31/12/2009

Aménagement du territoire et objectivité

La publication, par la Tribune hier, d'un résumé de l'étude statistique analysant l'incidence du niveau de vie sur l'occupation des sols dans le Canton a suscité bien des commentaires ironiques – et anonymes - sur le thème « L'Etat gaspille notre argent en enfonçant des portes ouvertes ». A tort. Le devoir des autorités est de gérer, de planifier, d'organiser, et pour cela, mieux vaut disposer de données précises. Que celles-ci confirment l'impression générale est bien normal, mais la possession de données chiffrées n'en est pas moins utile à l'heure où la constituante se propose de réaorganiser tout cela.

Les données receuillies soulignent l'inéquité du système genevois et plus généralement suisse d'organisation du territoire et d'imposition communale. En gros, plus vous avez les moyens d'habiter dans une commune riche et moins vous payez d'impôts. Ce qui s'explique aisément: quelques gros contribuables coûtant moins cher en infrastructures que beaucoup de petits, les communes qui les abritent peuvent baisser le montant du centime additionnel. Au contraire des autres. Et c'est le même système au niveau cantonal et même national. Ce que le libéralisme appelle la concurrence fiscale et d'autres le règne du chacun pour soi. Mais cela ne fonctionne pas partout ainsi.

En France, par exemple, la loi oblige les communes riches à construire des logements bons marchés pour tenter de lutter contre les ghettos. De riches et de pauvres. Mais cela ne marche pas très bien, certains maires préférant payer l'amende que d'accueillir des « salauds de pauvres » comme disait Coluche. En Colombie, c'est encore plus radical. Tout le pays, zones urbaines et rurales, est divisé en 6 strates de la plus pauvre à la plus riche. C'est d'abord, pour l'Etat, un outil de connaissance sociologique fondamental qui lui permet de répartir les aides sociales dans les zones où il y en a le plus besoin. Mais cela va beaucoup plus loin: plus la zone est classée riche et plus les services publics (de l'eau au téléphone en passant par les impôts, of course) sont chers. Et pas moyen d'y couper. A moins d'aller habiter dans un quartier plus défavorisé. Ce qui se produit parfois.

Ainsi, peu à peu, alors que le centre ville historique de Bogotà, la Candelaria, était devenu, au fil des décennies, un véritable coupe-gorge, il renait peu à peu. Quelques riches courageux s'y sont taillés de véritables petits palais intérieurs, à moindres frais, en prenant soin de laisser les façades en piteux état pour ne pas tenter les voyous des environs. Leur nombre augmentant, le quartier revit, se couvre de boutiques et de restaurants branchés, les façades y sont repeintes et peu à peu, la zone va changer de catégorie, puisque le revenu moyen y grimpe. L'inverse du système français, et sans doute plus efficace.

Ce n'est pas pour autant un système parfait. L'étanchéité sociale reste particulièrement importante en Colombie, comme dans tous les pays en développement, où l'on cultive volontiers un sentiment d'infériorité, inversement proportionnel à notre sentiment de supériorité plus ou moins inconscient d'Helvètes occidentaux, qui nous joue bien des tours. Et qui va nous en jouer de plus en plus. L'important, c'est de comprendre que chaque pays a ses différences, ses logiques propres et les défauts de ses qualités. Qu'il y a des leçons à prendre de partout et que personne de dispose de la science infuse, surtout pas nous.

Un peu plus de modestie et d'auto-critique, toutes classes sociales confondues, nous ferait le plus grand bien. L'étendue des savoirs est devenue telle qu'il est presque salutaire de faire abstraction d'une partie d'entre eux, car nous sommes aujourd'hui bien incapables de les faire entrer tous dans nos raisonnements. Mais la conséquence de cela doit être davantage de respect de l'autre et non pas de camper sur ses ergots et ses principes.

J'ai été carrément choqué de lire hier le raisonnement d'un militant de gauche qui jugeait que le Suisse de Greenpeace arrêté au Danemark méritait davantage de soutien que les otages de Libye par ce que lui y était pour défendre une cause juste et politique, alors que les deux autres faisaient du commerce chez Kadhafi. Qu'il fasse le choix politique de le défendre lui, et pas eux, c'est son droit, mais qu'il tente de le justifier par des principes moraux est inacceptable. Le manifestant participait de son plein gré à une manif – pacifique à la mode de Greenpeace – interdite, alors que les deux autres ont été piégés dans un règlement de comptes dans lequel ils n'avaient joué aucun rôle. Et les prisons danoises n'ont à rien à voir avec l'enfer libyen, indépendamment de la durée de la plaisanterie ou du fait que le commerce avec Kadhafi ou d'autres, permet au pays de vivre... et aux militants de militer.

A l'autre bout de l'échiquier, Ludovic Monnerat utilise les exagérations des tenants du réchauffement climatique pour discréditer l'ensemble de la mouvance écologiste et traiter au passage les partisans d'une gouvernance mondiale d'apprentis dictateurs. Alors que le but de la plupart d'entre eux est précisément d'instiller davantage de démocratie dans le monde global.

Ce sont là les preuves de la subjectivité et du parti pris qui semblent (re)devenus la règle. C'est particulièrement vrai dans les blogs et sur internet, à la faveur de l'âne-onymat complice, qui permet d'asséner contre-vérités, insanités et stupidités sans risque de paraître ridicule ou méchant. C'est en cela que Pierre Weiss (libéral) et Julien Sansonnens (marxiste), dans leurs blogs d'hier ont raison. Internet est un fantastique outil de communication. Mais l'identification des intervenants devrait être la règle, sauf cas extrême d'informations importantes à communiquer pouvant mettre une carrière ou autre en danger. Et dans ce cas, c'est au modérateur de décider. Exactement comme c'est le cas pour le courrier des lecteurs de nos quotidiens.

29/12/2009

La presse écrite et le secret bancaire s'évaporent... et l'UDC nous ment...

En cette période de transferts de fin d'année, deux des plus éminents journalistes de Suisse romande (si ce n'est les plus éminents), quittent la presse écrite pour la radio-télé. Jean-Jacques Roth (Le Temps) pour en prendre la direction et Michel Beuret (l'Hebdo) comme reporter. La surprise serait que cela se passe dans l'autre sens, mais cela n'arrivera pas. La presse écrite est trop mal en point. La RTSR, assise sur sa concession, saura-t-elle s'en mieux sortir ? Pas sûr, tôt ou tard, la question politique du coût de son maintien se posera, comme se pose et se posera toujours davantage celle de la paysannerie de montagne puis de plaine, de l'enseignement, des routes, des transports publics, de la santé...Etc.

Le cumul de la dette souveraine mondiale (la dette des Etats, qui a doublée depuis deux ans) atteint 49 000 milliards de dollars. Pour se faire une idée de la montagne que cela représente, souvenons nous qu'en billets de 1000 Francs suisses (quasi à parité avec le dollar !) empilés, un million fait 14 cm de haut, un milliard 140 mètres (la hauteur du jet d'eau par temps calme) et donc 49 000 milliards près de 7 000 kilomètres de haut... Ou encore 7000 Francs de dettes pour chacun des êtres humains de cette planète, en sachant que plus de la moitié d'entre eux n'auront jamais assez d'une vie pour économiser une pareille somme. Si on la répartit entre le petit milliard de personnes solvables sur cette planète, cela fait près de 50 000 Francs par personne. Soit plusieurs années d'économies pour la plupart d'entre nous. La Suisse détient dans ses coffres l'équivalent d'une bonne partie de cette dette, déposé là par des possédants étrangers que leurs états respectifs considérent au mieux comme des dissimulateurs, au pire comme des voleurs.

Dans sa longue et passionnante interview du Temps d'aujourd'hui, l'éminent fiscaliste Xavier Auberson évoque avec franchise la révélation que fut pour lui la perception brutale de la réalité des rapports de force internationaux, lorsqu'il a négocié avec Washington. Il rappelle que les accords passés peu à peu avec l'UE signent l'arrêt de mort du secret bancaire tel qu'on l'a connu. Et que pour le reste de l'économie suisse, ces aménagements étaient une question de survie. La seule voie qu'il voit ouverte et prometteuse, à terme, c'est celle de l'adhésion à l'UE. Il a raison.

Faisons fructifier nos savoirs et nos compétences, qui sont nombreuses et appréciées, dans un ensemble plus large. Profitons des moyens qui nous restent pour les investir dans des entreprises et des projets porteurs d'avenir. Ne restons pas prostrés sur le constat déprimant de la disparition de nos ressources passées. Le secret bancaire fut notre pétrole, mais nous avons aussi des idées. A la différence des pétromonarchies figées sur leurs acquits, sachons préparer l'avenir. Certes, cela signifie offrir les moins compétents d'entre nous aux rudesses de la concurrence internationale. Mais de toute manière, il faudra en passer par là. Car nous n'aurons jamais les moyens d'un alleingang. Alors autant tirer au mieux nos dernières cartouches, pour sauver ce qui peut l'être et rpéserver, autant que faire se peut, l'idéal de solidarité qui est une vraie tradition suisse... Un peu oubliée par les Blocher et autres milliardaires de la ceinture dorée zuricoise.

L'Union Européenne et le Monde global s'offrent à nous, nous avons les compétences pour y briller, saisissons-les. C'est vrai à tous les niveaux de la société, dans tous les domaines. La future RTSR, par exemple, court à sa perte (à plus petit feu que la presse écrite) si elle se contente de gérer son pré-carré romand. Il lui faut se tailler des tranches de profit dans les marchés francophones, dénicher des sources de ressources nouvelles pour compenser celles qui presqu'immanquablement viendront à se tarir. La Suisse a toujours su s'exporter. Certes il faut rester humble. La déconfiture de Swissair, celle de l'UBS, montrent assez comment des aventures mal menées peuvent se terminer en catastrophes. Le Monde ne nous a pas attendu. Il faut cesser de croire que nous faisons tout mieux que les autres, et que ces autres, notamment les grands pays qui nous entourent, ou les géants émergents, sont tous un peu nuls, paresseux, incompétents ou désorganisés.

Nous avons profité d'une situation économiquement hyperprotégée durant ¾ de siècle. Cela fut, au moins autant que notre système démocratique, nos bras noueux ou la « qwalité swiss » à l'origine de notre prospérité. Nous voilà désormais condamnés à jouer à armes égales avec le reste du monde. La seule chose que nous ayons à négocier, c'est la réciprocité. Obtenir, par les accords mondiaux, que nos places financières, par exemple, bénéficient des mêmes droits et devoirs que tous... Ce qui passera tôt ou tard par des accords de type OMC visant à réguler cette concurrence là comme les autres.

Les montreurs de marionnettes de l'UDC et consorts tiennent évidemment un discours opposé. Mais le fait est qu'ils mentent comme des arracheurs de dents. L'aveu que fait aujourd'hui Blocher de son opération dissimulée à tous, même à ses pairs du Conseil Fédéral, illustre une fois de plus la manière dont l'individu considère son rapport au monde: à lui, tous les coups sont permis, du moment que la loi le tolère. La morale, les coutumes non écrites ou la loyauté n'ont rien à voir là-dedans.

Rappelons tout de même qu'il a basé sa fortune sur un mensonge odieux, en spoliant la veuve dont il dirigeait l'entreprise familiale, qu'il a laissée péricliter jusqu'à sa vente, la veuve découvrant à la signature qu'il en était l'acheteur, au prix le plus bas, avant de la faire fructifier miraculeusement, après l'avoir rachetée ! La politique et les affaires ne sont pas des jeux d'enfants innocents, mais si la Suisse et les Suisses veulent s'en sortir, il leur faut regarder le futur en comprenant clairement les méandres du passé. Et tenir à l'écart les illusionnistes de haut-vol et autres bonimenteurs de foire qui n'ont que leur seul intérêt personnel en tête, prêt à sacrifier les intérêts d'une entreprise, d'un canton ou d'un pays à leur seul intérêt personnel.

17/12/2009

11 000 téléspectateurs courageux, tard dans la nuit

Vendredi dernier, sur TSR 2, vous étiez 11 000 à regarder mon dernier film, "Le Secret des Dieux" , sur la Gouvernance Mondiale. Entre minuit et une heure et demie du matin, c'est vraiment sympa de votre part. Merci, donc ! Les quelques critiques que j'ai reçues sont supersympas, double merci. Il y a aura sans doute quelques commentaires désobligeants à la suite de cette note, mais bon, je suis vacciné.

Toujours est-il que selon le service ad hoc de la TSR, c'est très bon. C'est même tout à fait excellent si l'on tient compte de l'heure très tardive, de la case, du fait qu'il s'agissait d'un documentaire et de TSR 2. Cela représente 7,2% de parts de marché, et même 11,1 % chez les 15 à 49 ans. En plus ma mère ayant vécu ses dernières heures deux semaines auparavant, juste au moment où j'aurais du normalement m'occuper de la pub du film, celle-ci fut quasiment inexistante. Seuls le bouche à oreille et mon blog ont fonctionné.

Espérons que ces bons résultats convaincront le service ad hoc de la TSR de le diffuser en Haute Définition sur le canal HD prévu à cet effet, à une meilleure heure ! Les évènements de Copenhague montrent assez combien il est important de se préoccuper de la manière dont la planète est gérée.

 

16/12/2009

Secret bancaire: à condition que le monde en fasse autant

La banque helvétique, mais aussi la banque dans le monde, sont en train de vivre des heures historiques. Enfin des heures, il y a des mois et même des années que ça dure. Le changement est profond. Les banques suisses et les banques en Suisse ont commencé à s'y adapter il y une décade avec la mise en place de contrôles drastiques à l'ouverture des comptes.

A l'époque, lors de la signature de l'accord avec les USA ouvrant à Washington l'accès à ses clients dotés d'un passeport US, les responsables de l'UBS clamaient haut et fort qu'ils n'avaient plus besoin du secret bancaire (où de ce que l'on a coutume d'appeler ainsi). Ce qui avait le don d'irriter certains banquiers qui n'en étaient pas encore là. On a appris depuis que l'UBS faisait en sous-main exactement le contraire de ce qu'elle clamait officiellement. Mauvais point.

La signature de l'accord de rétrocession fiscale avec l'UE aurait pu calmer le jeu, sauf qu'il s'est rapidement avéré que les montants versés n'étaient pas en rapport avec ce que les Etats concernés espéraient. Plus même, n'importe quelle conversation avec un employé de banque à Genève vous permettait d'apprendre comment la gestion des comptes importants pouvaient être habilement déplacée – du moins officiellement - dans des îles tropicales où ils échappaient à tout prélèvement.

Deuxième mauvais point. On frisait le bonnet d'âne.

La place financière helvétique regroupe aujourd'hui des banques suisses ayant pignon sur rue (petites et grosses, privées ou non), des banques étrangères (qui pèsent de plus en plus lourd) et aussi toutes sortes de fiduciaires et d'intermédiaires divers qui sont particulièrement à l'affut de « gros coups » à réaliser. Ainsi, lorsque les contribuables des Etats-Unis ont commencé à être rejetés par les établissements soucieux de s'éviter des ennuis, le petit monde des intermédiaires bruissait de Rastignac imaginatifs, cherchant à récupérer cette manne potentielle par tous les moyens.

En tant que représentant de tous les banquiers travaillant en Suisse, les Suisses et les étrangers, Patrick Odier se doit de travailler à une solution crédible de la crise à long terme. Ce qu'il fait. Or les solutions proposées par la Suisse (une rétrocession fiscale améliorée, mais protégeant toujours l'anonymat des déposants vis-à-vis de leur fisc d'origine) n'est pas très bien accueillie par les pays européens. Dont une bonne partie de la classe moyenne supérieure a des comptes en Suisse. Et quasiment tous les très riches. Le système transformerait les banques en agents percepteurs, sauf que les services fiscaux étrangers n'ont plus guère confiance dans les banquiers suisses. Chat échaudé craint l'eau froide et à trop tirer sur la corde, elle s'use.

Par contre les grandes banques étrangères, comme les banques suisses, sont attachées à la place financière helvétique, même si tous les pays actifs dans la finance internationale se livrent une concurrence sans merci. La piste à suivre apparait claire: faire table rase de la dissimulation fiscale pour gérer des fortunes et des biens déclarés, ou investis dans des formules juridiques légales. C'est dans ces conditions, en faisant valoir tous nos autres atouts, réels, que Genève, Zürich et autres pourront conserver leur place de premier rang dans la finance mondiale.

Le prix à payer est élevé, mais sans doute inférieur à celui d'une guerre à outrance avec les grands pays qui nous entourent. Genève, en particulier, devrait y réfléchir à deux fois avant de dénoncer le nouvel accord de double imposition avec la France, car Paris pourrait alors vouloir imposer, comme c'est l'usage, les citoyens résidant sur son territoire, y compris les frontaliers, faisant s'écrouler des pans entiers de l'édifice fragile de la prospérité genevoise. Certes la France y gagnerait des chômeurs, mais la cacade, à Genève, serait à conjuguer au superlatif, ne réjouissant que les pires mouvements populistes. Dont le leader maxi-mots s'ingénie à paralyser les travaux du Grand Conseil et à ralentir ceux du Conseil d'Etat, en bombardant ce dernier d'interpellations écrites sur ous les sujets. En fait, au lieu de bloguer, il interpelle...

Sérieusement, la recevabilité judiciaire des fichiers volés à la HSBC est une affaire juridique et doit le rester. Il revient à Christian Lüscher d'aller plaider cette cause devant les tribunaux français si les déposants incriminés choisissent de faire recours contre les décisions futures du fisc à leur égard, comme ils en auront le droit. Mêler les décisions du peuple à cela ne me parait que de nature à compliquer les choses. Outre qu'il n'est pas certain que le peuple choisisse de défendre les riches fraudeurs, même en lui expliquant qu'il en a bien profité durant quelques décennies.

D'un point de vue moral, le seul argument recevable en défense du secret bancaire à l'ancienne, c'est qu'il serait stupide d'y renoncer si TOUTES les places financières dans le monde ne sont pas logées à la même enseigne et contraintes à renoncer à leurs pratiques diverses et variées de dissimulation fiscale. Il se trouve qu'on en prend le chemin, mais que l'on n'y est pas encore arrivé.

15/12/2009

La fin de ce que l'on appelait le secret bancaire

La mort de Philippe de Weck, très grand Monsieur de la banque helvétique (respect à ses enfants et petits enfants) souligne comme un point d'exclamation la fin d'un monde, celui du secret bancaire tel qu'on l'a connu. La succession si rapprochée d'affaires spectaculaires au Liechstenstein, aux Etats-Unis, en Italie et maintenant en France, ne répond pas seulement à la loi des séries. Elle signifie la fin d'une ère et il est parfaitement inutile d'espérer pouvoir l'éviter: le système ancien se délite par tous les ports.

Il incombe aux patrons et propriétaires de banques, ainsi qu'aux politiques, de préparer l'avenir - qui peut être radieux - sans s'apesantir sur des combats d'arrière garde, qui vu de l'étranger, ou d'un simple point de vue moral, frisent le ridicule. Accueillir l'évasion fiscale d'un pays étranger, quel que soit le taux d'imposition pratiqué (et entre parenthèse, pour les classes moyennes françaises, il est moins élevé que pour les classes moyennes helvétiques) c'est faire du recel de biens volés à l'Etat en question. Des Etats qui sont en principe des Etats de droit, qui plus est démocratiques, dont le choix qu'ils font de leur fiscalité ne regarde qu'eux.

Pousser de hauts cris pour l'utilisation d'un listing volé quand on vit soi-même de l'argent dérobé à ces Etats, c'est un peu gonflé. C'est certes un argument juridique, mais la Suisse s'est abritée durant des années dérrière le fait qu'elle ne reconnaissait pas la soustraction fiscale comme un délit pour éviter de collaborer avec les justices étrangères. Avec la même mauvaise foi, les Etats étrangers pourraient fort bien expliquer demain que ces données devant leur être connues, selon leurs lois, les leur fournir n'est pas délictueux... On est là dans un processus de guerre économique, dans laquelle la Suisse est tout sauf neutre. Et la guerre n'est jamais jolie.

Stigmatiser les frontaliers est assez malvenu. Si j'ai bien compris, l'informaticien monégasque habitait Genève, et pas en France voisine. Où habitent par ailleurs quelques employés de banque suisses de très haut niveau. De même que des milliers d'étrangers, à Genève, gèrent des comptes issus notamment de leurs pays d'origine. Ne serait-ce que pour des questions de langue et de contacts. En général, ils gagnent suffisament bien leur vie, disposent de suffisament de sens moral (ou plus exactement de fidélité à leurs engagements professionnels, parce que dans certains cas, la notion de sens moral se discute) et se plaisent assez à Genève, pour ne pas avoir envie de monnayer leurs secrets dans leurs pays d'origine. D'autant que dans certains pays, cela pourrait être extrêmement dangereux, même si la Suisse, et certaines banques plus que d'autres, font effectivement la chasse aux comptes mafieux.

Cette guerre, la Suisse ne peut pas la gagner, si elle campe sur ses positions. Nous ne sommes plus dans un monde où l'argent peut dormir dans un coffre, même si c'est ce que font beaucoup de détenteurs discrets en ce moment: liquéfier leurs valeurs et les enterrer dans un coffre. Le temps que ça passe. Certains banquiers même les conseillent en ce sens, y compris pour tenter d'arracher des clients au concurrent d'à côté... La guerre, vous dis-je... Mais tôt ou tard, il va falloir réintégrer les circuits économiques et financiers mondiaux, au moins pour les grosses fortunes. La Suisse et ses banques seront obligées d'en passer par les diktats des principales économies de la planète, si elles veulent continuer d'avoir simplement le droit de jouer.

Ce n'est pas une catastrophe, on l'a dit et redit. Les places financières helvétiques, et genevoise en particulier, ont de solides atouts à faire valoir, en dehors du secret bancaire (ou de ce que l'on appelle ainsi). En acceptant l'échange automatique d'informations, on met fin à la guerre et l'on entre dans une ère nouvelle, celle de la concurrence. Où le choix d'une fiscalité légère sur les bonus des banquiers, par exemple, pourrait renforcer nos positions, à l'heure où les petits génies de la finance vont tous vouloir fuir Londres et Paris... Mais ce n'est de loin pas notre seul atout. La confidentialité en est un autre. Car si les données sont communiquées au fisc d'origine, elles ne sont pas pour autant répandues sur la place publique.

 

10/12/2009

Faut-il aider les pétroliers ?

C'est important, ce qui se passe à Copenhague. Comme toujours dans ces enceintes internationales, les négociations sont serrées, voire sanglantes. Si tout le monde est à peu près d'accord sur les objectifs globaux, chacun (= chaque pays) souhaite y parvenir en payant le moins possible et en obtenant le maximum. Dans les pays démocratiques comme dans les autres, parce que les gouvernements doivent rendre compte à leurs électeurs et que les électeurs ont tendance à classer dans cet ordre leur intérêt personnel, puis leur intérêt national, puis l'intéret général. C'est humain, c'est normal, mais c'est idiot, car de l'intérêt général peut parfois dépendre l'acomplissement - ou la durabilité - de ses intérêts particuliers ou nationaux.
Les gens s'en rendront compte un jour, mais on en n'est pas encore là.
En attendant, les pays pauvres râlent après les Danois, qui font circuler un projet de résolution qui néglige gravement leurs intérêts, en donnant aux pays riches tout le temps nécessaire à s'adapter. Un test, sans doute comme dans toute négociation, pour permettre de jauger les capacités de réaction de l'adversaire, car l'idée même d'un tel accord parait surréaliste. Comme l'est à l'inverse, la prétention des pays producteurs de pétrole d'obtenir eux aussi des dédomagements de la communauté internationale pour les manque à gagner futurs, que des mesures clairement orientées anti-CO2 ne manqueraient pas de provoquer chez eux.
De telles mesures compensatoires à leur égard seraient inadmissibles. Ils ont bénéficié, durant quelques décennies, d'une manne providentielle dont ont été privés les autres pays en développement. A de rares exceptions près, ils se sont moqués éperdument des conséquences catastrophiques que pouvaient avoir sur les pays pauvres sans pétrole les hausses brutales de prix qu'ils ont parfois imposées. Les pétrothéocraties en ont même profité pour épandre un prosélytisme fâcheux sur une bonne partie du monde, au lieu de s'occuper d'investir pour préparer l'après-pétrole. Ce qui vaut aussi pour le chavisme. Les aider aujourd'hui serait un pur scandale, même si cela peut paraitre dans l'ordre des choses.

 

09/12/2009

La honte de Sarko et la peur du Monde

Dans son numéro de novembre, Forbes classe les 67 hommes (dont sauf erreur 3 femmes seulement, Angela Merkel 15è, Hillary Clinton 17è et... Oprah Winfrey, 45è) les plus puissants du monde. Les critères mélangent l'argent et le pouvoir, spirituel ou temporel, et sont horriblement étasuno-centrés. N'empêche, Nicolas Sarkozy (56è) a du avoir un choc lorsqu'il s'est découvert loin dérrière Berlusconi  (12è !!!), Angela Merkel (15è), Brown (29è), Lula (33è) ou horreur Kim Jong Il (dictateur nord-coréen 24è)  mais aussi les français Trichet (BCE 25è), DSK (FMI 47è), Bernard Arnault (LVMH, 52è)...
A noter que DSK se pose en rival le plus sérieux de Sarkozy pour 2012. Il chasse à peu près sur les mêmes terres que Bayrou, reste à savoir si les deux vieux crocodiles sauront s'entendre, pour se partager le marigot, mais surtout pour le bien de la France. DSK a marqué un poing (!) en parvenant à glacer le sang de Sarkozy, en le coinçant dans les toilettes, lors d'un sommet international. Il l'a menacé de le poursuivre devrant les tribunaux si l'Elysée persistait à faire courir le bruit que des photos de DSK en galante et très jeune compagnie circulaient sous le manteau. Photos que personne n'a vues donc. Ce qui ne dispensait pas de  nombreux malveillants d'en parler dans les réunions politiques, jusque dans les provinces les plus reculées et même en Suisse romande.
Toujours est-il que Lula, comme DSK, Sarko, Zoellick et d'autres, de la liste des 67, sont dans "Le Secret des Dieux", qui passe vendredi à minuit à la télé. La bande annonce est visible sur www.lesecretdesdieux.ch Histoire de vous mettre l'eau à la bouche pour vous convaincre de laisser tomber le 2ème épiosde de Dr House 10' avant la fin, pour zapper sur TSR2.
Un excellent confrère du Temps m'a accusé d'avoir fait un film pro-OMC avec le Secret des Dieux. Peut-être, mais il exprime en tout cas une vérité. Alors que des tas de mensonges grossiers sont répandus sur cette organisation et sur la gouvernance mondiale en général, y compris aux heures d'audience maximale, sans que personne n'y trouve à redire. Le film des Yesmen, tissu d'énormités vulgaires en est l'exemple type. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. Et dénoncer à gros traits un scandale, réel ou supposé, est largement plus vendeur, médiatiquement que d'essayer d'expliquer une vérité complexe, ou de montrer tout simplement comment les choses fonctionnent. L'éternelle histoire du train qui arrive à l'heure, qui n'est pas une info.
Ce monde est en train de devenir fou. La violence, la haine, se répandent et se banalisent. L'argument sous la ceinture devient la règle. Je me souviens avoir été outré en lisant, pour la première fois, sous la plume d'un néo-con étasunien, cette théorie selon laquelle ce qui compte, c'était moins la vérité vraie, ou ce qui s'en rapproche, que le consensus - éventuellement complètement mensonger - auquel peut parvenir une population soigneusement drillée. Cet avis théorique des néo-cons, tout le monde ou presque la met en vigueur. Du MCG et sa haine du "frontal" aux altermondialistes qui en sont aujourd'hui à tenter d'enrayer Copenhague parce que la green econcomy reste de l'économie, en passant par les météorologues qui manipulent les données pour accélérer le processus.
Le monde devient fou, il se dope au mensonge, au scandale et à la peur de l'autre, du méchant, du voisin, du riche, du pauvre...  Alors que pour la première fois, depuis l'aube de l'humanité, nous aurions les moyens de résoudre tous nos grands problèmes, si nous nous montrions capables de les appréhender tous ensemble, avec  respect et méthode...

07/12/2009

L'OMC, Copenhague... et nous

 

A vos disques durs : Vendredi soir à minuit (ou samedi à 0 h), TSR 2 diffuse « Le Secret des Dieux » qui comme son nom ne l'indique pas, fait le point sur le gouvernance mondiale. Au beau milieu de Copenhague, c'est l'occasion d'apprendre comment la planète est gérée... ou pas... et l'ampleur phénoménale de l'incompréhension populaire à ce sujet.

Comment faire, par exemple, pour que l'amélioration nécessaire du niveau de vie des plus pauvres ne se traduise pas par une aggravation de la pollution ? Et, vu que les ressources ne sont pas extensibles à l'infini, comment parvenir à cette amélioration sans réduire notablement le train de vie des classes moyennes occidentales, qui tiennent les cordons de la bourse et donc la clé - politique - des solutions dans nos pays globalement démocratiques?

Ces questions, et d'autres, je les ai posées à ceux qui s'en préoccupent, ou qui devraient le faire: chercheurs universitaires, chefs de gouvernements, dirigeants d'organisations internationales. Ainsi qu'à deux leaders altermondialistes locales, qui reconnaissent implicitement ne pas avoir de réponse et se cantonner dans un rôle de critique des solutions actuellement apportées.

La critique est aisée, mais l'art est difficile... c'est pourquoi j'ai le plus grand respect pour les équipes de hauts-fonctionnaires nationaux ou internationaux (actifs aussi dans le privé parfois) qui se sont attelés à cette tâche démentielle, mais oh combien nécessaire: penser et réorganiser la gouvernance mondiale pour la rendre plus efficace. Pour y parvenir, il faudra résoudre pluseurs équations du calibre de la quadrature du cercle, à commencer par la persistance des nationalismes et des irrédentismes de tous poils.

A la diffèrence des films de Hulot ou d'Arthus Bertand, ou avant eux, de l'Autrichien Sauper, le Secret des Dieux ne se contente pas de dénoncer l'urgence des problèmes (largement fantasmés voire bidonnés dans le cas du Cauchemar de Darwin) mais veut rendre accessible le débat sur les solutions. Une démarche peu payante à l'heure de la simplification médiatique à outrance, mais néanmoins nécessaire. Car si l'on se contente d'en rester à l'invective et à la dénonciation, parfois calomnieuse, on n'avancera pas.

Quelles doivent être les rôles respectifs de l'ONU, de l'OMC, de l'OMM, du PNUD, du PNUE ou du FMI dans l'orchestre symphonique aux multiples chefs d'orchestre qui se met en place ? Qui va écrire la partition et comment les coordonner ? Quelle est la légitimité du CEB, le Chief Executive Board ? Un Conseil des ministres du Monde qui regroupe tous les dirigeants des Organisations Internationales, parmi lesquels il n'y a pas plus d'un représentant par nation... Sauf quatre citoyens des Etats-Unis (dont trois à des postes mineurs) et quatre Français (dont trois à des postes majeurs...)

Certes, minuit c'est bien tard, quand on travaille le lendemain, mais c'est vendredi soir, et les magnétoscopes comme les disques durs sont là pour ça: enregistrer ce qui ne peut pas être vu sur le moment. Si la vox populi ne veut pas être larguée, dans les débats qui ne font que commencer sur la gestion commune de la maison monde, elle a tout intérêt à s'informer, pour se forger sa propre opinion.

03/12/2009

Minarets: les points sur les i de Heidi

Minarets: le point sur les i de Heidi

 

Merci à mon très estimé collègue blogueur Jean d'Hotaux dont le commentaire à mon dernier texte m'insuffle cette réponse.

Tout d'abord, en 1997, la région de Walenstadt s'est officiellement proclamée « Heidiland ». Il est très important de bien lire ce qu'écrit Audrey, une autre très estimée commentatrice, ci-devant chercheuse de nos universités: l'UDC prend un malin (?) plaisir à étendre à toute la Suisse des règles de conduite issues des comportements disons très traditionalistes de Suisse centrale (dite aussi «Suisse primitive »). Ce faisant, l'UDC violente la diversité suisse et le Fédéralisme qui sont pourtant les fondements basiques de notre aptitude à vivre ensemble. Car si les Waldstätten ont le droit de ne pas aimer les minarets, les « genfereimacher » ont celui de ne pas s'habiller en vacher à boléro du Toggenburg... ou de préférer un meuble Ikéa à une « rouriröschli » (je l'aime trop en phonétique » pour m'en priver) lucernoise.

Okazou, pour les étrangers qui nous lisent, le terme désigne une armoire de cuisine, dans le parler guttural que nonobstant mon incompréhension globale – mais pas nécessairement totale - je trouve plus amusant à entendre que le Hochdeutsch. Göpfertamminonomaohl ! Là encore c'est de la phonétique, mais j'adore cette exclamation – qui peut être extrêmement injurieuse - dans laquelle il est question de « tête de quelque chose (mais de quoi ???) plusieurs fois ». Ou « encore une fois » (noch einmal...)

Cher Jean, vous me faites injure en me supposant ignorer l'urbanicité de Züri... M'étant quelques fois rendu sur les quais de la Limatt, je n'en ignore rien. Il se trouve que comme le fait très justement remarquer le jeune « Minet » Schlechten - avec lequel je ne suis pourtant pas toujours d'accord - la fracture du dernier vote est bien moins linguistique que ville-campagne. Preuve en est que les Bâlois citadins sauvent l'honneur (merci à eux et à ma compagne, pour moitié bâloise) et que les Züricois ont bien failli le faire, tandis que nos cantons non urbains romands et catholiques ont voté comme les cantons rupestres alémaniques... Notre syndicaliste gendarme prouve ainsi, s'il le fallait encore, que notre police genevoise sait faire de la sociologie. Merci à elle.

Genève est en Suisse mais n'est pas la Suisse. Si nous voulons qu'elle y reste (en Suisse), il me parait essentiel de ne pas l'oublier. Ce qui ne risque pas de se produire à l'UDC (gnark gnark...) puisque la plus belle genferei de ces dernières années, c'est tout de même l'existence du MCG. Dont les ténors m'amusent beaucoup, à crier aujourd'hui au respect de la logique confédérale, eux qui l'an dernier à même époque appelait carrément à la sécession... Ce que je ne fais pas, personnellement. Si je prône l'internationalisme, ce n'est certainement pas pour diviser davantage les entités déjà existantes.

Lorsque j'écris que Genève ne pourra plus payer sa part – très largement décomptée, merci Calmy-Rey - de la péréquation intercantonale, ce n'est pas qu'elle ne le voudra plus, mais bien qu'elle ne le pourra plus. Je n'écris pas encore en wallon, mais bien en Suisse-romand. Parce que le retrait des avoirs arabes – alors que notre place est une championne de la finance islamique – et le départ des très dépensiers touristes estivaux risquent de faire très mal au mauvais moment. En espérant que tout cela ne pèse pas sur la Genève Internationale, qui fête l'aïd et les principales fêtes musulmanes comme les fêtes chrétiennes, parce que c'est dans la charte de l'ONU : nul ne doit être discriminé pour sa religion. Or l'interdiction des minarets est clairement une discrimination raciste à caractère religieux.

M.   M. Aldeeb a une fois de plus perdu l'une de ses (répétées) occasions de se taire, lorsqu'il traite le Conseil Fédéral de menteurs. Le minaret n'est pas indispensable à la pratique de l'islam. Mais son interdiction n'en est pas moins discriminatoire et c'est d'ailleurs pourquoi l'initiative ne posait pas les limites au bon endroit. Même si les minarets sont clairement perçus comme un symbole d'expansion territoriale par les intégristes, voire par les musulmans. Je ne vis pas du tout dans un dessin animé, je parcours le monde, et si je peux me tromper, cela m'arrive assez fréquemment et je le reconnais volontiers, je crois être assez lucide sur les différents rapports de force et l'état des tensions.

N'empêche que mettre tous les musulmans dans le même sac, sous prétexte des excès de certains d'entre eux, c'est du racisme.

Dire « untel est noir et dealer », tel autre est « appenzelois et petit » ou même, osons, "juif et avaricieux", ce n'est pas du racisme. Si le constat est vrai, ce n'est qu'un constat. En revanche, dire « tous les dealers sont noirs », ou pire encore « tous les noirs sont dealers » etc etc..., c'est du racisme, clair, net et punissable par la loi. Tout d'abord parce que c'est faux et parce que les amalgames sont odieux. Il en va de même pour les minarets.

Interdire une construction parce que c'est un minaret, ou parce que c'est une enseigne lumineuse, par exemple, c'est idiot et discriminatoire parce que cela ne tient pas compte de la réalité de la forme projetée. Tous les minarets ne sont pas identiques. Il en existe une infinie variété de tailles, de formes, d'aspect, de matériaux, etc... Beaucoup, en certaines contrées, sont d'anciens clochers d'église par exemple (et réciproquement). Donc il est parfaitement concevable d'interdire un minaret qui ne correspond pas aux critères esthétiques et environnementaux du lieu... Et au contraire de l'autoriser s'il s'y adapte. Idem pour une enseigne lumineuse ou simplement commerciale. Avec cette loi, le minaret n'est pas interdit pour sa forme ou son aspect, mais bien sur le fond, parce qu'il est un symbole d'une religion en particulier.

L'initiative qui a été votée dimanche est scélérate parce qu'elle ne fait pas la différence entre les minarets – qu'elle exclut par principe – et qu'en plus elle traite donc potentiellement les musulmans soucieux d'intégration de la même manière que les pires intégristes. Il n'est pas question de laisser les imams intégristes répandre leur fiel dans nos mosquées (nos mosquées suisses) sans intervenir. Mais pour cela, il importe de séparer le bon grain de l'ivraie. Si vous prenez des mesures qui rejettent tous les musulmans dans le même sac, parce qu'ils sont musulmans, au lieu de différencier au contraire les lectures modernes de l'Islam des lectures traditionalistes, vous aggravez le problème. Et vous vous retrouvez avec 400 000 victimes de discrimination, en accentuant le sentiment de communautarisme, au lieu des les intégrer dans le combat commun contre l'intégrisme.

Et si l'UDC, en s'appuyant sur la frilosité des cantons ruraux et sur la peur (amplement légitime et justifiée, mais pas placée au bon endroit) que suscite l'Islam chez les Suissesses, parvient à faire voter une loi que j'estime scélérate et qui ne me convient pas... Une loi qui porte atteinte à mon image, en tant que Suisse et en plus aux intérêts de mon canton (Canton qui subventionne largement la Suisse, au demeurant) j'ai le droit de chercher à changer cette loi, par tous les moyens démocratiques en ma possession. En tant que citoyen. J'ai aussi le droit de le dire, et même le droit de l'écrire sur un mode humoristique et provocateur, si j'en ai envie. C'est bien pour protéger ce droit que j'entend lutter avec la dernière énergie contre l'intégrisme islamique, comme contre les dérives totalisantes. Ou carrément totalitaires.

 

 

01/12/2009

Minarets : les limites de la démocratie

la première conséquence d'Internet et de la blogosphère, c'est sans doute la désacralisation de la parole publique, dont désormais tout le monde prétend pouvoir s'emparer sans la moindre vergogne. Même dans une landsgemeinde, sous l'arbre à palabres ou sur un forum antique, mieux valait tourner trois fois sa langue dans sa bouche avant de s'exprimer, si l'on ne voulait pas se ridiculiser devant ses voisins. L'anonymat du net a changé cela. Les pires bêtises et la plus affligeante nullité ont désormais droit de cité.
Cela entraîne des conséquences lourdes en politique. Un sport jadis réservé aux ténors de l'expresssion orale ou écrite. D'un côté les tribuns charismatiques, habiles à flatter le bon peuple dans le sens du poil, de l'autre les experts, gestionnaires et autres journaleux et spécialistes, détenteurs de la parole censée. Ils ont toujours coexistés, mais il semble que ces derniers temps, le rapport de force ait changé. Conjonction d'Internet et des effets des diverses crises de la période.
La démocratie, à savoir le droit des gens, de tous les gens, à donner leur point de vue et à influer, dans la mesure de leur voix, sur la conduite des affaires publiques, c'est incontestablement une bonne chose. Mais ce n'est pas pour autant un système parfait, loin de là. Il comporte un certain nombre de lacunes. Par exemple :
- il y a des gens plus compétents que d'autres (et pas forcément les mêmes selon les problèmes), donc des avis plus ou moins pertinents. Les plus pertinents n'étant pas toujours les plus nombreux, l'expression d'avis "autorisés" et éclairés est essentielle. Malheureusement dans la jungle des médias et d'Internet, les avis les plus tranchés se font plus facilement entendre que les mieux construits.
- l'opposition entre l'intérêt collectif et l'intérêt individuel est fréquente, de même qu'entre l'intérêt local et l'intérêt global. Les intérêts de Genève, économiques et culturels, sont ainsi clairement menacés par la majorité rupestre et schwyzerdütschophone qui a décidé de barricader un peu plus Heidiland. Par crainte irraisonnée de le voir se muer en Helvetistan. Majorité rupestre et schwyzerdütschophone qui sera bien embêtée le jour où Genève ne pourra plus payer sa part (copieuse) de la péréquation intercantonale qui aide généreusement ces cantons premiers à entretenir le Heidiland... Peut-être aurait-il fallu le leur expliquer avant, la vox populi helvète étant traditionnellement extrêmement réceptive aux arguments effleurants son porte-monnaie. Mais personne n'y a pensé, d'aucuns évoquant uniquement (et stupidement, plus contre-productif avec des Suisses aux bras noueux, tu meurs) les risques de réactions violentes des islamistes...
- la morale, l'intelligence ou la grandeur d'âme ne sont pas, statistiquement, des données tellement répandues qu'il soit prudent de compter dessus. Bon, elles sont un peu plus répandues à Genève que dans le Heidiland rupestre et schwyzerdütschophone, mais je ne parierais pas énormément sur la part qui revient à la pesée (légitime) d'intérêts et à la simple grandeur d'âme.

C'est pourquoi il est fondamental d'être toujours très attentif à la subsidiarité qui est ce principe par lequel on décide à quel échelon doit être pris quelle décision... Si on laisse la gestion des bêtes sauvages aux voisins immédiats des parcs naturels, où que ce soit dans le monde, il n'y a plus de bêtes sauvages. Les prédateurs disparaissant en premier. Les habitants voisins sont certes les premiers concernés, mais l'intérêt général commande de préserver la faune...

Et l'échelle de la Nation n'est clairement plus suffisante, concernant un certain nombre de problèmes, dont la solution implique une gestion globale.  La condamnation qui nous pend au nez, par la Cour européenne des Droits de l'Homme, voire par l'ONU, va rendre fou de rage les nationalistes obtus. Mais elle interviendra à juste titre. Parece que l'inscription d'une pratique discriminatoire met en péril des équilibres mondiaux subtils et que le monde n'a franchement pas besoin de périls supplémentaires.

Cela ne signifie aucunement que la Suisse - et les Suissesses - n'ont pas le droit de se protéger de l'intégrisme et des périls qui vont avec. Mais il faut le faire de la bonne façon, d'une façon qui respecte des règles élémentaires et égales pour tous. Les lois sur la construction étaient amplement suffisantes pour éviter toute édification déplacée. Les limites à tracer n'ont rien à voir avec les minarets, mais concernent la liberté de changer de religion, ou de ne pas en avoir, les droits de la femme, bref les points où effectivement certaines lectures de l'Islam posent problème. Mais tout le monde sait que l'UDC ne cherche pas à résoudre les problèmes, mais plutôt à en poser pour pouvoir s'en faire des marche-pieds.

En ce sens, l'initiative radicale visant à rendre aux Cantons la gestion des choses religieuses est une excellente chose, qui devrait aboutir à d'heureux résultats plus efficacement que les condamnations internationales, et en prenant l'UDC à son propre jeu: vous voulez faire du local et du circonscrit ? Alors laissez Genève agir de manière autonome en fonction du vote démocratique de ses citoyens.