18/07/2010

L'Islam, la guerre et Saint Thomas d'Aquin

Samy Aldeeb est un libanais chrétien, fin connaisseur de l'Islam, dont je ne partage pas tous les points de vue - notament sur les minarets - mais qui informe et polémique avec opiniatreté sur les dérives des religions. Il tient un blog très bien documenté sur ce site. Alain Jeanmairet est un Don Quichotte qui s'est découvert une dulcinée, la culture judéo-chrétienne occidentale et des moulins à combattre, l'Islam. Ils ont eu récemment des échanges intéressants, avec des musulmans, sur le site d'Aldeeb, en partant du Maroc: lire ici.

Mais à partir de remarques assez souvent pertinentes, Jeanmairet dérive et appelle à déclarer la guerre à l'Islam, jugé néfaste par nature, tandis que le christianisme serait bon. Voici ma réponse à Jeanmairet, relue et corrigée:

Votre méconnaissance de l'Histoire en général, et de l'histoire de la chrétienté en particulier me parait abyssale... En devenant religion d'Etat, par décision de l'Empereur de Rome, le christianisme s'est immédiatement mué en machine à tuer, à opprimer, à réduire en esclavage, etc.... La manière dont il a éliminé toutes les autres croyances (hormis les juifs, dont il a cependant réduit le nombre de manière drastique) a été particulièrement violente et sans nuance.
L'Eglise a toléré et s'est enrichi de l'esclavage durant plus de 15 siècles. Elle a couvert et encouragé de nombreux génocides (amérindiens) et apartheid (Afrique du Sud), y compris dans sa variante protestante. Et aujourd'hui encore, la manière dont le Vatican a longtemps couvert les dérapages pédophiles de ses pasteurs est caractéristique.
Si le message initial n'est pas le même, c'est peut-être juste parce que Jésus est mort avant d'avoir le temps d'asseoir un pouvoir quelconque. Contrairement à Mohamed. Dans un premier temps, lui aussi a prêché l'amour, puis voyant que les Mecquois voulaient lui faire la peau, s'est forgé une image de guerrier implacable.  Mais là, je reconnais que j'extrapole. Il s'agit peut-être juste comme vous l'évoquez, de la nature même - de l'essence - des religions et plus généralement des croyances, l'athéisme, dans sa variante appliquée d'Etat marxiste n'ayant pas fait mieux question persécutions.
La seule vraie différence entre l'Islam et le christianisme tient en un homme, Saint-Augustin (erreur: il s'agit de Saint Thomas d'Aquin), qui frisa d'ailleurs l'excommunication en son temps. Il a réussit à intégrer l'idée d'adaptation et d'évolution dans la pensée chrétienne. Ce qui fait aujourd'hui défaut à l'Islam.
C'est uniquement cela qui a permis le développement de l'auto-critique, qui est à la fois une force et une faiblesse. Force parce qu'elle permet de s'approcher de la vérité (avec une minuscule, donc forcément plurielle et insaisissable) et donc de la justice, faiblesse parce qu'elle fournit des armes à l'adversaire qui ne la pratique pas.
Le cas de l'esclavage est typique. L'église y a trempé jusqu'au cou durant des siècles, bien avant et bien après l'inquisition. Mais la culture laïque occidentale née chrétienne (n'oublions pas que ce sont les francs-maçons et les quakers qui sont à l'origine de l'abolition) a permis l'interdiction de l'odieux commerce et sa critique ultérieure. L'Islam n'a admis l'interdiction que du bout des lèvres, à contrecoeur et jeté un voile pudique sur son comportement durant plus de mille ans. Sans aucune auto-critique qui risquerait de remettre en cause le dogme de l'infaillibilité de Mohamed, qui en condamnant les excès de l'esclavage (et encore), en légitimait la normalité.
Cette absence d'autocritique permet aujourd'hui de faire passer les occidentaux pour les seuls méchants alors que les musulmans ont fait pareil, bien avant et durant bien plus longtemps en Afrique.
En appelant au jihad contre l'Islam, Jeanmairet renvoie la balle, mais sans faire progresser le moins du monde le débat. Par ailleurs il néglige un fait historique essentiel dans sa peur de la progression islamique: l'Islam s'est propagé comme une traînée de poudre dans des contrées où l'arianisme (dont il s'inspire très largement) était majoritaire ou fortement minoritaire, mais opprimé par les églises d'Etat romaines et orthodoxes. Et s'est arrêté ensuite, à l'exception notable d'Istanbul, car même s'il a conquis d'autres territoires, dans les Balkans, l'Islam n'est pas parvenu à les convertir.
On ne fait pas aisément changer de croyance à tout un peuple. Il faut du temps et si possible que la nouvelle croyance soit un progrès. L'Islam a ses débuts était un progrès par rapport au christianisme, qui était lui-même un progrès par rapport aux cultes antérieurs. L'Islam était un progrès parce qu'au-delà du fatras de règles imaginées par Mohamed pour millimétrer la vie des ses concitoyens analphabètes, il y avait une grande idée: l'abstraction de l'idée de dieu.
La pensée de Thomas d'Aquin fut de même un progrès par rapport à l'Islam, car elle rendait l'idée de dieu encore plus abstraite puisque son message n'était plus immuable, donc l'éloignait de nous. Et c'est tant mieux. Plus l'humanité sera loin de son dieu, mieux elle se portera. A condition de conserver la morale.
Aujourd'hui, l'Islam doit se réformer, c'est évident. Mais il le fera de l'intérieur, avec notre soutien, en travaillant à admettre la relativité de la parole dite révélée. Ce qu'il faut à l'humanité, bien plus qu'une nouvelle guerre de religions qui serait mondiale et follement destructrice, c'est un Thomas d'Aquin musulman.

Commentaires

Bonjour Philippe Souaille !

Billet intéressant et bienvenu, ce qui nous change un peu de l'ordinaire en cette période de vacances ...

Concernant l'adaptation, l'évolution et l'autocritique dans la pensée chrétienne, permettez-moi d'ajouter notamment : l'invention de l'imprimerie par Gutenberg vers 1450 qui permit d'imprimer la Bible, puis la Réforme protestante au début du XVIème siècle et enfin le "siècle des Lumières" (1688-1789).

L'invention de l'imprimerie permit non seulement d'imprimer la Bible qui servit de support à l'apprentissage de la lecture et fit régresser l'analphabétisme. Les textes saints purent ainsi être interprétés et critiqués. L'Eglise fut mise devant certaines de ses contradictions par Martin Luther notamment, qui fit de la Bible la seule référence spirituelle et aboutit à la Réforme ...

Le siècle des Lumières ensuite qui fut un "thing tank" et contribua à la séparation de l'Église et de l'État, puis à la laïcisation de la société ...

Bon dimanche à tous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 18/07/2010

Bonjour, je vous suggère de corriger votre billet :


1) M. Aldeeb est un Palestinien chrétien, et non un Libanais.

2) Son correspondant est Alain Jean-Mairet et non Jeanmairet.

3) "lire ici", mais vous avez omis le lien.

4) "La pensée de Saint-Augustin fut de même un progrès par rapport à l'Islam" :

Sauf qu'Augustin, né en Algérie à l'époque de l'occupation romaine, vécut 2 siècles avant l'apparition de l'Islam.

5) "Islam" signifiant "soumission" (en principe à D.ieu, mais en pratique au prophète, au Coran, aux hadiths, aux dogmes, aux clans, aux traditions, aux habitudes, etc..), IL NE PEUT PAS Y AVOIR de réforme avant le Jugement Dernier !

Écrit par : gugus | 18/07/2010

Merci M. d'Hotaux, et surtout merci Gugus. Vous avez mis le doigt sur une confusion grossière de ma part: J'ai cité Saint Augustin mais je voulais parler de Saint Thomas d'Aquin. L'âge augmente la sagesse, mais brouille les mémoires...
Oui, M. Aldeeb est d'origine palestinienne, non libanaise... Idem pour l'orthographe de Jean-Mairet. J'aurais du vérifier. Pour le lien informatique, il y est, si vous cliquez sur "ici".
C'est d'ailleurs pourquoi je ne remets pas les commentaires d'Hypolite et Jean-Mairet , qui figurent déjà dans l'autre blog. Quant aux injures de Corto, je considère comme un honneur d'être insulté par lui, mais sa vulgarité est clairement hors des limites tolérées dans ce blog.
Pour la réforme de l'Islam, pas du tout d'accord. Il y en a déjà eu plusieurs, à différentes époques. Et d'éminents islamologues travaillent aujourd'hui à de futures réformes. Le coran est d'ailleurs tellement vaste et souvent tellement contradictoire que l'on peut même y trouver aisément des arguments allant dans le sens souhaité... Un professeur de l'université de Lyon, dont j'oublie le nom, a ainsi publié des textes islamiques, tout à fait contradictoires avec l'image violente véhiculée par les fondamentalistes.
Mohammed lui-même a de nombreuses fois changé d'avis et justifié ce fait. Par ailleurs, même s'il était censé être "Le" prophète, dernier du nom, il n'était qu'un homme parmi d'autres, de son propre aveu. Et son argument premier était que le jugement dernier était proche... très proche. Cela fera 1400 ans...
Tout le monde peut se tromper. Peut-être même le messager de dieu ?

Écrit par : Philippe Souaille | 18/07/2010

Pardonnez-moi, mais l'âge n'augmente pas la sagesse, hélas !

Sinon, nous vivrions depuis longtemps dans la Cité de Dieu décrite par Augustin.

On en est loin !

http://www.cairn.info/revue-etudes-2001-10-page-353.htm

Vous avez le mérite de ne pas dissimuler votre faiblesse, au risque de vous discréditer aussi bien auprès des ignorants qu'auprès des savants.
Moi, j'aurais réécrit mon billet et escamoté le commentaire d'un gugus, tout en le remerciant (plus discrètement que vous le faites).

La traduction du Coran par M. ALDEEB explique par la chronologie les contradictions apparentes des versets coraniques que vous évoquez.

Je maintiens que - par son essence - il n'y a pas de réforme possible pour l'Islam.
En revanche, son histoire est marquée par de très nombreux schismes :

- Il y a 40 ans, qui connaissait l'existence du chiisme dans l'Iran du Shah (et moins encore dans l'Irak de Saddam) ?

- Et aujourd'hui même, combien de Musulmans de votre connaissance sont capables d'expliquer la portée de ce schisme (à l'exception peut-être d'une allusion à une répartition géographique ou d'une vague référence à un certain Ali) ?

- Voyez l'ébauche présentée par M. ALDEEB des différents courants de pensée dans l'Islam (8ème billet) :

http://blogdesamialdeeb.blog.tdg.ch/archive/2010/07/09/conflit-entre-l-islam-et-l-occident-billet-8.html

Et encore, il oublie de nombreuses branches et non des moindres, par exemple le soufisme qui est une dissidence de portée philosophique.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Soufisme

On se trompe forcément en parlant - en bien ou en mal - d'un Islam unitaire.

Mais un Catholique sait-il mieux ce qui le sépare d'un Orthodoxe ou d'un Protestant ? Et quelle différence entre un Mormon et un Témoin de Jéhovah ?

Écrit par : gugus | 19/07/2010

"Et encore, il oublie de nombreuses branches et non des moindres, par exemple le soufisme qui est une dissidence de portée philosophique."

Le billet (8) auquel vous faites référence porte sur les écoles juridiques de l’Islam. Or le soufisme n’en est pas une et ne se définit pas non plus comme une dissidence des autres écoles (certains des plus grand soufis, Ghazali notamment, étaient même des juristes classiques). C’est une distinction qui me paraît importante, car les musulmans qui se disent soufis en Occident sous-entendent souvent ainsi qu’ils sont forcément modérés et pratiquent un islam "spirituel". Or c’est là une escroquerie intellectuelle: les soufis prônent la même charia et le même jihad militaire que les non-soufis. Leur soufisme, ici, n'est qu'une peau de mouton.

Écrit par : Alain Jean-Mairet | 19/07/2010

Pour un islam de progrès contre l'obscurantisme; soutenons " les enfants de Riffa ".

http://leblogdjetliberte.blog.tdg.ch/archive/2009/12/26/riffa-et-les-musulmans-moderne.html

D.J

Écrit par : D.J | 19/07/2010

"Aujourd'hui, l'Islam doit se réformer, c'est évident. Mais il le fera de l'intérieur, avec notre soutien, en travaillant à admettre la relativité de la parole dite révélée."

Assieds-toi au bord de l'oued et tu verras passer le cadavre de la parole prétendûment révélée...

Vous-même, vous commencez quand avec ce soutien ? Vous devriez essayer avec Ouardiri pour qu'il retire son recours et démontre ainsi que sa religion est bien celle de la conciliation et de la paix. Ce serait un bon début...

Écrit par : Emil M. Cioran | 20/07/2010

Cher Monsieur, c'est avec plaisir que je lis votre blog de temps en temps.

Dans la remarque relative à l'Islam j'y trouve la phrase suivante:

"l'athéisme, dans sa variante appliquée d'Etat marxiste n'ayant pas fait mieux question persécutions".

Curieux sophisme que celui-ci, sophisme qui irrite au plus haut point à force de l’entendre, puisqu'il a été réfuté maintes fois, encore et encore par d’autres en leur temps, mais qu'il ne cesse de revenir sur la place publique. Nous y ajouterons avec humour, si vous le voulez bien, une réfutation de plus hic et nunc.

Voyons d’abord en guise de péroraison ce que votre phrase laisse entendre et qu’il convient de réfuter avant de procéder.

D’une part, le communisme (« marxisme » dans votre propos, mais je préfère l'appellation « communisme », plus générale, parce que nombre de communistes non nécessairement marxistes sont aussi à l'origine des persécutions auxquelles vous vous référez) serait une extension (variation) de l'athéisme. D’autre part, les communistes qui ont persécuté des milliers de personnes l'auraient fait dans un rapport quelconque avec l'athéisme.

Pourquoi est-ce faux que de prétendre cela ?

Tout d’abord, vous faites d’une corrélation ou d’une co-présence de deux phénomènes un lien causal, ce qui est interdit en science et qui conduit souvent à conclure de façon erronée. Le fait que des individus aient été athées tout en étant communistes ne permet pas de mettre sur le dos de la première opinion les méfaits de la seconde.

On prend souvent Staline pour exemple dans les raisonnements homologues au votre qui fleurissent un peu partout, souvent dans la bouche de croyants d’ailleurs, qui tentent d’excuser les excès des leur religion, en arguant de ce que Staline était athée, et donc que l’athéisme conduit à des horreurs pires que celles auxquelles a pu conduire leur religion.

On a tout de suite envie de dire : et alors ? Staline possédait aussi une moustache. Celle-ci est-elle alors la cause de sa barbarie ? Certes non, ce serait ridicule que de le croire. Et pourtant un raisonnement homologue au votre confine à cette absurdité. Et ne dites pas pour toute réponse que d’autres dictateurs sanguinaires étaient athées et pas seulement Staline. Sinon, avez-vous noté qu’Hitler aussi portait une moustache ? Ne venez pas avancer pour preuve non plus que tous les dictateurs communistes sans exception étaient athées. C’est l’erreur à la base de votre raisonnement. Pourquoi ? Parce que si tous les communistes peuvent être athées, les athées ne sont, loin de là, pas tous communistes. Avec votre raisonnement, je pourrais étendre l’inférence causale à d’autres facteurs tout aussi absurdes. Par exemple, puisque tous les dictateurs communistes (et non-communistes d’ailleurs) ont bu du lait, devrais-je en conclure assurément que boire du lait rend les gens mauvais ?

Plus sérieusement, le fait que Staline ou les autres dictateurs communistes aient été athée et même temps d’être communistes et d’avoir perpétré des actes abominables n’implique en rien l’athéisme dans leurs actes. Encore faut-il regarder ce qui est invoqué au titre de la justification de l’acte. C’est au nom du communisme que ces actes ont été commis, l’athéisme ici n’est qu’une croyance secondaire qui n’est pas la cause des méfaits dont il est question. C’est un facteur qui co-varie avec le facteur causal, en réalité la volonté d’imposer à l’ensemble de la société un système d’organisation économique planifié. Ceci n’a rien à voir avec l’athéisme.

Lorsqu’un communiste, emprisonne, déporte ou tue, il le fait au nom du communisme et pas au nom de l’athéisme. Le fait qu’il soit par ailleurs athée est sans rapport avec son comportement criminel, comme le fait de porter une moustache ou de boire du lait. Avez-vous déjà vu dans l’histoire un communiste emprisonner ou tuer quelqu’un en invoquant pour motif la non-existence de Dieu ? Non, il le fait au nom du communisme et pas au nom de l’athéisme.

Regardez maintenant la conclusion erronée que je peux tirer si je produis un raisonnement similaire au votre avec la religion en guise de croyance secondaire et sans lien avec le comportement barbare. Hitler était croyant. Puis-je dire que lorsque sur ordre d’Hitler, les nazis ont exterminés les juifs, les tziganes et les handicapés mentaux ils l’ont fait au nom de la religion de laquelle il pouvait se réclamer? Pour reprendre votre phrase, puis-je dire que la croyance religieuse chrétienne « dans sa variante appliquée de l’Etat national-socialisme n’a pas fait mieux question de persécutions » ? Vous conviendrez que c’est ridicule, puisque vous savez qu’ils l’ont fait au nom du national-socialisme. Pourtant en concluant de la simple concomitance de l’athéisme avec le communisme c’est de la sorte que vous concluez. Le fait qu’Hitler et nombre de nazis étaient par ailleurs croyants, n’a pas eu d’incidence en tant que tel sur les actes perpétrés. Ils l’ont été au nom d’une autre idéologie, le national-socialisme sans préjudice des comportements auxquels leur religion aurait pu conduire ou non.

C’est pourquoi, la question que vous devez vous poser est de savoir si l’on tue au nom de l’athéisme. En l’occurrence, avez-vous déjà vu un athée tuer les autres au nom de la non-existence de Dieu ? Je vous défie de mettre sur le dos de l’athéisme en tant qu’opinion ne serait-ce qu’une seule mort. Où avez-vous vu des hommes appeler leurs frères au jihad, faire tomber des avions sur des tours, organiser des bûchers individuels, des exterminations collectives, ou passer autrui à la question, ou lapider pour blasphème au nom de l’athéisme? Cherchez et cherchez bien, vous n’en trouverez pas. On ne tue pas au nom de l’athéisme comme on tue au nom de Dieu. Depuis Socrate, ce sont les religieux qui tuent ceux qui remettent en question les divinités et l’ordre social qui en découle, pas l’inverse. Et lorsqu’un non croyant tue au nom d’une autre idéologie il le fait comme un croyant pourrait le faire également au nom d’une autre idéologie, sans lien aucun avec sa croyance relative à la divinité.

Aussi, de traiter l’opinion athée de façon symétrique à la religion, quant aux méfaits dont elle serait responsable est tout bonnement ridicule du point de vue intellectuel inadmissible du point de vue historique, pour ne pas dire scandaleux du point de vue politique.

Mais alors, pour quelle raison les communistes étaient athées me direz-vous, il devait bien y avoir un rapport ?

Très simple vous répondrais-je, les tenants d'une doctrine qui a des velléités dictatoriales n'entendent pas partager le pouvoir avec les défenseurs d'une autre doctrine qui vise aux mêmes fins politiques. Il convient donc d’en adopter le précepte opposé pour justifier de son exclusion.

In casu, le marxisme vise en tant que doctrine politique la dictature d'une classe particulière (les ouvriers) sur une autre (les capitalistes bourgeois). Au 19ième siècle, le marxisme s'est retrouvé confronté à l'Eglise catholique, qui après avoir dominé le continent durant de nombreux siècles visait au maintien de son hégémonie, remise en question avec les poussées révolutionnaires et constitutionnelles de 1789 à 1848 dans toute l'europe.

Le marxisme n'est pas une doctrine qui s'est intéressée d'un point de vue épistémologique à l'existence ou non de Dieu comme le discute l’athéisme. Le marxisme a refusé toute idée de Dieu parce que politiquement il n'était pas question de partager le pouvoir avec l’Eglise. Mais, le marxisme ne visait pas in fine la vérité quant à l’existence de Dieu, mais le pouvoir politique et le risque que la religion le contrôle à nouveau, avec pour risque un retour en arrière à la féodalité de droit divin et donc l’exclusion du communisme.

Nier Dieu pour les communistes donnait le prétexte pour exclure la religion du pouvoir auquel elle prétendait toujours. Les communistes auraient pris le contre-pied de toute doctrine qui aurait dominé historiquement avant eux pour pouvoir avoir la certitude de prendre le pouvoir. Cela n’a rien à voir avec l’enjeu en tant que tel de savoir si Dieu existe ou non.

En d'autres termes, si les communistes dans leur ensemble (et pas seulement les marxistes) étaient opposées à la religion, la raison en était simplement qu'il n'est pas possible pour une doctrine visant à l’hégémonie dictatoriale en matière de contrôle social et politique de cohabiter avec une autre doctrine similaire. Il n'est ainsi pas étonnant que l'Eglise catholique ait été elle-même opposée au communisme de la même façon, malgré l'idée de fraternité entre tous les membres des classes laborieuses véhiculées par le communisme et que l’on peut pourtant concevoir comme si proche du message du christ. Deux dictatures fondées sur des principes différents s'excluent nécessairement mutuellement d’un point de vue idéologique et chacune cherche alors à éliminer l’autre dans la course au pouvoir, puisque par essence, de telles idéologies excluent toute alternative dans le champs des idées politiques.

L’athéisme quant à lui n’a aucune visée politique. Il ne s’agit que d’une prise de position épistémologique. Les communistes ont détourné et utilisé l’athéisme à des fins politiques qui sont étrangères à l’athéisme. Cela explique la présence de l’idée athée chez les communistes (l’inverse n’étant pas vrai), mais le rapport entre les deux s’arrête là. Croire et dire que le marxisme est une variante appliquée de l’athéisme c’est comme de penser que l’eugénisme Hitlérien est une variante des théories darwiniennes, sophisme analogue au votre et que l’on entend également assez fréquemment.

Et c’est précisément parce que l’athéisme n’a aucune visée politique qu’on ne contraint pas au nom de l’athéisme. Au pire, l’athéisme est invoqué en politique contre les faiseurs de morale qui au nom de leur Dieu ou de quelque idéologie que ce soit entendent régenter la vie des autres. Historiquement l’athéisme coïncide avec la revendication de liberté de croyance par opposition aux velléités liberticides des religions. Demandez-vous à ce titre d’ou vient la liberté de croyance en tant que liberté fondamentale. Vous verrez qu’elle existe parce que des philosophes et hommes politiques libéraux, pour la plupart athées (ou parfois déistes mais assurément pas théistes), réclamaient la liberté de raisonner et de critiquer les dogmes religieux au niveau épistémologique et plus généralement la liberté de chacun de croire ce qu’il veut sans être contraint par d’autres.

Par extension, la seule position politique de l’athéisme est alors celle de la liberté, en aucun cas le contrôle social sur autrui. Cette revendication ne conduit jamais à persécuter ou à contraindre les autres, tout au plus à se défendre.


En conséquence, et contrairement à ce que vous dites, le marxisme n’est pas une extension de l’athéisme pas plus que l’athéisme en tant qu’opinion n’est responsable des persécutions organisées par ceux qui détiennent le pouvoir dans les états qui se revendiquent des idées marxistes ou communistes.

En espérant vous avoir fait réfléchir à vos propos, et en me réjouissant de vous lire d’aventure,

Un lecteur amusé.

Écrit par : un lecteur amusé | 21/07/2010

Cher Monsieur, loin de moi l'idée d'assimiler l'athéisme au communisme, ou vice versa, je m'en explique d'ailleurs très clairement dans l'Anti-Prophétie, traité sarcastique de savoir-vivre sans dogmes, dont vous trouverez des extraits sur le site utopieurgente.ch . Ma phrase ci-dessus que vous citez était certes un raccourci, mais elle me semble néanmoins correcte et je la maintiens.
Il y a plus qu'un lien de porteur de moustaches entre l'athéisme et le marxisme, car ces deux discours ont de nombreux points de rencontre. Par ailleurs, il est faux de prétendre que personne n'a été tué au nom de l'athéisme ou même de l'agnosticisme. Les massacres de prêtre durant la révolution française ou la Guerre d'Espagne ou de popes durant la révolution russe et les nombreuses années qui ont suivi avaient certes parfois d'autres causes que le strict fait religieux, mais elles avaient aussi à l'évidence, souvent, seule la haine de la religion pour cause, le nier serait faire montre de la même mauvaise foi que ceux d'en face.
Car je suis athée, cher Monsieur, et j'ai même été marxiste (trotskiste pour être précis) je l'ai revendiqué haut et fort en maintes occasions, mais je crois fondamental de savoir reconnaître nos erreurs, qu'elles quelles soient.
Lorsque l'athéisme devient religion d'Etat, il acquiert un pouvoir dangereux, car le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument.
C'est pourquoi, en matière d'affaires publiques, seule la laïcité est tolérable, car en faisant des croyances religieuses (ou de leur absence), une affaire privée, elle assure la liberté de chacun et rejette la violence. La seule question demeurant à régler étant celle du prosélytisme de sectes (ou de religions) qui font semblant, s'abritant derrière la laïcité pour répandre en réalité leurs propagandes obscurantistes.

Écrit par : Philippe Souaille | 22/07/2010

Juste pour information :

Votre cher ami accapare totalement la colonne de droite, mais comme c'est un de vos chers amis, cela ne doit pas vous poser de problèmes.

Un défenseur admiratif de certaines personnes qui vous restent en travers de la gorge et qui a parfaitement compris vos allusions mesquines.

Écrit par : pastupide | 23/07/2010

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