30/09/2010

Rubik, les banques et la quadrature du cercle vertueux…

C’est une réaction naturelle d’avoir envie de se venger lorsqu’on a le sentiment de s’être fait avoir. Et c’est sans doute le principal inconvénient du projet Rubik, aux yeux des gouvernements européens, que de ne pas vraiment laisser prise à la vengeance. Pouf, pouf, pouf, on oublie le passé et l’on repart pour l’avenir sur de nouvelles bases… Mais le principal avantage est de taille : en oubliant la vengeance, on évite l’affrontement et la guerre, au profit d’un accord amiable, ce qui non seulement est moins coûteux, mais peut rapporter immédiatement, à l’heure où l’Europe a de gros besoins d’argent…

Ce n’était pas gagné d’avance et au départ, il était un peu seul à y croire à son projet Rubik, Patrick Odier, le nouveau patron (depuis 2 ans) de la banque du même nom, vice-président d'Economiesuisse et président de l'Association Suisse des Banquiers, l’ASB. Ses chances d'emporter le morceau auprès des gouvernements européens paraissent de plus en plus réelles. France mise à part pour l'instant, l'affaire Woerth tétanisant tout le Gouvernement.

Le postulat ayant conduit à Rubik admet l’idée que l'abri (pour ne pas dire le recel) dans nos coffres de fortunes dissimulées aux fiscs nationaux étrangers appartient au passé. Pour des raisons morales et parce que le monde entre dans une phase de régulation des flux financiers, régulation salutaire si l'on veut éviter de trop grands déséquilibres à tout le système. La Suisse, état de droit démocratique, ne peut s'opposer au renforcement du droit et de la démocratie hors de ses frontières. Quand bien même elle le voudrait, ce serait entrer dans une phase d’instabilité conflictuelle qui est l’exact contraire de la stabilité et de la neutralité qui, plus encore que le secret bancaire, ont assuré sa réussite financière.

D'un autre côté, il fallait trouver une solution pour les déposants qui, parfois depuis plusieurs générations, ont cru à l'inviolabilité helvétique qu'on leur avait vantée. Parfois même en toute bonne foi, ayant placé leurs premiers fonds en Suisse pour d'autres raisons que fiscales, politiques par exemple, pour fuir des persécutions, ou parce que la violence et les enlèvements dans leur pays d'origine les conduisaient à placer leurs avoirs ailleurs, le plus discrètement possible.

Le projet Rubik, pour ceux qui l'ignoreraient, consiste à rendre obligatoire, pour les clients passés, leur régularisation fiscale, sur des barèmes décidés en accord avec les fiscs concernés, mais en préservant leur anonymat. Les banques se transforment en percepteurs et les pays d'origine reçoivent l'argent qui leur est dû, sans frais et rapidement. Les nouveaux clients, quant à eux doivent montrer patte blanche dès les départ. Tous les types de placement et de dépôt sont concernés, sans exception et le contrôle est assuré par la Confédération elle même et par des organismes de certification.

Avant Rubik, les solutions proposées se limitaient soit à prôner l'affrontement, suicidaire pour toute personne censée, soit la reddition, infâmante et coûteuse certes, mais libératoire et permettant de remettre les compteurs à zéro. Les politiques, comme les banquiers se déchiraient sur ce dilemme et c'est sans grand appui au départ, si ce n’est, dit-il celui de l’administration, que Patrick Odier et son équipe sont parvenus à élaborer une 3ème voie.

Certes, Patrick Odier gagne suffisamment bien sa vie, grâce au système, pour avoir envie de consacrer une grosse énergie à le sauver, mais l'immense majorité des politiques, comme des banquiers, s’étaient contentés de se rallier, sans imagination, à l'une ou l'autre des deux premières solutions, aussi évidentes qu'insatisfaisantes. S’il y a un enseignement à en tirer, c’est qu’il existe la plupart du temps une solution meilleure, encore s’agit-il de se donner les moyens de la trouver. Dans le cas des banquiers privés, c’est aussi la preuve de l’attachement à leur terroir, car ils auraient évidemment les moyens d’aller s’installer ailleurs avec une bonne partie de leur masse sous gestion, en Asie par exemple, si les conditions d’exploitation devenaient invivables ici, mais ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Et LODH, comme Pictet soulignent volontiers que la plus grande partie de leur masse sous gestion appartient à des fonds de pension, ou souverains, par définitions en règle avec leur fiscalité.

Les objections à Rubik restent cependant nombreuses. En entretien comme en public, Patrick Odier les balaient avec talent. Tout repose évidemment sur la disponibilité des européens à accepter l'accord.  Hors, une fois passé le temps des rodomontades de part et d'autre, il parait évident que nul n'a intérêt à une guerre économique ou institutionnelle sans merci... Que la petite Suisse perdrait certainement, mais pas sans combattre et qui coûterait très cher à l'Europe. Qui n'y a donc aucun intérêt. En dehors de l’intérêt politique, électoraliste, qu'il y aurait à donner l’impression de faire rendre gorge aux riches et à leur coffre-fort quasi officiel.

Un « effet Robin des Bois » démagogique forcément tentant pour un politicien en mal de popularité, même s’il est à double tranchant, vis-à-vis de ses électeurs potentiels les plus fortunés. De ce point de vue, la révélation, venue des milieux UMP en Suisse, du financement partiel de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par des fonds réfugiés en Suisse, a sonné comme un avertissement. Depuis 5 siècles que Genève sert de banque aux gouvernements successifs de l’Hexagone, ce ne sont pas les dossiers secrets qui manquent… Mais d’un autre côté, plus le grand public – français en l’occurrence - est informé, plus il est choqué et réclame justice… La justice – en particulier la justice populaire - n’ayant pas pour vocation d’être raisonnable et pragmatique, mais rédemptrice et démonstrative…

Du point de vue européen, l'atout maître du projet Rubik n’est certainement pas sa justice, mais sa rapidité de mise en oeuvre et son faible coût par rapport à ce qu'il pourrait rapporter ! Sans doute bien plus de gain, pour bien moins de coût qu'une quelconque politique d'affrontement économique et judiciaire! Un peu comme ce qui s'est passé durant la seconde guerre mondiale, où certes Hitler aurait pu attaquer la Suisse et la vaincre à coup sûr, mais pas sans immobiliser quelques temps des troupes précieuses ailleurs... Le Conseil Fédéral d'alors avait fait en sorte que le statu quo – donc le maintien de la neutralité – puisse être jugé par Berlin plus favorable aux intérêts allemands qu’une déclaration de guerre assortie d’une victoire certaine, mais coûteuse…

C’est la chance de la Confédération. En vertu du principe bien connu des justiciables, selon lequel un mauvais accord vaut mieux qu’un bon procès, la Suisse propose un compromis qui soit économiquement plus favorable, pour toutes les parties, qu’un long pugilat diplomatique voire un affrontement pur et simple, dont l’économie européenne, comme l’économie suisse, n’ont nul besoin. Un accord qui soit moins une vengeance à l’égard du passé qu’un pari dynamique ouvert sur l’avenir.

26/09/2010

Pour Per: un petit Richard pour la route

Un ami est mort hier, il n'avait pas l'habitude de faire les choses comme tout le monde.

En fait il était vraiment vraiment très rock'n roll...

 

20/09/2010

Le Godwin d'or de Benoît XVI

Ainsi donc, le "bon" pape Benoît a déclaré à la Reine d'Angleterre que l'athéisme menait droit au nazisme. On pourrait se contenter de lui décerner un Godwin d'honneur, pour l'ensemble de son oeuvre. Ou lui rétorquer qu'en ce cas, le catholicisme mène à l'Inquisition et à la pédophilie. Ou façon Coluche, que c'est pas vrai, l'athéisme mêne aussi au stalinisme...

Ce que probablement,Benoît voulait signifier au fond, puisqu'il semble craindre davantage le premier que le second. Au point d'autoriser expressément la publication de sa prose dans une revue néo-nazie autrichienne: Die Aula. On pourrait enfin, sérieusement, rétorquer que l'hitlérisme n'était pas athée, puisqu'il déifiait la personne du caporal de Bohème, qui avait d'ailleurs réuni un panel de sages pour lui rédiger ce qui devait être la bible de son reich de 1000 ans... Ave Adolph Imperator...

Mais le débat est plus sérieux. Ce que veut dire benoîtement Benoît (ou benêtement ?), c'est un proverbe arabe qui le résume le mieux: "On dort plus profondément aux côtés d'un homme pieux". En clair: "Si tu crains Dieu, les enfers et le jugement dernier, tu t'abstiendras de faire le mal, mon fils". Ce qui comme toute chose en matière de religion, reste entièrement à prouver ! Quelqu'un pourrait-il me dire combien de criminels croyants en l'au-delà notre petite planète a hébergé depuis la naissance de l'humanité ? Certainement nettement plus que de criminels athées, vu que ceux-ci sont tout de même de création récente.

Par ailleurs, l'athéisme est encore généralement une démarche personnelle, fruit d'une réflexion assez élaborée, certainement davantage en tout cas que le cathéchisme de base du vulgum pecus ou le coran injecté à la louche dans une madrassa. Une réflexion qui inclue un certain degré de morale et de réflexion sur le bien et le mal. De réflexion autonome et non de peur du gendarme Lucifer, dont on a pu constater, dans l'histoire, l'efficacité pour le moins douteuse.

Le problème, avec les croyants fervents, c'est qu'ils ont tendance à projeter leurs propres angoisses existentielles sur tout le monde, imaginant impossible que l'on puisse vivre sans une réponse simple - et au demeurant assez peu probable - aux questions sur l'origine de la vie.  Ce qui dénote une vision manichéenne, voire enfantine de la morale. Qu'ils ont tendance à transgresser eux-mêmes à la première occasion, pour servir leur foi, jugée supérieure à tout, y compris au bien - ou au mal - que l'on peut infliger en son nom...

Eh bien, soyez rassurés, chers croyants, les athées n'ont ni plus ni moins de morale que vous. La différence essentielle, c'est que la notion de bien et de mal, ils l'ont en eux - comme d'ailleurs, on le sait aujourd'hui, les plus évolués des mammifères et non seulement les humains - et n'ont pas besoin qu'une petite voix paternaliste vienne le leur rappeler. Les lois de de la société sont là pour cela et aussi l'idée qu'il est plus agréable de laisser une bonne image qu'une mauvaise. Une vraie bonne image, de gentil naturel, et pas de faux-cul confit dans les préceptes de sa religion, prêt à toutes les hypocrisies s'il parvenait à détourner le regard du très haut de ses mauvais penchants...