31/03/2010

Kadhafi le Chat et la souris Göldi...

 

Combien vaut la liberté d'un homme ? Personne n'a osé poser la question. Il serait temps pourtant, car Kadhafi s'amuse beaucoup dans son rôle de chat. Max, sans doute nettement moins dans celui de la souris.

Jusqu'à présent, la Suisse a cédé beaucoup. Enormément. Sans jamais rien obtenir de concret en échange, si ce n'est la libération d'un des deux otages, dont la double nationalité – tunisienne et suisse – gênait Kadhafi dans son opération de séduction du Maghreb...

Hannibal ne sera jamais jugé, par contre l'Etat de Genève a droit au procès, Max Göldi va très vraisemblablement purger sa peine de prison largement injustifiée... Et le frère du serviteur qui se plaignait de maltraitances, disparu en Libye au moment des faits, n'a toujours pas été retrouvé (ERRATUM: Il a été libéré fin 2009, sous la pression de la commission des arrestations arbitraires de l'ONU que la Suisse n'a apparement pas souhaiter actionner...) ...

Depuis sa condamnation à 4 mois de prison, il paraissait évident que Göldi devrait purger sa peine. Pour autant qu'il puisse ensuite sortir du pays, l'affaire reste du domaine de l'acceptable et Kadhafi sait très exactement ce qu'il fait. Qu'est-ce que quelques semaines de plus, quand on vient d'en passer une centaine loin de chez soi ? Max, au moins, peut maintenant compter les jours. Pour autant qu'il sorte. Et son sort ne risque pas de déclencher une guerre de civilisation...

Mais au passage, la Suisse est humiliée un peu davantage et infliger quelques mois de tôle à un européen pour un défaut de titre de séjour, c'est de nature à réjouir l'Afrique entière, dont les enfants sont régulièrement internés de longs mois, voire des années, en Europe, en attente de leur expulsion pour des faits similaires. Tant pis si Kadhafi fait partie de ceux qui internent, et entravent la course vers le nord, la symbolique est trop forte. Plus forte que la réalité.

Or toute la culture helvétique est basée sur la réalité et le pragmatisme, tandis que les Kadhafi vivent dans le symbole et le fantasme. Fantasme même de leur existence, qui fatalement tôt ou tard, se terminera dans le sang, par une révolution de palais ou par une révolution tout court. Tandis que la Suisse et son système seront encore là dans les siècles à venir. Peut-être même que la Suisse aura légué au monde son système de gouvernance lorsque les Kadhafi ne seront plus qu'un incident de l'histoire... Mais en attendant, ils paradent et la Suisse encaisse. Les coups. Ce dont elle n'a pas vraiment l'habitude !

Souvenons-nous tout de même qu'un ministre libyen a déclaré que l'affaire ne serait pas close tant que la Suisse continuerait d'interdire la construction de minaret... J'étais contre ce vote, je l'ai dit abondamment, mais il ne revient évidemment pas à un potentat couvert de sang de dicter sa loi au peuple helvète... Espérons pour Max, que ce n'était là que propos en l'air, parmi beaucoup d'autres...

Cela me rappelle la situation colombienne, où à force de fermeté, le gouvernement contraint peu à peu les FARC à libérer un à un leurs otages les plus précieux. Comme ce militaire hier, qui a passé 12 années dans l'enfer de la jungle. En acceptant de négocier avec les preneurs d'otage, les gouvernements précédent ne faisaient qu'aggraver la situation, en alimentant le système. La seule manière de discuter avec des maîtres chanteurs, sans scrupule, si l'on ne veut pas leur être livré pieds et poings liés, c'est de refuser de négocier et de rendre coup pour coup. Parce que l'Etat de droit et ses convenances ne peut pas jouer à armes égales avec des pirates prêts à tout.

Cela implique que pour pouvoir lutter effectivement contre les preneurs d'otage, il faut être prêt à sacrifier les otages. Plus on leur donne de la valeur, et plus on complique la situation. Et plus on paiera de rançons élevées, plus les preneurs d'otages seront motivés à recommencer. Au contraire, si on les oublie, ou feint de les oublier, ils ne servent plus à rien... et ont même des chances d'être libérés.

Grâce à l'UDC, dont semble-t-il, « Max » est membre, ceci expliquant cela, l'opinion publique suisse a été prise en otage et a exigé de son gouvernement le retour, libre, de Max... D'abord mollement et de manière totalement désordonnée, mais assez fortement dans les médias, notamment ceux lus par Tripoli. Or Kadhafi s'est bâti un pouvoir quasiment de droit divin. Tout son système repose sur la crainte qu'il inspire. L'attitude et la gabegie helvétique lui faisait boire son petit lait chaque matin. Rien ne peut davantage lui être utile que de montrer qu'il mène le jeu et dicte sa loi.

Il sait parfaitement que le moindre signe de faiblesse serait le premier pas vers la révolution qui l'attend au tournant.

Pour servir son jeu, Kadhafi a de nombreuses cartes en main.

Son pétrole est le meilleur du monde.

Il est assis sur une réserve de fonds propres colossale. On parle de 100 milliards de dollars (soit deux fois plus que Bill Gates), dont 7 étaient en Suisse, que l'on a bêtement laissé partir, au lieu de les bloquer immédiatement, comme le suggéraient certains banquiers. Le CF a tenu à respecter la légalité, tandis que la Libye multipliait les exactions à l'encontre des entreprises suisses et de leurs employés...

Kadhafi dépense des millions pour l'Union Africaine, qui sans lui serait exsangue et subventionne largement les conférences régionales de l'ONU en Afrique. Ce qui fait qu'aucun Etat africain ne se dressera vraiment contre lui.

Aucun Etat européen ou Américian non plus, pour au moins trois raisons:

Il empêche chaque année des milliers clandestins d'utiliser les plages libyennes comme pont d'embarquement vers Lampedusa et Malte;

il est un rempart contre l'Islamisme;

la Libye est un marché juteux pour les entreprises occidentales qui s'y pressent

 

Ce qui explique l'embarras européen sur la question des visas... A noter que la France, par exemple, qui a une ressortissante en attente de jugement en Iran n'a pas interdit l'espace Schengen à tous les dirigeants iraniens !

 

Le fait que l'otage retenu en Libye soit proche de l'UDC a donc été important. Il n'en est pas moins otage, et à ce titre doit être défendu, mais cela permet de comprendre les diverses campagnes menées par l'UDC pour sa libération.

  • D'abord un appel au boycott des intérêts pétroliers libyens en Suisse, lancé par Soli Pardo, ce qui s'est rapidement révélé inopérant

  • Puis des attaques directes contre la justice genevoise et les autorités menées par le Conseiller National Nidgegger (qui a clairement pris le parti d'Hannibal Kadhafi à une époque)

  • Sans oublier le travail de fourmi de Stéphane Valente.

     

J'ai du respect pour la parole de Stéphane Valente. Même s'il m'a menti. Lorsque je lui ai demandé, il y a fort longtemps, s'il était vrai que l'un des otages avait aussi un passeport maghrébin - ce qui était une information importante, dans le contexte - il a démenti. Alors qu'il était forcément au courant ! (ERRATUM Stéphane Valente explique ci-dessous dans les commentaires qu'il l'ignorait).

Là où la contradiction est manifeste, c'est que l'UDC aurait pu surseoir, au moins momentanément, à l'initiative sur les minarets, pour ne pas jeter de l'huile sur le feu... Mais ils ne l'ont pas fait.

Le bénéfice politique primait. Par contre, ils n'ont pas hésité à traîner dans la boue les gouvernements genevois et fédéraux - pour tenter de tirer leur copain d'affaire. Et pour cracher sur des ennemis politiques, en pleine crise avec l'étranger. Pour des nationalistes, bravo !

J'ai néanmoins du respect pour le combat de Stéphane Valente, et de la compassion pour Max. Mais Stéphane devrait comprendre, en soldat, que si l'on n'abandonne pas un camarade, il y a des situations où mieux vaut se résoudre au sacrifice de l'un pour préserver l'essentiel.

 

Et l'essentiel ici, ce n'est bien sûr pas la rançon à payer par l'Etat et la Tribune (qui doit tout de même une partie de ses recettes de ces deux dernières années à cette affaire !), pas plus que l'interdiction des minarets (encore que je serais assez curieux d'entendre l'UDC sur ce point)...

L'essentiel c'est juste la réaffirmation de nos fondamentaux, que Kadhafi s'ingénie à nous faire piétiner ou tourner en bourrique les uns après les autres:

L'égalité de tous devant la loi,

la séparation des pouvoir,

la démocratie,

L'équité, la justice et par dessus tout, la protection de la personne humaine...

 

Le monde entier pense que Kadhafi est un dictateur sanguinaire. Mais personne n'ose le dire. Le jeu auquel il se livre en Afrique est un jeu dangereux, qui n'est certainement pas en faveur des peuples africains, même s'il s'ingénie à se poser en héros de la cause, face au blanc honni... les Africains ne sont pas dupes, d'ailleurs, qui malgré ses largesses, ne l'ont pas laissé devenir le patron à vie de l'Union Africaine.

 

Que faire si Max Göldi reste retenu en Libye à l'issue de sa peine ? On peut décider de continuer à céder à Kadhafi, ou décider que c'est assez. Cela ne le renversera pas du jour au lendemain, mais on cessera de renforcer son pouvoir. Ceci s'adresse également aux Etats-Unis, qui en matière de monde arabe, ont assez souvent le chic pour se choisir les mauvais alliés !

 

La seule vraie solution serait une procédure internationale. Non pas des médiateurs acceptés par les deux parties, mais un vrai tribunal international, comme pour les crimes contre l'humanité. Tout le monde sait que s'il vient à perdre son trône, Kadhafi a de fortes chances d'y avoir droit. La gouvernance mondiale aura fait un grand pas en avant lorsque ce type de comportement pourra être dénoncé devant les tribunaux même à l'encontre de potentats en exercice...

Mais cela implique évidemment que ces tribunaux ne puissent pas être considérés comme l'émanation d'une puissance ou d'une autre. Ce qui n'est malheureusement pas demain la veille. C'est là que le Génie Helvétique doit poursuivre son travail humble et discret, en offrant au monde son modèle de construction politique et de subsidiarité: fédéralisme, décentralisation et démocratie participative.

 

02/03/2010

Blogueurs à vos plumes

Alliance française de Genève

écrire magazine

ECRITURE et EDITIONS

A l’occasion de la semaine de la Francophonie et de la langue française

Concours « ÉCRIVAIN D’UN JOUR » 12 ème édition

Avec le soutien du Service Culturel de l’Ambassade de France en Suisse et de

la Représentation permanente de l’Organisation Internationale de la Francophonie à Genève

Samedi 20 mars 2010 de 15 heures à 18 heures

à UNI MAIL 102, Bd Carl-Vogt, 1205 GENÈVE

Ouvert à tous, sans frais et inscription sur place dès 14 heures

3 heures ou 2 ou une … d’écriture spontanée …. 3 catégories d'âge : 14 à 19 ans, 20 à 25 ans et dès 26 ans

Monsieur Libère BARARUNYERETSE, Ambassadeur, Représentant Permanent

de l’Organisation Internationale de la Francophonie à Genève est le Président d’honneur de cette manifestation.

Le Président du Jury 2010 est Monsieur Serge Bimpage - Écrivain et journaliste suisse

Les membres du Jury sont :

Madame Sandra Coulibaly – déléguée permanente adjointe de l’OIF, Monsieur Victor Bouadjio – fondateur et directeur de la revue écrire magazine et Ecriture et Editions, Monsieur Rui Nogueira – fondateur de l’association pour le cinéma « Rui Nogueira » et directeur du CAC Voltaire,

Madame Géraldine Freeman – ancienne lauréate et professeur de français, Chrystel Girod – présidente de l’AF Genève et initiatrice du concours.

Le concours : 1ère option :

3 sujets au choix seront proposés le jour même à 15 heures. Le genre est libre (lettre, poésie, petite nouvelle, autres….), le texte devra être manuscrit, lisible, inédit et écrit en français, limité à 300 mots maximum (environ 1 page ou 2 selon l’écriture). (Les dictionnaires et autres….sont aussi les bienvenus). Il est possible de quitter la salle et de revenir rendre ses feuilles de concours.

Le concours : 2ème option :

S’inscrire le même jour dès 20 heures sur : alliancefrancaisegeneve@gmail . Un seul sujet sera proposé. Le texte est à nous renvoyer avant minuit.

Il est possible de participer 2 fois (1ère et 2ème option). L’AF se déplacera également dans des écoles à Genève et en France transfrontalière.

LES PRIX : La somme de CHF 900 en espèces répartie entre les lauréats des œuvres primées et une journée en atelier d’écriture créative « utilisation des outils des Surréalistes » à Genève (valeur CHF 600). Nos partenaires récompenseront encore d’autres textes.

► Le règlement complet du concours peut être consulté sur notre site : www.alliancefrancaisegeneve.ch/geneve

► Les textes seront publiés dans la revue bimestrielle écrire magazine Écriture et Éditions www.ecrire-aujourd’hui.com et sur notre site.

► Les participants recevront par courriel (sinon par courrier) les résultats et seront invités à une verrée lors de la distribution des prix en mai 2010.