04/10/2010

Pour la gloire de qui rallumer les conflits enfouis ?

L'évêque est mort, paix à sa mémoire. Qu'il s'agisse d'un oubli ou d'une décision, la chancellerie est effectivement coupable de n'avoir pas rappelé que la présence de l'Exécutif était nécessaire, protocole oblige. En fait c'est même le chef du Protocole qui est le premier fautif, mais lui n'assistant pas aux séances du Conseil d'Etat, il est normal que sa cheffe directe, Mme la chancelière, qui elle y assiste, porte le chapeau. D'autant plus que comme elle est nouvelle dans le job, on lui pardonnera plus aisément.

Maintenant, qu'il s'agisse d'une faute de goût, c'est incontestable. Une question de protocole, justement. Mais de là à en faire une affaire d'Etat comme s'en glorifie l'histrion des grandes surfaces commerciales et publicitaires, faudrait pas pousser la Mère Royaume dans le potage... Si le défunt évêque était très vraisemblablement un brave homme, il était tout de même sous-fifre du successeur de Pierre, et son représentant dans le diocèse, donc. A ce titre on aurait aimé l'entendre s'exprimer, lui ou son église, sur le dérapage autrement plus grave de son boss, il y a quelques semaines, au pays de sa très gracieuse majesté. Sa Sainteté Benoît XVI n'avait-elle pas affirmé qu'incroyance et athéisme faisaient le lit des dictatures ? Tout en portant un coup en-dessous de la ceinture à la démocratie, que "not'bon pape" voudrait voir soumise aux préceptes de la foi !!! A l'image de la charia dans l'ummah islamique peut-être ?

O Tempora, O Mores... C'est précisément pour n'avoir pas su différencier le gouvernement civil de celui des âmes que Calvin en personne fut temporairement banni de la toute jeune République de Genève en 1538. J'ai le sentiment que, sans le vouloir, ou peut-être en le voulant, mais sans l'assumer (ce qui serait dommage) notre Conseil a rappelé aux tenants de la théocratie qu'elle n'était plus d'actualité. Quant à l'histrion des grandes surfaces commerciales et publicitaires, lui-même papiste notoire, on ne l'a évidemment pas entendu commenter les excès de langage papaux...

Cela serait d'une importance anecdotique, si l'histrion n'était le chantre patenté du MCG, dont on sait que les principaux responsables, d'origine italienne, portugaise, française ou valaisanne, sont tous catholiques... Nous voilà donc en présence d'une nouvelle alliance du sabre et du goupillon et comme par hasard, le Matin (quel journal !) souligne qu'au Conseil d'Etat, il n'y a que des protestants... Notion plutôt abusive d'ailleurs parce que pour en connaître plusieurs, leur appartenance religieuse me parait nettement plus théorique que pratique.

Le plus grave, c'est que depuis 33 ans que je fais du journalisme à Genève, c'est la première fois que l'appartenance religieuse (ou la non-appartenance) de l'un ou de l'autre est en question. C'est à l'histrion qu'on le doit. Même s'il s'en rengorge sûrement, je ne crois pas qu'il doive en être fier. Pour ma part j'aurais préféré que ces histoires dignes du Sonderbund et des guerres de religion restent confinées dans un lointain passé.