19/11/2010

Moutons noirs et justice fiscale

Une fois n'est pas coutume, j'ai beaucoup réfléchi avant de voter sur les initiatives fédérales du week-end, car mon choix n'était pas arrêté d'avance. Mais peu à peu, il s'est imposé.

DEFENDRE EFFICACEMENT LES MOUTONS NOIRS

Je voterai pour le contre projet à l'initiative UDC sur le renvoi des étrangers. Parce que si le contre-projet ne passe pas, ce sera l'initiative et elle est pire. Concrètement, la différence sera sensible et si la gauche veut être efficace, elle doit cesser de se draper dans sa dignité révolutionnaire en regardant passer les trains. En l'occurrence, le train qui risque de passer est celui de l'extrême-droite qui pourra se targuer d'être majoritaire, ce qui est faux.

Seulement, si les deux-tiers qui lui sont opposés se dispersent, c'est l'UDC qui gagne et les dégâts seront considérables, dans la tête des gens, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Ne lui offront pas cette victoire sur un plateau. Beaucoup d'amis français se souviennent encore avoir voté Chirac en se bouchant le nez et certains le regrettent. Mais ils regretteraient bien davantage de ne pas l'avoir fait, si Le Pen était passé.

LIMER LE SUPERPOUVOIR DES HYPERRICHES

Je voterai contre l'initiative socialiste sur la fiscalité. Franchement, j'ai vraiment beaucoup hésité. Je suis intimement persuadé que la constitution d'une caste d'hyperriches est dangereuse pour la démocratie et les équilibres sociaux. A l'échelle locale, nationale et mondiale. Mais l'initiative socialiste ne place pas la barre au bon endroit et n'utilise pas le bon moyen. Faute de mieux, la liberté de commerce et d'entreprendre reste le système le plus efficace, mais elle doit être encadrée.

Le problème n'est pas de gagner 200 000 ou 250 000 Francs par an, ni même 400 000... Certes j'en suis loin, comme la plupart des gens, mais cela ne me dérange pas que quelqu'un qui bosse fort en faisant un boulot compliqué chargé de responsabilités écrasantes, ou nécessitant un talent particulier, touche 10 fois plus qu'un petit salaire. Et je ne vois pas l'utilité de l'écraser d'impôts. Au contraire. D'autant que comme le dit l'argumentaire, cela va forcément se reporter aussi sur les classes d'en-dessous si l'on veut éviter un effet de seuil monstrueux (et toute la dissimulation fiscale qui l'accompagnerait).

Le problème, ce sont ceux qui, en revenus ou en rentes, gagnent 800 fois plus qu'un petit salaire. Pas pour le principe, tant mieux pour eux, mais parce que ces moyens exorbitants leur donnent le pouvoir d'acheter quasiment qui ils veulent quand ils veulent. Et en plus de transmettre ce pouvoir à leurs héritiers qui peuvent être de parfaits incompétents. Le problème, ce n'est pas le haut de la classe moyenne, les meilleures professions indépendantes, les directeurs de PME, les politiciens d'exécutif... Le problème, ce sont les multi-millionaires et les milliardaires.

Seulement, faire payer les milliardaires est peu efficace, du point de vue fiscal :

1) Ils sont très peu nombreux (à peine un millier de milliardaires à l'échelle mondiale) et les ponctionner rapporterait finalement assez peu, même s'ils sont très riches, et que beaucoup sont en Suisse

2) Cela rapporterait d'autant moins qu'ils sont très mobiles et possèdent largement les moyens de se payer des trusts et autres structures légales permettant par exemple à Mme Bettancourt de payer à peine 10% de ses revenus annuels en impôt.  Alors qu'ils sont 200 fois plus élevés que le seuil retenu par les socialistes. Ou encore 50 fois moins que ce qu'elle avait offert généreusement à son ami de coeur gai... Et puis les hyperriches ont aussi les moyens de déménager là où le vent fiscal les pousse.

En résumé, l'initiative fiscale socialiste est juste un missile qui ratera sa cible et ratiboisera davantage les mieux payés des travailleurs, sur qui retombe déjà l'essentiel de la charge collective. C'est du pragmatisme de mauvais aloi. Pour lutter efficacement contre le superpouvoir des hyperriches, il faut commencer par se mettre d'accord mondialement sur des objectifs clairs et agir au niveau de la transmission des patrimoines, souvent mis à l'abri dans toutes sortes de fondations. Il faut intervenir globalement, de manière concertée. Une utopie ? Peut-être, mais c'est assurément la seule voie qui pourra être efficace. Bien plus qu'une augmentation d'impôts pour mon chirurgien-dentiste ou le patron d'une usine de montres.

 

Commentaires

Philippe, merci pour cet éclairage. La question de la richesse sera encore longtemps l'objet d'un débat crispé. Les différences de revenus sont forcément mal vécues pas ceux d'en bas qui n'ont ni la formation ni les perspectives de job pour gagner plus que le minimum.

Mais en effet reprendre à ceux qui gagnent le plus n'est pas très productif pour les raisons que vous dites. Il est clair as exemple que partager la fortune des milliardaires entre tous les humains n'apporterait à chacun que quelques centaines d'euros. Un gouvernement mondial pourrait leur prendre leur richesse et l'investir. Mais cela créerait une nouvelle caste de décideurs au même pouvoir que celui qui est contesté. On pourrait imaginer un gouvernement qui partage mieux les revenus en les affectant davantage dans le social. Mais on ne fait pas de la richesse simplement parce qu'on l'a décidé. Il faut un instinct, une motivation, et celui qui gagne plus serait démotivé si on lui reprend trop.

Bref pas simple. Pas simple quand on voit des individus ou des familles qui ne peuvent pas boucler leurs moi. La grande différence le revenus et d'aisance financière attise la souffrance de ceux qui ont très peu.

Écrit par : hommelibre | 19/11/2010

John, je ne suis pas contre le fait de gagner de l'argent, bien au contraire. Je pense cependant qu'il doit y avoir des limites, que l'on pourrait fixer à quelques millions par exemple. Qu'on puisse vivre très confortablement de ses rentes ne me gêne pas. Ce qui est véritablement dangereux, c'est qu'un individu puisse en acheter plusieurs, au plus haut niveau, en leur assurant la fortune à vie et puisse encore se permettre de renouveler l'opération autant de fois qu'il le souhaitera.
Tôt ou tard ces limites s'imposeront d'elles même si l'on ne veut pas retomber dans un sorte d'Ancien Régime où l'aristocratie terrienne et les titres nobiliaires seront simplement remplacés par l'aristocratie financières et les titres boursiers. Encore une fois, pas pour le plaisir ou par jalousie, mais parce que cela engendre un pouvoir trop déséquilibré.
Je suis d'accord avec vous, le pouvoir exorbitant d'un Poutine ou d'un Obama, indépendamment des qualités ou des défauts d'un individu, est tout aussi préoccupant. La nouvelle caste que constitueraient les dirigeants du monde, même élus démocratiquement, créerait un risque potentiel, c'est certain. Mais il me semble que c'est gérable. Des ministres du monde, élus pour quelques années, avec des salaires et des listes civiles contrôlées, des contre-pouvoirs solidement ancrés, des lobbys contrôlés parce qu'ils doivent rendre des comptes publiquement...
Le fait même qu'il n'y ait plus d'intérêt national à défendre pour justifier et dissimuler toutes sortes de combines serait déjà un immense progrès.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/11/2010

1. Quels sont les pouvoirs exorbitant d'Obama ?

2. Très riches, riches, aisés, classes moyennes, rentiers AVS, tous peuvent se rendre dans des pays ou, en toute légalité, ils pourront ne pas payer d'impôt pour autant qu'ils ne soient pas citoyens des Etats-Unis. Est-ce à dire que vous préconisez de les pourchasser sur la base de la citoyenneté ?

Écrit par : CEDH | 19/11/2010

CEDH:
1) Par exemple de pouvoir appuyer sur le bouton... Ou d'autoriser Bernanke à "inventer" 600 milliards de dollars d'un seul coup. Ou encore d'envoyer des jeunes gens se faire tuer en Afghanistan, ou de les en ramener, bref, des broutilles comme ça.
2) Non CEDH, je préconise qu'un mode de gouvernance mondiale et démocratique qui reste à préciser (et à mettre en place :-) supprime purement et simplement la possibilité de ne pas payer d'impôt du tout, ou que ce soit. A moins bien sûr d'être complètement fauché. Il ne s'agit pas de pourchasser les gens, mais de rétablir un minimum d'équité dans le paiement de l'impôt. Cela devrait s'accompagner aussi de mesures d'étalement par exemple, pour les quelques professions où l'on peut gagner en une année ou deux de quoi vivres le restant de sa vie... A condition de ne pas tout se faire bouffer l'année en question.

Écrit par : Philippe Souaille | 20/11/2010

1) "Ou d'autoriser Bernanke à "inventer" 600 milliards de dollars d'un seul coup."

Ah, Bernanke a besoin de l'autorisation d'Obama ? Je croyais qu'il s'agissait d'une décision du Conseil des gouverneurs de la Fed.


"Ou encore d'envoyer des jeunes gens se faire tuer en Afghanistan, ou de les en ramener, bref, des broutilles comme ça."

Ah, le Congrès n'a rien à dire ?


2) Vous voulez une gouvernance mondiale qui impose à tous les pays de taxer. Bon mais alors vous voulez aussi leur imposer l'absence de corruption, de concussion. L'efficacité des services publics. Des services sociaux unifiés mondiaux. Une justice fonctionnant selon NOS critères renforcés. Des trains etc.... Si vous réglementez les prélèvement vous devez réglementez les dépenses. Et si vous faites ces réglementations vous instaurez une dictature mondiale. J'ai quelque doute que les USA ou la Chine vous suivent dans cette unification social démocrate. Par contre je ne doute pas que votre monde devienne une horreur hyperréglementée, liberticide et Orwelienne.

Faisons plutôt le pari de plusieurs mondes qui ne soit pas massivement interconnectés en temps réel.

Écrit par : CEDH | 20/11/2010

Avenir...ou passé? La question mérite d'être posée concernant votre pensée. Les temps changent, votre esprit reste désespérément immobile et en décalage de la réalité de notre société. La prochaine génération, elle, sera prête à prendre les responsabilités qui s'imposent en matière de sécurité et d' Etat de droit. Initiative ou contre-projet, peu importe, votre génération refuse d'appliquer les lois existantes. Le problème est là.

Écrit par : Deng | 20/11/2010

CEDH, parce que vous croyez sincèrement que sur un coup comme ça, Bernanke Et son conseil (tous nommés par le Président et confirmés par le Sénat, et qui doivent leur rendre compte) décident tous seuls ? Bernanke a été nommé par Bush pour 4 ans en février 2006 et reconduit par Obama en février 2010.
C'est Obama qui est accusé aujourd'hui par la droite et l'extrême droite républicaine de laisser foirer l'économie. Vous croyez vraiment que si tout était de la faute de Bernanke, Obama ne le ferait pas savoir ???
Une déclaration de guerre doit officiellement passer au sénat. C'est bien pourquoi certaines interventions armées des Etats-Unis n'étaient pas officiellement des guerres. Ce qui n'a pas empêché qu'il y ait des morts. D'ailleurs si le Prix Nobel a été décerné à Obama pour son retrait - passablement théorique - d'Irak, c'est complètement par erreur, il aurait fallu couronner le Sénat, n'est-ce pas ? Et Obama a les mêmes pouvoirs que tout un chacun. Ni plus ni moins. Tout ce qu'il y a de plus ordinaire. C'est d'ailleurs pourquoi il a claqué un paquet de milliards pour se faire élire: juste pour avoir le même pouvoir qu'un homme ordinaire.
Pour ce qui est de la 2ème partie de votre commentaire, vous seriez gentil de ne pas dire à ma place ce pour quoi je suis ou non. Ou alors lisez mon bouquin, cela vous évitera de raconter n'importe quoi. Actuellement, les Etats-Unis tentent effectivement d'imposer à tous leurs normes en matière de gouvernance, du moins tant que cela les arrange.
Je ne prône rien de tel. Juste que l'on se mette d'accord sur des règles minimales, acceptables par tous, dans l'intérêt de tous. De la même manière que les Etats-Nations au XIXème siècle, se sont arrangés pour effacer en leur sein les barrières douanières, les péages urbains, les disparités fiscales, ont réglementé la passation de marchés publics, etc, sans pour autant sombrer dans la dictature. Que ces mêmes Etats, au XXème siècle, ont mis en place des systèmes de sécurité sociales plus ou moins efficaces, mais nécessaires sur le fond, et qui font toujours défaut dans la plus grande partie du monde. Sans toujours sombrer dans la dictature.
Gouvernance mondiale, mon brave Monsieur, ne signifie en aucune manière uniformité. Mais simplement quelques règles communes sur un certain nombre de sujets, facilitant la vie pour tous sur cette planète. J'ai appelé mon bouquin "l'utopie urgente"... Mais s'il y a bien un pari qui me parait lui totalement irréaliste, c'est de croire que l'on pourrait aujourd'hui déconnecter des parties de notre monde. Outre le fait que personnellement, je détesterai ça.
Vous devriez commencer par éteindre Internet, rendez-vous compte, en ce moment même, on vous lit à Montréal, Abidjan ou Singapour... Quelle horreur !

Écrit par : Philippe Souaille | 20/11/2010

Mon cher Deng, puisque vous me traitez en d'autres termes, de vieux débris, apprenez que j'ai mis une cinquantaine d'années à aboutir aux conclusions auxquelles je suis arrivé aujourd'hui, que je n'y serai pas parvenu sans l'expérience et les connaissances que j'ai mis tout ce temps à acquérir, et qu'à l'âge que vous sous-entendez avoir, j'avais des opinions aussi tranchées et simplistes que le semblent les vôtres.
Par exemple qu'il suffirait d'appliquer la loi. Je suis bien d'accord à première vue. Mais il se trouve que les lois ont été faites dans certains contextes et que les contextes changent. Et que l'on ne vote pas seulement pour dire "moi j'aimerais que cela soit comme ça", mais aussi en fonction de tout un contexte politique. En l'occurrence, la loi actuelle est suffisante, je vous l'accorde. Mais si on se contente de ça, on offre la victoire sur un plateau à l'UDC. Et cela, voyez-vous, ça me défrise.
Pour en revenir à mes idées, je ne vais pas en changer juste parce qu'un jeune freluquet me dit qu'elles sont dépassées. D'autant plus qu'elles n'ont pas encore été appliquées, mais que comme elles vont dans le sens de l'histoire, elles le seront forcément tôt ou tard. Demain, dans 20 ans, ou dans cinq ou dix siècles, lorsqu'après le nouveau moyen-âge repli sur soi qui nous menace, une nouvelle Renaissance redécouvrira les valeurs d'universalisme.
Pour l'heure, je constate une évolution très dangereuse de notre société, vers quelque chose qui fout vraiment la trouille: la guerre et les valeurs médiévales, précisément. Certes je n'ai pas vraiment connue la dernière, encore que j'en ai côtoyé quelques unes dans mon métier, mais j'ai été élevé par des parents qui l'avaient faite. Et pas que la guerre, mais tout ce qui allait avec dans ces années là. En particulier le fait qu'à la guerre comme à la guerre, il n'y a plus de loi du tout. Et que l'une des choses qui me fait souci, mon jeune (ami ? pas sûr) c'est que votre génération, ici en Europe, a jusqu'ici été tellement protégée qu'elle va se faire bouffer tout cru si ce genre de choses arrive. Ou alors appuyer sur le bouton. Par peur panique et terrifiée.
Quand à la manière dont j'applique les lois ou dont je souhaiterai les voir appliquées, je crois que vous n'en avez pas la moindre idée.
Sur ce, je me demande si je ne vais pas dorénavant suivre une règle simple: ne diffuser que les messages de personnes qui s'identifient pour de vrai. Au moins à mon égard. C'est me semble-t-il la moindre des politesses que de décliner son identité lorsqu'on s'adresse à quelqu'un, en public ou en privé.

Écrit par : Philippe Souaille | 20/11/2010

1. Vous me recommandez de lire votre livre afin de ne point déformer votre projet et vos convictions. Vous avez bien raison. Cependant, s'il s'agit bien de :

« L’Utopie urgente, traité sarcastique de savoir-vivre sans nations » (éd. Slatkine),

je ne peux malheureusement en faire l'acquisition dès lors que je boycotte son éditeur. Au passage, je vous signale qu'Amazon ignore votre livre.


2. "Et Obama a les mêmes pouvoirs que tout un chacun. Ni plus ni moins. Tout ce qu'il y a de plus ordinaire. C'est d'ailleurs pourquoi il a claqué un paquet de milliards pour se faire élire: juste pour avoir le même pouvoir qu'un homme ordinaire."

L'argent dépensé pour sa campagne électorale l'a été alors qu'il n'était pas encore président. Quant au fait qu'il n'ait pas les mêmes pouvoirs que tout un chacun cela n'est pas blâmable en soi, il a été élu. C'est là le principe même de la démocratie représentative. S'agissant de la Fed, je crois que vous sous-estimez ses pouvoirs. De toute les manières la planche à billet est sans doute bienvenue pour affaiblir le dollar et vient fort à propos à un moment où la relance par endettement budgétaire est politiquement impraticable.


3. "Juste que l'on se mette d'accord sur des règles minimales, acceptables par tous, dans l'intérêt de tous." Il s'agit bien là d'une utopie. Comment voulez-vous trouver des règles minimales acceptables par tous en matière fiscale ? Les intérêts sont tellement divergents !


4. Je crois qu'il est urgent de s'assurer que sur terre il existe plusieurs économies mondes (dans le sens de Wallerstein). A ces économies mondes peuvent correspondre des pratiques sociales, culturelles et juridiques différentes. Pour survivre le monde à besoin de diversité, ce qui qui ne peut être le cas si l'on mondialise.

Écrit par : CEDH | 21/11/2010

Wallerstein dit des bêtises, CEDH. Et c'est bien pourquoi les altermondialistes se gourent dans les grandes largeurs. Plus exactement, Wallerstein part d'un constat juste, à la portée de quiconque ayant un peu voyagé (la preuve, même votre serviteur), à savoir qu'il existe de fortes disparités dans le monde et que l'Afrique vend très bon marché des matières premières pour acheter très cher à l'occident des produits sophistiqués. Et qu'il y a des pays au stade intermédiaire. Bref, PVD, PMA, etc... Là où il se plante, c'est lorsqu'il affirme que ceci ne peut que se perpétuer et s'aggraver, que c'est dans la nature même du capitalisme. Ce qui est faux, complètement faux. L'exemple des BRIC est là pour le démontrer, mais aussi les performances des bourses africaines, la constitution de capital, in fine dans les PVD, etc...
Il a d'ailleurs bien été forcé d'intégrer les BRIC dans sa théorie, en parlant de fluctuation des centres intermédiaires. Mais la réalité est toute autre, et c'est la main invisible qui gagne: demain, les centres ce sera eux, et la périphérie, ce sera nous. Parce que le prix des matières premières augmente (et pas seulement à cause de la spéculation, mais à cause de la demande), tandis que celui de la matière grise ajoutée diminue. Parce qu'elle devient de plus en plus abondante en devenant accessible même aux PVD...
En bref, et pour tirer un parallèle avec le jeunisme de Deng, je dirai que Wallerstein en est resté au stade où en était ma pensée en 1990...
La mondialisation n'est pas l'ennemie de la diversité, CEDH, c'est une erreur de le croire. Il y a certes des normalisations nécessaires, mais ce n'est qu'un canevas et le génie et l'inventivité humain sont tels qu'ils auront toujours le talent de broder dessus ce qui leur chante. La France est une (et indivisible ?) n'empêche qu'un Corse, un Martiniquais et un Breton ont pu garder bien assez de spécificités culturelles, non ?
Les intérêts sont divergents, c'est clair. Mais allez voir comment cela se passe au niveau juridique à l'OMC, par exemple, où l'on a appris à tenir compte des sensibilités juridiques des différentes régions du monde. C'est tout à fait fascinant.
Enfin, vous le reconnaissez. Obama dispose de pouvoirs exorbitants par rapport au commun des mortels. Il a été élu pour ça, par un système qui est actuellement celui des Etats-Unis. Comme Poutine est là où il est en fonction du système actuel de la Russie. Je n'ai rien dit d'autre. Toujours est-il qu'être président des Etats-Unis, aujourd'hui, cela ressemble un peu à maître du monde. La bonne nouvelle, c'est que c'est de moins en moins vrai. Il y a d'ailleurs une conférence à ce sujet lundi prochain, à la Villa Rigot. Il n'est pas normal que 300 millions de citoyens étasuniens décident pour 7 milliards d'humains. Je ne suis pas d'accord. Vous si ? Mais moi, je ne me contente pas de manifester dans la rue pour râler, j'essaie de réfléchir à la manière dont cela pourrait être autrement. Et autrement, ce n'est certainement pas en isolant des ensembles les uns des autres. Pour commencer, où trouverez-vous vos matières premières ? Dans un ensemble euro-africain ? Et la Chine, croyez-vous qu'elle laissera faire ?
Nous somme sur un même bâteau, la planète Terre. Il n'y a que deux possibilités: soit on le gère ensemble, tant bien que mal, soit on se tape sur la gueule. Toutes les autres hypothèses sont du blabla pipeau.
En résumé, lisez mon livre. Vous pouvez le trouver chez Payot en ligne. Je peux aussi vous le vendre en direct. Nous allons voir si votre adresse mail est la bonne ...

Écrit par : Philippe Souaille | 21/11/2010

Merci pour votre mail (et au passage à M. Mabut pour le sien). Mais il ne change à rien : votre livre est édité chez Slatkine et je boycotte cet éditeur.

Écrit par : CEDH | 21/11/2010

Justement, sans vouloir vous manquer de respect, quand on se forge une opinion sur les 50 dernières années, est-on forcément représentatif et objectif sur les problèmes actuels et sur les enjeux futurs ?

A chaque fois, ce n'est que rejet viscéral de l'UDC, sans approfondir les idées qui en sortent. En somme, vous ne faites rien et ne proposer rien, si ce n'est de vous positionner contre ce parti (et accessoirement contre 27% des votants de ce pays). Et pendant ce temps, le monde évolue.

Écrit par : Deng | 22/11/2010

M. Deng, vous tombez assez mal, puisqu'il se trouve que j'ai écrit tout un bouquin de propositions politiques dont une bonne partie sont assez neuves. Il se confirme tous les jours qu'elles sont dans l'air du temps, mais celui-ci est fortement agité de vents contraires, représentés aussi bien par l'UDC que par les altermondialistes ou les islamistes... la liste n'est pas exhaustive, mais en bref tous ceux qui prônent le repli sur soi plutôt que l'ouverture au monde.
La peur avaricieuse plutôt que le courage de partager et de s'enrichir mutuellement.
Je suis contre l'UDC parce qu'il symbolise cette fermeture d'esprit qui cause les guerres et attise le feu de la haine. Et n'hésitez pas à m'adresser un point Godwin: Hitler fut élu par 33% des allemands. A 27%, vous avez encore de la marge.
Et si vous n'êtes pas comme CEDH qui boycotte mon éditeur (tiens, j'aimerais bien savoir pourquoi ?) n'hésitez pas, lisez-le.

Écrit par : Philippe Souaille | 22/11/2010

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