31/12/2009

Aménagement du territoire et objectivité

La publication, par la Tribune hier, d'un résumé de l'étude statistique analysant l'incidence du niveau de vie sur l'occupation des sols dans le Canton a suscité bien des commentaires ironiques – et anonymes - sur le thème « L'Etat gaspille notre argent en enfonçant des portes ouvertes ». A tort. Le devoir des autorités est de gérer, de planifier, d'organiser, et pour cela, mieux vaut disposer de données précises. Que celles-ci confirment l'impression générale est bien normal, mais la possession de données chiffrées n'en est pas moins utile à l'heure où la constituante se propose de réaorganiser tout cela.

Les données receuillies soulignent l'inéquité du système genevois et plus généralement suisse d'organisation du territoire et d'imposition communale. En gros, plus vous avez les moyens d'habiter dans une commune riche et moins vous payez d'impôts. Ce qui s'explique aisément: quelques gros contribuables coûtant moins cher en infrastructures que beaucoup de petits, les communes qui les abritent peuvent baisser le montant du centime additionnel. Au contraire des autres. Et c'est le même système au niveau cantonal et même national. Ce que le libéralisme appelle la concurrence fiscale et d'autres le règne du chacun pour soi. Mais cela ne fonctionne pas partout ainsi.

En France, par exemple, la loi oblige les communes riches à construire des logements bons marchés pour tenter de lutter contre les ghettos. De riches et de pauvres. Mais cela ne marche pas très bien, certains maires préférant payer l'amende que d'accueillir des « salauds de pauvres » comme disait Coluche. En Colombie, c'est encore plus radical. Tout le pays, zones urbaines et rurales, est divisé en 6 strates de la plus pauvre à la plus riche. C'est d'abord, pour l'Etat, un outil de connaissance sociologique fondamental qui lui permet de répartir les aides sociales dans les zones où il y en a le plus besoin. Mais cela va beaucoup plus loin: plus la zone est classée riche et plus les services publics (de l'eau au téléphone en passant par les impôts, of course) sont chers. Et pas moyen d'y couper. A moins d'aller habiter dans un quartier plus défavorisé. Ce qui se produit parfois.

Ainsi, peu à peu, alors que le centre ville historique de Bogotà, la Candelaria, était devenu, au fil des décennies, un véritable coupe-gorge, il renait peu à peu. Quelques riches courageux s'y sont taillés de véritables petits palais intérieurs, à moindres frais, en prenant soin de laisser les façades en piteux état pour ne pas tenter les voyous des environs. Leur nombre augmentant, le quartier revit, se couvre de boutiques et de restaurants branchés, les façades y sont repeintes et peu à peu, la zone va changer de catégorie, puisque le revenu moyen y grimpe. L'inverse du système français, et sans doute plus efficace.

Ce n'est pas pour autant un système parfait. L'étanchéité sociale reste particulièrement importante en Colombie, comme dans tous les pays en développement, où l'on cultive volontiers un sentiment d'infériorité, inversement proportionnel à notre sentiment de supériorité plus ou moins inconscient d'Helvètes occidentaux, qui nous joue bien des tours. Et qui va nous en jouer de plus en plus. L'important, c'est de comprendre que chaque pays a ses différences, ses logiques propres et les défauts de ses qualités. Qu'il y a des leçons à prendre de partout et que personne de dispose de la science infuse, surtout pas nous.

Un peu plus de modestie et d'auto-critique, toutes classes sociales confondues, nous ferait le plus grand bien. L'étendue des savoirs est devenue telle qu'il est presque salutaire de faire abstraction d'une partie d'entre eux, car nous sommes aujourd'hui bien incapables de les faire entrer tous dans nos raisonnements. Mais la conséquence de cela doit être davantage de respect de l'autre et non pas de camper sur ses ergots et ses principes.

J'ai été carrément choqué de lire hier le raisonnement d'un militant de gauche qui jugeait que le Suisse de Greenpeace arrêté au Danemark méritait davantage de soutien que les otages de Libye par ce que lui y était pour défendre une cause juste et politique, alors que les deux autres faisaient du commerce chez Kadhafi. Qu'il fasse le choix politique de le défendre lui, et pas eux, c'est son droit, mais qu'il tente de le justifier par des principes moraux est inacceptable. Le manifestant participait de son plein gré à une manif – pacifique à la mode de Greenpeace – interdite, alors que les deux autres ont été piégés dans un règlement de comptes dans lequel ils n'avaient joué aucun rôle. Et les prisons danoises n'ont à rien à voir avec l'enfer libyen, indépendamment de la durée de la plaisanterie ou du fait que le commerce avec Kadhafi ou d'autres, permet au pays de vivre... et aux militants de militer.

A l'autre bout de l'échiquier, Ludovic Monnerat utilise les exagérations des tenants du réchauffement climatique pour discréditer l'ensemble de la mouvance écologiste et traiter au passage les partisans d'une gouvernance mondiale d'apprentis dictateurs. Alors que le but de la plupart d'entre eux est précisément d'instiller davantage de démocratie dans le monde global.

Ce sont là les preuves de la subjectivité et du parti pris qui semblent (re)devenus la règle. C'est particulièrement vrai dans les blogs et sur internet, à la faveur de l'âne-onymat complice, qui permet d'asséner contre-vérités, insanités et stupidités sans risque de paraître ridicule ou méchant. C'est en cela que Pierre Weiss (libéral) et Julien Sansonnens (marxiste), dans leurs blogs d'hier ont raison. Internet est un fantastique outil de communication. Mais l'identification des intervenants devrait être la règle, sauf cas extrême d'informations importantes à communiquer pouvant mettre une carrière ou autre en danger. Et dans ce cas, c'est au modérateur de décider. Exactement comme c'est le cas pour le courrier des lecteurs de nos quotidiens.

Commentaires

Le grand problème c'est la crise, et le manque d'argent!

La mixité des quartiers est un leurre, pouvoir garer sa Porche à côté d'une vieille Renaud, ne va pas arranger les choses, puisque aujourd'hui le luxe se montre plus que jamais!

J'ai vu ce matin dans les rue Basses, un russe avec un blouson en crocodile à environ 80'000.- et Hermès vendait l'année dernière un sac en croco à 150'000.-!

Alors les bonnes intentions c'est très facile sur le papier!

En 2010 c'est la soupe qui va être populaire!

Écrit par : dominiquedegoumois | 31/12/2009

Renault, M. Degoumois. Quand à votre sentiment d'injustice et d'incompréhension face à ce russe ostentatoire, sachez que vous (ou n'importe lequel d'entre nous) suscitez les mêmes sentiments lorsque vos vacances tropicales vous amènent à claquer quelques centaines de Francs devant des gens qui ne posséderont jamais autant à l'issue d'une vie entière de labeur. Et qui triment souvent au moins aussi durement que vous.
Entre les quelques dizaines de milliers d'hyperriches de la planète et les quelques milliards d'hyperpauvres, nous sommes à peu près équidistants, en termes de revenus. Cet équilibre fragile qui fut celui de la fin du XXème siècle est aujourd'hui bouleversé. L'instabilité qui s'installe va durer, sans doute bien au-delà de 2010. Pour en sortir, le monde devra se réorganiser de fond en comble.

Écrit par : Philippe Souaille | 31/12/2009

Cher monsieur Souaille je ne vais pas en vacances sous les tropiques, lorsque je vais au Maroc je me comporte bien, je ne bois pas d'alcool et ne consomme pas de drogue.
Je n'y fais pas pour frimer et faire du golf non plus!

J'arrive, comme vous le voyez, à me comporter sans vulgarités à l'étranger!

Je n'envie pas ce monsieur avec son blouson, il l'a acheté sur le dos des pauvres russes!

Pour le reste vous devrez attendre un peu plus d'une année, enfin vous semblez tout savoir!

Écrit par : dominiquedegoumois | 31/12/2009

Le "vrai problème" ne réside ni dans la crise ni dans le manque d'argent. Il se trouve dans l'absence de réelle volonté politique. Si celle-ci existait nos autorités prendraient deux mesures urgentes.
La première consisterait à remplacer l'imposition des contribuables dans leur lieu de travail par une imposition dans leur commune d'habitation. Voilà qui, moyennant aussi la réforme de la péréquation intercommunale, réduirait les différences actuelles injustifiables entre les communes (entre Cologny et Onex certes mais aussi entre la Ville et Chancy) et qui donnerait à celles-ci les moyens de leurs missions, notamment en matière de logement.
La seconde serait, s'agissant du logement, de donner simultanément plus de responsabilité et plus de liberté aux communes. Responsabilité de construire tous les types de logements. Liberté de construire où et comment elles veulent construire.
Il faut espérer que la Constituante actuellement au travail saura empoigner cette question essentielle.

Écrit par : pierre kunz | 04/01/2010

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