31/03/2010

Kadhafi le Chat et la souris Göldi...

 

Combien vaut la liberté d'un homme ? Personne n'a osé poser la question. Il serait temps pourtant, car Kadhafi s'amuse beaucoup dans son rôle de chat. Max, sans doute nettement moins dans celui de la souris.

Jusqu'à présent, la Suisse a cédé beaucoup. Enormément. Sans jamais rien obtenir de concret en échange, si ce n'est la libération d'un des deux otages, dont la double nationalité – tunisienne et suisse – gênait Kadhafi dans son opération de séduction du Maghreb...

Hannibal ne sera jamais jugé, par contre l'Etat de Genève a droit au procès, Max Göldi va très vraisemblablement purger sa peine de prison largement injustifiée... Et le frère du serviteur qui se plaignait de maltraitances, disparu en Libye au moment des faits, n'a toujours pas été retrouvé (ERRATUM: Il a été libéré fin 2009, sous la pression de la commission des arrestations arbitraires de l'ONU que la Suisse n'a apparement pas souhaiter actionner...) ...

Depuis sa condamnation à 4 mois de prison, il paraissait évident que Göldi devrait purger sa peine. Pour autant qu'il puisse ensuite sortir du pays, l'affaire reste du domaine de l'acceptable et Kadhafi sait très exactement ce qu'il fait. Qu'est-ce que quelques semaines de plus, quand on vient d'en passer une centaine loin de chez soi ? Max, au moins, peut maintenant compter les jours. Pour autant qu'il sorte. Et son sort ne risque pas de déclencher une guerre de civilisation...

Mais au passage, la Suisse est humiliée un peu davantage et infliger quelques mois de tôle à un européen pour un défaut de titre de séjour, c'est de nature à réjouir l'Afrique entière, dont les enfants sont régulièrement internés de longs mois, voire des années, en Europe, en attente de leur expulsion pour des faits similaires. Tant pis si Kadhafi fait partie de ceux qui internent, et entravent la course vers le nord, la symbolique est trop forte. Plus forte que la réalité.

Or toute la culture helvétique est basée sur la réalité et le pragmatisme, tandis que les Kadhafi vivent dans le symbole et le fantasme. Fantasme même de leur existence, qui fatalement tôt ou tard, se terminera dans le sang, par une révolution de palais ou par une révolution tout court. Tandis que la Suisse et son système seront encore là dans les siècles à venir. Peut-être même que la Suisse aura légué au monde son système de gouvernance lorsque les Kadhafi ne seront plus qu'un incident de l'histoire... Mais en attendant, ils paradent et la Suisse encaisse. Les coups. Ce dont elle n'a pas vraiment l'habitude !

Souvenons-nous tout de même qu'un ministre libyen a déclaré que l'affaire ne serait pas close tant que la Suisse continuerait d'interdire la construction de minaret... J'étais contre ce vote, je l'ai dit abondamment, mais il ne revient évidemment pas à un potentat couvert de sang de dicter sa loi au peuple helvète... Espérons pour Max, que ce n'était là que propos en l'air, parmi beaucoup d'autres...

Cela me rappelle la situation colombienne, où à force de fermeté, le gouvernement contraint peu à peu les FARC à libérer un à un leurs otages les plus précieux. Comme ce militaire hier, qui a passé 12 années dans l'enfer de la jungle. En acceptant de négocier avec les preneurs d'otage, les gouvernements précédent ne faisaient qu'aggraver la situation, en alimentant le système. La seule manière de discuter avec des maîtres chanteurs, sans scrupule, si l'on ne veut pas leur être livré pieds et poings liés, c'est de refuser de négocier et de rendre coup pour coup. Parce que l'Etat de droit et ses convenances ne peut pas jouer à armes égales avec des pirates prêts à tout.

Cela implique que pour pouvoir lutter effectivement contre les preneurs d'otage, il faut être prêt à sacrifier les otages. Plus on leur donne de la valeur, et plus on complique la situation. Et plus on paiera de rançons élevées, plus les preneurs d'otages seront motivés à recommencer. Au contraire, si on les oublie, ou feint de les oublier, ils ne servent plus à rien... et ont même des chances d'être libérés.

Grâce à l'UDC, dont semble-t-il, « Max » est membre, ceci expliquant cela, l'opinion publique suisse a été prise en otage et a exigé de son gouvernement le retour, libre, de Max... D'abord mollement et de manière totalement désordonnée, mais assez fortement dans les médias, notamment ceux lus par Tripoli. Or Kadhafi s'est bâti un pouvoir quasiment de droit divin. Tout son système repose sur la crainte qu'il inspire. L'attitude et la gabegie helvétique lui faisait boire son petit lait chaque matin. Rien ne peut davantage lui être utile que de montrer qu'il mène le jeu et dicte sa loi.

Il sait parfaitement que le moindre signe de faiblesse serait le premier pas vers la révolution qui l'attend au tournant.

Pour servir son jeu, Kadhafi a de nombreuses cartes en main.

Son pétrole est le meilleur du monde.

Il est assis sur une réserve de fonds propres colossale. On parle de 100 milliards de dollars (soit deux fois plus que Bill Gates), dont 7 étaient en Suisse, que l'on a bêtement laissé partir, au lieu de les bloquer immédiatement, comme le suggéraient certains banquiers. Le CF a tenu à respecter la légalité, tandis que la Libye multipliait les exactions à l'encontre des entreprises suisses et de leurs employés...

Kadhafi dépense des millions pour l'Union Africaine, qui sans lui serait exsangue et subventionne largement les conférences régionales de l'ONU en Afrique. Ce qui fait qu'aucun Etat africain ne se dressera vraiment contre lui.

Aucun Etat européen ou Américian non plus, pour au moins trois raisons:

Il empêche chaque année des milliers clandestins d'utiliser les plages libyennes comme pont d'embarquement vers Lampedusa et Malte;

il est un rempart contre l'Islamisme;

la Libye est un marché juteux pour les entreprises occidentales qui s'y pressent

 

Ce qui explique l'embarras européen sur la question des visas... A noter que la France, par exemple, qui a une ressortissante en attente de jugement en Iran n'a pas interdit l'espace Schengen à tous les dirigeants iraniens !

 

Le fait que l'otage retenu en Libye soit proche de l'UDC a donc été important. Il n'en est pas moins otage, et à ce titre doit être défendu, mais cela permet de comprendre les diverses campagnes menées par l'UDC pour sa libération.

  • D'abord un appel au boycott des intérêts pétroliers libyens en Suisse, lancé par Soli Pardo, ce qui s'est rapidement révélé inopérant

  • Puis des attaques directes contre la justice genevoise et les autorités menées par le Conseiller National Nidgegger (qui a clairement pris le parti d'Hannibal Kadhafi à une époque)

  • Sans oublier le travail de fourmi de Stéphane Valente.

     

J'ai du respect pour la parole de Stéphane Valente. Même s'il m'a menti. Lorsque je lui ai demandé, il y a fort longtemps, s'il était vrai que l'un des otages avait aussi un passeport maghrébin - ce qui était une information importante, dans le contexte - il a démenti. Alors qu'il était forcément au courant ! (ERRATUM Stéphane Valente explique ci-dessous dans les commentaires qu'il l'ignorait).

Là où la contradiction est manifeste, c'est que l'UDC aurait pu surseoir, au moins momentanément, à l'initiative sur les minarets, pour ne pas jeter de l'huile sur le feu... Mais ils ne l'ont pas fait.

Le bénéfice politique primait. Par contre, ils n'ont pas hésité à traîner dans la boue les gouvernements genevois et fédéraux - pour tenter de tirer leur copain d'affaire. Et pour cracher sur des ennemis politiques, en pleine crise avec l'étranger. Pour des nationalistes, bravo !

J'ai néanmoins du respect pour le combat de Stéphane Valente, et de la compassion pour Max. Mais Stéphane devrait comprendre, en soldat, que si l'on n'abandonne pas un camarade, il y a des situations où mieux vaut se résoudre au sacrifice de l'un pour préserver l'essentiel.

 

Et l'essentiel ici, ce n'est bien sûr pas la rançon à payer par l'Etat et la Tribune (qui doit tout de même une partie de ses recettes de ces deux dernières années à cette affaire !), pas plus que l'interdiction des minarets (encore que je serais assez curieux d'entendre l'UDC sur ce point)...

L'essentiel c'est juste la réaffirmation de nos fondamentaux, que Kadhafi s'ingénie à nous faire piétiner ou tourner en bourrique les uns après les autres:

L'égalité de tous devant la loi,

la séparation des pouvoir,

la démocratie,

L'équité, la justice et par dessus tout, la protection de la personne humaine...

 

Le monde entier pense que Kadhafi est un dictateur sanguinaire. Mais personne n'ose le dire. Le jeu auquel il se livre en Afrique est un jeu dangereux, qui n'est certainement pas en faveur des peuples africains, même s'il s'ingénie à se poser en héros de la cause, face au blanc honni... les Africains ne sont pas dupes, d'ailleurs, qui malgré ses largesses, ne l'ont pas laissé devenir le patron à vie de l'Union Africaine.

 

Que faire si Max Göldi reste retenu en Libye à l'issue de sa peine ? On peut décider de continuer à céder à Kadhafi, ou décider que c'est assez. Cela ne le renversera pas du jour au lendemain, mais on cessera de renforcer son pouvoir. Ceci s'adresse également aux Etats-Unis, qui en matière de monde arabe, ont assez souvent le chic pour se choisir les mauvais alliés !

 

La seule vraie solution serait une procédure internationale. Non pas des médiateurs acceptés par les deux parties, mais un vrai tribunal international, comme pour les crimes contre l'humanité. Tout le monde sait que s'il vient à perdre son trône, Kadhafi a de fortes chances d'y avoir droit. La gouvernance mondiale aura fait un grand pas en avant lorsque ce type de comportement pourra être dénoncé devant les tribunaux même à l'encontre de potentats en exercice...

Mais cela implique évidemment que ces tribunaux ne puissent pas être considérés comme l'émanation d'une puissance ou d'une autre. Ce qui n'est malheureusement pas demain la veille. C'est là que le Génie Helvétique doit poursuivre son travail humble et discret, en offrant au monde son modèle de construction politique et de subsidiarité: fédéralisme, décentralisation et démocratie participative.

 

Commentaires

Kadhafi se fait également des ennemis en Afrique, notamment lors de sa récente proposition de scinder le Nigeria en deux, qui a provoqué de virulentes réactions et le rappel de l'Ambassadeur nigérian de Libye. Le président du Sénat l'a tout bonnement traité de fou.

Un étonnant silence en Europe d'ailleurs sur cette déclaration.

Pour le peuple suisse pris en otage par l'UDC pour Max Goldi, j'ai quelques doutes. Avant que la Suisse soit humiliée une première fois, il y avait beaucoup de méfiance me semble-t-il pour prendre cause pour lui et son compère. Justement parce que les initiatives de soutien étaient le fait de l'UDC.
Leur activité en Libye qui n'a été décrite que par le terme "hommes d'affaires", est restée d'ailleurs peu claire et a dû contribuer à l'hésitation de nombreux suisses dans un premier temps.

Il n'en reste pas moins que c'est injustifiable que l'attitude de grand Bouffon de Kadhafi l'est également.

Vu le débat sur Infra Rouge hier soir sur le sujet. En conclusion, il semblerait bien que la Suisse n'a plus qu'à attendre le moment où Kadhafi en aura assez de jouer avec la souris.

Cette affaire aura permis de mettre au jour, si nous en doutions encore, que les intérêts économiques justifient de soutenir n'importe quel personnage, fut-il notoirement mentalement dérangé.

:-B

Écrit par : Pascale | 31/03/2010

Très cher Souaille,

Vous nous avez pondu une tartine qui précise :

"Et le frère du serviteur qui se plaignait de maltraitances, disparu en Libye au moment des faits, n'a toujours pas été retrouvé. Près de 2 ans après, plus personne ne s'attend à le voir revenir vivant... Ce qui reste le plus grave de l'histoire, mais personne ne va déclencher une guerre pour le frère d'un serviteur maghrébin..."


Alors que la Libye a libéré Isam Morchid Mortada, le frère du domestique marocain dont la plainte avait été à l’origine de l’arrestation à Genève en juillet 2008 d’Hannibal Kadhafi, en date du 28 août 2009.

Quelques sources : AFP/"NZZ am Sonntag"/Me François Membrez

Écrit par : CEDH | 31/03/2010

Cher P.S

La responsabilité morale nous pousse souvent a intervenir dans des cas similaires.

On doit être clair et franc en affirmant, sans cesse, que l'otage suisse doit rejoindre sa famille le plus vite possible. Comme on doit savoir que beaucoup des humanistes à travers le monde arabe et une grande partie de la population locale y compris un nombre considérable d'opposants politiques voulaient que les autorités "libyennes" prennent courageusement la décision convenable à la faveur de la libération du Max Göldi. Personnellement et à travers de certains canaux politiques et officiels à leur tête les ambassades de la Libye, j'ai fait un appel aux dirigeants libyens de faire compte aux relations réciproques entre le peuple suisse et le monde arabe dans cette situation humanitaire, sans faire le jeu politique dans une affaire semblable.

M.F.

Écrit par : Mohamed Ftelina | 31/03/2010

Bonjour Philippe Souaille !

" La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie ! "
chante Alain Souchon (je crois ?)

Merci pour ce billet que je partage presque dans sa totalité, avec quelques réserves toutefois :

1° L'UDC, ou plus précisément le Comité qui l'a lancée, aurait-elle dû différer, voire retirer l'initiative contre les minarets pour tenter de favoriser une solution au problème ?
Je ne le pense pas ! Je suis d'autant plus à l'aise pour l'affirmer pour avoir voté contre cette initiative, inappropriée et pas de nature à répondre aux vrais problèmes que représentent certaines exigences de l'islam dans un pays laïc.

Retirer ou différer cette initiative aurait bien évidemment ravi Kadhafi qui y aurait vu une victoire sur la Suisse, au même titre que sa récente réaction à propos du geste de la Suisse, celui de retirer les libyens de la liste noire des visas Schengen.
Il est fondamental que Kadhafi ne puisse se prévaloir de pouvoir interférer dans le fonctionnement démocratique d'un État de droit, c'est pourquoi il était juste de ne pas sursoir à cette votation, même si on y était opposé. En revanche il est tout aussi regrettable, car irresponsable, que le peuple suisse l'ait acceptée.
Toutefois nous sommes en démocratie et il faut se soumettre au verdict du peuple.


2° Blocage des fonds Kadhafi déposés en Suisse : Vous n'y pensez pas, la Suisse aurait alors violé son propre État de droit. Cela aurait été une décision ne reposant sur aucun jugement, une décision purement politique, voire administrative. La Suisse se serait discréditée et franchement croyez-vous que cela aurait permis d'infléchir la position de Kadahfi ? Même pour 7 milliards de CHF, Kadhafi n'aurait pas cédé et aurait tout au contraire dénoncé cette "spoliation" ...

3° Blocage des visas Schengen par la Suisse : Je pense que la Suisse a eu raison d'utiliser ce levier, après que nos deux compatriotes eurent été enlevés, la Suisse, associée aux accords de Schengen était dans son bon droit, n'en déplaise à MM. Frattini, Kouchner et consorts.

Voir " La Convention d'application de l'Accord de Schengen du 14 juin 1985 "
Notamment les articles 5, 25 et 96 :

http://eur-lex.europa.eu/smartapi/cgi/sga_doc?smartapi!celexapi!prod!CELEXnumdoc&numdoc=42000A0922%2801%29&model=guichett&lg=fr

Ce n'est pas parce que la France n'a pas utilisé (pas encore ?) ce levier des visas Schengen à l'encontre de l'Iran, dans l'affaire qui l'oppose à ce pays à propos de cette jeune étudiante française retenue en otage à Téhéran, que la Suisse aurait dû s'abstenir d'utiliser ce moyen de pression. Chaque pays prend les mesures qui lui conviennent, celles qu'il juge les mieux appropriées en fonction des circonstances.

La Suisse est associée à l'Espace Schengen, elle est "partie contractante" de ces accords. Par conséquent, elle est soumise aux mêmes devoirs et bénéficie des mêmes droits que les pays membres de l'UE. N'en déplaise à MM. Frattini, Kouchner ou Moratinos !

4° Situation en Colombie. Je ne la connais pas, mais il va de soi qu'un otage, pris au sens large du terme, n'a de valeur que celle du prix que ses défenseurs sont d'accord de payer ... C'est dur, c'est cru, mais c'est malheureusement ainsi !
Le prix de la vie humaine ne vaut rien dans certains milieux, dans certaines cultures et pour certains qui ne reculent devant rien pour s'affirmer ! Kadhafi obéit à cette seule logique et pour lui, la fin justifie les moyens ...

5° UDC : Je ne connais pas le milieu de l'UDC, ni ses arcanes. Je n'en partage pas les idées. Toutefois, le fait que Max Göldi appartienne ou non à ce parti, ou qu'il en soit sympathisant, ne change absolument rien à l'affaire. Il s'agit avant tout d'un citoyen suisse retenu en otage de manière arbitraire par un régime méprisant les droits de l'homme. A ce titre, son pays la Suisse, ses compatriotes, voire l'ensemble des défenseurs des droits de l'homme à travers le monde, ont le devoir de se battre pour le faire libérer sans délais.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 31/03/2010

Vous avez raison CEDH. Cela m'avait échappé, étant en voyage au Japon et à Los Angeles à ce moment là! J'aurais du vérifier. Mais ce qui est intéressant, c'est que d'après le journal marocain que je cite ci-dessous, sa libération est due aux interventions répétées de l'ONU et de son groupe de travail sur les détentions arbitraires. Comme quoi les organisations internationales servent bien à quelque chose, contrairement à ce que prétend l'extrême droite helvétique. CQFD.

Isam Morchid Mortada a été libéré le 28 août, et sa famille m'a confirmé sa libération le 24 octobre", a précisé l'avocat genevois qui avait porté l'affaire de la disparition en Libye de ce Marocain de 24 ans auprès du Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU en juillet 2008.

Isam Morchid Mortada avait disparu à Tripoli en juillet 2008 peu après que son frère eut porté plainte contre Hannibal Kadhafi et sa femme pour mauvais traitements.

"Sa libération a été obtenue grâce aux demandes répétées de l'ONU. Il est désormais retourné vivre au Maroc", a indiqué M. Membrez qui n'a toutefois pas d'information sur les conditions de sa détention.

La détention de Isam Morchid Mortada n'est pas la seule conséquence provoquée par l'arrestation de Hannibal Kadhafi sur le territoire helvétique.

Depuis fin septembre, la Suisse n'a en effet aucune preuve de vie de deux hommes d'affaires retenus en Libye depuis plus d'un an en mesure de rétorsion par Tripoli. Berne accuse d'ailleurs désormais la Libye d'avoir "kidnappé" ces deux Suisses.

"Les familles de ces deux Suisses pourraient toutefois entamer la même procédure auprès de l'ONU que dans le cas d'Isam Morchid Mortada", a relevé M. Membrez.

De son cô té, le Groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire a annoncé le 28 octobre avoir été invité par Tripoli. Des discussions sont en cours pour fixer une date de visite en Libye, peut-être en février prochain.

Le Groupe de travail sur la détention arbitraire, qui a pour mandat l'examen de la légalité des détentions ainsi que des garanties procédurales, peut demander à visiter des prisons et à s'entretenir avec des détenus.

Écrit par : Philippe Souaille | 31/03/2010

Pascale, l'épisode nigérian m'avait échappé également. Il est pourtant très intéressant, car c'est exactement ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire, ou bien plus que la France, c'est l'opposition chrétiens (et surtout sectes évanglistes américaines) vs musulmans qui avait provoqué la partition du pays.
Un antagonisme religieux qui se retrouve partout d'ouest en est un peu au sud du Sahara...
La vision de Kadhafi semble être de séparer les chrétiens des musulmans. Pour indigeste qu'elle paraisse aux Nigérians (d'autant que le pétrole est au sud, chez les chrétiens alors que les musulmans tiennent une bonne part des rênes économiques), l'idée n'est pas forcément idiote. Mais d'un autre côté, c'est conforter davantage encore les camps et les fossés entre l'Islam et la charia d'une part, le christianisme et la laïcité de l'autre.
Ce qu'il y a de certains, c'est que les affrontement actuels sont plusieurs centaines de morts au minimum chaque année dans le pays !

Écrit par : Philippe Souaille | 31/03/2010

Si vous "oubliez" un homme dans une geôle libyenne, ne comptez pas sur la bonne grâce de Kadhafi pour le libérer, Monsieur Souaille. Kadhafi fait peu de cas de l'humanité des gens pris en défaut de faiblesse. Regardez les Africains eux-mêmes qui tentent l'aventure par désespoir. Ils ne sont qu'une monnaie d'échange, du pognon virtuel sur pattes humaines, que Kadhafi retient sur ses terres où laisse partir vers la Méditerranée pour envahir nos côtes européennes en fonction des contrats qu'il obtient avec, entre autre, l'Italie et l'Espagne. Non. Je crois que nous devons continuer à harceler son régime de nos demandes absolument légitimes. Si les visas Schengen sont une arme qui nous a été reprise par l'Europe, nous pouvons multiplier les contacts avec les pays démocratiques du Maghreb, tenter l'isolement de son régime. Si l'Europe ne nous soutient pas comme on pourrait le rêver, pourquoi ne pas chercher des alliés du côté de la Tunisie, de l'Algérie, du Maroc? Micheline Calmy-Rey pourrait peut-être entreprendre quelque chose du côté de ces pays. A moins que tout le monde se soit résolu à attendre la fin des 4 mois de détention de notre otage. A propos, pourquoi Berne n'a-t-elle pas déposé officiellement une exigence évidente: si l'on tient compte des 50 jours de "kidnapping" de nos otages emprisonnés de force dans une cellule, nous serions en réalité à 30 jours de la libération de Max Göldi. La préventive n'existe pas en Libye ou nous les Suisses n'osons pas faire valoir les droits d'un de nos compatriotes? On attend avec impatience la réponse de Micheline Calmy-Rey...

Écrit par : pachakmac | 31/03/2010

Pachakamac, vous pensez sérieusement que les contacts avec les pays du Maghreb n'ont pas été pris depuis longtemps ?

Écrit par : Philippe Souaille | 31/03/2010

Probable, Mr Souaille. Mais hélas il semble qu'ils ne portent pas leurs fruits en faveur de la Suisse à voir le soutien apporté au Colonel. Est-ce seulement dû à l'influence de Kadhafi sur la région? Ou est-ce dû au "soutien" européen à la Suisse? Les pays du Maghreb sont des démocraties encore fragiles et c'est dommage qu'elles n'agissent pas plus pour la démocratie. Il est vrai, certains journalistes sont emprisonnés arbitrairement dans ces pays... Nous avançons encore sur des oeufs quand nous parlons liberté d'expression et démocratie avec les pays arabes. Bonne soirée.

Écrit par : pachakmac | 31/03/2010

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Philippe,

jamais je ne vous ai menti... au moment où vous m'aviez demandé l'origine de l'otage "A", je ne savais pas que Monsieur Hamdani était d'origine tunisienne.

Lorsque vous m'aviez posé la question, l'identité des otages se déclinaient en otage : A et B. Les traces des échanges de mails avec les deux suisses en attestent.

D'ailleurs quelle importance... Aujourd'hui Monsieur Hamdani est un Suisse et c'est en suisse qu'il a été arrêté, emprisoné, sequestré, kidnappé et heureusement relâché.

Jamais, je n'ai menti dans cette affaire et votre affirmation me blesse car j'ai toujours été transparent... j'ai publié les commentaires de nos otages sur mes blogs... Vous pouvez donc retirer cette partie et conserver l'estime que vous m'avez toujours témoignée.

Pour le reste, vous le savez mieux que personne, jamais non plus, je n'ai instrumentalisé dans un but électoraliste cette situation dramatique vécue par deux familles... jamais.

A l'heure actuelle, si je pouvais mener une action, quitte à renoncer à la vie politique, qui conduitait à la libération de Max, je le ferais...

Par conséquent, Philippe, vous ferez ce que vous dites votre conscience, mais vous na'vez aucune raison de douter une seule seconde que je vous aie menti ou cacher une vérité...

Mes premiers échanges avec les otages se sont produits ici même, sur la TDG, et pendant plusieurs semaines, je ne savais d'eux que ces identifiants : A et B.

Je ne vous ai jamais menti.

L'origine et les noms des deux otages m'ont été communiqués bien plus tard... et d'ailleurs leur indentité n'avait aucune importance... car derrière leur anonymat, se cachait juste deux citoyens suisses.

L'origine... la religion... l'employeur n'étant en rien important. Vous, moi, n'importe quel suisse passant par là... aurait vécu ce cauchemar.

La vérité est là.

Bien à vous Philippe,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 01/04/2010

Bien Stéphane, je vous crois. Même si je me souviens que vous m'aviez répondu que rien dans leurs noms ne laissait présager cela. Ou plus exactement, je crois me souvenir et l'expérience de la vie m'a appris que la mémoire pouvait être trompeuse. Même la mienne.
Vous avez donc mon absolution. Pleine et entière. Et même mes excuses pour avoir mis en doute votre parole. Je laisse cependant le paragraphe litigieux, si vous en êtes d'accord, avec ces présentes corrections, en y ajoutant un adendum, pour attirer immédiatement l'attention du lecteur.

Écrit par : Philippe Souaille | 01/04/2010

"L'origine... la religion... l'employeur n'étant en rien important."

En matière de visa pour la Libye, bien sûr que c'est important. Un détenteur d'un passeport d'un pays du Maghreb n'a pas besoin de visa.

Écrit par : Johann | 14/04/2010

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