15/04/2010

Où que vous soyez, bonne arrivée Dr Kara

Décédé il y a une semaine, James Campbell-Badiane était un sacré bonhomme... Pas toujours facile à vivre, tant pour les réalisateurs que pour les producteurs avec lesquels il travaillait, mais après tout, ce n'était pas pour lui faire jouer des rôles d'enfant sage qu'on le choisissait. James était un baroudeur, un vrai, doublé d'un artiste, tout aussi authentique. passablement rock'n roll, à la limite du pénible, parfois, mais laissant malgré tout de sacrés bons souvenirs.

Gambien d'origine, il s'était mystérieusement retrouvé sous l'uniforme français durant la guerre d'Indochine, qui lui avait valu de connaître Dien Bien Phu puis les camps du Vietminh. Rentré à Paris, il s'était taillé un joli succès dans les caves existentialistes de Saint-Germain des Prés où il jouait du jazz, dansait le rock, et draguait abondamment. Le cinéma lui avait fait les yeux doux, pour des petits rôles: il n'y avait guère de place pour les noirs sur les écrans d'alors. Mais tout de même des Liaisons Dangereuses à Barbarella (deux films dont il avait aussi composé une partie de la musique) en passant par Playtime, La Grande Bouffe ou Le Cri du Cormoran le soir au-dessus des Jonques, il affichait un joli palmarès.

Scan ASHK Dr Kara.JPG

Des ennuis liés à la consommation de substances illicites dont il abusait volontiers l'avaient incité à prendre le large. Direction le Togo, où le Président était lui aussi un ancien d'Indochine, un "frère d'armes". C'est là que j'avais croisé sa route et l'avait engagé pour le rôle principal du Dr Kara dans le film Ashakara.

Depuis, il avait repris le chemin des plateaux, jouant notamment avec Euzhan Palcy ou dans un téléfilm écrit par Erik Orsenna, La Dette, sur la question des anciens combattants d'Afrique.

Ses filles avaient été impliquées dans un scandale de livraison de jeunes femmes mannequins en Libye, pour l'anniversaire de la fondation de la Jammahirya, scandale qui avait porté ombrage aux relations diplomatiques entre Dakar et Tripoli.

Où que tu sois, James, comme on dit au Togo: "Bonne Arrivée".

 

 

 

 

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