18/02/2010

Et pourquoi pas Ang Lee dans le rôle de Constance Bonacieux ?

Il y a deux semaines, une bande de lancement au cinéma m'a appris qu'Alexandre Dumas allait être interprété à l'écran par Gérard Depardieu, j'ai été choqué. Pas tant par la couleur de ses cheveux, j'ai des amis quarterons (un quart de sang noir, donc, comme le vrai Dumas) aussi blonds que Depardieu, mais parce que si le racisme est officiellement condamné, il est loin d'être disparu dans l'imaginaire populaire.

Aussi bien chez les blancs que les chez les noirs, d'ailleurs, l'image de l'homme noir souffre d'un grave déficit de personnalités remarquables en matière de sciences ou de littérature. Pour la femme noire, c'est moins grave, l'image de la blonde étant pire... L'histoire, la hiérarchie sociale a fait que peu d'hommes noirs furent en situation d'exprimer leur génie en littérature ou en mathématiques... Il y en eut pourtant quelques uns, à commencer par Dumas, étonnament même, lorsqu'on pense aux conditions qui leur étaient faites... Mais dans l'imaginaire populaire, la question des capacités n'en reste pas moins posée.

C'est pourquoi j'estime fort regrettable, et même criminel, lorsqu'un exemple positif existe, de ne pas le souligner, pire de le dérober à la conscience noire pour en faire un héros blanc. Je comprend qu'un Depardieu soit garant de meilleures recettes, mais il y a des choses avec lesquelles on ne devrait pas transiger. L'argument artistique selon lequel un acteur doit pouvoir jouer n'importe quel rôle et donc qu'un rôle doit pouvoir être joué par n'importe quel acteur n'est pas recevable au cinéma, pour un film de grande diffusion. C'est même de la malhonneteté intellectuelle de le prétendre, comme le fait mon ami AD dans l'Hebdo de ce matin. Il ne s'agit pas ici d'une oeuvre d'avant-garde dans laquelle toutes les audaces sont permises, mais d'un film historique à gros budget qui se doit d'être réaliste s'il veut avoir un quelconque succès public. La Môme Piaff interprétée par Ursula Andress aurait été un bide retentissant... Même si elle s'était trinqueballée en bikini durant la moitié du film !

Il y a 10 ans, j'ai refusé le finacement de TF1 sur un projet de fiction qui me tenait particulièrement à coeur, parce qu'ils voulaient m'obliger à faire jouer le rôle principal, un Ivoirien, par Pascal Légitimus, que j'apprécie énormément par ailleurs. Je lui avais même concocté dans le film un rôle délicieux de commissaire de police antillais à Annemasse. Mais Pascal fait à peu près aussi Africain que Schwarzenegger fait sicilien... Je ne suis de loin pas du genre à dénoncer le racisme à tout bout de champ, encore moins à lustrer le complexe de persécution de certains de mes potes de couleur. Mais là, il y avait du racisme dans l'attitude de TF1.

Heureusement, les choses bougent. L'acteur, alors inconnu et d'ailleurs également martiniquais, mais noir de peau, que je pressentais est devenu célèbre depuis grâce à une série policière sur France 2. Ce même France 2 dont la direction des programmes m'avait répondu, au sujet de mon film Ashakara, il y a 17 ans, que la France profonde n'était pas encore prête à voir des héros noirs... Tout en passant le Prince de Bel Air et des clips de rap à des heures de grande écoute.

Un jour espérons-le, ces questions n'auront plus d'importance. Mais pour l'heure ce n'est pas le cas, et le communautarisme prend du poil de la bête. Alors évitons les impairs et les fautes de goût. Et surtout donnons aux jeunes des quartiers d'autres images/perspectives de leur futur que celui des dealers ou des pimps de groupes de rap.

 

Commentaires

Je suis horrifié que cela se produise. Je suis en colère parce que cela donne dans le même sens que l'excécrable discours de Nicolas Sarkozy à Dakar avec son fameux "l'homme noir n'est pas assez entré dans l'Histoire"! Alexandre Dumas est une part importante de la littérature française. Il était quarteron, certes, mais sa vie durant, ses contemporains le traitaient de "nègre" et il a subit maints autres quolibets racistes. Et aujourd'hui, c'est un pur leucoderme qui campe le personnage au cinéma! Triste de constater telle chose au 21ème siècle.

Écrit par : Philippe Spider Liondjo | 18/02/2010

"peu d'hommes noirs furent en situation d'exprimer leur génie en littérature ou en mathématiques... Il y en eut pourtant quelques uns, à commencer par Dumas et Balzac"

Curieux que vous citiez Balzac, je n'ai pas connaissance qu'il ait eu des origines africaines*. Mais vous auriez pu évoquer aussi Pouchkine ou Joseph de Saint-Georges.


*Je veux parler bien sûr d'origines plus récentes que la majorité des Européens.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 18/02/2010

C'est à dessein que je n'ai pas cité le Chevalier de Saint-Georges, sur qui ma mère avait écrit un livre, non publié. Il était connu pour ses talents d'escrimeur et de violoniste qui, somme toutes, ne s'écartent point trop de l'image classique des stars de couleurs d'aujourd'hui, musiciens ou sportifs... Quand à Pouchkine, c'est sans doute mon indécrottable culture française qui me l'a fait oublier...
Vous auriez pu ajouter Jeanne Duval, la maîtresse et la muse de Beaudelaire...
Balzac... C'est plus épineux. Lui-même traitait Dumas de nègre... et je ne retrouve pas trace de ses origines africaines. Ma mémoire m'a-t-elle joué un tour? J'ai effacé cette erreur. Merci

Écrit par : Philippe Souaille | 18/02/2010

Soyons sérieux ! Pour jouer Dumas, il fallait une trogne. Il fallait une carrure de ripailleur. Il fallait une truculence. Et il fallait une tête d'affiche : cinq ... bip ... n'y auraient pas suffit.

Alors vos états d'âme sont tout simplement aberrants. Et il ne m'a pas échappé que vous vous gardez bien de proposer UN candidat, un seul. Pour la bonne raison qu'il n'y en a pas.

Écrit par : Scipion | 18/02/2010

Tiens Scipion, le raciste de service. Vous le savez, certains termes ne sont pas admis dans ce blog. Quand aux interprètes potentiels, vous dites comme souvent n'importe quoi. J'en connais un certain nombre qui auraient fait l'affaire, sans compter les inconnus...
Pascal Légitimus par exemple, aurait sans doute été parfait.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/02/2010

"Vous le savez, certains termes ne sont pas admis dans ce blog."

Non, je savais pas, mais comme je ne suis jamais sûr d'être publié, je me gratte pas.

"Pascal Légitimus par exemple, aurait sans doute été parfait."

Ca fait pas un pli. Il a vraiment une gueule à avoir écrit un "Grand dictionnaire de cuisine".

Écrit par : Scipion | 19/02/2010

Très franchement, il faut vraiment être un raciste attardé et fanatique pour faire un problème à ce niveau-là. Le monsieur ci-dessus qui parle de leucoderme ne s'y est pas trompé...

Écrit par : Géo | 19/02/2010

Joseph de Saint-Georges est surtout connu aujourd'hui comme compositeur et ses ouvrages, même s'ils ne font pas de lui un très grand musicien --- "C'est du Haydn", pense-t-on quand on les entend pour la première fois... --- ont au moins le mérite d'appartenir à la culture légitime. Cela suffit pour le mettre à l'écart de ces stéréotypes qui prétendent cantonner les musiciens noirs dans la culture populaire --- jazzmen, rappeurs, folkloristes d'Afrique ou des DOM-TOM, etc. et assurent ainsi que leur succès n'ait pas de conséquences.

Écrit par : stéphane staszrwicz | 20/02/2010

Balzac noir ? Et pourquoi pas Rousseau asiatique ?
N'importe quoi...

Quant à déterminer si un quarteron est noir ou blanc, ça me semble bien futile

De plus, il est sûr que Pascal Légitimus ressemble beaucoup plus à Dumas que Depardieu ...

Écrit par : Martha | 21/02/2010

M. Staszrwicz, vous avez beau être finement cultivé, vous n'en développez pas moins parfois des concepts fumeux... La légitimité d'une culture en place d'une autre est à mon avis fortement discutable. C'est d'autant plus discutable que la musique de Haydn, ou du Chevalier de Saint-Georges, n'étaient que la musique de leur temps, une musique de cour, certes, plus qu'une bourrée paysanne, mais une musique à la mode. Et de son temps, Le Chevalier était connu pour ses talents de violoniste particulièrement allègre. Aujourd'hui, on dirait sans doute qu'il avait le blues dans la peau...
De même qu'il m'apparait certain que dans deux siècles, certaines musiques de jazz seront considérées comme classiques et légitimes même par les pédants. Et même du Kompa, du Zydeco ou du soukouss. Votre notion de "folkloristes", cher Monsieur, me laisse pantois. Apparemment, la magie de la blue note et de la cadence tropicale doivent vous laisser froid. Je le regrette pour vous.
Quant aux autres,je ne crois pas utile d'y répondre

Écrit par : Philippe Souaille | 05/03/2010

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