24/07/2010

Caracas-Bogotà: de la crise à la paix ?

Enfin une lecture lucide de la situation de la part d'Hugo Chavez. Alors qu'il a mis ses troupes en état d'alerte à la frontière, le leader vénézuelien reconnait implicitement la validité des accusations colombiennes en priant les guérillas de renoncer à la lutte armée. Ses raisons sont, pour une fois, fort raisonnables: Parce que le monde a bougé depuis 1960, parce que ce n'est pas demain la veille, ni même l'avant-avant-veille que les guérillas prendront le pouvoir en Colombie et parce que leur activité armée justifie la présence étasunienne massive en Colombie...

Rompre ses relations diplomatiques avec le voisin industrieux qui vous fournit en biens de consommations indispensables (le lait et la viande entre autres) n'est pas très malin. Surtout lorsque vous êtes à la tête d'un pays dont l'économie est en lambeaux, pour cause de socialisation avancée et ne tient que par un fil, il est vrai gros, noir épais et gluant: le pétrole. D'un autre côté, personne ne veut vraiment la guerre, et les dirigeants latino-américains, à commencer par Lula, en ont un petit peu assez des comportements de Général Alcazar...

Les preuves fournies par l'Ambassadeur colombien aux chefs d'Etats du Continent sont accablantes. Quasi éradiquée de Colombie, la guerilla ne survit plus que parce qu'elle s'est trouvé refuge hors des frontières. Par camps entiers narco-laboratoires compris... Les latino-américains veulent vivre en paix et profiter du XXIè siècle, hormis quelques centaines de fossiles furieux retranchés dans leur jungle et qui embêtent tout le monde. A commencer par Cuba, exsangue économiquement, qui lance des signes d'ouverture pour tenter de reprendre son souffle. Or Cuba est très très présent au Venezuela, au point qu'on dit à Caracas que le pays s'appelle désormais le Cubazuela... L'échange est simple: du pétrole et des devises vénézuelliennes contre du personnel qualifié cubain...

Personne n'est dupe, si Chavez a l'argent, la direction idéologique reste à la Havane. Et aujourd'hui, les guérillas sont clairement perçues comme des gêneurs dans une Amérique latine qui a viré au centre gauche (économie de marché + mesures sociales), dominée par le Brésil et que les cubains aspirent à rejoindre, avec la bénédiction tacite de l'administration Obama. Il est certain que les guérillas ont longtemps empoisonné la vie quotidienne de tous les Colombiens. Comme elles servent de repoussoir et d'épouvantail, il est probable que sans les guérillas, le centre gauche, représenté par Mockus, aurait pu défendre ses chances de manière plus éclatante aux dernières élections.

Cela fait quatre ans que je tiens ce discours, depuis que j'avais voyagé au Venezuela et en Colombie, en profondeur dans le pays. Quelques uns, au sein de la presse et de la gauche genevoise, généralement sans avoir mis pied dans le pays, préféraient placer leur idéal romantique dans une guérilla vouée à disparaitre... A contresens de l'Histoire dont le sens était clair: la Colombie dans son immense majorité voulait mettre fin à la lutte armée - ce qui implique pour le moins de l'intransigeance - et elle est en train d'y parvenir.

 

Commentaires

Très bon billet,

Cependant, il me semble que le dernier discours de Chavez, avait été une annonce de sa rupture diplomatique avec la colombie. Notamment à cause de l'accusation de Bogota envers chavez d'abriter justement les FARC chez lui.

D.J

Écrit par : D.J | 24/07/2010

Enfin, je voulais dire pourquoi Chavez veut-il une rupture diplomatique? Si c'est contre ses intérêts.

D.J

Écrit par : D.J | 24/07/2010

Chavez a rompu les relations diplomatiques un peu sur un coup de tête, parce qu'il gouverne par voie de longues péroraisons devant les caméras de télévision, qu'il est d'un caractère, disons, emporté... Et que, comme tous les dictateurs et leaders populistes, il s'est choisi un ennemi extérieur et que cet ennemi, c'est Uribe! Pour d'autres, c'est les frontaliers :-)
Donc lorsqu'il a appris la démarche colombienne qui l'accusait officiellement, preuves à l'appui, d'abriter la guérilla, il a pris un coup de sang et annoncé à la télé qu'il rompait les relations diplomatiques. Ce qui a fait rebondir sa cote auprès du petit peuple peu éduqué, sa clientèle habituelle, et catastrophé tous ceux qui ont quelques notions d'économie. Y compris les quelques économistes de gauche qui lui servent de conseillers... D'où sa volte-face qui ne veut pas dire son nom: officiellement il continue de conspuer Uribe, tout en essayant de résoudre le conflit à long terme. Et pour ça, la seule solution est de mettre fin aux activités de la guérilla. CQFD

Écrit par : Philippe Souaille | 24/07/2010

Les commentaires sont fermés.