03/12/2009

Minarets: les points sur les i de Heidi

Minarets: le point sur les i de Heidi

 

Merci à mon très estimé collègue blogueur Jean d'Hotaux dont le commentaire à mon dernier texte m'insuffle cette réponse.

Tout d'abord, en 1997, la région de Walenstadt s'est officiellement proclamée « Heidiland ». Il est très important de bien lire ce qu'écrit Audrey, une autre très estimée commentatrice, ci-devant chercheuse de nos universités: l'UDC prend un malin (?) plaisir à étendre à toute la Suisse des règles de conduite issues des comportements disons très traditionalistes de Suisse centrale (dite aussi «Suisse primitive »). Ce faisant, l'UDC violente la diversité suisse et le Fédéralisme qui sont pourtant les fondements basiques de notre aptitude à vivre ensemble. Car si les Waldstätten ont le droit de ne pas aimer les minarets, les « genfereimacher » ont celui de ne pas s'habiller en vacher à boléro du Toggenburg... ou de préférer un meuble Ikéa à une « rouriröschli » (je l'aime trop en phonétique » pour m'en priver) lucernoise.

Okazou, pour les étrangers qui nous lisent, le terme désigne une armoire de cuisine, dans le parler guttural que nonobstant mon incompréhension globale – mais pas nécessairement totale - je trouve plus amusant à entendre que le Hochdeutsch. Göpfertamminonomaohl ! Là encore c'est de la phonétique, mais j'adore cette exclamation – qui peut être extrêmement injurieuse - dans laquelle il est question de « tête de quelque chose (mais de quoi ???) plusieurs fois ». Ou « encore une fois » (noch einmal...)

Cher Jean, vous me faites injure en me supposant ignorer l'urbanicité de Züri... M'étant quelques fois rendu sur les quais de la Limatt, je n'en ignore rien. Il se trouve que comme le fait très justement remarquer le jeune « Minet » Schlechten - avec lequel je ne suis pourtant pas toujours d'accord - la fracture du dernier vote est bien moins linguistique que ville-campagne. Preuve en est que les Bâlois citadins sauvent l'honneur (merci à eux et à ma compagne, pour moitié bâloise) et que les Züricois ont bien failli le faire, tandis que nos cantons non urbains romands et catholiques ont voté comme les cantons rupestres alémaniques... Notre syndicaliste gendarme prouve ainsi, s'il le fallait encore, que notre police genevoise sait faire de la sociologie. Merci à elle.

Genève est en Suisse mais n'est pas la Suisse. Si nous voulons qu'elle y reste (en Suisse), il me parait essentiel de ne pas l'oublier. Ce qui ne risque pas de se produire à l'UDC (gnark gnark...) puisque la plus belle genferei de ces dernières années, c'est tout de même l'existence du MCG. Dont les ténors m'amusent beaucoup, à crier aujourd'hui au respect de la logique confédérale, eux qui l'an dernier à même époque appelait carrément à la sécession... Ce que je ne fais pas, personnellement. Si je prône l'internationalisme, ce n'est certainement pas pour diviser davantage les entités déjà existantes.

Lorsque j'écris que Genève ne pourra plus payer sa part – très largement décomptée, merci Calmy-Rey - de la péréquation intercantonale, ce n'est pas qu'elle ne le voudra plus, mais bien qu'elle ne le pourra plus. Je n'écris pas encore en wallon, mais bien en Suisse-romand. Parce que le retrait des avoirs arabes – alors que notre place est une championne de la finance islamique – et le départ des très dépensiers touristes estivaux risquent de faire très mal au mauvais moment. En espérant que tout cela ne pèse pas sur la Genève Internationale, qui fête l'aïd et les principales fêtes musulmanes comme les fêtes chrétiennes, parce que c'est dans la charte de l'ONU : nul ne doit être discriminé pour sa religion. Or l'interdiction des minarets est clairement une discrimination raciste à caractère religieux.

M.   M. Aldeeb a une fois de plus perdu l'une de ses (répétées) occasions de se taire, lorsqu'il traite le Conseil Fédéral de menteurs. Le minaret n'est pas indispensable à la pratique de l'islam. Mais son interdiction n'en est pas moins discriminatoire et c'est d'ailleurs pourquoi l'initiative ne posait pas les limites au bon endroit. Même si les minarets sont clairement perçus comme un symbole d'expansion territoriale par les intégristes, voire par les musulmans. Je ne vis pas du tout dans un dessin animé, je parcours le monde, et si je peux me tromper, cela m'arrive assez fréquemment et je le reconnais volontiers, je crois être assez lucide sur les différents rapports de force et l'état des tensions.

N'empêche que mettre tous les musulmans dans le même sac, sous prétexte des excès de certains d'entre eux, c'est du racisme.

Dire « untel est noir et dealer », tel autre est « appenzelois et petit » ou même, osons, "juif et avaricieux", ce n'est pas du racisme. Si le constat est vrai, ce n'est qu'un constat. En revanche, dire « tous les dealers sont noirs », ou pire encore « tous les noirs sont dealers » etc etc..., c'est du racisme, clair, net et punissable par la loi. Tout d'abord parce que c'est faux et parce que les amalgames sont odieux. Il en va de même pour les minarets.

Interdire une construction parce que c'est un minaret, ou parce que c'est une enseigne lumineuse, par exemple, c'est idiot et discriminatoire parce que cela ne tient pas compte de la réalité de la forme projetée. Tous les minarets ne sont pas identiques. Il en existe une infinie variété de tailles, de formes, d'aspect, de matériaux, etc... Beaucoup, en certaines contrées, sont d'anciens clochers d'église par exemple (et réciproquement). Donc il est parfaitement concevable d'interdire un minaret qui ne correspond pas aux critères esthétiques et environnementaux du lieu... Et au contraire de l'autoriser s'il s'y adapte. Idem pour une enseigne lumineuse ou simplement commerciale. Avec cette loi, le minaret n'est pas interdit pour sa forme ou son aspect, mais bien sur le fond, parce qu'il est un symbole d'une religion en particulier.

L'initiative qui a été votée dimanche est scélérate parce qu'elle ne fait pas la différence entre les minarets – qu'elle exclut par principe – et qu'en plus elle traite donc potentiellement les musulmans soucieux d'intégration de la même manière que les pires intégristes. Il n'est pas question de laisser les imams intégristes répandre leur fiel dans nos mosquées (nos mosquées suisses) sans intervenir. Mais pour cela, il importe de séparer le bon grain de l'ivraie. Si vous prenez des mesures qui rejettent tous les musulmans dans le même sac, parce qu'ils sont musulmans, au lieu de différencier au contraire les lectures modernes de l'Islam des lectures traditionalistes, vous aggravez le problème. Et vous vous retrouvez avec 400 000 victimes de discrimination, en accentuant le sentiment de communautarisme, au lieu des les intégrer dans le combat commun contre l'intégrisme.

Et si l'UDC, en s'appuyant sur la frilosité des cantons ruraux et sur la peur (amplement légitime et justifiée, mais pas placée au bon endroit) que suscite l'Islam chez les Suissesses, parvient à faire voter une loi que j'estime scélérate et qui ne me convient pas... Une loi qui porte atteinte à mon image, en tant que Suisse et en plus aux intérêts de mon canton (Canton qui subventionne largement la Suisse, au demeurant) j'ai le droit de chercher à changer cette loi, par tous les moyens démocratiques en ma possession. En tant que citoyen. J'ai aussi le droit de le dire, et même le droit de l'écrire sur un mode humoristique et provocateur, si j'en ai envie. C'est bien pour protéger ce droit que j'entend lutter avec la dernière énergie contre l'intégrisme islamique, comme contre les dérives totalisantes. Ou carrément totalitaires.

 

 

Commentaires

"Je n'écris pas encore en wallon, mais bien en Suisse-romand. Parce que le retrait des avoirs arabes – alors que notre place est une championne de la finance islamique – et le départ des très dépensiers touristes estivaux risquent de faire très mal au mauvais moment."

Rien de confirmé pour l'heure, cessez-donc de nous vendre du sensationnel.

Écrit par : Carlitos de Unamuno | 03/12/2009

J'apprécie vivement votre ferme détermination. Merci pour toutes les nuances et l'analyse d'un sujet très délicat, analyse provenant d'une grande culture et d'une profonde connaissance de l'humain. Merci!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 03/12/2009

Bonjour Philippe Souaille !

" Merci à mon très estimé collègue blogueur Jean d'Hotaux dont le commentaire à mon dernier texte m'insuffle cette réponse. "

Merci à vous d'avoir pris la peine de consacrer tout un billet entier à me répondre !

" En tant que citoyen. J'ai aussi le droit de le dire, et même le droit de l'écrire sur un mode humoristique et provocateur, si j'en ai envie. "

Il va de soi que personne ne vous dénie ce droit, moi le premier. Nous sommes en démocratie - un privilège rare en ce monde - où chacun a le droit d'exprimer ses idées librement, sans craintes d'être soumis à des mesures de représailles, selon sa sensibilité, ses convictions et son vécu.

Ce que je souhaite avant tout, c'est que nous trouvions une solution suisse au problème qui a été créé ce dimanche 29 novembre et que Genève - le parti Radical genevois - renonce à faire cavalier seul pour sauver l'image de Genève. C'est une question de cohésion nationale et de solidarité avec tous nos compatriotes qui ont aussi votés NON, même s'ils ne sont pas genevois. Il en va de l'intérêt de la Suisse, qui pour se ressaisir doit présenter une image cohérente et crédible face aux critiques internationales.

Bien à vous et merci de m'avoir compris !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 03/12/2009

Je vous cite :

"Göpfertamminonomaohl ! Là encore c'est de la phonétique, mais j'adore cette exclamation – qui peut être extrêmement injurieuse - dans laquelle il est question de « tête de quelque chose (mais de quoi ???) plusieurs fois ». Ou « encore une fois » (noch einmal...)"

Heu, si vous voulez...

En bon allemand cela serait plutôt Gott verdammt mich noch einmal, et cela n'a rien a voir avec Kopf qui serait peut-être bien la tête...

Et cela signifie : Que Dieu me damne encore une fois !

Franchement, est-ce que le rouge de la honte ne vous monterait pas un petit peu aux joues, au moins ?

Écrit par : Greg | 03/12/2009

Le rouge de la honte ? Alors que j'ai confessé ne pas comprendre grand chose au Schwyzerdütsch ? Merci en tout cas, Greg, de votre éclairage, qui me permet de comprendre le pourquoi du "G", comme dans "gotverdaam". Ma prof d'allemand de l'année du bac, Mme Weill, d'origine néerlandaise, avait donc raison en nous expliquant que le flamand et le suisse-alémanique, qu'elle appelait bas-allemand, étaient très proches, plus proches de formes ancestrales germaniques que le hochdeustch, qui s'est différencié à la fin du moyen-âge.
Toujours est-il que j'ai confondu ou plutôt mélangé deux jurons de mon enfance prussienne (= neuchâteloise). Parce que le "tête de quelque chose" (notamment de porc ou de chien voire les deux ensemble...) existe bel et bien. Damned. Me voilà enduit d'erreur. A défaut de rouge de la honte (j'ai beau essayer, sur ce coup, je n'y arrive pas, est-ce qu'un Mea maxima culpa vous conviendrait ?

Écrit par : Philippe Souaille | 04/12/2009

Bravo pour votre blog toujours plein de pertinence. C'est toujours un plaisir de vous lire. Amitiés.

Écrit par : Manuel | 04/12/2009

Amplement d'accord avec vous, M. Souaille. Le fait que la majorité de la population ait voté pour ce texte discriminatoire n'en fait pas une vérité intouchable. S'il est contraire aux droits humains, (ce dont je suis persuadé pour les mêmes raisons que celles que vous avez énoncées, mais qui reste encore à déterminer) il ne peut rester dans notre constitution. Le texte fondateur de notre état de droit ne saurait être entaché d'une pareille discrimination.

Écrit par : Pascal Carlier | 04/12/2009

"C'est bien pour protéger ce droit que j'entend lutter avec la dernière énergie contre l'intégrisme islamique, comme contre les dérives totalisantes. Ou carrément totalitaires."
Espérons seulement que vous savez où se trouvent réellement ces dérives totalisantes et totalitaires...
Un certain Jean-Noël Cuénod, bloggeur et plouc chez les bobos, nous proposait l'autre jour une "cour constitutionnelle", qui ferait office de "gardienne de la démocratie", un peu comme les "Gardiens de la Révolution" qui gardent le régime en Iran. Si vous parlez de cette dérive là, j'en suis ravi...

Écrit par : Bob | 04/12/2009

Cher Monsieur Bob l'anonyme, sachez que j'estime l'idée de Jean-Noël excellente. L'une des bases de la démocratie est la répartition des pouvoirs. Nul ne doit le détenir seul, pas plus "le peuple" que quiconque, "le peuple", tel que le brandit volontiers l'UDC, n'étant souvent qu'une idée fort abstraite recouvrant une masse d'individus assez aisément manipulable. Vous devriez lire "Psychologie de masse du fascisme" écrit par Wilhem Reich dans les années 30, c'est édifiant.
Les flots d'argent que dépensent à profusion l'UDC lors de ses campagnes constituent par ailleurs un élément extrêmement perturbateur du jeu démocratique. Comme par hasard le-dit parti, si proche du peuple donc, refuse obstinément tout contrôle du financement des partis ou tout financement public, comme il en existe dans plusieurs pays qui nous entourent. Ce qui est pourtant considéré comme un critère basique de la démocratie, si l'on veut vraiment éviter les manipulations du-dit peuple.
Par ailleurs, si l'on veut en revenir à son expression la plus basique, en refusant les lois agrées à l'échelon supérieur, pourquoi s'arrêter à mi-chemin. Allez-y carrément, refusez les lois fédérales, et même cantonales et exigez l'autonomie communale. Comme cela, les communes rurales pourront rester sans minaret, et même sans mosquée, voire même sans étranger... et aussi sans argent, puisqu'il faut bien le dire, elles vivent tout de même un peu aux crochets des villes, ces Sodome et Gomorrhe modernes où pullulent les étrangers, les musulmans, bref tous ceux qui ne sont point comme nous.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/12/2009

"Cher Monsieur Bob l'anonyme, sachez que j'estime l'idée de Jean-Noël excellente."

Mais comme la création d'une Cour constitutionnelle passera, comme les minarets, par le peuple suisse - plus le temps passe, plus j'ai d'estime pour nos Confédérés -, je ne donne pas cher de l'"excellente" idée de M. Plouc.

La première tâche de la Cour en question serait, à n'en pas douter, de motiver l'inconstitutionnalité des votes majoritaires que se seraient dégagés contre sa création. C'est ce qu'on appelle la quadrature du cercle.

Écrit par : Scipion | 05/12/2009

L'un des écueils à éviter pour toute démocratie qui se respecte, c'est de devenir une "dictature de la majorité". Pour cela, il lui faut préserver, par divers moyens, tels qu'une cour constitutionnelle, les droits des minoritaires. Ces derniers pouvant très vite se retrouver ostracisés ou tout simplement négligés si l'on n'y prend garde.
C'est pourquoi, par exemple, le Conseil Fédéral n'est pas élu directement par le peuple, afin de préserver les intérêts des romands et des tessinois qui sinon n'auraient guère de chance d'y entrer. Pour ne pas dire aucune. L'UDC, en foulant aux pieds systématiquement ce genre de considérations par ses appels au peuple (donc majoritairement alémanique) joue un jeu extrêmement dangereux avec l'unité confédérale.
L'affaire des Minarets n'est qu'une étape, dans une stratégie déterminée de conquête d'un pouvoir hégémonique en Suisse. Mais si elle persiste à vouloir imposer ainsi sa culture monobloc à la diversité helvétique, elle va la faire exploser, aussi sûrement que Flandre et Wallonie ont de plus en plus de mal à vivre ensemble. Et toutes vos considérations autosuggestives sur le génie helvétique sans pareil n'y pourront rien, mon cher Scipion.

Écrit par : Philippe Souaille | 05/12/2009

"le peuple [...] n'étant souvent qu'une idée fort abstraite recouvrant une masse d'individus assez aisément manipulable. Vous devriez lire "Psychologie de masse du fascisme" écrit par Wilhem Reich dans les années 30, c'est édifiant."
Je l'ai lu à l'uni, mais je dois constater que, de notre société "romande", la manipulation, nous y avons droit tout les soirs à 19h30, ou le lendemain d'un grand quotidien de la place genevoise...
De plus, cette manipulation fonctionne si bien que vous en perdez vos repères quant à cette votation, dont il ne s'agissait pas d'exclure les étrangers (selon vos propres mots:"Allez-y carrément, refusez les lois fédérales, et même cantonales et exigez l'autonomie communale. Comme cela, les communes rurales pourront rester sans minaret, et même sans mosquée, voire même sans étranger... et aussi sans argent, puisqu'il faut bien le dire, elles vivent tout de même un peu aux crochets des villes, ces Sodome et Gomorrhe modernes où pullulent les étrangers, les musulmans, bref tous ceux qui ne sont point comme nous"), mais une opportunité pour que les citoyens de ce pays puisse choisir dans quelle société ils vont vivre. Jusquà preuve du contraire, les musulmans ont toujours la liberté de culte, de croyance, de construction de leurs mosquées, etc., les Suisses accueillent toujours les réfugiés des pays musulmans en guerre, nous ne les massacrons pas, pas comme certains de nous voisins européens qui mène une guerre de moins en moins légitime en Afghanistan.
Donc s'émouvoir sans faire une analyse qui tendrait au minimum vers une pondération et une certaine objectivité, tout en recrachant ce que les Darius et consorts martèlent sans arrêt dans les médias, pour en arriver à la conclusion de contrôler la démocratie, cela oblige à s'interroger sur qui sont les manipulateurs et incendiaires ?

Écrit par : Bob | 08/12/2009

M. Bob, pour qu'une démocratie fonctionne il y a des règles, qui se doivent d'être équitables et des limites à ne pas franchir. Il est certain que l'interdiction des minarets n'est pas l'exécution en place publique des musulmans, ni même l'interdiction de leur culte. Mais c'est un début qui va dans ce sens, en franchissant les limites de l'équité pour toutes les raisons expliquées dans ce billet et le précédent, sur lesquelles je ne vais pas revenir. C'est bel et bien du racisme et de la xénophobie que d'interdire un minaret parce que c'est un minaret et uniquement cela. Se voiler la face ne sert à rien.
C'est la première initiative xénophobe qui passe devant le peuple. Notamment parce que le Conseil Fédéral ne s'est pas donné la peine de faire un contre-projet, qui aurait pu mettre les limites là où elles devraient être à savoir sur les déviations extrémistes du culte et les atteintes à la laïcité ou au droit des femmes.

Écrit par : Philippe Souaille | 08/12/2009

Je ne nie pas une composante raciste dans ce vote. Mais tout de même, réfléchissons un peu sur la composition de ceux qui ont voté oui:
1) aux dernières élections, l'UDC a représenté grosso modo 25% des électeurs. Considérons donc que ces partisans UDC ont tous voté pour cette initiative.
2) Il reste donc 32% de votants qui ont dit oui (le résultait était bien de 57%) qui ne sont PAS affiliés à un parti dénoncé comme xénophobe, raciste, voir fasciste.
Nous devons objectivement conclure que la majorité de la majorité des votants de cet objet ne se situe pas politiquement à la droite extrême (ou, si vous reprenez la terminologie faussée par les médias, à l"extrême-droite).
Supposons que l'UDC soit un véritable parti raciste, il serait suivi par 25% de xénophobes et de racistes parmi les votants. Comment expliquez-vous donc les 32% restant?
Pour ma part, je pense que ce vote est plus le résultat de la volonté des élites à exclure les Suisses du débat sur l'intégration et la construction de la société suisse de demain, qu'un vote raciste et xénophobe. Dans le jargon, on appel ça un retour de manivelle, les élites politiques ET médiatiques n'ayant de cesse d'imposer leur propre vision à une population qui a dit simplement non, qu'elle voulait être consultée et être considérée (le vocabulaire utilisé par les médias et certains penseurs à la suite du résultat le démontre, le peuple a été considéré comme ignare, peureux, infantile, etc.).
C'est pourquoi je m'étonne que certaines personnes, au lieu de se remettre en question sur leur responsabilité partielle, mais directe, de ce résultat, persistent dans leur logique absolutiste et poussent encore davantage vers l'autoritarisme.
Vos remarques sur le racisme et la xénophobie seraient crédibles, si nous avions une majorité de votants affiliables à un parti d'extrême-droite, et que celui-ci oeuvrait véritablement à dépouiller une catégorie de la population de ses droits fondamentaux, à savoir la liberté de réunion, de croyance, d'expression, etc. Or nous ne somme pas du tout dans ce cas de figure. Le jour où une telle initiative apparaîtra, 1) elle sera automatiquement rejettée par l'Assemblée fédérale, et 2) je me joindrai à vous pour combattre, cette fois, une dérive clairement raciste et discriminatoire.

Écrit par : Bob | 09/12/2009

M. Bob, La composante à tendance raciste de l'électorat helvétique (en gros 20%, comme dans la plupart des pays européens) n'a évidemment pas suffit à faire pencher la balance. Le danger intégriste, qui fait peur et à raison, y est pour beaucoup, notamment auprès de l'électorat féminin. J'ai été frappé de constater qu'une de mes lectrices, remarquable polémiste par ailleurs, défendait l'initiative avec acharnement, quand bien même elle déteste l'UDC et Freysinger en particulier, tandis que son propre mari, militant politique connu, expliquait dans son parti pourquoi l'initiative se trompait de cible...
Il y a, dans toute décision politique, une part d'impondérable et de vécu viscéral, qui peut défaire les plus beaux raisonnements. C'est normal, c'est naturel, ce n'en est pas moins dangereux.
J'ai été amusé - et effaré - de lire les commentaires sous l'article narrant le pugilat d'Eric Stauffer (cela fait tout de même deux fois qu'il est accusé ainsi et qu'il nie, alors même que son hystérie - filmée - et celle de ses militants, démontre que la chose est on ne peut plus vraisemblable !) Non seulement ses fidèles, à l'unisson, prenait son parti à priori, ce qui est digne des sectes les plus rudes, mais un opposant au MCG dénonçait en plus "le déclassement réduisant le taux d'occupation des sols pour permettre d'édifier 4 villas de riches, ce qui, en pleine crise du logement, est un véritable scandale".
La post était correctement écrit, apparemment censé, plutôt au-dessus du niveau de ce que l'on peut lire continuellement dans les blogs, notamment ceux du MCG. Sauf que ce gars (ou cette fille) avait tout faux, puisqu'il s'agissait évidemment d'augmenter le taux d'occupation des sols, pour permettre l'édification de 4 villas au lieu d'une ou deux. Les protestataires avaient peur que cela dévalorise leurs terrains et ouvre la porte à des expropriations pour construire des immeubles...
Là où ce post est exemplaire (!), c'est que la loi n'est jamais un plancher obligeant à construire dense. Vous avez le droit de faire un parc public sur votre terrain au milieu des immeubles si cela vous chante. Ce serait juste un énorme gaspillage d'argent. La personne qui écrivait ce post n'a juste jamais appris ce genre de choses à l'école ni nulle part, parce que cela ne s'apprend pas. Il y a des tas de domaine comme cela, ce qui n'empêche pas les gens d'avoir le droit de voter.
Loin de moi l'idée de le leur enlever. Je dis juste qu'il faut absolument trouver le moyen de répandre plus efficacement l'information et la formation, sinon, nous courrons tout droit à la catastrophe.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/12/2009

Bonjour M. Souaille

J'avais loupé ce billet et l'ai retrouvé dans la rubrique "tutti frutti"...encore une étrangeté du blog tdg!

Je rejoins le commentaire de Marie-France de Meuron et élargis mes remerciements au président du Parti Radical genevois qui s'est vivement mobilisé dans cette campagne au risque de chatouiller une partie de son électorat, là où d'autres partis de la droite se sont montrés quelque peu frileux.


Toute petite rectification: bien que le titre de chercheuse m'honore, je ne suis encore qu'une modeste étudiante ;-)

Bonne journée

Écrit par : Audrey | 09/12/2009

Permettez- moi, M Souaille ( je suis bien certain que vous me le permettez d'ailleurs) de ne pas partager votre réaction et analyse de ce référendum que vous étalez avec humour et talent; ce que je vous accorde d'autant plus volontiers que je ne suis pas spécialement tourné vers les fines analyses et encore moins vers l'écriture.

Maints arguments sont développés pour démontrer le côté raciste, discriminatoire et anticonstitutionnel de l'ensemble. Tout ceci pourrait être un peu vrai, mais ce que j'en ressens à la lecture me laisse l'impression d'un argumentaire très/trop politisé. Quand c'est politisé ce n'est jamais réellement complétement objectif. C'est du "Canada dry" .

Les anathèmes fusent :racistes, xénophobes et pourquoi pas nazis à l'instar du très démocrate Hazim Tamimi. Il y a une unité de ton entre les politiciens catastrophés et les dignitaires les moins recommandables qui me trouble.
Ne nourrit-on pas les réactions les plus négatives en emboîtant le pas aux responsables religieux pas très nets. C'est aussi une manière de leur donner raison. Je ne suis pas certain d'une catastrophe totale pour Genève et sa clientèle touristique, sauf si bien sûr on continue à dramatiser, sous prétexte de se positionner politiquement. Dans l'autre sens, les dérives post-référendaires du président PDC illustrent bien la panique qui agite le monde politique.
Ce brouhahas chaotique me plaît bien d'une certaine façon.

Non le peuple Suisse n'est pas raciste (les Kosovars et Maghrébins seraient une seule et même race qui s'appellerait "muslim" dans la tête du Suisse bon teint ?) C'est pas une dramatisations ce terme ?
Le peuple a exprimé une limite ressentie comme nécessaire, au mauvais endroit peut être, mais c'était à défaut d'autres possibilités, à qui la faute ?

Il s'agit d'un vote d'instinct, ce qui n'est pas péjoratif. Au contraire cela démontre une vitalité saine qui se situe au dessus des débats politiques. Un coup de glande endocrine qui redonne de l'air aux débats, une agitation salutaire dans le marasme conventionné des débats.
Attitude dont pourrait s'inspirer ceux qui voient le "diable" s'emparer de la machine démocratique. N'est-ce pas cette même politisation outrancière qui, il y a peu, a durablement envenimé l'affaire des otages en Lybie ?
En ces temps agités, où les ayatollahs et le cirque politique se mettent à bêler ensemble; j'apprécie le calme serein du vote du peuple Suisse souverain.

Non Monsieur Souaille, je vous crois trop bon vivant pour ne pas apprécier la valeur d'une pinte de bon sang. Ce n'est pas votre goût, mais avouez que ça ravigore.

Écrit par : aoki | 09/12/2009

Aoki, je ne suis pas sûr que le fait d'être bon vivant doive avoir quelque chose à voir avec cela ? On va encore me flanquer un point Godwin, mais les Bavarois par exemple, sont vraiment très bons vivants, Fêtes de la bière et grosse stimmung oblige. Ils l'étaient tout autant au milieu du XXème siècle. Ce qui n'excuse en rien les différents "coups de sang" en soutien à la Heimat en danger qui ont pu se produire dans le coin à l'époque.
Et pour ce qui me concerne, j'essaie de maîtriser mes dérèglements glandulaires, ce qui n'est pas toujours facile lorsque la moutarde me monte au nez. Mais c'est aussi ce qui fait la différence entre la barbarie et la civilisation. Lâchez la bride, oui, bien sûr, c'est nécessaire, mais il faut savoir où, quand et comment. Et même pourquoi.
Là où je vous rejoins c'est sur le fait que le peuple a le droit d'exprimer ses inquiétudes, surtout lorsqu'elles sont légitimes et qu'il eut été infiniment plus malin, et plus efficace, de lui fournir l'occasion de le faire. Je pense par exemple à un contre-projet qui aurait fixé dans la constitution le droit de changer de religion ou de ne pas en avoir, chose qui reste interdite par le coran, du moins dans sa lecture littérale, et dans nombre d'états à majorité musulmane.
Ou encore un complément précisant encore mieux l'égalité des droits entre hommes et femmes... mais je vais sans doute y consacrer un post entier un de ces jours prochains.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/12/2009

Tout au fond je vous suis assez bien Monsieur Souaille, mais existe-t-il une loi Godwin pour le mot UDC ? Ou est-ce assimilé ?
Ne pensez-pas que je sois un sympathisant de ce parti, car il me donne aussi des boutons, cependant comme il flirt habilement avec les humeurs des gens on pourrait penser qu'il gagne trop de terrain.
Je ne lui prête pas plus de pouvoir que celui de tendre au peuple un grattoir là où cela commence à démanger un peu beaucoup. C'est vrai qu'il se font mousser la canette de Feldschlössen avec cela.
Je suis peut être candide, mais je n'arrive pas à comparer ce processus avec des Bavarois subjugués par le sifflement d'un serpent Autrichien. Il n'en existe heureusement pas de cette taille dans nos contrée. Une telle dérive me semble impossible pour le tempérament Suisse et le complexe de ses petits moyens. Un peu de lâcheté, de couardise opportuniste et mesquine dans les moments difficiles, sans doutes.
C'est finalement ce qui rend à mes yeux, cette votation courageuse car à contre courant. Racisme ..? je suis persuadé que non.

Si comme vous le suggérez, il avait fallu voter sur un texte intelligent et plus civilisé, sans mettre un terme comme "minarets ou musulman", la participation aurait probablement été dérisoire. Car c'est quand même bien, le style de certains imam qui démange sous les liquettes brodées d'edelweiss. Mais peut -on comparer cela à de la barbarie ?
Je suis bien certain que nos amis musulmans de Suisse sont en grande majorité pacifiques et bien sûr très bien intégrés, seulement cela aurait changé beaucoup, si face à la barbarie de certains de leur coreligionnaires, ils se dressaient pour s'indigner et se désolidariser plus clairement.
Je me suis souvent demandé si cette discrétion ne venait pas du fait qu'ils ne se sentent pas vraiment libres ou suffisamment sécurisés pour le faire.
L'affaire de l'imam de Fribourg nous démontre que l'activisme de serpents dont le nid est hors du pays semble tout de même réel. Réagir à cela n'est pas barbare. Comme le dit Blondesen sur un de ses posts; maintenant que c'est fait, le soufflé va retomber.

Bien amicalement

Écrit par : aoki | 11/12/2009

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