ayant la chance de travailler principalement à domicile et pouvant choisir mes heures. Et en plus je circule en ville en scooter. Mais, là je devais faire le tour du Canton, la voiture pleine pour cause de de déménagement et l'autoroute, comme le pont Butin étaient complètement bouchées. Sans parler de la Route des Jeunes et j'imagine du Pont du Mt Blanc.

Je suis pour le CEVA. Indéniablement. Ses 50 000 voyageurs devraient représenter un flot d'au moins 20 000 véhicules en moins aux heures de pointe, matin et soir, car c'est à peu près le quart de ce qui entre en ville ou traverse le canton à ce moment là. Le flux maximal, dans tous les domaines que ce soit, c'est le cauchemar du planificateur, et tous les moyens permettant de le réduire sont les bienvenus. Ce qui fait que je comprend Leuenberger.

Je n'en suis pas moins extrêmement remonté contre mes amis écologistes, du moins ceux qui considèrent la Traversée comme un avatar moderne de l'antéchrist. Il semble que Michèle Kunzler en fasse partie. Et j'en ai autant à l'égard des socialistes, du moins là encore ceux qui participent au verrouillage du projet. Et je n'oublie pas cette partie des électeurs bourgeois de l'Entente, logés sur la Rive gauche, qui ont fait échouer le projet, en votation, pour ne pas voir de chantier sous leurs fenêtres. Exactement comme ceux qui aujourd'hui s'en prennent au CEVA avec des arguments bidons.

Tous ces gens sont en grande partie responsables du bug MCG, enflé dans les embouteillages quotidiens qui exaspèrent les citoyens travailleurs de ce canton et coûtent un argent considérable en heures de travail perdues. On le sait, l'histoire du frontalier qui pique la place de travail n'est qu'anecdotique et dissimule même souvent des cas sociaux. Peu d'employeurs Genevois, même avec un DRH frontalier, prendraient le risque de virer sans raison un bon travailleur ayant fait ses preuves... sauf si celles-ci ne jouent pas en sa faveur.

La haine larvée d'une partie de la population genevoise à l'égard des frontaliers vient certes d'une certaine morgue d'une partie de ces derniers, qui se la jouaient villas et train de vie de bourgeois avec des salaires qui ne permettaient aux grandes gueules de Genevois que de vivre modestement. Mais cette différence s'est largement estompée avec l'Euro et la libre circulation. En 40 ans, de 1960 à 2000, le Franc suisse avait multiplié par 4 sa valeur face au Franc Français. Mais depuis dix ans, les valeurs respectives de l'euro et du Franc suisse sont restées stables. Et les prix se sont équilibrés dans tous les domaines, même si la différence reste criante en matière d'immobilier, mais pas plus qu'entre n'importe quel centre chic et sa ceinture de banlieues.

C'est dans l'embouteillage quotidien que se niche l'exaspération des gens. Or si le nombre de plaques françaises a augmenté – de même que les flux frontaliers pendulaires, donc les embouteillages - c'est d'abord du fait du nombre de Suisses partis s'établir de l'autre côté de la frontière. Et c'est aussi du fait du corset procédurier, qui garrote la construction à Genève. Dans lequel on peut inclure la protection renforcée du locataire, au détriment de l'aide à l'accession à la propriété, contrairement à la France.

Pour tout compliquer, le renforcement des pouvoirs locauxi donne à chacun ou à chaque groupe – notamment communal - le droit d'imposer son intérêt immédiat à l'intérêt collectif. Ce qui mine la bonne entente et renforce les tendances centrifuges, ou disons séparatrices, plutôt que d'unir les forces dans des projets communs.

Les Verts, pour ne pas heurter de front l'électorat, ont multiplié les attaques sournoises envers la mobilité, détruisant les ondes vertes, rallongeant la durée des travaux, bref, embêtant les gens, sciemment. On en paie le prix aujourd'hui. Il est excellent que des trams soient construits, mais on aurait pu le faire autrement, et plus vite. Les faire passer plus souvent en souterrain, ou en aérien (il y en a de silencieux)... Et cesser de considérer notre zone agricole comme un tabou absolu...

Le meilleur moyen – pour ne pas dire le seul - de sortir la pollution et une bonne partie du trafic du centre ville, c'est de construire une traversée. Une fois le CEVA dûment accepté, cela doit devenir la priorité absolue du futur gouvernement, au même titre que la construction de logements – avec des logements sociaux, certes, mais aussi, et en nombre, des quartiers et des logements de qualité, dans lesquels des gens qui ont acquis une villa puissent avoir envie de revenir... Des quartiers bien reliés au réseau de transport en commun...

Bref, ôter une fois pour toutes les lunettes de l'idéologue et du lobbyiste, pour chausser celles de l'aménageur... Je ne crois pas que les grandes villes, les grandes idées, les grandes réalisations de l'humanité ont pu se faire en tenant compte de l'avis de tous. A fortiori lorsque l'avis de tous est manipulé et manipulable comme il peut l'être dans les processus de consultation et autres comités de quartiers chers à Mme Künzler. Il s'agit au contraire de dégager l'essentiel, sous la pluie d'avis disparates, afin de parvenir, au final à un consensus sur la réalisation faite.

L'exact inverse de ce qui fut fait pour la Traversée, dont on sait (par de multiples sondages et par une votation toujours en vigueur) que les 2/3 ou les 3/4 des Genevois la réclament, mais qu'il leur est impossible de s'accorder sur le choix de la forme et de l'emplacement de celle-ci. Et bien dans ce cas, il revient au leader politique de choisir. Dans notre système, il aura un visage septuple. Mais de grâce qu'il avance.

Et plutôt, Mme Künzler, de nous dire que vous êtes contre la Traversée, nous aimerions savoir si vous êtes prête à y travailler dans la collégialité au cas, assez probable, d'une victoire de l'Entente ce dimanche. Ou si vous mettrez les pieds au mur, au risque de faire capoter la bonne entente souhaitable de l'Exécutif ? La question est également valable pour Me Pürro, que je subodore moins ferme que vous sur la doctrine, en tout cas sur ce point.

Commentaires

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Philippe,

effectivement, le CEVA à lui seul ne résoudra pas l'engorgement des routes.

Les deux traversées moyenne et grande, la moyenne à court terme et la grande à l'horizon 2030 sont "incontournables".

Les véhicules pivés ne diminueront pas avec le temps, rechigner à construire les infrastructures nécessaires à l'accompagnement de l'extansion de Genève est un pur non sens typiquement genevois.

A l'exemple du PAV et d'autres projets... indispensables à notre ville.

Mais bon, on aime tellement prendre 20 30 ans de retard... pour toujours intervenir après coup. La politique est merveilleuse...

Bien à vous Philippe,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 11/11/2009

En toute logique, vu que le principe de la traversée de la rade a été souhaité par les électeurs, Madame Künzler, si elle est élue, devrait ranger ses préférences personnelles ou partisanes et faire respecter la volonté populaire. Nous verrons si elle se fait élire pour son plaisir personnel ou pour servir la collectivité.

Sinon, les genevois revoteront encore une fois, une fois de plus, puisque l'UDC a lancé une initiative sur la question, et que d'autres le feront peut-être aussi. Jusqu'à ce que, dans 100 ans peut-être, on écoute enfin la volonté populaire...

Écrit par : hommelibre | 11/11/2009

Les deux traversées seraient utiles, mais dans quel ordre ? Cela dépend beaucoup à mon avis de ce que berne est prêt à payer d'une part, les Genevois d'autre part, éventuellement par un péage.
Par ailleurs, on cite souvent Bâle et plus encore Zurich en exemple pour leurs transports publics, mais leurs autoroutes et accès urbains ne sont pas en reste. Il est certain que ces villes et les responsables de ces villes ont su investir et faire investir quand il le fallait.

Écrit par : Philippe Souaille | 11/11/2009

"Bref, ôter une fois pour toutes les lunettes de l'idéologue et du lobbyiste"

Toujours la même histoire de la paille et de la poutre. Parce qu'à parler de lobbyiste, vous en faites un fameux pour les bétonneurs, à mois qu'il ne faille écrire propagandiste? Il faudra m'expliquer comment en créant de nouvelles avenues pour les voitures on va diminuer la pollution... alors que toujours plus de voitures vont être amenées à les emprunter.

Et comme idéologue de la croissance indéfinie, vous vous posez un peu là.

Je rigolerai bien quand la zone industrielle des Acacias sera déménagée à Colovrex et que vous subirez toutes les nuisances, y compris le trafic, liées à celle-là.

Écrit par : Johann | 11/11/2009

Merci pour le "fameux", Johann. Concrètement, la zone du Pont du Mont-Blanc est la seule du Canton où le taux de pollution légal est dépassé quasi en permanence. Parce qu'une part essentielle des transits entre la Rive gauche et la rive droite doivent y passer, ce qui est un non sens-urbanistique.
Dans tous les centres villes modernes, le flot des véhicules contourne... sauf à Genève. La réduction du flot des véhicules au centre permettra également l'amélioration des transports publics et donc in fine de la pollution globale, en plus du fait que celle-ci sera détournée du centre et donc moins concentrée.
Par ailleurs outre le fait que l'option Colovrex n'en est qu'une parmi d'autres (certains parlent de la plaine de l'Aïre) par exemple, vous devriez réviser vos informations sur ma petite personne qui visiblement vous obsède au plus haut point: cela fait plus d'un an et demi que je n'habite plus Bellevue et ne suis donc pas vraiment concerné par Colovrex...

Écrit par : Philippe Souaille | 12/11/2009

L'autoroute de contournement de Genève est déjà saturée par le flot des voitures (transitant de France vers Suisse + du Nord-est au Sud-est + pendulaires + frontaliers + divers usagers du Canton). Cela ne peut qu'empirer sur ce seul petit tronçon où se trouvent Ikéa, L'Aéroport et Palexpo.
Bref, la traversée de la rade est d'actualité pour désengorger ce trafic car le Pont du Mont Blanc est le seul lien entre les deux rives au centre ville.
Mais à terme, faute de 3ème voie autoroutière impossible à réaliser, c'est vraisemblablement une nouvelle autoroute reliant Bellegarde, via Gex (avec une sortie sur le Cern et accès à un deuxième aérogare de Cointrin côté Meyrin sur l'emplacement du Club aéronautique), Divonne et passant au pied du Jura dans la Plaine d'Orbe et rejoignant les autoroutes de Berne et Neuchâtel qui devrait faire l'objet d'une étude et dans le futur, ce sera la seule issue pour ne pas laisser sur la seule autoroute existante le trafic vers Lausanne, le Valais et Fribourg.

Écrit par : demain | 12/11/2009

La 3ème voie n'est pas impossible à réaliser. Elle sera seulement infiniment plus coûteuse que si l'on avait dimensionné les choses correctement dès le départ. Mais une fois encore, Genève a vu trop petit, ou plutôt trop luxueux et pas assez efficace. L'autoroute à Grobet réussit à battre les records de coût au kilomètre, en dépit d'un débit indigne du contournement d'une agglomération importante.

Écrit par : Philippe Souaille | 12/11/2009

Concernant les autoroutes, c'est une norme fédérale qui a fixé dès le départ 2 voies sans tenir compte et surtout anticiper que le plateau allait fortement se développer et sans garder du terrain pour un éventuel agrandissement. C'est typiquement suisse cette manie de ne jamais anticiper les problèmes (fonds en déshérence, secret bancaire) ou aborder les changements de paradigme (urbanisation, afflux de population avec ouverture de Schengen,). Cette soi-disante équité de traitement entre le plateau et les zones de montagne nous est aujourd'hui pénalisante.

Écrit par : demain | 13/11/2009

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