04/02/2010

Secret bancaire: vive l'OCDE

Très intéressante, les deux double pages que consacre l'Hebdo du jour à la tornade bancaire.

Patrick Odier y adopte le ton mesuré qui convient, loin des rodomontades de certains exaltés d'obédience zuricoise. Il est vrai que le nouveau patron des banquiers suisses est aussi vice-président d'Economie Suisse. Il est parfaitement au courant du poids important (unique au monde) de la place financière dans l'économie globale du pays, mais aussi de l'importance vitale, pour l'économie globale non bancaire, de conserver de bons rapports avec nos voisins qui consomment nos productions...

Mais l'autre double page est encore plus intéressante... Et porteuse d'excellentes nouvelles pour le monde bancaire helvétique.

On y apprend que l'OCDE envisage très sérieusement de changer son fusil ou plutôt sa doctrine d'épaule et de passer avec armes et bagages au service d'un échange généralisé et automatique d'informations entre tous les Etats du globe en matière d'évasion fiscale...

La nouvelle a de quoi faire frémir quelques riches (encore que les très très riches sont bien à l'abri derrière des trusts pour l'heure inattaquables) mais elle devrait réjouir nos banques. Contrairement à ce que suggère le journaliste en décrivant un ambassadeur Suisse largué par ce revirement...

Depuis belle lurette en effet, les plus éclairés et prévoyants de nos banquiers déclarent que mettre un terme au secret bancaire en matière fiscale, pourquoi pas, à condition que tout le monde le fasse en même temps. Et c'est exactement ce que l'OCDE suggère de faire.

A partir du moment où tout le monde est logé à la même enseigne, le savoir faire helvétique en matière financière, et la légendaire stabilité politique du pays (et du franc) ne peuvent que nous conserver nos clients. S'ils n'ont plus de raison d'aller planquer leurs avoirs ailleurs, où ils ne seraient pas davantage en sécurité, il n'y a aucune raison qu'ils ne les laissent pas ici.

Pour mémoire un Franc français changé en Franc suisse en 1960 vaut aujourd'hui 4 fois plus qu'un Franc resté Français. Et pour une Livre Sterling en près d'un siècle, c'est 12 fois plus si elle a été changée que si elle est restée libellée en « Pound ».

Évidement, les fraudeurs du fisc vont avoir à cracher au bassinet, alors qu'ils ont déjà senti lourdement passer le souffle de la crise... Comme tout le monde, sauf que dans leur cas, l'argent qu'il dissimulait faisait des petits exclusivement en bourse. Ils en ont bien profité durant des années, voire des décennies et aujourd'hui, les Etats se sont lourdement endettés pour sauver un système dont ils seront à nouveau les premiers à profiter, si la crise vient à passer. Il est logique qu'ils paient leur écot. C'est même nécessaire si l'on veut éviter que trop d'injustice ne finisse par plomber définitivement le système.

Commentaires

"à condition que tout le monde le fasse en même temps."

Ouaips, comme le Delaware par exemple?... Allons allons, il est clair que jamais ce genre de mesures ne seront généralisées au point de sauver notre pays de la débâcle. C'est être bien naïf de penser que notre "savoir faire" va tout sauver. On sait que les fonds allemands et fran4ais sont e train de partir à la vitesse grand V. C'est juste un grand nivellement par le bas qui va bousiller définitivement notre économie et pour longtemps. En fait tout celà relève d'une vaste guerre économique orchestrée par nos deux voisins directs... Et ceux qui se seront réjouis de cette chute pleureront alors la perte de nos acquis sociaux... Il serait bon aussi que les Etats concernés revoient leurs politique fiscales et plafonnent une bonne fois pour toute les prélèvements fiscaux. A un certain stade l'impôt devient du rackett d'Etat...

Écrit par : Carlitosde Unamuno | 04/02/2010

"C'est même nécessaire si l'on veut éviter que trop d'injustice ne finisse par plomber définitivement le système."

Et naturellement, ce sont encore une fois les petits et moyens contribuables qui vont morfler le plus. Les Etats n'auront plus à craindre les accusations de laxisme à l'égard des "riches" en écrasant davantage les modestes !

C'est à ce moment-là qu'on découvrira que la fraude fiscale, en tant que manifestation de légitime défense, profitait à tout le monde, directement aux uns, indirectement aux autres.

Écrit par : Scipion | 05/02/2010

Carlitos, notre économie n'est pas basée uniquement sur la finance et encore moins uniquement sur le secret bancaire. Pour citer le cas de la plus grosse banque privé genevoise, par exemple, qui n'est pas celle de M. Odier, plus de la moitié de ses actifs sous gestion sont des fonds de pension, tout ce qu'il y a de plus légaux et déclarés. Qui sont là juste parce qu'ils sont supercontents de la gestion de leurs fonds. Et le reste n'est évidemment pas constitué que d'argent déposé à l'insu du fisc, loin de là, même si je n'irai pas jusqu'à jurer qu'il n'y en a jamais eu dans cette banque, comme dans les autres.
Partir du principe que les autres Etats ne joueront pas le jeu, alors qu'ils ont tous intérêt à y jouer, c'est un à priori qui n'est pas le mien. Et nous pouvons agir, au travers de l'OCDE dont nous sommes membres, pour que les paradis fiscaux tropicaux ou dépendant de grandes puissances ne soient pas négligés. Nous pouvons aussi agir en communiquant auprès des opinions publiques des grands pays,
Par ailleurs, il y a une différence essentielle entre les sociétés fixant leur siège au Delaware (où elles ne paient pas d'impôt) et des fonds couverts par le secret bancaire ancienne manière, c'est qu'au Delaware, il y a des traces consultables dans les registres du commerce, et le jour où Washington décide de faire changer la loi fiscale de cet état, par exemple en imposant les bénéfices, ou les avoirs, ou le chiffre d'affaires, il peut le faire... Idem pour Pékin à Macau. Ou même pour Paris à Monaco: les résidents y sont ouvertement déclarés, identifiés en tant que tels... Pas inconnus.
Scipion, vous avez tort et vous avez raison. Oui, la fraude fiscale pratiquée à l'étranger dont le résultat était dissimulé en Suisse profitait à tout le monde... en Suisse. Toute l'économie du pays, le niveau des salaires et de prestations sociales uniques au monde en ont bien profité durant quelques décennies, grâce à quelques mécanismes économiques bien connus et amplement documentés. Le différentiel sur les taux d'intérêts entre la Suisse et le reste du monde par exemple.
Mais ces mécanismes ne profitaient absolument pas au reste du monde, au contraire, ils ne faisaient que creuser les fossés entre les plus riches, dont nous faisons indéniablement partie, et l'immense reste des pauvres. Des écarts source d'injustice (ça j'ai compris que cela vous était égal) mais aussi de déséquilibres grandissants et foncièrement dangereux. Source notamment de cette immigration intarissable que vous déplorez tant.

Écrit par : Philippe Souaille | 05/02/2010

"Oui, la fraude fiscale pratiquée à l'étranger dont le résultat était dissimulé en Suisse profitait à tout le monde... en Suisse."

Pas seulement. Je ne parle pas du "reste du monde", dont les vicissitudes m'intéressent assez peu. De ce que j'en ai vu, j'ai ramené la certitude qu'il est incurable.

En revanche, en Italie, en France comme en Allemagne, l'évasion fiscale était un frein à une hausse plus inconsidérée encore des impôts.

La disparition de cette menace permettra de redresser les impôts de pratiquement tout le monde, y compris les plus modestes, au motif que des taux de 50, 60 % ou davantage, seront appliqués aux plus fortunés - dont le train de ne sera même pas écorné.

Écrit par : Scipion | 05/02/2010

Scipion, la moitié des contribuables français ne paient pas du tout d'impôt sur le revenu. L'évasion fiscale des plus riches n'a jamais été un bouclier pour diminuer l'imposition des plus pauvres ou même des classes moyennes. Tout au contraire ! N'importe quel gamin comprendrait que l'Etat ayant des besoins incompressibles, si les riches ne paient pas, ce sont les autres qui doivent payer pour eux.
C'est d'ailleurs pour cela qu'il est intéressant d'avoir chez soi, à demeure, quelques grosses fortunes et de grosses sociétés qui vont y payer l'impôt. Mais là on parle de fortunes déclarées résidentes, pas d'argent évadé planqué dans un coffre. Et pour attirer des grosses fortunes, il ne faut pas trop les pressurer, c'est là que peut jouer, légalement, le raisonnement libéral. Avec ce correctif que si les taux sont trop favorables (par exemple l'impôt sur les sociétés) et attirent trop de monde, les grands Etats vont s'en mêler.
Croyez-vous que si certains cantons de Suisse primitive continuent d'attirer nos gros contribuables en cassant les prix comme de vulgaires soldeurs, Genève, par exemple, va accepter de continuer de cracher au bassinet de la péréquation ?

Écrit par : Philippe Souaille | 06/02/2010

"L'évasion fiscale des plus riches n'a jamais été un bouclier pour diminuer l'imposition des plus pauvres ou même des classes moyennes..."

Vous le faites exprès ? Je n'ai jamais rien dit de pareil. Je dis que l'évasion fiscale est une menace potentielle qui empêche d'augmenter les impôts pour toutes les tranches de revenus imposables.

C'est ainsi que lorsque les plus hauts revenus seront massivement taxés, les exemptés d'aujourd'hui seront... "associés à la solidarité nationale" à hauteur de deux ou trois dizaines d'euros par mois, qui feront des milliards dans le budget annuel.

Cela, n'importe quel gamin ne le comprendrait peut-être pas, mais ce serait parce qu'il n'aurait encore aucune idée de la boulimique voracité de tous les fiscs du monde.

Écrit par : Scipion | 06/02/2010

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