17/04/2010

Pourquoi je ne signe pas la pétition contre Nicolas Bideau

 

Depuis quelques jours et à l'occasion du Festival de Nyon du film documentaire, les cinéastes suisses sont en effervescence. Une pétition circule, signée par le gratin de la profession, ou peu s'en faut, contre les nouvelles mesures envisagées par Nicolas Bideau.

Celui-ci envisage de remplacer l'actuel système d'attribution de l'aide au cinéma suisse, mais son projet ne plait pas. Le problème est récurrent depuis qu'existe les subventions étatiques à la culture et au cinéma en particulier. Les bénéficiaires de l'aide sont désignés, chaque année, par une commission d'experts, choisis au sein de la profession et parmi les professionnels de la critique. La taille du cinéma suisse étant limitée, c'est forcément consanguin. Depuis toujours y domine le copinage, le renvoi d'ascenseurs, la nouvelle vague, le cinéma d'auteur et l'idéologie. Tout ce que je déteste. Et de fait, en 20 ans, j'ai produit ou coproduit plus de 50 films, essentiellement des documentaires destinés à la télévision, mais aussi une fiction, représentant un budget global de plus de 5 millions et la part d'aide qui m'a été attribuée par les commissions suisses dans ce bilan est édifiante : 0. Oui 0 francs alors que je suis dans le peloton de tête des producteurs les plus prolifiques de Suisse.

J'ai obtenu par exemple l'avance sur recettes (après réalisation) en France pour un film à production majoritaire suisse, mais pas un sou de l'Office fédéral de la Culture à Berne. Et si j'ai obtenu 25 000 francs de la Ville de Genève et 10 000 Francs du Canton sur mon dernier film, l'année passée, c'est en court-circuitant les-dites commissions. J'ai bénéficié à plusieurs reprises du soutien d'administrations publiques, sur des projets que j'avais initiés (jamais des commandes) et qu'elles jugeaient utiles, à Berne et à Genève, mais jamais des institutions chargées de subventionner la culture.

Pourquoi ?

L'exemple de cette année est édifiant. Pour le 50ème anniversaire des Indépendances africaines, je prépare un doc dressant le bilan d'un demi-siècle de néo-colonialisme et d'aide au développement. Il se trouve que je suis un bon connaisseur de l'Afrique, ce que les Africains sont les premiers à reconnaître, parce qu'ils connaissent mon travail. Un quart des films que j'ai produit est en effet lié à ce continent.

Il ne s'agit pas seulement de faire l'inventaire des torts de l'Occident à l'égard du Continent noir (il y en a, de nombreux et affreusement injustes) mais aussi de voir si dans la culture et les traditions africaines, certains traits n'enrayent pas le développement économique qui par exemple fait le bonheur de l'Asie. Accessoirement, le film aurait été prêt pour le sommet de la francophonie à Montreux, ce qui intéressait le DFAE.

Un bon projet, donc, pour lequel la réponse, une fois encore a été non, partout où règnent ces commissions. A Berne, à Genève Ville et à Genève Canton. Un non explicité seulement par Berne, qui donne le la, travaillant en amont des autres. La commission bernoise comptait deux romands, en la personne de Frédéric Gonseth et Jean Perret, connus tous deux pour leurs opinions politiques de gauche, voire d'extrême-gauche.

Deux des raisons invoquées valent leur pesant de cacahuettes et invalident toutes les autres, tant leur mauvaise foi me parait évidente.

  1. « la production ne parait pas professionnelle ». Cela fait 20 ans que j'en ai fait ma profession et que j'en vis, certes chichement, et que je procure une partie notable de leurs revenus à la petite équipe de techniciens fidèles qui me suit de films en films. J'ai certainement produit plus de films que tous les membres de la commission réunie. Et je le rappelle, sans leurs subventions. Accessoirement, je crois être l'unique société romande de production à exister depuis 20 ans sans avoir jamais fait faillite, contrairement à nombre de mes confrères.

    Le hiatus, parce que hiatus il y a, est que j'emploie généralement des techniciens indépendants, dûment déclarés comme tels, qui paient donc leurs charges eux-mêmes et qui en sont très heureux, tout comme moi-même d'ailleurs, alors que les syndicats de techniciens représentés dans les commissions veulent que l'on emploie des techniciens salariés. Ce qui n'est pas forcément le schéma économique le mieux adapté dans tous les cas.

  2. « le contenu du film parait unilatéral ». Bien vu. De fait j'ai une thèse et je souhaite la démontrer. Jusqu'à preuve du contraire, c'est mon droit, la liberté d'expression faisant tout de même partie des libertés de l'artiste, ce me semble ? Là où la chose devient piquante, c'est que Jean Perret, ex-directeur du Festival de Nyon et nouveau directeur de l'école de cinéma de Genève, dans des interviews, notamment au Courrier, cite comme exemple de bon documentaire, « Le Cauchemar de Darwin », film unilatéral s'il en est. Unilatéral et en plus mensonger, comme cela a été amplement décrit par ailleurs.                                                                                 http://www.afrik.com/article11427.html Cela s'est terminé par un procès. Dans lequel le réalisateur, s'il n'a pas été prouvé qu'il avait payé des figurants pour certaines scènes controversées et présentées comme réelles, a mordu la poussière sur tout le reste.            http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cauchemar_de_Darwin Mais voilà, Le Cauchemar de Darwin brosse l'extrême-gauche altermondialiste dans le sens du poil, alors que j'ai un autre discours... Accessoirement repris par un nombre croissant d'Africains, mais c'est un autre débat.

 

A noter qu'en tant que journaliste, j'ai une assez bonne notion de ce qu'est l'objectivité et que je me suis longtemps fait une spécialité des dossiers tellement bien balancés que l'on finissait par me le reprocher: « Mais où est ton point de vue ? ». De fait, souvent je ne sais pas, je dresse un constat, dont il peut sortir ou non une piste menant à la solution. Comme dans le cas de l'Afrique, ou la solution semble en route. Mais ce qui est sûr, c'est que les documentaires qui marchent, à l'image de ceux de Mike Moore, des Yes Men et d'Al Gore ou encore du Cauchemar de Darwin sont des films présentant une vision unilatérale, voire mensongère du monde. Parce que le grand public, même à l'extrême-gauche préfère le scandaleux simpliste à l'expression fine de la réalité. Je n'aime pas les armes, mais contrairement à Moore, je n'aurais pas utilisé l'interview d'un malade atteint d'Alzheimer à l'appui de mes dires. En tout cas pas sans le préciser !

A ces deux raisons s'ajoutaient quelques autres relevant de jugements esthétiques ou du traitement à l'image du sujet. Des goûts et des couleurs... Je n'ai jamais prétendu être un réalisateur de génie. J'écris certainement mieux que je ne filme, mais la vingtaine de films que j'ai réalisés, grâce à leurs diffusion sur différentes chaînes de télévision dans le monde, ont très certainement été davantage vus que ceux des membres de la-dite commission. Et je me souviens qu'un film réalisé par l'un d'entre eux, il y a quelques années, m'avait été montré comme exemple de film à ne pas faire par les producteurs d'alors d'une célèbre émission !

J'entend déjà le choeur des vierges clamer « oui, mais il fait de la télé, nous faisons du cinéma... »

Personnellement, je trouve cette dichotomie absurde. Il y a certes des projets clairement télé et d'autres nettement cinéma, mais au milieu, pour le plus grand nombre, la question ne devrait pas avoir à être tranchée. Même s'il était refusé par la TSR, ce qui pour l'heure n'est pas le cas, un projet sur l'Afrique comme le mien aurait un avenir prometteur sur d'autres chaînes francophones, anglophones et même lusophones. Mais le cinéma suisse n'a pas d'ambition internationale. Pas besoin puisqu'il est principalement financé par des subventions. Accessoirement, le cinéma, où qu'il soit dans le monde, sauf peut-être en Inde, n'existe pas sans la télé, qui lui assure, dans 95% des cas, ses meilleures recettes et son plus grand nombre de spectateurs.

J'ajoute que j'ai écrit et produit un film de cinéma, Ashakara, diffusé 5 fois à la TSR, qui s'est vendu sur 5 continents en télévision et sur 3 en salles, où il a connu une carrière honorable, voire carrément spectaculaire en Afrique. Durant trois années, il a été le film suisse le plus vendu à l'étranger, et 18 ans après, il est encore acheté par des chaînes de télé nord-américaines. Nous n'avons jamais reçu un sou de Berne, et la lettre de refus après réalisation, à l'époque, était même injurieuse, dénigrant la réalisation et le casting, qu'un article de Variety (la bible hollywoodienne) décrivait au contraire comme rafraichissante et haut en couleurs ! Au festival du film francophone de Namur, les jurés voulaient nous décerner leur prix spécial, mais le représentant suisse, Freddy Buache (qui était derrière la lettre injurieuse reçue de Berne), y avait mis son veto... alors que nous étions le seul film suisse !

Quant au titre de l'Hebdo cette semaine,affirmant que le documentaire a le vent en poupe, il m'a doucement fait rigoler. L'avis dominant des distributeurs de films, c'est qu'il y a beaucoup trop de documentaires longs (90') destinés à une exploitation en salles, et que la grande majorité d'entre eux ne marchent pas. Ils ne marchent pas en salle, parce qu'il est compliqué de créer le buzz médiatique qui permettrait de les lancer et ils ne marchent pas en télé, parce que le format long convient mal. Certes Jean Perret n'est pas de cet avis, mais Jean Perret n'a jamais eu à vendre un film de sa vie. Ni à en réaliser d'ailleurs et sa nomination à la tête de l'école de cinéma genevoise est édifiante: on veut former des gens pour faire un cinéma de festivals, certainement à haute valeur ajoutée culturelle, mais déconnecté des réalités économiques et dépendant donc uniquement des subventions délivrées par les membres de la caste...

Car on est bel et bien en présence d'une caste, dont les attributs vestimentaires sont le velours côtelé bedonnant couleur automne, comme ils sont chez les banquiers le costard cravate et chez les architectes bâlois, le costume noir.

Quel est donc le projet de Bideau, concocté après études d'autres systèmes étrangers, en collaboration avec des représentants de la profession ? Remplacer la commission d'experts, qui monopolise l'entier de la subvention et ensuite laisse les producteurs se débrouiller avec l'argent, par plusieurs intendants qui décideraient, seuls, de l'attribution de leur enveloppe, tout en étant chargés de suivre les tournages... et de rendre des comptes. Ils ne seraient pas fonctionnaires à vie, mais nommés pour 3 ou 5 ans. Bref, puisque la Confédération est le vrai producteur du cinéma suisse, ils feraient un vrai job de producteur délégué, responsable de ses deniers (même si ce sont ceux du contribuable).

Personnellement je trouve l'idée plutôt bonne. Et comme je l'ai dit, dans mon cas, rien ne peut-être pire que le système actuel... Reste que j'ai beaucoup hésité à publier ce texte. Je sais fort bien que si Buache à l'époque m'a flingué, c'est parce que j'avais osé écrire ce que je pensais d'un certain cinéma d'auteur. En le faisant, je m'aliène la majeure partie de la profession, alors que j'aimerai bien moi aussi faire un jour un film avec des vrais budgets et l'aide généreuse de la collectivité. Parce qu'il n'y a aucune raison, que cette aide, payée par tous, soit réservée aux films de gauche ou d'extrême gauche, et qu'un cinéaste défendant des positions de centre-droite en soit exclu.

Les critères artistiques, ici, sont en grande partie bidons. Bideau rêve depuis sa nomination de produire des succès populaires, qui aient un sens pour la majorité du peuple suisse. C'est pour cela qu'il a été nommé, et la profession devrait se rendre compte que c'est le seul moyen, pour elle de justifier des subventions devant un parlement qui n'est pas majoritairement constitué de bobos en costumes de velours bedonnants. C'est vrai à Berne, comme à Genève.

Le problème est que les professionnels de la profession qui squattent les commissions culturelles n'ont qu'une lointaine idée de ce qui peut constituer un succès populaire, chose qu'ils ont généralement en horreur. Alors des intendants, nommés pour 3 ans, pourquoi pas ? Essayons pour voir. Peut-être même qu'il pourrait y avoir un intendant chargé spécialement de la Romandie, disposant de son propre budget, qui ne serait pas obligé de parler et comprendre le schwytzerdütsch ?

Ce ne sera pas une solution miracle, mais cela peut en être une. En fait, le seul moyen d'assurer le pluralisme qui conviendrait serait une politique d'incitation fiscale, permettant à des mécènes fortunés d'investir dans les films de leur choix (c'est essentiel) des sommes déduites de leurs impôts.

Les autres pays qui ont mis en place ce type d'incitation s'en félicitent. Mais l'aspect fédéral de la fiscalité complique les choses en Suisse, dit-on. C'est bien dommage, mais j'ai un peu de mal à comprendre comment Genève peut décider seule d'attirer des hedge funds et pas d'accorder un dégrèvement pour des investissements dans la culture, comme elle le fait déjà pour des bonnes oeuvres par exemple. Hein, cher David, une réponse sur ce point ?

Commentaires

"« Le Cauchemar de Darwin », film unilatéral s'il en est. Unilatéral et en plus mensonger, comme cela a été amplement décrit par ailleurs. http://www.afrik.com/article11427.html Cela s'est terminé par un procès. Dans lequel le réalisateur, s'il n'a pas été prouvé qu'il avait payé des figurants pour certaines scènes controversées et présentées comme réelles, a mordu la poussière sur tout le reste."

Que voilà une présentation unilatérale du film de Sauper et de ses suites! Encore une fois, c'est le : faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais.

Le procès, contrairement à ce que vous laissez entendre, n'était pas le procès de Sauper, mais bien de Garçon. Sauper n'a pas mordu la poussière, mais Garçon a été condamné et lui seul pour diffamation. Ce que vous omettez de préciser dans votre présentation unilatérale du procès.

http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20090311T143223Z/-Afrique-cinema-proces-diffamation--Cauchemar-de-Darwin---la-condamnation-d-un-historien-confirmee-en-appel.html

http://www.20minutes.fr/article/207162/Culture-Le-cauchemar-de-Sauper.php

http://afp.google.com/article/ALeqM5jmM1CBXQH6Z7oKJa97lO2R5LHmJA


Sur le fond du film, à qui voulez-vous faire croire que des avions de transportent pas illégalement des armes pour de nombreux pays africains? Vous devez connaître un certain Victor Bout, non?

Écrit par : Johann | 17/04/2010

Pour le reste je vous soutiendrais plutôt...


"mais aussi de voir si dans la culture et les traditions africaines, certains traits n'enrayent pas le développement économique qui par exemple fait le bonheur de l'Asie."

Et que faites vous du climat, des cultures (agricoles), des maladies tropicales, etc.?

Écrit par : Johann | 17/04/2010

Johann, j'ai résumé ma vision des choses, et j'ai mis le lien sur l'article de wikipedia, qui explique très bien et très clairement l'affaire en détail pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus. Comme je l'ai été moi-même, Garçon et d'autres bons connaisseurs de l'Afrique ont été choqués par les mensonges du film de Sauper. Je l'ai écrit et ils l'ont écrit, dans Libé, le Monde et ailleurs. Garçon en a fait un livre et Sauper lui a fait un procès. Pour un point de son livre, Garçon a été condamné pour diffamation. Il affirmait en effet, sur la foi du témoignage du guide tanzanien de Sauper, que celui-ci avait fait jouer et rejouer, à des enfants, des scènes présentées comme prises en direct dans le film. Et qu'il les avait payés pour.
La cour de justice parisienne, qui ne s'était pas déplacée en Tanzanie pour enquêter sur la véracité des faits, a estimé que le témoignage du guide était insuffisant à contrebalancer celui de Sauper. Dont acte. Mais pour le reste, tout le reste, à mes yeux le plus important, Sauper a été débouté.
Le plus important, Johann, parce que personne ne nie qu'il y a du trafic d'armes en Afrique et que parfois elles arrivent en avion (plus souvent en bateau, d'ailleurs, c'est beaucoup moins cher et les Africains sont fauchés...) Mais présenter le trafic d'armes comme une conséquence de la mondialisation et de la mise à disposition d'un outil de développement, en l'occurrence la pisciculture, c'est juste crapuleux.
Or c'est cela qui constitue le corps du film de Sauper et qui a fait son succès auprès des altermondialistes. Cela et de dire que les perches du Nil avaient décimé toutes les autres espèces et ruiné le Lac Victoria: faux et démenti par les écologistes locaux; ruiné les pêcheurs: faux et démenti par les pêcheurs et les économistes; où encore que les Africains affamés par l'industrialisation, en étaient réduits à manger les restes de poisson, séchés et bourrés d'asticot.
La c'est vraiment le pompon, parce que cela dénote toute la morgue, la bêtise et la méconnaissance de l'Afrique d'un intello occidental qui se pointe avec des schémas plein la tête et sans prêter la moindre attention aux réalités locales. Les Africains mangent tout dans le poisson. La tête, les yeux, et même l'arrête centrale. Mon épouse africaine vivait à Genève dans tout le confort moderne et elle adorait ça. Au village aussi bien sûr. Et le poisson, en Afrique, est généralement bourré d'asticots, parce qu'il sèche en plein air, sur des feux à claire voie, ou même parfois au soleil, et qu'il y a des mouches. Mais c'est le processus de conservation traditionnel.
Il se trouve que j'ai fait un film sur les pêcheurs d'Abidjan et leurs femmes, qui sèchent le poisson... En dehors du fait que les asticots sont bourrés de protéines animales, dont on manque en Afrique, parce qu'il n'y a souvent que des féculents, jour après jour et que le gibier se fait rare (d'autant qu'il est dorénavant interdit de le chasser pour préserver la faune) la méthode habituelle consiste à plonger le poisson dans l'eau, ce qui cause la fuite éperdue des asticots, avant de le consommer.
En plus, autre mensonge, les déchets industriels présentés par Sauper comme consommés par les villageois affamés, sont en fait destinés à l'alimentation animale. D'animaux qui ensuite fournissent des protéines aux locaux. Comme chez nous.
Prétendre, selon le credo altermondialiste, que la mondialisation est une mauvaise chose pour toutes les raisons abordées dans le film est juste une forfaiture. Les africains n'ont rien, même pas à manger suffisamment, mais cela n'est pas à cause de la mondialisation, au contraire. Ils n'avaient rien avant, comme en témoigne les taux de mortalité, et la mondialisation des échanges est juste une des seules chances qu'ils aient de s'en sortir. Sauf qu'elle a pris du retard, du fait de la non-signature des accords de Doha, à cause des pressions alter-mondialistes dans les pays riches. Des manifs de paysans et d'altermondialistes qui ont privé les pays pauvres d'accès facilité aux marchés du nord. Combien de personnes sont mortes de malnutrition, ou sur des radeaux de fortune, du fait du retard pris dans la signature des accords de Doha ? Quelques milliers ? Des centaines de milliers ? Ce en partie à cause du succès remporté par un film mensonger comme celui de Sauper...
Pour le reste, vous avez raison, le climat et les maladies tropicales (pour les hommes les bêtes et les cultures) font partie du problème. Ils sont évoqués en toutes lettres et en images dans mon scénario. En fait je les assimile aux causes exogènes, historiques, coloniales et autres, connues donc résumées dans mon projet de film, en me concentrant sur les causes endogènes, beaucoup plus rarement abordées dans la littérature, même scientifique, et à ma connaissance, jamais à l'écran.
Parce que ce qui m'interpelle, et qui interpelle les plus lucides de mes amis africains, c'est que toutes ces causes exogènes ont également existé, à des degrés divers, dans des pays d'Asie tropicale par exemple, sans pour autant produire les mêmes effets...

Écrit par : Philippe Souaille | 17/04/2010

Sur l'Afrique et la mondialisation. Voir mon sujet concernant le G13 africain selon l'économiste du développement François Bourguignon.

D.J

Écrit par : D.J | 17/04/2010

Je ne me rappelle plus si j'ai mis le lien en question.

http://leblogdjetliberte.blog.tdg.ch/archive/2010/01/04/l-afrique-mondialisee.html

D.J

Écrit par : D.J | 17/04/2010

Petit rigolo va, je ne me vanterais pas de bosser pour la télé suisse tellement c'est rien!

L'importun c'est la rose!

vous êtes un homme de pacotille!

Écrit par : dominiquedegoumois | 18/04/2010

Degoumois, continuez, surtout, restez tel que vous êtes, vous donnez vraiment la meilleure image possible du MCG et de ses sbires, au moment où ce parti cherche à tout prix à asseoir sa crédibilité :-)

Écrit par : Philippe Souaille | 18/04/2010

J'oubliais le plus gros mensonge de Lauper: prétendre que les avions emportant le poisson amenait des armes (NR: même s'il y a du trafic d'armes en Afrique par ailleurs). Lauper ne le montre d'ailleurs pas dans le film, et pour cause, mais le laisse entendre et l'insinue à travers un montage habile. C'est faux, cela a été reconnu. Mais Lauper s'en est défendu en mettant en avant sa licence artistique qui donc l'exonère apparemment de toute obligation de réalité. Ce même si son film joue sur son caractère documentaire, donc réel (le festival de Jean Perret s'appelle d'ailleurs « Vision du Réel »), et impressionne pour cela les spectateurs, il prétend bénéficier malgré tout de la liberté de la fiction. Cette thèse a été acceptée par les juges parisiens, tandis que Garçon en tant que professeur, n'avait pas droit aux mêmes approximations. Cela figure clairement dans les attendus du procès.
Ce double lange est proprement scandaleux et me rappelle une autre anecdote personnelle. J'ai été particulièrement choqué par le film des Yes Men sur l'OMC, qui présentait comme vrais des mensonges éhontés et scandaleux, dans lesquels l'OMC était accusée de préparer la fabrication de hamburgers à base d'excréments recyclés ou des habits pour patrons et contre-maîtres, avec écran intégré pour pouvoir surveiller en permanence les agissements de leurs employés. C'est grotesque et n'a strictement rien à voir avec la fonction de l'OMC, mais c'est de la licence artistique. Habilement, le film ne s'en servait pas pour affirmer que l'OMC faisait vraiment ce genre de choses, mais pour dire qu'elle pourrait le faire, si elle voulait, tant son pouvoir était grand. Ce qui est également faux, mais passons. Faut-il préciser que l'OMC n'avait bien sûr pas la parole dans ce grotesque pamphlet à charge, qui fit un joli succès en salles, salué par la critique, sans que personne, pas un journaliste ne s'insurge ?
Il se trouve que dans le film que j'ai fait l'an dernier sur la Gouvernance mondiale, je donne longuement la parole aux responsables de l'OMC, tout en interviewant deux responsables locales de la mouvance altermondialiste, Magali Orsini et Salika Wenger. Mon intention était de prouver que la critique est facile, mais que les militants d'Attac et de l'extrême gauche n'ont aucun début de réponse ou de solution aux problèmes du monde, que les responsables des organisations internationales tentent de résoudre. La démonstration était réussie, tellement qu'elle m'a été reprochée. J'étais méchant avec le faible, et gentil avec le fort... Sauf que si c'est le fort qui a raison, et le faible qui se fourvoie, je ne comprend pas pourquoi je ne devrais pas le dire ?
Il ne s'agit pas ici de morale ou de conte de fées, mais de l'avenir du monde et des conditions de vie de milliards de gens. Dire que la mondialisation est la cause de la guerre, comme le fait Lauper est une crapulerie, un mensonge éhonté, qui repose sur des élucubrations personnelles et le flou artistique savamment entretenu. La mondialisation, la globalisation, c'est aller peu à peu vers la disparition des frontières et la mise en place d'un système de coordination mondiale des efforts et des lois. Un système de gouvernance qui soit au-dessus des nations et plus puissant que les multinationales. La guerre, les armes, c'est juste le contraire. C'est la conséquence des rivalités entre nations, entre entreprises, entre groupes humains.
S'il y a des guerres en Afrique, et donc du trafic d'armes, ce n'est pas à cause de la mondialisation, mais à cause de la rivalité des nations, qui à l'heure actuelle survit à la mondialisation parce que celle-ci n'est pas achevée. Il faudra tôt ou tard en venir au Gouvernement mondial démocratique qui seul sera de taille à encadrer/surveiller/réprimer les multinationales. Les Lauper, Attac, Jean Perret et les autres, qui tirent tous en sens contraire, mènent un combat d'arrière-garde dans un monde auquel ils n'ont rien compris. C'est leur droit. Mais qu'en revanche, ils monopolisent les rouages du subventionnement public pour interdire le droit à la parole de ceux dont l'avis diverge, c'est juste inadmissible.

Écrit par : Philippe Souaille | 18/04/2010

Il faut saluer non seulement le courage de Philippe Souaille mais aussi la clarté de son propos. Qu'on me permette d'exprimer à cette occasion une impression qui n'a fait que se renforcer en moi depuis des années à propos des milieux artistiques en général.
Ses membres, qu'ils soient de haut niveau ou des cancres, se sentent investis, au nom de leur appartenance au monde culturel, d'un droit à la subvention publique. Nombre d'entre eux, particulièrement les "défenseur de la culture alternative", ne cessent d'exprimer leur haine de la société bourgeoise dans laquelle ils vivent mais trouvent normal de réclamer de celle-ci les moyens de leur subsistance et de la poursuite de leur travail. C'est bien la moindre des choses, selon eux, que cette société bourgeoise leur alloue par ailleurs dans les période de vaches maigres les indemnités de chômage auxquelles ne peuvent pourtant prétendre les artisans et ceux qui exerce une profession indépendante.
Alors évidemment, s'agissant du cinéma, lorsque Nicolas Bideau remet en cause cette mentalité de défense du droit automatique à la subvention culturelle, il déplaît. Souligons donc également son courage et son honnêteté.

Écrit par : Pierre Kunz | 18/04/2010

Je ne suis pas cinéphile et ne connais pas les arcanes du monde du 7ème Art, pas davantage en Suisse qu'ailleurs. J'ai toutefois lu votre billet avec intérêt ...

Le cinéma, comme toute autre forme d'art, répond à des critères forcément subjectifs. Comment dès lors définir des critères de qualités et surtout juger ? On juge forcément par rapport à ses propres goûts et à sa propre sensibilité. Si vous ajoutez à cela les conflits d'intérêts et la consanguinité dont vous parlez, il ne faut pas s'étonner de se retrouver dans le règne de l'arbitraire.

L'histoire est pavée d'injustices telles que celles que vous dénoncez. Combien de peintres, de musiciens ou d'écrivains sont morts dans la misère, leur génie ayant été reconnu "post mortem" ...

Finalement tout repose sur la nature humaine, si trouble et tortueuse ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 18/04/2010

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