31/01/2010

Un pow wow plutôt que de jeter de l'essence sur le feu

Mon texte d'hier, lettre à des musulmanes voilées, appelle quelques précisions.

Je ne représente aucun parti, même si je suis membre de deux (un en France et un en Suisse), encore moins un quelconque pouvoir politique ou étatique et ne m'exprime ici qu'en mon nom personnel.

A aucun moment je ne prône l'interdiction du voile. Je remarque juste que de le porter, c'est jeter de l'huile sur le feu, et cela ne me parait pas être ce dont on a besoin en ce moment.

Je ne suis pas un fan des interdictions, en général, mais d'un autre côté, une société pour fonctionner, a besoin de règles. Donc d'interdits. Pour que la liberté de parole et d'action ait du sens et ne vire pas au n'importe quoi, comme en ce moment d'ailleurs sur ces blogs, du fait d'une poignée de fous et folles furieuses.

Maintenant, pourquoi est-ce que même à moi, qui suis considéré comme quelqu'un de particulièrement ouvert et tolérant, frotté au monde depuis des décennies, le voile fout la trouille ?

D'abord une précision, pas tous les voiles. Le voile des touristes du Golfe, même le masque de cuir, ne me dérange en rien. Ce sont des touristes, qui ne remettent pas en cause mon mode de vie, à aucun moment. Le voile des femmes visiblement à peine sorties de leur village, que l'on peut croiser en ville, réfugiées ou à l'inverse épouses ou membres du personnel diplomatique, ne me dérangent pas davantage. Elles sont dans leur coutume, l'assument et au contraire je trouve cela plutôt sympa.

 

Le voile qui me dérange clairement, c'est celui de ces jeunes femmes, orientales, africaines, maghrébines, européennes ou même afro-américaines qui ne le portent que depuis peu, pour souligner une conviction. Cette conviction n'est pas la mienne, mais en soi, cela ça m'est égal si elle n'empiète pas sur ma liberté. Ce qui me dérange, c'est précisément ce qu'elle signifie quelque part: l'Islam progresse, mais pas n'importe quel Islam. L'Islam du commun des mortels, musulmans ou musulmanes, ne me dérange en rien. Il n'oblige pas les femmes à se voiler lorsqu'elles sont en occident. Il dit juste qu'elles doivent être couvertes. Ce qui reste une notion très relative, comme me le rappelait, en bikini, une jeune sénégalaise qui venait de remporter un concours de Miss Suisse Black... Attention je ne dis pas que pour être acceptée, les musulmanes doivent se mettre en bikini. Habillées, cela me va très bien aussi... je dis juste que « couverte » cela veut dire « pas toute nue ».

Et c'est évidement, une injonction masculine...

Le message islamique qui est véhiculé par ces jeunes femmes voilées, c'est un Islam rigoriste, celui des intégristes, même si c'est à des degrés divers, vécu comme une réponse à notre société occidentale. Une réponse agressive. Ce voile là, je l'ai vu de mes yeux progresser comme une trainée de poudre à Harlem (chez les blacks muslims, il y a déjà plus de vingt ans) au Maghreb, en Egpyte, dans nos banlieues, et aussi en Afrique Noire, dans des pays où jamais, jamais, les femmes n'avaient été voilées. Alors qu'aujourd'hui, ce sont les petites filles qui le sont, évidemment sans vraiment leur consentement.

C'est un symbole, comme les minarets et comme la barbe des hommes. Sauf que la barbe, il y a des tas de gens qui la portent sans être musulmans et que c'est donc moins voyant. Ce symbole a tendance à me hérisser le voile, pardon, le poil, car même si je n'ai jamais lu le Coran intégralement j'ai assez voyagé en terre d'Islam pour savoir que je ne voudrais pas y vivre à long terme et encore moins être soumis à ses règles. Et que cet Islam là n'a rien. Mais strictement rien à voir avec la laïcité, il en est même l'exact opposé. Un débat global avec ses responsables serait nécessaire, pour fixer les règles du vivre ensemble, comme cela fut le cas avec les églises chrétiennes il y a un siècle.

Cela permettrait de décrisper le débat, en fixant des règles équitables et tolérables, qui ne risqueraient pas d'être remises en question à tout bout de champ, comme c'est le cas actuellement.

Le problème, c'est qu'il n'y a pas de responsable, ou plutôt qu'il y en a une floppée. Chacun n'étant responsable que de lui-même. Et qu'entre un musulman laïc et un islamiste, il y a autant de différence qu'entre un franc-maçon et un intégriste d'Ecône. Mais ce débat, il faudra le mener, sérieusement. Posément. Dans le but d'obtenir des résultats, quitte à marginaliser clairement ceux qui ne voudraient pas s'y plier. On en revient là à l'exigence d'une autorité de l'islam en Suisse. Pour savoir à qui l'on parle. Reste à la créer.

30/01/2010

(Longue) lettre à des musulmanes voilées

Je suis fondamentalement pour la liberté de croyance. De croire ce que l'on veut, tant que cela n'empiète pas sur la liberté des autres ET sur la qualité du vivre ensemble. Selon moi, et c'est la conception qui prévaut dans ce coin du monde depuis un peu plus d'un siècle, force doit rester à la loi qui doit être celle des hommes. Et pas celle d'un prophète, envoyé ou fils de dieu. Cela nous a permis de vivre ensemble en bonne intelligence dans des Etats démocratiques et laïcs (ce que n'était pas l'Allemagne nazie) entre protestants, catholiques et juifs, depuis la séparation de l'Eglise et de l'Etat, formelle ou informelle selon les pays et les cantons, mais assez unanime. L'Islam à l'époque ne faisait pas partie du paysage. Maintenant si. Nous devons apprendre à vivre avec lui, mais il doit surtout apprendre à vivre avec nous, avec nos règles. Ce n'est pas vraiment négociable: un peu comme pour l'adhésion à l'UE, si vous entrez, c'est en acceptant tout l'acquis communautaire et en ce cas, bienvenue.

L'un des éléments qui fait que la laïcité fonctionne, c'est que chacun fait en public comme si la religion n'existait pas. Agir autrement serait fatalement source de tensions et de confrontation, puisque chaque croyant, par définition, est intimement persuadé que son dieu est le bon, le meilleur et donc le seul. En clair: ne parlons pas des choses qui fâchent. Chacun est libre de faire ses prières dans son coin, d'aller à la mosquée, à l'église ou à la synagogue quand il le désire, mais évite les manifestations sur la voie publique, qui sont d'ailleurs interdites.

Il y a bien sûr quelques exceptions, qui relèvent des traditions. Je suis athée, profondément, mes enfants le sont, et ne vais à l'église que pour les enterrements ou les mariages, mais cela ne m'empêche pas d'avoir une crèche (symbole chrétien) sculptée à Madagascar (symbole tiers-mondiste) et un sapin de Noël (symbole païen, antérieur au christianisme) chez moi pendant les fêtes de fin d'année. Pour les enfants. Chez moi.

De même que si je suis au Maghreb pendant le mois de Ramadan, je vais manger le moins possible durant la journée et m'empiffrer d'une chorba le soir avec délectation... Ou de cornes de gazelles offertes par ma voisine kabylle le jour de l'Aïd... Et si je rentre dans une mosquée, j'enlève mes chaussures. Et j'attends de mes enfants qu'ils fassent de même.

J'ai 55 ans et, en dehors des polémiques dans ces blogs, il ne m'est arrivé qu'une ou deux fois que l'on me demande quelle était ma croyance. C'est très bien ainsi. Passe-partout. Et je connais plein de musulmans qui sont dans ce cas, à qui personne ne demande jamais rien, parce que tout le monde s'en fout... Mais ils ne portent pas leur religion comme une bannière. Ils ne l'exhibent pas comme un trophée. Ils n'en ont pas honte non plus et si par hasard la conversation vient sur un sujet religieux, on en discute tranquillement.

C'est un vieux débat, que les juifs, connaissent depuis des générations: s'intégrer ou se démarquer. Le fait est que la démarcation leur a certainement permis de survivre en tant que peuple juif, mais a causé la mort indirecte de millions de juifs car elle suscite fatalement le rejet. La laïcité, au contraire, favorise l'intégration et la paix. C'est pourquoi il est extrêmement mal vu par la CICAD, par exemple de souligner qu'untel ou untel est juif, lorsqu'il s'agit de margoulins. Et qu'à l'inverse les déclarations de supériorité (ou « d'élection ») du peuple juif que répandent à longueur de blogs des folles furieuses comme Patoucha sont extrêmement contreproductives et nuisibles à la bonne entente, donc à la communauté.

De la même manière, la tendance de certains musulmans à s'afficher visiblement est ressenti, fréquemment, dans nos contrées, comme une forme de provocation. Inutile. Car si l'on veut être un(e) musulman(e) moderne, on n'a pas besoin de signes extérieurs, quels qu'ils soient. Le nom, éventuellement le teint, sont déjà des signes visibles qui peuvent être préjudiciables, dans un cadre professionnel par exemple. Mes enfants étant métis, j'y suis sensible, je le déplore et je le combat. Mais d'en rajouter exprès ne sert à rien, de même que le nier serait une forme de complexe forcément mal vécu à la longue. J'ai connu des Arméniens qui enlevaient le ian à la fin de leur nom, à commencer par Aznavour d'ailleurs. Je trouve cela dommage, mais moins dommageable que s'ils se promenaient en permanence avec un oriflamme claquant au vent proclamant leur arménianité.

Nous sommes sortis (enfin nos parents) des horreurs de la seconde guerre mondiale en clamant «plus jamais ça » . Et pour que cela ne se reproduise pas, il était de bon ton dans mon enfance, de penser que les humains étaient tous frères, que nous finirions tous couleur chocolat clair... je crois toujours à cet idéal, car je ne veux pas de la guerre. Mais pour que cela fonctionne, il faut que chacun y mette du sien. Or nous sommes en train de prendre la direction inverse. Chaque communauté, chaque groupe et sous-groupe religieux se radicalise et c'est dangereux.

Et puisque nous parlons de guerre, j'aimerais répondre à ces deux jeunes femmes marocaines qui me demandaient si j'étais Français, parce qu'elles n'aimaient pas les Français qu'elles ont connu au Maroc. Mes parents donc ont vécu au Maroc de 46 à 54. Ils en sont partis quelques semaines avant ma naissance. Le fait d'armes dont mon père était le plus fier, de toute sa guerre qu'il a faite comme pilote de reconnaissance puis, de 40 à 45, affecté au 2ème bureau de l'Air (services de renseignements) parmi les délégués en Allemagne à la Commission d'Armistice, c'est d'avoir sauvé un groupe de 200 travailleurs maghrébins, qui avaient été raflés en chemise à Marseille et qui étaient en train de crever de froid – littéralement, toujours en chemise - en Prusse orientale. Il a pu faire croire - facilement - aux Nazis qu'ils avaient tous « la chtouille » (= la syphilis) et les faire rapatrier en France. Cela ne faisait pas partie de sa mission, mais il en était plus fier que d'avoir retrouvé l'Ambassadeur François-Poncet. Il y avait aussi des Français comme ça, au Maroc.

La parenthèse fermée, je voudrais reparler des minarets. Qui sont partout, c'est vrai, un signe ostentatoire, une marque de progression de l'Islam, et pas de n'importe quel islam, mais souvent du rigorisme wahabite qui les finance. Qui les a financés au Maroc et au Maghreb, qui les finance dans les Balkans et aussi en Afrique sub-saharienne, dans des villages où il n'y a qu'un seul musulman. Voire où il n'y en a pas, mais la possession d'un minaret et d'un lieu de culte, dans les villages sans ressource du Togo où je l'ai vu pratiquée, devient un bon moyen de gagner sa vie: on se fait prêter l'argent de la construction par une fondation saoudienne ou koweiti, puis on fait payer leur écot aux fidèles... C'est de la conversion par le ventre, et en Afrique, ça marche.

Personnellement, pour les raisons résumées ci-dessus, j'étais résolument opposé à l'érection incontrôlées de minarets, qui sont perçus par la majorité de la population comme une provocation. Une population qui accepte volontiers des musulmans paisibles et respectueux des lois en son sein, mais qui ne veut, sous aucun prétexte, de l'instauration d'un régime islamique. Plus, qui le craint. La loi sur les constructions suffisait à régler la chose mais l'acceptation de l'initiative de l'UDC a complètement bloqué la situation. Du coup, même un petit minaret, dans n'importe quelle circonstance et de n'importe quelle forme architecturale, discrète ou respectueuse de l'environnement ne pourra plus être construit.

Pour la communauté musulmane, c'est un autogoal. Et pour la laïcité, c'est une claque, puisqu'au lieu de se contenter de lois identiques pour tous, on a créé une loi spécifique. Si des musulmans fondamentalistes persistent à s'afficher comme tels et deviennent de plus en nombreux, à fortiori des convertis, nous allons au clash, aussi sûr que 2 + 2 font 4. Comment l'empêcher ? Je n'ai pas de réponse à ce jour, mais je sais que la démarche consistant à vouloir expliquer que votre version de l'islam est gentille n'est pas la bonne. Car cela n'enlève rien au fait que d'autres versions sont nettement plus agressives. D'autant que vous vous retrouvez fatalement face à des intégristes chrétiens, juifs, fachos (ou même athées) et que le débat ne peut que s'envenimer, sans rien apporter.

Si vous voulez pratiquer votre religion dans la paix, pratiquez la chez vous, ou à la mosquée, mais pas sur la voie publique. Ne vous donnez pas en spectacle. Car de s'enfermer soi-disant pudiquement sous un voile, c'est en fait se mettre en évidence dans une foule occidentale. C'est comme de suspendre au-dessus de sa tête un doigt géant pointé sur soi. De même que de se promener en mini-jupe au Caire ou sans voile à La Mecque.

Ouvrez un blog, si vous le voulez, que les gens viendront consulter ou non, c'est leur choix. Comme le font ou l'ont fait d'autres femmes d'origine musulmane très appréciées ici, racontez votre vie quotidienne, ou vos impressions ou vos considérations philosophiques, en tant que femme, en tant que musulmane, pratiquante ou non. Mais ne cédez pas à la provocation que distillent à longueur de blogs, dans les commentaires, un certain nombre d'excité(e)s. Faites en sortes que votre jihad soit un combat personnel avec vous-même et pas un combat contre l'autre, le roumi, le français ou le juif. Si j'avais envers les Allemands le même ressentiment larvé que vous à l'égard des Français, croyez-vous que nous pourrions construire l'Europe ?

L'Islam est minoritaire dans nos contrées et le restera. Dire, ou même penser le contraire, agir comme si cela devait devenir un jour la croyance dominante, c'est faire du prosélytisme et c'est forcément ressenti comme tel. Donc dangereux pour la paix des âmes et des corps, d'autant que l'islam n'est pas anodin. C'est « LA » religion des religions, qui véhicule la charia qui plus est, qui pointe son nez en Afrique sub-saharienne, là où elle n'avait jamais mis les pieds !

La laïcité ne donne pas tous les droits, au contraire. Elle donne la liberté de croire discrètement, sans prosélytisme. Ne l'oubliez jamais, car sinon, les lois liberticides à l'égard de certains aspects de votre religion vont se multiplier. Ce n'est pas une menace personnelle, c'est l'Histoire de vingt siècles de cohabitation interreligieuse en Europe qui le dit. L'Islam avait trouvé son équilibre à l'égard des autres religions: un statut inférieur, l'interdiction de professions clés, le port d'une ceinture spécifique et le paiement d'un impôt spécial.

La laïcité tente d'être plus large d'esprit, mais pas sans limites, dont certaines non écrites. Respectez les, ne la trahissez pas.

28/01/2010

PIWI, sors de ce corps !

 

Nous sommes toujours un peu seuls. Sauf peut être en de rares moments de communion particulièrement intenses avec un ou une partenaire. Ce que l'on appelle l'amour. Aussi imprévisible que mystérieux, sans cesse différent et jamais pareil.

Mais l'instant de grâce (céleste ? - allons osons le mot, sans référence biblique, contentons nous du 7ème ciel...) ne dure jamais, car il faut se lever, ou se rendormir, se brosser les dents ou enfiler son pyjama, courir bosser ou sortir de l'ascenseur... On se retrouve alors seul à nouveau. Jusqu'à la prochaine extase commune.

Parfois, aussi, quelques brefs instants de complicité, ou d'accord sur un point précis, nous font croire que l'on communique vraiment, que l'on communie, bref que l'on se comprend. C'est une forme d'amour aussi. Quoique moins explosive et humide que la précédente. L'avantage, c'est que cela peut être avec n'importe qui...

Mais dans l'ensemble, on est seul. Même quand on est à deux. Ou à cinquante. Avec soi-même et ses pensées, ce qui n'arrange rien quand on a le moral dans les chaussettes.

C'est pourquoi je pense très fort à Paula, qui tient la main de Per dans sa solitude presque absolue, là-bas, pas très loin, mais si loin de tout, au CESCO. Il en faut du courage pour accompagner un vieux grincheux comme lui, frustré de ne plus pouvoir parler, de ne plus pouvoir dessiner, de ne plus pouvoir tapoter son clavier, de ne plus pouvoir... rien.

Un espèce de fou furieux qui s'était remis à fumer après avoir vaincu une première fois un cancer du poumon. Mais tellement vivant.

Seulement, d'être vivant, cela ne sert qu'à une chose au fond: reculer le moment où on ne le sera plus, en en profitant un maximum d'ici là.

Alors je sais que ça ne se fait pas, que par superstition, personne n'aime lire à quelqu'un sa nécro avant qu'il soit mort. Mais au même titre que beaucoup d'entre nous aimeraient bien assister à leurs funérailles, pour voir combien sont là, et qui est vraiment triste ou fait semblant, et veiller à ce que les enfants reprennent vite le chemin de la vie... je vais lire à Per, de son vivant, la nécro que je lui dédie. Parce que je suis sûr que ce vieux pirate est assez à cheval sur les convenances pour en tirer un dernier (?) et malin plaisir... Car enfin, ce n'est pas donné à tout le monde, de lire sa nécro dans le journal...

Et tant mieux si ce coup là encore, il s'en sort et terrasse la sale bête. Comme cela il aura eu le temps d'apprendre tout le bien qu'on pense de lui.

Et pour l'occasion, je vais te tutoyer Per, ce que nous ne faisions pas, bien que nous nous soyons rencontrés quelque fois

 

Tu es un mec bien.

Un fonçeur, qui a mené sa barque à sa guise, sans crainte des récifs, pas même des tsunami.

Un gars généreux, toujours prêt à tendre la main quand cela peut aider, surtout si cela n'est pas en vain

Un créatif, jamais en panne d'idées.

Tu as été l'une des âmes perdues de ce microcosme blogueur de la Tribune de Genève, drôle de monde en ébullition permanente, Saint Jean-François, sois-en remercié !

Tu avais tes têtes et tes ennemis intimes, mais aussi de surprenantes et fulgurantes amitiés:

un drôle de croisement de Saint-Bernard et de Rackham le Rouge.

Volontiers grivois, amoureux de la bonne chair, surtout en bas résille, tu nous régalais de tes madeleines graphiques.

Tu nous manques déjà.

Et ne t'inquiète pas pour Paula... elle n'est pas encore rentrée au Brésil !

Parole de pirate.

Croix de bois, croix de fer, Arrhhh Teufel, si je mens je te rejoins là où personne ne va. Puisque ça n'existe pas :-) C'est ça qu'est cool !

Bon le plus tard possible, quand même.

Et puis à toi l'anar viking, descendant d'Hamlet, qui toute sa vie a clamé, « No Pasaran », je crois que pour toi, exceptionnellement, on peut tous reprendre en choeur le slogan d'en face : « Viva la Muerte ». Pas la peine de bandeau, même face au peloton !

Avec tout de même une prière, non pas à dieu, puisque la plupart d'entre nous n'y croyons pas, mais à la fée Clochette, celle qui préside aux rêves des sales gosses dans notre genre:

PIWI, sors de ce corps ! Et puis aussi du corps de John, qui passe sur le billard aujourd'hui.

On t'aime Per.

ps: Merci à Pascale d'être ton agent de liaison

27/01/2010

Maurice Addoum Helbongo: Le départ d'un homme bon

J'ai passé mon après-midi d'hier à l'enterrement d'un grand homme.

Un Africain d'une race dont l'humanité entière peut-être fière.

 

Maurice Addoum Helbongo faisait partie du clan restreint des très hauts fonctionnaires internationaux qui, à leur retraite, avaient tenté d'apporter un peu de leur savoir faire à leur Afrique natale. Cet ancien directeur du service des Coopératives du BIT avait alors été élu Président de la Conférence nationale du Tchad, une sorte d'assemblée constituante, chargée de jeter les bases de la réconciliation.

A l'issue de celle-ci, lorsque le président Idriss Déby, brillant chef de guerre, mais piètre gestionnaire, décida de se représenter, peu nombreux furent les candidats de valeur à oser l'affronter. L'intelligentsia tchadienne parvint à convaincre M. Helbongo de s'y coller. A deux semaines de l'élection, Déby fit interdire sa candidature, sous un prétexte bidon. J'étais avec lui à N'Djamena, réalisant un film sur son parcours pour la SSR. L'Université se couvrit d'affichettes appelant à la révolte. On allait à l'affrontement, les clans comptaient leurs appuis, y compris internationaux. On lui conseillait de se mettre à l'abri, car la rue, l'université, courraient à la révolte. Mais "Papou" Helbongo refusa d'attiser les braises et d'un discours sobre, calma les passions.

Il ne voulait pas du pouvoir au prix d'un bain de sang et se retira. Je pensais in petto qu'il était trop gentil pour faire un vrai dirigeant politique, en particulier dans le contexte africain, où l'on tue pour de vrai.

Le grand dommage, c'est que la politique et la gestion des affaires aurait grand besoin de davantage d'hommes de sa sorte, capables de faire passer l'intérêt général avant leur intérêt personnel. Las en Afrique, comme en Europe et ailleurs dans le monde, il est rare qu'ils parviennent au faite du pouvoir.

A son épouse, a ses quatre filles à ses petits enfants, je ne peux qu'adresser mes regrets d'avoir perdu un homme bon. Tout simplement.

26/01/2010

Pourquoi l'islam fait peur

Je remets ici en note un commentaire sur la burqa, laissé sur le blog pro-étasunien de Dominique Jordan.

A 18 ans, lorsque nous portions cheveux longs, chemises à fleurs et jeans troués, en signe de rébellion contre le système, nous aurions évidemment détesté qu'on nous l'interdise.  Ce n'était pas qu'un phénomène de croyance, certains d'entre nous adhéraient à une idéologie marxiste, d'autres étaient simplement babacools, mais c'était certainement lié à une sorte de phénomène sectaire: plus on attaque la secte (ou le groupe humain différencié), et plus elle se referme sur elle-même et adopte des attitudes de franche rupture.
Les jeunes femmes converties que j'ai vues porter la burqa, sans doute dans le même reportage qu'Inside, étaient évidemment dans ce cas de figure. De manière générale, vous aurez le plus grand mal convaincre quelqu'un qui "croit" qu'il se trompe. Vous risquez juste d'enraciner sa foi. Il faut que le sentiment de doute naisse de lui-même pour espérer qu'il puisse un jour grandir et devenir assez fort pour rompre les sentiments d'allégeance à l'être suprême ou à l'idéologie. Que cette allégeance soit héréditaire ou acquise.
Pour le reste je suis parfaitement d'accord avec Lesgenssontétranges: les religions sont dangereuses et la religion musulmane l'est particulièrement, non seulement par la violence qu'elle contient et véhicule (même s'il y a des passages d'amour aussi) mais parce que son absolutisme concentre toutes les tares des religions. je pense effectivement à l'interdiction de l'apostasie et ce genre de choses. Elle est en quelque sorte, la religion des religions, a été conçue comme telle et c'est cet absolutisme sans concession qui séduit certains occidentaux, juifs ou chrétiens, déçus par le relativisme acquis de leurs systèmes de pensée traditionnels.
J'ai un excellent ami (juif anti-sionniste, opinion que je partage) qui aime dire, en faisant le geste de mettre une kipa sur sa tête : "Il y a des gens qui ne peuvent pas vivre sans sentir le poids du ciel sur leur tête". Le vide qui en résulterait sinon serait trop grand pour parvenir à y contenir leurs angoisses. Je respecte cela, leur droit à se rassurer comme ils peuvent, mais à la condition qu'ils me fichent la paix et ne cherchent pas à me convaincre ou à changer ma façon de penser.
Et c'est là que le bât blesse également avec l'islam, car tout le monde sait bien qu'à partir d'une certaine quantité de musulmans dans la société, ceux-ci ont l'OBLIGATION de chercher à y instaurer la charia.  C'est bien évidemment ce que les Suisses sont voulu arrêter en votant contre les minarets. Ils n'ont pas choisi la bonne ligne de défense, car celle-ci s'en prend ouvertement à une religion, ce qui n'est pas fair, et en plus, avant que les musulmans soient majoritaires en Suisse il coulera de l'eau sous les ponts, vu que le nombre de personnes athées ou agnostiques progresse plus vite que le nombre de musulmans, en dépit de l'immigration... Et des rares conversions. Mais on ne va pas refaire le débat...
En résumé, et pour revenir à la burqa, l'islamisme nous pose là une sacrée colle.

Même une interdiction purement sécuritaire, par exemple une obligation de se dévoiler et de se soumettre aux contrôles de sécurité, quels qu'ils soient sera évidemment ressenti comme une brimade injuste par les femmes qui la portent... et sans doute pratiquée ainsi avec délectation par nombre de vigiles anti-islamistes primaires.
Ne rien faire, c'est probablement laisser la mode mourir de sa belle mort de mode passée en quelques années...  Par contre, il faut utiliser ces années qui viennent à réduire les injustices du système, et là je pense autant à l'absolue inéquité de la répartiiton  mondiale des richesses qu'aux inégalités lcoales. Car l'islam se nourrit aussi de cela. Il est clairement perçu, à tort, par la plupart des convertis, comme une religion du faible et de l'opprimé. A tort, car les pays où l'islam règne sont parmi les plus inéquitables du monde. Il a été une religion esclavagiste (et l'est encore en quelques coins reculés) , il est censé être dirigé par un Khalife doté d'un pouvoir de droit divin à l'instar de Louis XIV et, datant du VIIème siècle, il n'a jamais intégré aucune réflexion sur le fait que la propagation d'un message d'amour et de justice va forcément se heurter à l'opposition de certains, pour toutes sortes de raison. Comment traiter ces oppositions ? L'islam y répond par une solution du VIIème siècle: le cimeterre, qui conduit au cimetière.

Mais le meilleur moyen de le contenir, c'est de lui opposer le progrès et la justice dans les faits, et pas seulement dans les discours !

19/01/2010

Haïti à terre... et nous en pareil cas ?

J'ai un message à tous les donneurs de leçon du style "nous en Europe, on sait être solidaires et l'on ne reste pas prostré dans le malheur..."
En commençant par cet article du Figaro, qui décrit ce que voit le journaliste, un peu outré, et les commentaires qui le soulignent, carrément hors de propos.
http://www.lefigaro.fr/international/2010/01/19/01003-20100119ARTFIG00014--leogane-la-debacle-du-corps-medical-haitien-.php#xtor=AL-5

Pourquoi hors de propos ? Parce qu'il ne faut pas remonter bien loin pour retrouver dans notre histoire européenne, l'histoire française en particulier, des moments similaires. Je pense à ce que me racontait ma mère des bombardements de Reims à la fin de la guerre. Elle était enceinte, son père était chef d'ilôt de la défense civile. Cela bombardait dur, les immeubles s'écroulaient, il y avait des morts partout, ou des morceaux de mort, jusque dans les arbres. A la première alerte, les gens se terraient dans les abris et n'en sortaient plus avant longtemps. Surtout pas, après la fin de l'alerte, lorsqu'il s'agissait d'aller déblayer les décombres, chercher d'éventuels survivants, ramasser les morceaux d'hommes de femmes et d'enfants qui n'avaient pas eu le temps de se précipiter dans l'abri.
Il n'y avait jamais, jamais, de volontaires. Les hommes valides continuaient de taper le carton dans l'abri et c'était ma mère, enceinte donc, qui s'y collait, avec son père, qui lui en avait vu d'autre, beaucoup d'autre, en 4 années de tranchées. Quant aux médecins, certains faisaient un boulot admirable et d'autres du marché noir, comme d'ailleurs une part non négligeable de la population. Et les plus vindicatifs à l'égard de l'occupant à terre, ou de ses femmes perdues, quelques mois plus tard, ne furent évidemment pas les plus courageux lorsqu'il y avait des risques à prendre ou de la peine à endurer.
La nature humaine, la nature animale, est ainsi.
Beaucoup restent prostrés devant l'adversité, accablés par ce qu'ils sont en train ou viennent de vivre. D'autres, moins nombreux, se lèvent et résistent. Et parfois parviennent à entraîner les autres. Au sein d'un même peuple, quelque peuple que ce soit.
Il se trouve que la population de Haïti est à genoux. Elle a quelques raisons pour ça. Certains en son sein résistent. Les sauveteurs envoyés du monde entier, sont eux formés pour agir, entraînés pour cela, encadré et choisis pour ça. Alors de grâce, pas d'amalgame douteux et de jugement hâtif.

17/01/2010

Haïti : devenir adulte affronter les réalités en face

J'ai un ami réalisateur vietnamien, né comme moi en France en 1954, l'année de Dien Bien Phu. Nos parents ont ensuite quitté la France, lorsque nous avions 6 ans. Les miens pour la Suisse, pour y construire un centre d'études sur la sécurité routière. Les siens, militants communistes, pour Hanoï, pour y construire le socialisme. Cela aurait presque pu être l'inverse, et je travaillerais alors à la RTVN, mais ce n'est pas le sujet.

Le jour où je l'ai complimenté pour les compétences militaires de Giap et de l'oncle Ho, il m'a répondu: « C'étaient de grands chefs de guerre, mais ils n'ont jamais su gérer la paix ». J'y repense ses jours au sujet d'Haïti. Et je songe aussi à ma réaction fin 75, lorsque j'ai débarqué en Martinique, pour y effectuer le terrain de mon mémoire d'ethnologie. Je logeais chez un conseiller municipal, trotskyste, de la seule commune de France alors gérée par des trotskystes, l'Ajoupa Bouillon. Je venais moi-même de quitter la LCR quelques mois auparavant, et restais marqué par l'idéal révolutionnaire. J'étais choqué, outré même, parce que le grand oeuvre de cette municipalité potentiellement révolutionnaire consistait... à refaire les trottoirs !

Il se trouve que ceux-ci avaient grand besoin d'être refaits, avec les pluies tropicales qui dévalaient le bourg, bâti sur le flanc de la Montagne Pelée. Et le maire Edouard Jean-Elie fut réélu à de multiples reprises. La seule fois où il faillit perdre son siège, c'est lorsque son adjointe, membre du PPM d'Aimé Cézaire, avait profité de son absence d'une année en France pour maladie pour... refaire une nouvelle fois les trottoirs, mais en mieux et pour moins cher !

Je caricature à peine et ce qui peut sembler clochemerlesque est en fait le fondement de la politique: s'occuper des besoins des gens, ici et maintenant. Quel rapport avec Haïti ? Cette île magique des grandes Antilles a donné naissance à de grands chefs de guerre. Ainsi qu'à des artistes de génie. Et sans doute aussi à des bâtisseurs, sauf que ceux-ci n'ont jamais eu accès au pouvoir, resté entre les mains des guerriers. Ou plus exactement, comme me le suggère ma compagne, entre les mains des hommes providentiels qui au choix se croient et/ou se prétendent:

    • investis d'une mission divine

    • capables de résoudre tous les problèmes du peuple

    • supérieurs aux autres...

pour lire la suite de ce long post - notamment un résumé de l'histoire d'Haïti et de l'esclavage, il faut cliquer ci-dessous, qui est l'adresse du blog lié à mon dernier film:

http://www.lesecretdesdieux.ch/blog/?p=18

13/01/2010

Haïti, l'ingénieur qui avait tout prévu !

Il est actuellement impossible de prévoir le déclenchement d'un tremblement de terre à temps pour avertir les populations de manière efficace. Ce contrairement à un tsunami, qui parcourt les mers assez lentement pour évacuer les zones côtières. Bien des pays tentent d'y parvenir, à commencer par les japonais qui mesurent les plaques tectoniques au millimètre par satellites.

Il semble néanmoins que l'ingénier géologue haïtien Claude Prepetit, se fondant sur des études géologiques et historiques (l'ìle a connu de nombreux séismes, notamment au XVIIIème siècle) avait remis récemment au gouvernement haïtien un rapport soulignant les risques d'un tremblement de terre à court terme, suite aux inondations catastrophiques de ces dernières années qui ont miné les sols. Las, ce rapport est resté dans un tiroir. Il est vrai que d'adapter les bâtiments d'une ville de 2 millions d'habitants dans l'un des pays les plus pauvres de la planète pouvait sembler exorbitant.

On est actuellement sans nouvelle de cet ingénieur brillant et visionnaire

Voici la conclusion de son rapport. je suis sûr qu'elle intéressera au plus haut point notre ami Géo, hydrologue expert et blogueur confirmé :

 

Qu’en est-il des récentes petites secousses enregistrées dans le pays ?

 

De faibles secousses sismiques ont été ressenties dans plusieurs coins du pays durant la période des inondations catastrophiques. Bien que les inondations soient d’origine météorologique et les séismes, d’origine géophysique, il semblerait qu’il existe un lien entre ces deux phénomènes naturels.

Le rôle des fluides dans le déclenchement du processus sismologique est aujourd’hui un sujet de grand intérêt dans les milieux scientifiques américain et européen. Il a été en effet démontré que dans un environnement géologique caractérisé par la présence de failles sismiques, de bassins sédimentaires assez profonds et de réseau karstique bien développé, c’est-à-dire un environnement calcaire marqué par des trous de dissolution, des grottes et des cavités souterraines issus des réactions chimiques entre l’eau de pluie chargée de gaz carbonique et le carbonate de calcium (calcaire), de petites secousses sismiques, de faible magnitude (M < 4 ), peuvent prendre naissance à une très faible profondeur lors d’un événement météorologique exceptionnel marqué par des inondations susceptibles de remplir les réservoirs karstiques. Trois mécanismes seraient à l’origine de ce processus :

 

  • Une augmentation des contraintes élastiques dans le sol suite au remplissage des réservoirs karstiques ;

  • Une augmentation de la pression de l’eau interstitielle en réponse à l’accroissement des contraintes élastiques ;

  • Des variations de pression de l’eau interstitielle dues à la migration de l’eau dans la zone hypocentrale.

.

La présence d’une quatité importante d’eau dans une couche géologique superficielle aurait des conséquences sur les vitesses de propagation des ondes de compression (P) et de cisaillement (S) qui sont à l’origine des vibrations du sol.

 

Les zones dans lesquelles les secousses ont été ressenties, à savoir Fond Parisien, Delmas, La Boule, Port-au-Prince, Carrefour, etc. sont caractérisées par la présence de la faille sismique Pétion-Ville / Tiburon, de formations sédimentaires meubles et d’un réseau karstique marqué par l’écoulement souterrain des rivières de Fond Verettes et de Fermathe ou Rivière Froide. L’événement météorologique exceptionnel se traduit par la tempête tropicale « Fay » du 15 au 17 août, l’ouragan « Gustav » du 24 au 27 août, la tempête tropicale « Hanna » du premier au 4 septembre et l’ouragan « Ike » du 6 au 8 septembre qui ont pu déverser chacun en moyenne 300 mm d’eau sur le Département de l’ouest, soit au total environ 1200 mm d’eau en moins d’un mois, alors que ce total représente, pour le Département, la moyenne d’une année. Tous ces systèmes porteurs d’eau auraient rapidement saturé les sols et provoqué le remplissage des réservoirs karstiques s’étendant le long de la faille active, déclenchant par la suite les secousses telluriques à une très faible profondeur, suite à une augmentation des contraintes hydrostatiques. Les vibrations dues aux petits séismes vont à leur tour provoquer le glissement des versants saturés d’eau et dépourvus de végétation. Voilà pourquoi on associe assez souvent inondations, secousses sismiques et glissements de terrain durant les grandes périodes pluvieuses en Haïti. Nous pouvons alors avancer que ces secousses sont tout à fait conjoncturelles, elles sont dues à des conditions géologiques particulières et des événements météorologiques exception-nels. Toutefois le processus normal d’accumulation d’énergie en profondeur se poursuit inexorablement et seule une activité de recherche scientifique peut établir la relation existant entre ces petites secousses superficielles conjoncturelles et les grandes secousses à venir.

 

En guise de conclusion

 

Les tremblements de terre dans le pays d’Haïti-Thomas, serait-ce un mythe ou une réalité ? La question ne se pose même pas, car la menace sismique au niveau de la plaque caraïbéenne, en général, et de l’île d’Haïti, en particulier, est plus qu’une réalité. Sans vouloir adopter une attitude systématiquement pessimiste ou alarmiste, je refuse toutefois de me baigner dans l’illusion que les secousses sismiques désastreuses ne se produiront que chez les autres. Un peuple sans mémoire, dit-on, est un peuple sans avenir. A nous Haïtiens de prendre dès aujourd’hui des mesures de mitigation pour limiter les dégâts comme les autres pays de la plaque caraïbéenne, particulièrement Porto Rico, Martinique et Guadeloupe, le font pour préserver les vies et les biens de leurs populations. Caveant consules !

 

Ce rapport a été publié par le

 

LABORATOIRE NATIONAL DU BÂTIMENT ET DES TRAVAUX PUBLICS

Delmas 33, Rue Louverture # 27, Port-au-Prince, Haïti

Telephone : (509) 511 0477 / 510 7880 / 210 1574 à 210 1577

Couriel : lnbtp@lnbtp.gouv.ht


11/01/2010

La Paix... Ou la Guerre !

 

A la faveur des soldes, j'ai découvert en DVD un petit bijou bollywoodien dont je ne saurais trop recommander l'acquisition aux acheteuses de la TSR. Enfin petit n'est pas le terme, l'opus faisant tout de même 3h24, en deux disques. « Jodhha » raconte l'histoire d'amour unissant l'impératrice rajpoute, hindoue, à son mari Mohammed Akbhar, l'Empereur Moghol, musulman, qui parvint à unifier véritablement, dans les faits et dans les coeurs, l'Inde du XVIème siècle, au delà des divergences religieuses et ethniques.

C'est très bien filmé, en décors naturels et historiques magnifiques et c'est surtout une passionnante allégorie des tensions contemporaines. Car cette union pacifique des musulmans et des hindouistes, tissée de concessions de part et d'autres, parvint à maintenir la cohésion de cette immense pays jusqu'à la décolonisation britannique, qui raviva les tensions et aboutit à la sanglante partition que l'on sait entre Pakistan et Inde. Mais déjà, à l'époque, la fracture était moins entre musulmans et hindous qu'entre gens de bonne volonté et agités intégristes, de part et d'autre.

Sur ce plan au moins, l'Histoire bégaie.

Dans un texte publié dans le monde de samedi, et repris dans ces blogs par Mme El-Wakil, Edgard Morin expose à son tour la nécessité d'une meilleure coordination mondiale, susceptible de dépasser les rivalités des Etats-Nations. Texte qui a bien évidemment déclenché l'habituel tir de barrage des partisans du nationalisme identitaire et du repli sur soi qui pullulent en ces colonnes. Au point que les blogs TDG risquent de faire bientôt figure de site d'extrême-droite.

La thèse de ces forcenés vindicatifs, qui semblent rêver d'en découdre, bien à l'abri d'un pays qui n'a plus connu de guerre depuis 160 ans, c'est que l'Occident est assiégé et qu'il lui faut se défendre les armes à la main. La première partie du constat est vrai: l'Occident est assiégé, ou plus exactement, il a déjà perdu la place qui était la sienne, celle de maître du monde, régentant le reste de la planète au gré de ses intérêts.

Les pauvres en ont assez de se faire marcher dessus et réclament leur part, les pays du BRIC ont déjà commencé à se tailler de larges parts du gâteau, l'OTAN est englué en Afghanistan et Washington en Irak, sans parler du Pakistan, les dragons d'Asie montent en puissance, l'Amérique Latine, pour le pire et le meilleur, a re-découvert la démocratie... La Chine se positionne en partenaire privilégié des Etats-Unis, avant de lui retirer l'échelle d'ici quelques années...

Bref, le monde n'est plus ce qu'il était, et ce ne sont pas quelques post-ados attardés et militaristes, travaillés par leurs hormones, qui vont parvenir à infléchir le court des choses. Tout au plus peuvent-ils réussir à déclencher des catastrophes – irréversibles ? - exactement comme dans les westerns, quand les jeunes guerriers révoltés et les sorciers aigris prennent le pas sur les vieux sages.

Comme le dit Edgard Morin, nous sommes à l'aube d'une métamorphose: soit nous parvenons à transformer le système mondial en quelque chose de plus juste et plus efficace, acceptable par tous, pour résoudre les problèmes de la planète, soit nous échouons et c'est la guerre qui gagne. La guerre généralisée, tous azimuts et sans limites. C'est exactement ce que j'écrivais déjà dans l'Utopie Urgente en 2007.

Pour que la métamorphose puisse vivre, il faut qu'elle réponde aux espoirs de tous, ou du moins d'une large majorité, ce qui englobe également l'Occident. Or nous sommes clairement ceux qui avons le plus à perdre dans le futur nouvel ordre des choses. En dehors de l'aspect moral des choses, non négligeable, mais pas essentiel au vu de ce qui régit habituellement les activités humaines, l'économie et la politique en particulier, qu'avons nous à gagner ? Pourquoi l'option « Paix » avec les concessions qu'elle implique (réduction de notre pouvoir global et vraisemblablement de notre niveau de vie, ou en tout cas de nos niveaux d'émissions polluantes et de consommation d'énergie non renouvelable) est-elle préférable à l'option « guerre » ?

Tout d'abord, la paix coûte moins cher. La guerre profite à certains, c'est évident, et l'on connait les intérêts milliardaires qui se cachent derrière les lobbys militaro-industriels, mais toutes les guerres ont sur l'économie générale des impacts désastreux. Rien qu'en Irak et en Afghanistan, si l'on avait investi pacifiquement dans ces pays le dixième de ce que l'on y a claqué en armements et cantonnements, le résultat aurait forcément été nettement moins catastrophique. Et l'on aurait aujourd'hui deux populations en plein essor, juste soucieuses de profiter de la vie et de prendre leur place dans le concert des nations.

Il ne s'agit pas de « faire dans son froc » comme l'expriment délicatement (et généralement sous le couvert courageux de l'anonymat) ces va-t-en-guerre à l'égard de tout ce qui ne pense pas comme eux, mais de construire un avenir durable permettant l'épanouissement de chacun dans un environnement qui soit un minimum équitable.

Il est évident que les intérêts des non-occidentaux, par exemple, pourraient être purement et simplement de prendre notre place. Mais d'une part, ils ne sont pas uns et indivisibles, très loin de là, et d'autre part, aucun peuple n'a réellement intérêt à la guerre et au conflit. Seul quelques membres des lobbys militaro-industriels peuvent y gagner. Pour le citoyen de base, quel que soit son pays, le dicton célèbre « un mauvais accord vaut mieux qu'un bon procès » s'applique à la puissance dix au conflit guerrier: « une paix mal négociée vaut mieux qu'une guerre gagnée ».

Même s'il y a des limites à ce que chacun, chaque pays, peut et doit accepter. L'expansionnisme et l'esprit de conquête, notamment, ne sauraient être tolérés. Cela fait partie de ce qu'un accord global doit règler.

Actuellement, chaque pays, chaque gouvernement, résonne en termes d'intérêts nationaux et cela seulement. Chacun veut extirper le plus grosse part, en enfant très mal élevé, avant que les autres n'aient pu se servir.

Tant que l'on en restera là, on ne s'en sortira pas. Tôt ou tard, il faudra en venir à se partager le gâteau, ou plutôt les gâteaux: l'énergie, les ressources minières, l'eau, la richesse produite... Cela doit être fait progressivement. On ne va pas, du jour au lendemain décréter que le citoyen congolais a droit aux mêmes quantités que le citoyen suisse, ou étasunien. Cela n'aurait pas de sens et serait invivable. Mais il faut fixer des quotas progressifs, planifiant le changement en douceur, sur plusieurs décennies, voire générations. Pour que l'économie de chacun puisse continuer de tourner en ayant le temps de s'adapter, mais aussi pour qu'au Sud et dans les pays pauvres, l'appel d'air redonne espoir et envie de s'investir localement.

C'est très précisément ce qui a échoué à Copenhague et c'est grand dommage. Mais ce n'est qu'une bataille perdue. Le combat continue, avec pour objectif la prise en compte de ces espoirs par les gouvernements du monde entier. Ce qui passera par leur acceptation populaire, pays par pays. Les va-t-en-guerre de tous poils, islamistes, fondamentalistes chrétiens, hindouistes ou sionnistes et nationalistes en tous genres vont bien sûr s'y opposer. Mais ils ne gagneront pas, parce que même s'ils parviennent à déclencher des guerres ici ou là, la guerre est le meilleur antidote à elle-même: ses excès génèrent tant de rejets qu'elle finit toujours par laisser place à la paix et à la négociation.