17/04/2010

Pourquoi je ne signe pas la pétition contre Nicolas Bideau

 

Depuis quelques jours et à l'occasion du Festival de Nyon du film documentaire, les cinéastes suisses sont en effervescence. Une pétition circule, signée par le gratin de la profession, ou peu s'en faut, contre les nouvelles mesures envisagées par Nicolas Bideau.

Celui-ci envisage de remplacer l'actuel système d'attribution de l'aide au cinéma suisse, mais son projet ne plait pas. Le problème est récurrent depuis qu'existe les subventions étatiques à la culture et au cinéma en particulier. Les bénéficiaires de l'aide sont désignés, chaque année, par une commission d'experts, choisis au sein de la profession et parmi les professionnels de la critique. La taille du cinéma suisse étant limitée, c'est forcément consanguin. Depuis toujours y domine le copinage, le renvoi d'ascenseurs, la nouvelle vague, le cinéma d'auteur et l'idéologie. Tout ce que je déteste. Et de fait, en 20 ans, j'ai produit ou coproduit plus de 50 films, essentiellement des documentaires destinés à la télévision, mais aussi une fiction, représentant un budget global de plus de 5 millions et la part d'aide qui m'a été attribuée par les commissions suisses dans ce bilan est édifiante : 0. Oui 0 francs alors que je suis dans le peloton de tête des producteurs les plus prolifiques de Suisse.

J'ai obtenu par exemple l'avance sur recettes (après réalisation) en France pour un film à production majoritaire suisse, mais pas un sou de l'Office fédéral de la Culture à Berne. Et si j'ai obtenu 25 000 francs de la Ville de Genève et 10 000 Francs du Canton sur mon dernier film, l'année passée, c'est en court-circuitant les-dites commissions. J'ai bénéficié à plusieurs reprises du soutien d'administrations publiques, sur des projets que j'avais initiés (jamais des commandes) et qu'elles jugeaient utiles, à Berne et à Genève, mais jamais des institutions chargées de subventionner la culture.

Pourquoi ?

L'exemple de cette année est édifiant. Pour le 50ème anniversaire des Indépendances africaines, je prépare un doc dressant le bilan d'un demi-siècle de néo-colonialisme et d'aide au développement. Il se trouve que je suis un bon connaisseur de l'Afrique, ce que les Africains sont les premiers à reconnaître, parce qu'ils connaissent mon travail. Un quart des films que j'ai produit est en effet lié à ce continent.

Il ne s'agit pas seulement de faire l'inventaire des torts de l'Occident à l'égard du Continent noir (il y en a, de nombreux et affreusement injustes) mais aussi de voir si dans la culture et les traditions africaines, certains traits n'enrayent pas le développement économique qui par exemple fait le bonheur de l'Asie. Accessoirement, le film aurait été prêt pour le sommet de la francophonie à Montreux, ce qui intéressait le DFAE.

Un bon projet, donc, pour lequel la réponse, une fois encore a été non, partout où règnent ces commissions. A Berne, à Genève Ville et à Genève Canton. Un non explicité seulement par Berne, qui donne le la, travaillant en amont des autres. La commission bernoise comptait deux romands, en la personne de Frédéric Gonseth et Jean Perret, connus tous deux pour leurs opinions politiques de gauche, voire d'extrême-gauche.

Deux des raisons invoquées valent leur pesant de cacahuettes et invalident toutes les autres, tant leur mauvaise foi me parait évidente.

  1. « la production ne parait pas professionnelle ». Cela fait 20 ans que j'en ai fait ma profession et que j'en vis, certes chichement, et que je procure une partie notable de leurs revenus à la petite équipe de techniciens fidèles qui me suit de films en films. J'ai certainement produit plus de films que tous les membres de la commission réunie. Et je le rappelle, sans leurs subventions. Accessoirement, je crois être l'unique société romande de production à exister depuis 20 ans sans avoir jamais fait faillite, contrairement à nombre de mes confrères.

    Le hiatus, parce que hiatus il y a, est que j'emploie généralement des techniciens indépendants, dûment déclarés comme tels, qui paient donc leurs charges eux-mêmes et qui en sont très heureux, tout comme moi-même d'ailleurs, alors que les syndicats de techniciens représentés dans les commissions veulent que l'on emploie des techniciens salariés. Ce qui n'est pas forcément le schéma économique le mieux adapté dans tous les cas.

  2. « le contenu du film parait unilatéral ». Bien vu. De fait j'ai une thèse et je souhaite la démontrer. Jusqu'à preuve du contraire, c'est mon droit, la liberté d'expression faisant tout de même partie des libertés de l'artiste, ce me semble ? Là où la chose devient piquante, c'est que Jean Perret, ex-directeur du Festival de Nyon et nouveau directeur de l'école de cinéma de Genève, dans des interviews, notamment au Courrier, cite comme exemple de bon documentaire, « Le Cauchemar de Darwin », film unilatéral s'il en est. Unilatéral et en plus mensonger, comme cela a été amplement décrit par ailleurs.                                                                                 http://www.afrik.com/article11427.html Cela s'est terminé par un procès. Dans lequel le réalisateur, s'il n'a pas été prouvé qu'il avait payé des figurants pour certaines scènes controversées et présentées comme réelles, a mordu la poussière sur tout le reste.            http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cauchemar_de_Darwin Mais voilà, Le Cauchemar de Darwin brosse l'extrême-gauche altermondialiste dans le sens du poil, alors que j'ai un autre discours... Accessoirement repris par un nombre croissant d'Africains, mais c'est un autre débat.

 

A noter qu'en tant que journaliste, j'ai une assez bonne notion de ce qu'est l'objectivité et que je me suis longtemps fait une spécialité des dossiers tellement bien balancés que l'on finissait par me le reprocher: « Mais où est ton point de vue ? ». De fait, souvent je ne sais pas, je dresse un constat, dont il peut sortir ou non une piste menant à la solution. Comme dans le cas de l'Afrique, ou la solution semble en route. Mais ce qui est sûr, c'est que les documentaires qui marchent, à l'image de ceux de Mike Moore, des Yes Men et d'Al Gore ou encore du Cauchemar de Darwin sont des films présentant une vision unilatérale, voire mensongère du monde. Parce que le grand public, même à l'extrême-gauche préfère le scandaleux simpliste à l'expression fine de la réalité. Je n'aime pas les armes, mais contrairement à Moore, je n'aurais pas utilisé l'interview d'un malade atteint d'Alzheimer à l'appui de mes dires. En tout cas pas sans le préciser !

A ces deux raisons s'ajoutaient quelques autres relevant de jugements esthétiques ou du traitement à l'image du sujet. Des goûts et des couleurs... Je n'ai jamais prétendu être un réalisateur de génie. J'écris certainement mieux que je ne filme, mais la vingtaine de films que j'ai réalisés, grâce à leurs diffusion sur différentes chaînes de télévision dans le monde, ont très certainement été davantage vus que ceux des membres de la-dite commission. Et je me souviens qu'un film réalisé par l'un d'entre eux, il y a quelques années, m'avait été montré comme exemple de film à ne pas faire par les producteurs d'alors d'une célèbre émission !

J'entend déjà le choeur des vierges clamer « oui, mais il fait de la télé, nous faisons du cinéma... »

Personnellement, je trouve cette dichotomie absurde. Il y a certes des projets clairement télé et d'autres nettement cinéma, mais au milieu, pour le plus grand nombre, la question ne devrait pas avoir à être tranchée. Même s'il était refusé par la TSR, ce qui pour l'heure n'est pas le cas, un projet sur l'Afrique comme le mien aurait un avenir prometteur sur d'autres chaînes francophones, anglophones et même lusophones. Mais le cinéma suisse n'a pas d'ambition internationale. Pas besoin puisqu'il est principalement financé par des subventions. Accessoirement, le cinéma, où qu'il soit dans le monde, sauf peut-être en Inde, n'existe pas sans la télé, qui lui assure, dans 95% des cas, ses meilleures recettes et son plus grand nombre de spectateurs.

J'ajoute que j'ai écrit et produit un film de cinéma, Ashakara, diffusé 5 fois à la TSR, qui s'est vendu sur 5 continents en télévision et sur 3 en salles, où il a connu une carrière honorable, voire carrément spectaculaire en Afrique. Durant trois années, il a été le film suisse le plus vendu à l'étranger, et 18 ans après, il est encore acheté par des chaînes de télé nord-américaines. Nous n'avons jamais reçu un sou de Berne, et la lettre de refus après réalisation, à l'époque, était même injurieuse, dénigrant la réalisation et le casting, qu'un article de Variety (la bible hollywoodienne) décrivait au contraire comme rafraichissante et haut en couleurs ! Au festival du film francophone de Namur, les jurés voulaient nous décerner leur prix spécial, mais le représentant suisse, Freddy Buache (qui était derrière la lettre injurieuse reçue de Berne), y avait mis son veto... alors que nous étions le seul film suisse !

Quant au titre de l'Hebdo cette semaine,affirmant que le documentaire a le vent en poupe, il m'a doucement fait rigoler. L'avis dominant des distributeurs de films, c'est qu'il y a beaucoup trop de documentaires longs (90') destinés à une exploitation en salles, et que la grande majorité d'entre eux ne marchent pas. Ils ne marchent pas en salle, parce qu'il est compliqué de créer le buzz médiatique qui permettrait de les lancer et ils ne marchent pas en télé, parce que le format long convient mal. Certes Jean Perret n'est pas de cet avis, mais Jean Perret n'a jamais eu à vendre un film de sa vie. Ni à en réaliser d'ailleurs et sa nomination à la tête de l'école de cinéma genevoise est édifiante: on veut former des gens pour faire un cinéma de festivals, certainement à haute valeur ajoutée culturelle, mais déconnecté des réalités économiques et dépendant donc uniquement des subventions délivrées par les membres de la caste...

Car on est bel et bien en présence d'une caste, dont les attributs vestimentaires sont le velours côtelé bedonnant couleur automne, comme ils sont chez les banquiers le costard cravate et chez les architectes bâlois, le costume noir.

Quel est donc le projet de Bideau, concocté après études d'autres systèmes étrangers, en collaboration avec des représentants de la profession ? Remplacer la commission d'experts, qui monopolise l'entier de la subvention et ensuite laisse les producteurs se débrouiller avec l'argent, par plusieurs intendants qui décideraient, seuls, de l'attribution de leur enveloppe, tout en étant chargés de suivre les tournages... et de rendre des comptes. Ils ne seraient pas fonctionnaires à vie, mais nommés pour 3 ou 5 ans. Bref, puisque la Confédération est le vrai producteur du cinéma suisse, ils feraient un vrai job de producteur délégué, responsable de ses deniers (même si ce sont ceux du contribuable).

Personnellement je trouve l'idée plutôt bonne. Et comme je l'ai dit, dans mon cas, rien ne peut-être pire que le système actuel... Reste que j'ai beaucoup hésité à publier ce texte. Je sais fort bien que si Buache à l'époque m'a flingué, c'est parce que j'avais osé écrire ce que je pensais d'un certain cinéma d'auteur. En le faisant, je m'aliène la majeure partie de la profession, alors que j'aimerai bien moi aussi faire un jour un film avec des vrais budgets et l'aide généreuse de la collectivité. Parce qu'il n'y a aucune raison, que cette aide, payée par tous, soit réservée aux films de gauche ou d'extrême gauche, et qu'un cinéaste défendant des positions de centre-droite en soit exclu.

Les critères artistiques, ici, sont en grande partie bidons. Bideau rêve depuis sa nomination de produire des succès populaires, qui aient un sens pour la majorité du peuple suisse. C'est pour cela qu'il a été nommé, et la profession devrait se rendre compte que c'est le seul moyen, pour elle de justifier des subventions devant un parlement qui n'est pas majoritairement constitué de bobos en costumes de velours bedonnants. C'est vrai à Berne, comme à Genève.

Le problème est que les professionnels de la profession qui squattent les commissions culturelles n'ont qu'une lointaine idée de ce qui peut constituer un succès populaire, chose qu'ils ont généralement en horreur. Alors des intendants, nommés pour 3 ans, pourquoi pas ? Essayons pour voir. Peut-être même qu'il pourrait y avoir un intendant chargé spécialement de la Romandie, disposant de son propre budget, qui ne serait pas obligé de parler et comprendre le schwytzerdütsch ?

Ce ne sera pas une solution miracle, mais cela peut en être une. En fait, le seul moyen d'assurer le pluralisme qui conviendrait serait une politique d'incitation fiscale, permettant à des mécènes fortunés d'investir dans les films de leur choix (c'est essentiel) des sommes déduites de leurs impôts.

Les autres pays qui ont mis en place ce type d'incitation s'en félicitent. Mais l'aspect fédéral de la fiscalité complique les choses en Suisse, dit-on. C'est bien dommage, mais j'ai un peu de mal à comprendre comment Genève peut décider seule d'attirer des hedge funds et pas d'accorder un dégrèvement pour des investissements dans la culture, comme elle le fait déjà pour des bonnes oeuvres par exemple. Hein, cher David, une réponse sur ce point ?

15/04/2010

Où que vous soyez, bonne arrivée Dr Kara

Décédé il y a une semaine, James Campbell-Badiane était un sacré bonhomme... Pas toujours facile à vivre, tant pour les réalisateurs que pour les producteurs avec lesquels il travaillait, mais après tout, ce n'était pas pour lui faire jouer des rôles d'enfant sage qu'on le choisissait. James était un baroudeur, un vrai, doublé d'un artiste, tout aussi authentique. passablement rock'n roll, à la limite du pénible, parfois, mais laissant malgré tout de sacrés bons souvenirs.

Gambien d'origine, il s'était mystérieusement retrouvé sous l'uniforme français durant la guerre d'Indochine, qui lui avait valu de connaître Dien Bien Phu puis les camps du Vietminh. Rentré à Paris, il s'était taillé un joli succès dans les caves existentialistes de Saint-Germain des Prés où il jouait du jazz, dansait le rock, et draguait abondamment. Le cinéma lui avait fait les yeux doux, pour des petits rôles: il n'y avait guère de place pour les noirs sur les écrans d'alors. Mais tout de même des Liaisons Dangereuses à Barbarella (deux films dont il avait aussi composé une partie de la musique) en passant par Playtime, La Grande Bouffe ou Le Cri du Cormoran le soir au-dessus des Jonques, il affichait un joli palmarès.

Scan ASHK Dr Kara.JPG

Des ennuis liés à la consommation de substances illicites dont il abusait volontiers l'avaient incité à prendre le large. Direction le Togo, où le Président était lui aussi un ancien d'Indochine, un "frère d'armes". C'est là que j'avais croisé sa route et l'avait engagé pour le rôle principal du Dr Kara dans le film Ashakara.

Depuis, il avait repris le chemin des plateaux, jouant notamment avec Euzhan Palcy ou dans un téléfilm écrit par Erik Orsenna, La Dette, sur la question des anciens combattants d'Afrique.

Ses filles avaient été impliquées dans un scandale de livraison de jeunes femmes mannequins en Libye, pour l'anniversaire de la fondation de la Jammahirya, scandale qui avait porté ombrage aux relations diplomatiques entre Dakar et Tripoli.

Où que tu sois, James, comme on dit au Togo: "Bonne Arrivée".

 

 

 

 

14/04/2010

Décaillet crache le morceau et justifie la xénophobie... Avec des arguments bidon

 

Dans un éditorial de la Tribune de Genève, Saint-Pascal Décaillet intente un procès en démonologie à Micheline Calmy-Rey. Au-delà du ridicule de sa rhétorique tradicatholiste réchappée (ou rechapée ? ) du XIXème siècle, avec laquelle il tente de nous expliquer le monde, sa prose met les points sur les i : Pascal Décaillet roule pour le MCG.

Il reprend à son compte le slogan le plus galvaudé de ce parti: « les frontaliers volent le travail des Genevois ». Ou plus exactement des immigrés établis à Genève, et résidant depuis plus de dix ans, donc disposant d'un droit de vote, qui constituent le principal réservoir de voix du Mouvement des Citoyens Gendarmes.

Sauf que c'est faux. Et Alessandro Pelizzari le secrétaire général du syndicat UNIA, n'a pas manqué de le rappeler à la même réunion d'Annemasse :

« Les frontaliers ne volent pas le travail des résidents. En fait, ils sont plutôt utilisés comme volant de chômage, engagés en masse quand la conjoncture est haute, et premiers licenciés lorsque la crise est là» (NR: près de 10 000 à Genève ces derniers mois !). Mais pour Saint-Pascal, le secrétaire général du syndicat UNIA est sans doute un membre de la Genève d'en haut ? Il doit avoir sa carte du parti Libéral, pour sûr... Ce parti que Saint Pascal aimerait tant voir à sa botte, suivant ses ukases et ses desiderata de Machiavel de la Praille !  Comme ce n'est pas le cas, Saint Pascal préfère se consacrer à l'interprétation des messages nimbés de divine lumière du sieur Stauffer, qui traite les ressortissants et dirigeants d'un pays méditerranéen de « macaques » dans son émission...

Ce qui se passe, en réalité, c'est que Genève achève sa mue économique. L'ère industrielle est désormais morte et enterrée, seule la haute horlogerie maintenant tant bien que mal le flambeau. Plutôt mal avec la crise. L'ère de la finance pure et dure bât de l'aile, mais trouve opportunément un relais dans le négoce des matières premières. Cette mutation se traduit par un boni annuel impressionnant (autant qu'imprévu) de plusieurs centaines de millions sur les comptes du canton, depuis une législature pleine.

N'importe quel imbécile comprendrait que pareilles mutations entraînent des réajustements structurels et du personnel à recycler, autant qu'à à engager. Mais pas Pascal Décaillet, qui préfère lire l'économie à travers la lorgnette d'Eric Stauffer, homme d'affaires réputées foireuses, auto-déclaré indigent.

La seule chose de vraie, dans ce que dit Saint-Pascal, c'est qu'une partie de la population (qu'il appelle « le peuple profond », pourquoi cette partie là plutôt qu'une autre ?), certainement la plus prompte aux raccourcis faciles, croit au credo du MCG. Abondamment relayé dans toutes ses émissions par Saint-Pascal l'Omniprésent.

On ne peut laisser ces gens démunis face à la propagande honteuse et xénophobe de certains, qui se sont reconnus eux-mêmes dans le portrait d'une exploitation crapuleuse de l'égoïsme national. Il faut leur parler, leur montrer la réalité. Leur expliquer que sans les frontaliers, il n'y aurait pas plus de travail. Au contraire, bien des entreprises ne pouvant plus tourner, la prospérité du canton serait certainement moindre, et avec elle la capacité de Genève à financer son système social.

Par ailleurs, rappelons-le, la libre circulation a été votée par le peuple. Et plutôt deux fois qu'une. De plus, les vagues impresionnantes de la pire crise mondiale depuis 80 ans se sont brisées sans gros dégâts sur la prospérité genevoise... Précisément grâce aux frontaliers, au pilotage bien plus habile qu'il n'y parait des autorités... et aussi au facteur chance.

Pour en revenir aux errements maurassiens de Décaillet, je ne crois pas qu'il revienne à Micheline Calmy-Rey, Ministre des Affaires Etrangères, d'aller prêcher la bonne parole à l'intérieur des frontières. Chacun son job. Par contre, rencontrer, Pierre Lellouche, son collègue Secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes, dans une ville de France voisine, pour parler des frontaliers qui relèvent de son dicastère, cela fait indéniablement partie de son coeur de métier.

Merci de l'avoir fait, et d'avoir pris consciemment le gros risque politique de dire ce qui devait l'être. L'histoire est en train de se faire. L'organisation de notre région transfrontalière appelle de sérieuses adaptations. Cela n'est pas sans risque, notamment politiques, pour des élus, car si les bénéfices à long terme sont clairs, les changements engendrent forcément des mécontents à court terme. Pierre Lellouche prend tout autant de risques en proposant des zones franches, appliquant le droit suisse, ce qui met les syndicats français sur leurs pattes de derrière. Mais c'est en tâtonnant et en discutant qu'on progresse. A condition de ne pas se contenter de slogans simplificateurs et mensongers.

08/04/2010

Les Genevois en vacances

Qu'est-ce qu'on circule bien dans Genève cette semaine... Même aux heures de pointe, nulle file d'attente insuportable, des temps de trajets raisonnables, bref un véritable paradis pour automobilistes... Et pour tous ceux qui bon an mal an, pour diverses raisons, ne peuvent pas vraiment se passer d'un véhicule à 4 roues.

La raison en est simple : les vacances scolaires, qui sont aussi celles de nombre de parents. Seulement les entreprises fonctionnent quand même en règle générale, et très peu sont fermées contrairement à ce qui se passe l'été. C'est là qu'on voit que les préjugés anti-frontaliers, censés pourrir la circulation genevoise sont en bonne partie fantasmés. Parce que les frontaliers, eux ne sont pas en vacances, leurs enfants ne l'étant pas: ils le seront seulement la semaine prochaine. Un étalement des vacances qui soit dit-en passant rend de bien grands services aux entreprises genevoises.

Cette semaine, donc, parents genevois et vaudois en vacances, Genève respire et circule... La semaine prochaine, parents frontaliers en vacances, nous verrons ce qu'il en est: si l'on circule toujours aussi bien dans les rues de la ville... gageons que non... Encore que cela dépend des axes. Il est évident qu'habitant Versoix, mes parcours sont forcément plus sensibles aux vacances des vaudois qu'à celles des savoyards. Mais même au centre-ville, pour l'instant, le résultat est clair et net.