22/06/2010

MCG vs UDC : de quoi j'me mêle

On peut être en Afrique, comme moi en ce moment et suivre de loin les agitations du microcosme genevois. Où comme d'hab, Eric Stauffer tient le crachoir avec une mauvaise foi affligeante. Accuser Stéphane Valente de félonie est juste une basse manoeuvre politique. Tout ça pour tirer sur l'ambulance UDC, c'est pas joli joli... Pour avoir suivi le débat depuis le début, je peux en témoigner, jamais, à ma connaissance, durant toute la détention des otages, l'élu UDC de Vernier n'a mis en doute la forme et le caractère justifié de l'intervention de la police genevoise.
Tout au contraire, Valente a toujours affirmé, en professionnel de la sécurité, qu'au regard des antécédents du personnage, le meilleur moyen d'intervenir sans risque de dérapage, force devant rester à la loi, c'était en force et en nombre. Lui imputer les propos délirants de son collègue de parti Nidegger est juste faire de la politicaillerie de bas étage, et Stauffer le sait très bien. Mais il le fait quand même, parce que pour lui, la faim de pouvoir justifie l'usage de n'importe quel moyen, même le plus dégueulasse, pour se hisser sur un podium qui le dépasse...
Défendre la police à tout prix, c'est une posture qui peut payer (surtout auprès des policiers), mais lorsque celle-ci n'a pas été attaquée, c'est juste du n'importe quoi.

On peut espérer que les pandores genevois sauront démmêler le vrai du faux, dans cet affrontement grotesque entre vrais-faux ex-agents secrets de la sécurité et de l'honneur helvétique... stipendiés par les potentats orientaux. Après tout, le mercenariat n'est-il pas une tradition bien de chez nous ? Au passage, rappelons que le MCG ne s'est pas montré plus soucieux de moralité et d'honneur national  en vendant au plus offrant sa position sur les minarets... L'acheteur ayant bénéficié, à ce qu'il parait, de fonds d'origine tunisienne... Décidément, l'extrême droite n'est plus ce qu'elle était...

Défendre la police à tout prix, c'est aussi la spécialité de Minet, qui lui est dans son rôle de flic syndiqué... Sauf qu'il se fourvoie en critiquant la critique du Président du Grand Conseil. Même si Mettan a tort, car il y avait flagrant délit. Les deux magrébins continuaient d'être torturés (c'est l'un des mots que l'on peut employer pour qualifier ce qu'ils enduraient) et le personnel et la direction de l'hôtel demandaitent instamment aux pouvoirs publics d'intervenir pour faire cesser les cris qui provenaient régulièrement de la suite...
Mettan a tort, donc et ce n'est pas la première fois, sur le fond de sa critique, mais il est en revanche dans son rôle de parlementaire en la faisant. Comme le souligne Minet, la police est le bras armé de l'exécutif, mais dans une démocratie digne de ce nom, contrairement à la Libye, ni l'exécutif, ni son bras armé ne doivent rester sans contrôle et sans critique.  La police doit être protégée, soutenue, elle a des droits aussi, notamment face à des contestaires qui n'auraient pour seule vocation que de l'attaquer, mais elle n'est pas au-dessus des lois, il faut aussi protéger l'Etat, la démocratie et le citoyen contre ses excès potentiel de "bras armé..."
C'est au pouvoir législatif qu'incombe ce devoir de surveillance, de questionnement et de critique. Le cas échéant, sous huis clos, lorsque les murs et les caméras de télévision peuvent avoir des oreilles... Chacun dans son rôle et la démocratie sera bien protégée...
Maintenant, sur le fond, que faire face aux Kadhafi ? Maintenir l'Etat de droit me parait essentiel. C'est notre honneur. Face au banquier qui suggérait au début de l'affaire de bloquer les 9 milliards de dépôts libyens en Suisse, Berne avait répondu manquer d'outil juridique. C'était idiot, mais c'était vrai. Genève n'a eu tort ni d'intervenir, ni de le faire en force. Peut-être aurait-on pu se contenter "d'exfiltrer" les deux maghrébins de la suite infernale, et de convoquer les époux Kadhafi au poste. Mais c'est un peu facile d'en juger à posteriori.
On l'oublie trop souvent, du fait du laxisme de la justice, la case prison préventive (où violon du poste de police) est souvent la seule vraie sanction d'un certain nombre de délits. C'est là sans doute un des dangers qui minent notre démocratie, car par définition, ces emprisonnements avant jugement sont matière à bien des erreurs - non pas encore judiciaires, mais policières. Mais c'est aussi l'un des derniers remparts de l'Etat de droit, devant le laxisme d'une justice qui sans aller jusqu'aux excès de Singapour est certainement un peu trop clémente et laisse la société - et les citoyens - désarmée devant les malfrats en tous genres.

11/06/2010

Région: quand l'UDC joue au poisson d'avril en juin

La proposition de quelques élus UDC  (adjoindre à la Suisse quelques territoires voisins pris sur l’ennemi, en l’occurrence l’Union Européenne) n’est pas seulement délirante et inamicale. Elle est aussi caractéristique d’une manière de pensée passéiste et dépassée.
Certes, il n’est pas question d’annexion manu militari, mais simplement de référendum. Ce qui au passage, démontre assez le caractère purement provocateur et sans lendemain de l’opération, car qu’est-ce qui diantre pourrait pousser nos grands voisins à organiser des référendums pour nous offrir des morceaux de leur territoire ?.
Cela colle en revanche parfaitement aux délires paranoïaques de cette même UDC qui voit l’UE comme une entité hostile, un ennemi totalitaire et hégémonique, le 4ème Reich… Or l’Europe ne se construit ni par la force, ni par la contrainte et pas davantage par le démontage de pays constitués. Certes elle soutient les régions et finance l’amélioration des régions transfrontalières, mais cela se fait dans le respect le plus absolu de l’autre, à l’intérieur de l’Union.
Il n’y a pas construction d’un empire ou visées hégémoniques, mais partenariat entre parties volontaires. Ce qui fait d’ailleurs que la Suisse serait beaucoup plus apte à défendre ses spécificités si elle était membre du club qu’en restant dehors… En revanche, la position de l’UDC dans ce qu’elle révèle de visées dominatrices, est très exactement le genre d’attitude qui pourrait faire échouer tout rapprochement avec notre arrière-pays naturel, ce qui reste vital pour Genève.
Ce rapprochement se fera, tout ou presque l’indique et je parle ici de la région franco-valdo-genevosie, mais il se fera dans le respect de l’autre. Les élus de l’ARC, qui représentent la France voisine, savent pertinemment que le centre de la Région est à Genève, mais ce centre ne doit pas s’attendre à prendre seul les décisions. Il s’agit d’un partenariat enregistré, qui restera soumis aux lois des deux pays,  Au moins tant qu’il existera des pays…

01/06/2010

Colombie: no mas guerilla !

Le premier tour des élections colombiennes a délivré un message clair.

On le savait, les Colombiens ne veulent plus entendre parler de la guerilla. Les 3 candidats sortis en tête des urnes avaient tous en commun de vouloir poursuivre la politique de fermeté à son égard, tout en s'engageant résolument pour le développement économique du pays, prêts à lutter contre le chomâge et la pauvreté par l'investissement. Avec des variantes, bien sûr, mais à eux trois, ils flirtent avec les 80 %. Les conservateurs et la gauche légaliste se partageant le reste !

Santos, l'ancien ministre de la défense d'Uribe et son dauphin désigné, a recueilli dès ce premier tour 47 % des voix, appuyé notamment par les campagnes, là où l'emprise des guerillas était la plus forte et où leur éviction a été le plus salvatrice. Mockus, l'écologiste atypique, ancien maire de Bogota, où il a jeté les bases d'un développement durable et intelligent dans une agglomération de 8 millions d'habitants, a fait le plein de ses voix dans l'intelligentsia des zones urbaines, pour atteindre 21%. Vargas, le candidat du Cambio radical (proche de nos radicaux) fait 10% et devrait s'allier avec Santos, pour lui assurer la victoire, d'autant qu'ils seront rejoints par les conservateurs.

Mockus, de son côté, devrait logiquement se rallier les voix de la gauche légaliste, créditée de 9% des voix, mais ce n'est même pas certain. Le mot d'ordre principal de Mockus, "mettre fin à la corruption" n'était pas pour déplaire à toute une partie des cadres uribistes, alliés de circonstance à la droite la plus affairiste, face à la violence aveugle de la guérilla, mais viscéralement désireux de rénover la Colombie en profondeur. Deux des principaux conseillers de Mockus avaient d'ailleurs été présentés par l'entourage d'Uribe comme des successeurs possibles. On se prend à rêver d'une alliance entre les 3 premiers, qui rejeterait dans les cordes les conservateurs de gauche et de droite.

Hormis l'attention portée à l'écologie et aux questions religieuses (Mockus est athée, alors que Santos est... très catholique) la principale différence politique entre eux réside dans l'attitude face à Chavez. Si Mockus a plusieurs fois affirmé qu'il serait très ferme face aux FARC, il avait aussi dit qu'il tenterait de réduire les tensions face au colonel vénézuelien, client économique essentiel pour la Colombie. Cela aurait pu être un atout, personne n'ayant envie d'une guerre. Mais en en faisant ouvertement son candidat, à défaut des candidats de gauche, reconnus non représentatifs de l'opinion colombienne, Chavez a certainement joué un très mauvais tour à l'écologiste. Car si personne n'a envie d'une guerre qui pourrait ensanglanter l'Amérique latine, les Colombiens ont encore moins envie d'une soumission au lider maximo du Venecuba...