19/01/2010

Haïti à terre... et nous en pareil cas ?

J'ai un message à tous les donneurs de leçon du style "nous en Europe, on sait être solidaires et l'on ne reste pas prostré dans le malheur..."
En commençant par cet article du Figaro, qui décrit ce que voit le journaliste, un peu outré, et les commentaires qui le soulignent, carrément hors de propos.
http://www.lefigaro.fr/international/2010/01/19/01003-20100119ARTFIG00014--leogane-la-debacle-du-corps-medical-haitien-.php#xtor=AL-5

Pourquoi hors de propos ? Parce qu'il ne faut pas remonter bien loin pour retrouver dans notre histoire européenne, l'histoire française en particulier, des moments similaires. Je pense à ce que me racontait ma mère des bombardements de Reims à la fin de la guerre. Elle était enceinte, son père était chef d'ilôt de la défense civile. Cela bombardait dur, les immeubles s'écroulaient, il y avait des morts partout, ou des morceaux de mort, jusque dans les arbres. A la première alerte, les gens se terraient dans les abris et n'en sortaient plus avant longtemps. Surtout pas, après la fin de l'alerte, lorsqu'il s'agissait d'aller déblayer les décombres, chercher d'éventuels survivants, ramasser les morceaux d'hommes de femmes et d'enfants qui n'avaient pas eu le temps de se précipiter dans l'abri.
Il n'y avait jamais, jamais, de volontaires. Les hommes valides continuaient de taper le carton dans l'abri et c'était ma mère, enceinte donc, qui s'y collait, avec son père, qui lui en avait vu d'autre, beaucoup d'autre, en 4 années de tranchées. Quant aux médecins, certains faisaient un boulot admirable et d'autres du marché noir, comme d'ailleurs une part non négligeable de la population. Et les plus vindicatifs à l'égard de l'occupant à terre, ou de ses femmes perdues, quelques mois plus tard, ne furent évidemment pas les plus courageux lorsqu'il y avait des risques à prendre ou de la peine à endurer.
La nature humaine, la nature animale, est ainsi.
Beaucoup restent prostrés devant l'adversité, accablés par ce qu'ils sont en train ou viennent de vivre. D'autres, moins nombreux, se lèvent et résistent. Et parfois parviennent à entraîner les autres. Au sein d'un même peuple, quelque peuple que ce soit.
Il se trouve que la population de Haïti est à genoux. Elle a quelques raisons pour ça. Certains en son sein résistent. Les sauveteurs envoyés du monde entier, sont eux formés pour agir, entraînés pour cela, encadré et choisis pour ça. Alors de grâce, pas d'amalgame douteux et de jugement hâtif.

Commentaires

Permettez-moi de recopier ici le récit que fait Reuters de la délivrance de la jeune Darline, 2 semaines après le séisme, par les volontaires de la Croix-Rouge Haïtienne... Ce qui va tout à fait dans le sens de votre article.

Haïti : Darline, retrouvée vivante avec l'aide de la Croix-Rouge
Jude Celoge, 25 ans, chef d'équipe de la Croix-Rouge haïtienne à Martissant, a conduit avec d'autres volontaires les premiers efforts de sauvetage de Darline Etienne, retrouvée vivante après 15 jours passés sous les décombres. Récit.

©Reuters
27.01.2010. Darline sur le point d'être évacuée dans une ambulance de la Croix-Rouge haïtienne.
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27.01.2010. Darline sur le point d'être évacuée dans une ambulance de la Croix-Rouge haïtienne.
©Reuters

« C'était mercredi après-midi vers trois heures, je travaillais au poste de secours lorsque j'ai reçu un appel du chef d'équipe qui était à Place Jeremy, à Martissant. Il m'a dit : "Jude, tu dois immédiatement venir à Carrefour Feuille. Il y a une jeune fille de 16 ans sous les décombres, elle est vivante". Je suis arrivé cinq minutes plus tard.

Les habitants du quartier étaient là avec des marteaux, des scies, des burins, des pelles. Un secouriste de la Croix-Rouge était entré dans un trou, sous les décombres, et parlait avec Darline Etienne, c'est son nom. Il parlait avec elle. Elle était sous la douche lorsque la terre a tremblé. Elle nous a tout de suite donné un numéro de téléphone pour que nous puissions appeler sa famille. J'ai appelé, une fille a répondu. Elle nous a donné la même explication que Darline, elle était bien sous la douche, et elle a confirmé que Darline était sa cousine. Elle était sûre que Darline était morte.

Les gens ont crié : "Vive la Croix-Rouge !"

J'ai tout de suite contacté le CICR. D'autres collègues étaient entrés dans le trou, nous pouvions voir sa main. Nous avons retiré les blocs de ciment et installé un cordon dans la zone, pour protéger l'endroit des passants. Plusieurs journalistes sont arrivés. Et puis la protection civile française est arrivée. Finalement, ils ont retiré Darline, vivante. Elle était nue, nous l'avons couverte et lui avons donné de l'oxygène. Et puis nous l'avons évacuée dans une de nos ambulances.

Moi et mon équipe avons fait notre travail. Et la population nous a aidé. La population du quartier a eu confiance en nous et c'est pour cela qu'ils nous ont contactés les premiers. Lorsque Darline est entrée dans l'ambulance, les gens ont crié : "Vive la Croix-Rouge, Vive la Croix-Rouge !"

Lorsque je l'ai vue sortir vivante et consciente, je me suis dis qu'elle était miraculée, que Dieu l'avait protégée. C'était plus qu'un miracle, c'était une merveille. Alors qu'elle entrait dans l'ambulance, je me suis demandé si j'étais en train de rêver. »

Écrit par : Louis Cyparis | 29/01/2010

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