27/01/2010

Maurice Addoum Helbongo: Le départ d'un homme bon

J'ai passé mon après-midi d'hier à l'enterrement d'un grand homme.

Un Africain d'une race dont l'humanité entière peut-être fière.

 

Maurice Addoum Helbongo faisait partie du clan restreint des très hauts fonctionnaires internationaux qui, à leur retraite, avaient tenté d'apporter un peu de leur savoir faire à leur Afrique natale. Cet ancien directeur du service des Coopératives du BIT avait alors été élu Président de la Conférence nationale du Tchad, une sorte d'assemblée constituante, chargée de jeter les bases de la réconciliation.

A l'issue de celle-ci, lorsque le président Idriss Déby, brillant chef de guerre, mais piètre gestionnaire, décida de se représenter, peu nombreux furent les candidats de valeur à oser l'affronter. L'intelligentsia tchadienne parvint à convaincre M. Helbongo de s'y coller. A deux semaines de l'élection, Déby fit interdire sa candidature, sous un prétexte bidon. J'étais avec lui à N'Djamena, réalisant un film sur son parcours pour la SSR. L'Université se couvrit d'affichettes appelant à la révolte. On allait à l'affrontement, les clans comptaient leurs appuis, y compris internationaux. On lui conseillait de se mettre à l'abri, car la rue, l'université, courraient à la révolte. Mais "Papou" Helbongo refusa d'attiser les braises et d'un discours sobre, calma les passions.

Il ne voulait pas du pouvoir au prix d'un bain de sang et se retira. Je pensais in petto qu'il était trop gentil pour faire un vrai dirigeant politique, en particulier dans le contexte africain, où l'on tue pour de vrai.

Le grand dommage, c'est que la politique et la gestion des affaires aurait grand besoin de davantage d'hommes de sa sorte, capables de faire passer l'intérêt général avant leur intérêt personnel. Las en Afrique, comme en Europe et ailleurs dans le monde, il est rare qu'ils parviennent au faite du pouvoir.

A son épouse, a ses quatre filles à ses petits enfants, je ne peux qu'adresser mes regrets d'avoir perdu un homme bon. Tout simplement.

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