29/12/2009

La presse écrite et le secret bancaire s'évaporent... et l'UDC nous ment...

En cette période de transferts de fin d'année, deux des plus éminents journalistes de Suisse romande (si ce n'est les plus éminents), quittent la presse écrite pour la radio-télé. Jean-Jacques Roth (Le Temps) pour en prendre la direction et Michel Beuret (l'Hebdo) comme reporter. La surprise serait que cela se passe dans l'autre sens, mais cela n'arrivera pas. La presse écrite est trop mal en point. La RTSR, assise sur sa concession, saura-t-elle s'en mieux sortir ? Pas sûr, tôt ou tard, la question politique du coût de son maintien se posera, comme se pose et se posera toujours davantage celle de la paysannerie de montagne puis de plaine, de l'enseignement, des routes, des transports publics, de la santé...Etc.

Le cumul de la dette souveraine mondiale (la dette des Etats, qui a doublée depuis deux ans) atteint 49 000 milliards de dollars. Pour se faire une idée de la montagne que cela représente, souvenons nous qu'en billets de 1000 Francs suisses (quasi à parité avec le dollar !) empilés, un million fait 14 cm de haut, un milliard 140 mètres (la hauteur du jet d'eau par temps calme) et donc 49 000 milliards près de 7 000 kilomètres de haut... Ou encore 7000 Francs de dettes pour chacun des êtres humains de cette planète, en sachant que plus de la moitié d'entre eux n'auront jamais assez d'une vie pour économiser une pareille somme. Si on la répartit entre le petit milliard de personnes solvables sur cette planète, cela fait près de 50 000 Francs par personne. Soit plusieurs années d'économies pour la plupart d'entre nous. La Suisse détient dans ses coffres l'équivalent d'une bonne partie de cette dette, déposé là par des possédants étrangers que leurs états respectifs considérent au mieux comme des dissimulateurs, au pire comme des voleurs.

Dans sa longue et passionnante interview du Temps d'aujourd'hui, l'éminent fiscaliste Xavier Auberson évoque avec franchise la révélation que fut pour lui la perception brutale de la réalité des rapports de force internationaux, lorsqu'il a négocié avec Washington. Il rappelle que les accords passés peu à peu avec l'UE signent l'arrêt de mort du secret bancaire tel qu'on l'a connu. Et que pour le reste de l'économie suisse, ces aménagements étaient une question de survie. La seule voie qu'il voit ouverte et prometteuse, à terme, c'est celle de l'adhésion à l'UE. Il a raison.

Faisons fructifier nos savoirs et nos compétences, qui sont nombreuses et appréciées, dans un ensemble plus large. Profitons des moyens qui nous restent pour les investir dans des entreprises et des projets porteurs d'avenir. Ne restons pas prostrés sur le constat déprimant de la disparition de nos ressources passées. Le secret bancaire fut notre pétrole, mais nous avons aussi des idées. A la différence des pétromonarchies figées sur leurs acquits, sachons préparer l'avenir. Certes, cela signifie offrir les moins compétents d'entre nous aux rudesses de la concurrence internationale. Mais de toute manière, il faudra en passer par là. Car nous n'aurons jamais les moyens d'un alleingang. Alors autant tirer au mieux nos dernières cartouches, pour sauver ce qui peut l'être et rpéserver, autant que faire se peut, l'idéal de solidarité qui est une vraie tradition suisse... Un peu oubliée par les Blocher et autres milliardaires de la ceinture dorée zuricoise.

L'Union Européenne et le Monde global s'offrent à nous, nous avons les compétences pour y briller, saisissons-les. C'est vrai à tous les niveaux de la société, dans tous les domaines. La future RTSR, par exemple, court à sa perte (à plus petit feu que la presse écrite) si elle se contente de gérer son pré-carré romand. Il lui faut se tailler des tranches de profit dans les marchés francophones, dénicher des sources de ressources nouvelles pour compenser celles qui presqu'immanquablement viendront à se tarir. La Suisse a toujours su s'exporter. Certes il faut rester humble. La déconfiture de Swissair, celle de l'UBS, montrent assez comment des aventures mal menées peuvent se terminer en catastrophes. Le Monde ne nous a pas attendu. Il faut cesser de croire que nous faisons tout mieux que les autres, et que ces autres, notamment les grands pays qui nous entourent, ou les géants émergents, sont tous un peu nuls, paresseux, incompétents ou désorganisés.

Nous avons profité d'une situation économiquement hyperprotégée durant ¾ de siècle. Cela fut, au moins autant que notre système démocratique, nos bras noueux ou la « qwalité swiss » à l'origine de notre prospérité. Nous voilà désormais condamnés à jouer à armes égales avec le reste du monde. La seule chose que nous ayons à négocier, c'est la réciprocité. Obtenir, par les accords mondiaux, que nos places financières, par exemple, bénéficient des mêmes droits et devoirs que tous... Ce qui passera tôt ou tard par des accords de type OMC visant à réguler cette concurrence là comme les autres.

Les montreurs de marionnettes de l'UDC et consorts tiennent évidemment un discours opposé. Mais le fait est qu'ils mentent comme des arracheurs de dents. L'aveu que fait aujourd'hui Blocher de son opération dissimulée à tous, même à ses pairs du Conseil Fédéral, illustre une fois de plus la manière dont l'individu considère son rapport au monde: à lui, tous les coups sont permis, du moment que la loi le tolère. La morale, les coutumes non écrites ou la loyauté n'ont rien à voir là-dedans.

Rappelons tout de même qu'il a basé sa fortune sur un mensonge odieux, en spoliant la veuve dont il dirigeait l'entreprise familiale, qu'il a laissée péricliter jusqu'à sa vente, la veuve découvrant à la signature qu'il en était l'acheteur, au prix le plus bas, avant de la faire fructifier miraculeusement, après l'avoir rachetée ! La politique et les affaires ne sont pas des jeux d'enfants innocents, mais si la Suisse et les Suisses veulent s'en sortir, il leur faut regarder le futur en comprenant clairement les méandres du passé. Et tenir à l'écart les illusionnistes de haut-vol et autres bonimenteurs de foire qui n'ont que leur seul intérêt personnel en tête, prêt à sacrifier les intérêts d'une entreprise, d'un canton ou d'un pays à leur seul intérêt personnel.

Commentaires

Merci Philippe Souaille pour ce billet exprimé sous la forme d'un bilan de fin d'année, tristounette il faut bien le dire ...
Cependant à la lecture de votre billet, on sent poindre de l'optimisme, un optimisme de bon aloi ...

Oui la situation de la presse est préoccupante, car la presse c'est un peu le sang qui irrigue la démocratie. Et à défaut d'une presse diversifiée, c'est tout le fonctionnement de la démocratie qui s'en trouverait affecté.

Intéressante votre comparaison pour illustrer l'importance de la dette mondiale, plus encore que la hauteur de la pile de billets de mille Francs, c'est rapportée à l'échelle individuelle que cette dette est la plus impressionnante, compte tenu de la répartition des richesses de ce bas Monde.

J'ai bien évidemment lu moi aussi l'interview que M. Xavier Oberson a accordée au journal "Le Temps", avec beaucoup d'attention. Qu'une personne de la qualité de M. Oberson s'exprime sur ce thème ne me surprend pas en soi, ce qui l'est davantage, ce sont ses conclusions. Jusqu'à ce jour, M. Xavier Oberson faisait plutôt figure de défenseur de notre système fiscal, lui-même lié au secret bancaire du fait de l'existence de l'impôt anticipé.

Si je partage tout à fait l'analyse de M. Oberson pour dire que nous avons probablement épuisé les possibilités de la voie des accords bilatéraux avec l'UE, je suis en revanche très sceptique sur la maturité du peuple suisse à s'engager aujourd'hui dans une adhésion à l'UE.

Tout ce que dit Xavier Oberson dans cette interview est vrai, notamment sur les rapports de forces, sur le fait que la Suisse intègre petit à petit les règles de l'UE et le droit européen, sans participer aux décisions, ni même aux débats d'élaboration.

Je suis bien conscient que le temps ne joue pas en faveur de la Suisse et que plus nous attendons, plus les sacrifices à consentir seront importants. Cependant le peuple suisse, dans sa grande majorité, n'en perçoit pas encore aujourd'hui l'importance, ni l'urgence.

Alors plutôt que de parler d'emblée d'adhésion, il faudrait envisager le problème sous l'angle de notre avenir au sens large du terme, celui de la Suisse, en initiant un grand débat national. Ce grand débat que j'appelle de mes voeux est la condition préliminaire à toute tentative d'adhésion à l'UE. Vouloir en faire l'économie serait commettre une grave faute politique.

Sur Blocher, je n'ai rien à dire, sinon qu'il représente le passé ...

Bien à vous et bonnes fêtes de fin d'année !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 29/12/2009

L'idée est excellente cher Jean: organiser un grand pow wow fédéral, qui pourrait ou non se conclure par une votation.
La landsgemeinde, c'est à la fois la force et la faiblesse de la Suisse. C'est normal, nous avons tous les défauts de nos qualités. Dans le cas présent, j'ai souvent l'impression que la modestie individuelle du Suisse moyen (Genevois mis à part), qui l'incite à couper toute tête émargeant par trop de l'assemblée populaire, se conjugue avec un vrai complexe de supériorité collective, d'appartenance à un groupe-nation unique et doté de qualités particulières.
Le chauvinisme helvétique est certes plus discret que le français ou l'étasunien, mais il est aussi plus solidement ancré, quasi chevillé au corps, mythifié. Merci Chevallaz.
A cela aussi, il faudrait à mon avis réfléchir, pour choisir les orientations de l'avenir en toute connaissance de cause, après une évaluation lucide de nos points forts, de nos points faibles et de ceux de nos concurrents. Lucide. Pas épidermique ou fantasmée.

Écrit par : Philippe Souaille | 29/12/2009

Vous ne pourriez pas dire simplement en une seule ligne que le parti radical ne veut plus des droits populaires d'initiative et de réferendum ? Cela serait plus clair pour tout le monde, et il y a encore des gens qui ne savent pas, les malheureux, lire entre les lignes...

Écrit par : Géo | 30/12/2009

Géo, vous dites n'importe quoi. L'adhésion à l'Union européenne ne signifie absolument pas le renoncement aux initiatives et aux référendums. De nombreux juristes se sont exprimés sur ces questions. A commencer par les négociateurs suisses à Bruxelles. D'ailleurs, en pratique, nous avons repris l'intégralité du droit communautaire sans que cela pose problème... Et sans avoir notre mot à dire dans l'élaboration du-dit droit, contrairement à ce qui se serait passé si nous avions été membres !
Pour le reste, permettez-moi de vous rappeler que je ne suis en rien le porte-parole du parti radical. Je ne suis qu'un modeste électron libre, agitateur d'idées, accessoirement membre de ce parti dont j'épouse la plupart des idées, mais pas forcément toutes et vice versa.

Écrit par : Philippe Souaille | 30/12/2009

"L'aveu que fait aujourd'hui Blocher de son opération dissimulée à tous, même à ses pairs du Conseil Fédéral, illustre une fois de plus la manière dont l'individu considère son rapport au monde: à lui, tous les coups sont permis..."

Moi, je ne lui en veux pas du tout. Il est vrai aussi que, moi, je ne me serais pas réjoui du déchaînement des chacals médiatiques. Ceci explique donc cela...

Écrit par : Scipion | 30/12/2009

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