20/12/2010

La mondialisation, ce mal indispensable

Extrême-gauche, extrême-droite, philosophes, penseurs, écrivaillons de petit et grand talent, l'Europe entière bruisse d'une même rumeur qui s'enfle, année après année, au point d'en devenir la doxa des médias: "La mondialisation est la cause de tous nos maux, et il faut l'enrayer". Le peuple, dit-on, serait sur la même longueur d'ondes. Dès lors, il suffirait de relever les frontières pour tout remettre en ordre.

Ce raisonnement n'est pas que simpliste, il est surtout faux. On peut comprendre que "le peuple" regimbe devant ce qu'il ressent avec raison comme des menaces pesant sur son niveau de vie. Les intellectuels et les politologues qui surfent sur la vague pour profiter de la mousse, sont eux impardonnables. Tout d'abord, la mondialisation n'est pas la cause de nos maux, même s'il est vrai que les carences de coordination (= gouvernance) mondiale du phénomène en accentue les effets les plus négatifs.

Plus grave, la mondialisation, il nous serait juste impossible de nous en passer. Indissociable de l'essor industriel depuis au moins deux siècles, elle existait sous d'autres formes jadis, notamment le colonialisme, qui ne sont plus possibles aujourd'hui. Mais cela fait un sacré bout de temps que l'on ne vit plus en autarcie et nous serions totalement incapables de nous passer des matières premières qui nous viennent d'ailleurs. Sans même parler des débouchés que cela crée pour nos entreprises à l'export.

Fermer les frontières, ce serait renoncer au pétrole (bingo: plus d'essence ni de matière plastique) au gaz naturel, aux bananes, à ce minerai indispensable aux téléphones portables que l'on ne trouve qu'au Congo, etc, etc...

Durant près de deux siècles, l'Europe, assise sur sa suprématie militaire, a mis le reste du monde en coupe réglée et pillé joyeusement ses ressources naturelles sans en payer le juste prix. Ce qui lui a permis de financer un système social aussi sophistiqué que coûteux. Puis les Etats-Unis ont pris le relais, sans le système social, en contraignant l'Europe a décoloniser. La Suisse fait évidemment partie de l'Europe en ceci comme en tout, car même sans colonies directes, elle était étroitement imbriquée dans le système au travers de ses structures financières et de ses liens étroits avec les grands pays européens. Aujourd'hui, notre système social a besoin de croissance pour continuer de se financer, alors que la croissance européenne est à la ramasse.  Une croissance démographique suffirait, mais sa courbe est au moins aussi plate que celle de la croissance économique.

C'est pour cela que nous ne pouvons nous passer ni de la mondialisation, ni même de l'immigration. Pas question de fermer les frontières, sous peine de récession dramatique à court terme, d'explosion des systèmes de sécurité sociale dans un deuxième temps. La clairvoyance des milieux prônant l'isolationnisme et le repli sur soi se mesure à l'aune des dernières déclarations de Blocher, qui veut obliger les candidats au séjour en Suisse à parler l'une de nos langues nationales (et demain le züridütsch obligatoire pour Bâlois et Bernois à Zürich ?). Ce qui reviendrait à exclure du marché du travail genevois, à la finance et à l'international, un cinquième du personnel... Que l'on pourrait bien sûr sans autre remplacer par des chômeurs genevois ! Ou des frontaliers, tant que le français reste reconnu langue nationale :-)

Pendant ce temps, le reste du monde, pays émergents en tête, continue de croître et de se multiplier. Heureusement, leurs courbes à eux ont cessé de se redresser à grande vitesse et au fur et à mesure de leur développement, ralentissent le rythme. Tôt ou tard, tout cela va s'équilibrer. Mais cela prendra du temps, et si le niveau de vie des autres parties du monde va augmenter de manière exponentielle dans les années à venir, le nôtre a toutes les chances de stagner, voire de reculer.  On peut donc comprendre que nos populations soient effectivement sur leurs pattes de derrière à cette idée. Mais il n'y a pas d'alternative. Sauf à recoloniser l'Asie, l'Afrique et l'Amérique latine, ce qui parait pour le moins hasardeux...

Notre situation ressemble, dans les grandes lignes, à celle de l'Empire romain trois siècles après Jésus-Christ, au moment où le christianisme s'impose comme religion d'état et où surtout, les barbares commencent à infiltrer l'Empire, ce qui prendra deux siècles jusqu'à son délitement complet. En même temps il laisse la place au Moyen-âge, qui cette fois sera commun à toute l'Europe, mais émiettera le territoire en communautés de tailles variables, férocement rivales entre elles. La récession sera terrible, les gens abandonnant les villes pour retourner à la campagne trouver de quoi se nourrir.

Nous avons le choix aujourd'hui entre une procédure de type régression médiévale, avec récession économique gravissime à la clef, ou organisation du rééquilibrage de la planète, pour en accompagner les à-coups, ce qui implique non pas moins de mondialisation, mais tout au contraire davantage, pour créer un échelon de gouvernance mondiale de type fédéral et démocratique. La deuxième solution ne nous épargnera pas quelques déchirements dramatiques, car le temps où nous avions tout et eux rien est terminé. Mais la transition vers un nouvel équilibre mondial, plus juste, et plus stable, donc plus durable, d'autant qu'il tiendra mieux compte de l'environnement,  serait à coup sûr adoucie. Profitons en, tant qu'il est encore temps de choisir entre la concertation et l'affrontement.

Commentaires

Pourquoi suis-je pris d'un irrépressible fou-rire quand je lis:"...un échelon de gouvernance mondiale de type fédéral et démocratique."? Sans doute est-ce du au parfum d'oxymore qui se dégage de cette "belle" phrase...

Écrit par : Azrael | 20/12/2010

rrr

Écrit par : guillot | 20/12/2010

Merci à mes deux aimables commentateurs de leurs remarques fortes...
Ainsi donc, selon Guillot, je me répète, voire je radote. Il préférerait sans doute lire quelque imprécation bien sentie.
Quant à Azraël, il croit déceler dans ma prose un oxymore. Qu'est-ce ? Je cite:

"En rhétorique, un oxymore ou oxymoron, du grec ὀξύμωρος (oxúmōros - de ὀξύς, « aigu, spirituel, fin » et de μωρός, « niais, stupide », mot qui en grec signifie « malin stupide, spirituel sous une apparente stupidité », lui-même un oxymore) est une figure de style qui vise à rapprocher deux termes (un nom et un adjectif) que leur sens devrait éloigner, dans une formule en apparence contradictoire".

Perso, je me satisferais volontiers de la première acception, à savoir le truc malin sous son apparence naïve :-) Mais cela ne serait pas de nature à déclencher le fou-rire d'Azraël. Donc il décèle dans la juxtaposition de mes qualificatifs une contradiction insoluble. Laquelle ? Pas entre fédéral et démocratique je suppose, sinon, il ne serait pas suisse, de gauche et fier de l'être... Ce qu'il est. Pas non plus entre gouvernance mondiale et fédérale je présume, car si gouvernance mondiale il devait y avoir elle serait presque forcément fédérale... Donc c'est entre Gouvernance mondiale et démocratique qu'il décèle une contradiction rejoignant ainsi les thèses classiques de l'extrême droite et depuis plus récemment, de l'extrême gauche.
Plus récemment parce que de mon temps, lorsque j'étais jeune et gauchiste, beaucoup d'entre nous étions internationalistes. Je le suis resté, tout en devenant libéral, alors que beaucoup (trop) de mes anciens copains gauchos sont devenus nationalistes. Ils ont pris apparemment le reste du monde en grippe, mettant leurs intérêts de classe moyenne ou prolétaire occidentale avant ceux des pauvres du reste du monde. Il est vrai que c'est difficile de reconnaître, lorsqu'on est de gauche, qu'on est un odieux privilégié, même avec 4000 balles par mois à Genève, comparé à une bonne moitié de la planète...
Mais sans même entrer dans ce débat, je ne vois franchement pas en quoi une gouvernance mondiale ne saurait être démocratique ? Certes actuellement, elle ne l'est pas vraiment. L'ONU, comme le G20, ne sont pas des représentations équitables des peuples du monde. Mais rien n'empêche d'imaginer de nouvelles structures et de battre pour les mettre en place. ONU ou G20 ne sont que les émanations de nos gouvernements respectifs, sur lesquels nous avons dans l'ensemble quelques moyens de pression démocratiques justement.
A moins bien sûr que ce ne soit l'idée même d'une gouvernance mondiale démocratique qui fasse peur ? Parce que la démocratie, c'est la loi du nombre et que quelque soit le procédé électif choisi, il est certain que l'Europe, la Suisse et leurs richesses respectives n'y seront pas toujours majoritaires. Surtout lorsqu'il s'agit des richesses des autres, qui fructifient chez nous.

Je radote ? Sans aucun doute. Mais je préfère encore radoter et prêcher dans le désert, depuis quelques temps, sans jamais me demander à quoi ça sert... Car il n'y a pas vraiment d'alternative à la gouvernance mondiale que l'affrontement général des peuples et des irrédentismes, religieux, claniques ou idéologiques.
Small is beautiful, me disait mon ami taxi. Mais c'est juste un slogan. Il y a des choses petites très très moches et de très grandes magnifiques. Et le défaitisme de Guillot ou d'Azraël, genre "de toute façon on n'y arrivera pas, le monde est pourri de toute manière", ce n'est pas du tout ma façon de voire les choses.
Il existe un moyen de sortir par le haut des difficultés actuelles. Non pas de les éliminer complètement, mais d'en résoudre une bonne partie. C'est un moyen complexe et un chemin peu sûr, mais moins compliqué et moins risqué que l'alternative "relevons les frontières et pataugeons dans l'affrontement général". Ce moyen, j'ai bien l'intention de radoter jusqu'au bout pour le faire connaître.

Écrit par : Philippe Souaille | 21/12/2010

Bonjour Philippe Souaille,

Certes la mondialisation est un mal indispensable comme vous l'écrivez. Oui, c'est aux états qu'il revient d'assurer la protection sociale des plus faibles, avec les moyens mis à leur disposition. Moyens à la hauteur du niveau du PIB/habitant de chaque état, or les états ne sont pas égaux économiquement.

Jusqu'ici, je suis bien d'accord avec vous ...

Là où je diverge totalement c'est lorsque vous écrivez dans votre commentaire à "Azrael" :

" ONU ou G20 ne sont que les émanations de nos gouvernements respectifs, sur lesquels nous avons dans l'ensemble quelques moyens de pression démocratiques justement. "

Mais où donc voyez-vous "une émanation de nos gouvernements respectifs" dans le G20 ?

Non, le G20 n'a absolument rien de démocratique ! En cela, j'ai déjà eu l'occasion de m'en expliquer avec vous.

Le G20 est un groupe autoproclamé, sans statuts, ni aucune légitimité démocratique, un groupe de puissants qui prétendent régler les affaires du monde selon leurs propres intérêts économiques et géostratégiques dans le plus profond mépris des quelques 180 autres pays de ce monde qui n'appartiennent pas à cette coterie.

Le G20 court-circuite l'ONU en lui imposant des thèmes à résoudre, lesquels conviennent à ses propres intérêts.

Dans l'affaire de la liste noire des "paradis fiscaux", le G20 a imposé son diktat à l'OCDE en établissant elle-même une liste à sa convenance, liste sur laquelle ne figurait aucun état placé sous la juridiction des pays du G20 : ni les îles anglo-normandes, ni les états américains du Delaware, du Nevada, ni Hong-Kong, etc. n'y figuraient ! Ce fut une mascarade !

Parler de légitimité du G20 c'est un peu comme je parlais de légitimité du "G1" (groupe constitué des USA seuls) ou du "G2" ( groupe formé des USA et de la Chine) et qui imposeraient au monde, ses thèmes, ses thèses, ses remèdes, ses règles, etc.

Il existe une organisation fondée pour discuter et tenter de règler les problèmes de ce monde, elle s'appelle "ONU". Elle seule est légitime, quoique l'on puisse parfois en douter ...

Parler de légitimité du G20, c'est relire George Orwell "1984" et en appliquer le scénario ...

Il y a longtemps que je ne crois plus au Père Noël, ce qui ne m'empêche nullement de vous souhaiter un joyeux Noël ! ;o)

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 21/12/2010

J'espère que vos chevilles ne vous font pas trop souffrir et que vous trouvez encore casquette à votre taille.
Je vous concèderai une chose: il est exact que la loi du plus grand nombre comme critère de Démocratie me laisse perplexe quand on voit comment se laissent facilement manipuler par ceux-là mêmes qui les exploitent les majorités des petites communautés dans lesquelles nous vivons. Pas plus que vous je ne connais d'alternative à cette faille dans notre système politique, mais je me refuse à nommer cela Démocratie.

Quant à la "mondialisation" telle qu'elle se présente aujourd'hui, j'y vois surtout la lutte de tous contre tous (à l'exception de ceux qui l'organisent. Problème de lunettes, sans doute.

Écrit par : azrael | 21/12/2010

Azrael, c'est gentil de me signaler que mon ego dépasse les bornes (comme si je n'étais pas capable de m'en apercevoir tout seul) mais en attendant vous ne répondez pas sur le fond.
Jean, je ne vous savais pas de mauvaise foi. Ou alors relisez-moi. J'ai écrit: "je ne vois franchement pas en quoi une gouvernance mondiale ne saurait être démocratique ? Certes actuellement, elle ne l'est pas vraiment. L'ONU, comme le G20, ne sont pas des représentations équitables des peuples du monde". Honnêtement comment faites-vous pour y lire que je considère le G20 comme une entité démocratique ?
En revanche, je maintiens, le G20 n'est ni plus ni moins démocratique que l'ONU. La différence essentielle que je décèle, de votre point de vue, c'est que la Suisse est membre de l'ONU, mais pas du G20, mais il n'y a pas que la Suisse dans la vie et le fond de l'affaire est ailleurs. Le G20, comme l'ONU sont l'émanation de gouvernements dont beaucoup (pas tous) sont démocratiquement élus. C'est par ce biais que nous pouvons y participer.
Le G20 est constitué des 20 premières puissances économiques du monde, représentant 80% du PIB mondial. En fait, on en est même aujourd'hui plutôt à 24. Pas de bol, la Suisse n'y est pas. Trop petite. Mais en revanche, tous les nouveaux géants du BRIC y sont, représentant toutes les parties du monde.
L'ONU réunit, elle, quasi tous les pays du monde, dont la Suisse, mais elle est dirigée par un conseil de sécurité dont seuls les 5 membres permanents bénéficient d'un droit de veto. Ils se trouvent en être également les principaux contributeurs. Chine, USA, Russie, France et Grande-Bretagne, les 5 vainqueurs de la seconde guerre mondiale. C'est sans doute légitime, vu que c'est la loi adoptée par la communauté internationale d'après guerre qui fonde le système, mais ce n'est certainement pas démocratique.
Le système de gouvernance mondiale actuelle n'est pas démocratique, mais il ne tient qu'à nous, à nos pressions sur nos gouvernements respectifs qu'il le soit davantage. Voilà bien un joli combat politique à mener non ? Réaliste, révolutionnaire et pacifique. Tout pour plaire.
Mais bon, je sens que je vais encore devoir prêcher quelques temps dans le désert...

Écrit par : Philippe Souaille | 21/12/2010

une phrase lu dans un livre d'histoire :l'ONU provoque les conflits,l'OTAN les répare à sa façon ,en somme tout le monde tire à soi la couverture pétrole et autres produits essentiels,mais en faisant payer le prix aux toujours mêmes, mondialisation ou pas,le travailleur paie les dégats causés par des potentats,et le mot mondialisation existe depuis 14-18,si on veut être logique!,sans oublier les céréales encore consommables qu'il faut bien liquider avant qu'elles soient périmées,un conflit mondial et le tour est joué,on est tranquille pour quelques années,la mondialisation n'est plus à une vie humaine près,rentabilité voilà le terme exact!
joyeux Noel à vous tous!

Écrit par : lovsmeralda | 22/12/2010

Chère Madame, je ne sais pas de quel livre vous parlez, mais cela me semble une belle bêtise, qui plus est fortement teintée idéologiquement, l'OTAN étant à la botte des Etats-Unis.

Écrit par : Philippe Souaille | 22/12/2010

@ Philippe Souaille,

" Jean, je ne vous savais pas de mauvaise foi. "

Lire de la mauvaise foi dans mes propos est un peu fort ...

Mettre comme vous le faites l'ONU et le G20 sur un même plan ne tient pas la route !

En effet l'une, l'ONU, est constituée de la presque totalité des états de ce monde qui ont pu accéder librement à cette organisation selon des règles établies et publiées. Il est évident que l'immense majorité de ces pays n'ont de démocratique que le nom. Je le déplore comme vous, mais l'ONU aussi imparfaite soit-elle, constitue néanmoins à mes yeux la seule plateforme universelle pour discuter des problèmes de ce monde. La seule qui jouisse d'un semblant de légitimité.
S'agissant du Conseil de sécurité, et vous le savez parfaitement, il n'est pas constitué que des membres permanents, même si ceux-ci peuvent appliquer leur droit de veto aux décisions. Il y a donc des membres qui le sont davantage que d'autres, en cela je suis d'accord avec vous.

Quant à l'autre, le G20, c'est une usurpation de légitimité ! Justifier son existence au seul motif qu'il rassemblerait les 20 plus grandes puissances économiques du monde, alors que chacun sait que ce sont bien les 4 ou 5 plus grands pays qui décident la constitution de cette "fratrie". Il s'agit donc bien d'un système par cooptation où seuls les intérêts des plus puissants sont pris en compte, où les critères d'entrée au "club" ne sont pas exclusivement économiques, mais souvent politiques et géostratégiques, lesquels changent d'ailleurs au gré du pays organisateur de la rencontre.

Comparant l'ONU et le G20, vous écrivez :

" La différence essentielle que je décèle, de votre point de vue, c'est que la Suisse est membre de l'ONU, mais pas du G20, mais il n'y a pas que la Suisse dans la vie et le fond de l'affaire est ailleurs. "

Non, l'ONU est fondée sur des règles et une certaine légitimité, alors que le G20 est un "club" fermé, opaque.
Je dirais que l'ONU est à la démocratie, ce que le G20 est au "Rotary Club" ... Alors ne confondons pas tout !

" Le G20 est constitué des 20 premières puissances économiques du monde, représentant 80% du PIB mondial. En fait, on en est même aujourd'hui plutôt à 24. Pas de bol, la Suisse n'y est pas. Trop petite. "

Oh, je sais parfaitement "qu'il n'y pas que la Suisse dans la vie" et ce n'est point tant l'absence de la Suisse au G20 qui me chagrine, encore que le classement de la Suisse en terme de PIB se situe - ou se situait encore récemment (?) - au 18 ou 19 rang mondial juste devant la Belgique. Mais ce n'est pas le plus important. Non, ce qui me gêne fondamentalement, c'est le fait que des autocrates se sentent obligés de décider pour les autres au motif qu'ils détiendraient à eux seuls et selon eux, toute la science infuse dans le mépris le plus total des laissés-pour-compte en s'arrogeant une légitimité totalement usurpée.

Et en guise de conclusion, vous écrivez :

" Mais bon, je sens que je vais encore devoir prêcher quelques temps dans le désert... "

Oui, mais pour convaincre il faut prêcher en s'appuyant sur des arguments crédibles, pas des sophismes !

Alors "mondialisation, ce mal inévitable", voire indispensable, oui !
Quant au G20, non désolé, vous ne m'avez pas convaincu !

En vous remerciant sincèrement d'alimenter votre blog !

Signé : Jean-de-bonne-foi

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 22/12/2010

Cher Jean, je ne défend en aucun cas le G20 comme modèle. Et votre comparaison entre le G20 et le Rotary est assez juste. Mais vous ne pouvez pas parler d'autrocrates. Sur les 20 pays membres du G20, représentant les 5 continents, 2 peuvent être considérés comme non-démocratiques: l'Arabie Séoudite et la Chine. Un troisième est disons discutable, la Russie. Les 17 autres connaissent des élections régulières et démocratiques. Même si l'on peut regretter les choix en la matière des Italiens, par exemple, ou des Turcs, ce sont les leurs, exprimés de manière légitime.
Vous avez raison, le G20 inclut la prise en compte de la démographie et de considérations régionales, pour inclure par exemple l'Arabie ou l'Afrique du Sud au détriment de pays européens comme la Suisse ou l'Espagne, ce afin d'être mieux représentative, mondialement. Ceci dit, je me suis laissé dire que les anti-chambres des réunions du G20 voient assez souvent passer des diplomates et des financiers helvétiques... Comme quoi.
Sur le fond, je persiste, l'ONU bénéficie d'un meilleur aura, mais en réalité, ne fait pas vraiment mieux. Indépendamment des critères d'efficacité. En fait c'est un peu comme si le G20 fonctionnait comme bureau, ou comme comité de l'association ONU, remplaçant de plus en plus le Conseil de Sécurité. Et à mon avis, c'est tant mieux.
Certes le Conseil de Sécurité comporte des membres non permanents, dont prochainement, espérons-le, la Suisse, mais le droit des veto des 5 permanents leur donne un pouvoir considérable. Ce sont eux qui décident, d'autant que ce sont eux qui paient. Et si vous fréquentez tant soit peu l'ONU, vous savez que les Etats-Unis, principal contributeur, y jouissent d'un poids qui ne correspond plus à leur poids réel. Sans compter l'UE, qui y dispose de deux sièges permanents, quand l'Afrique, l'Amérique Latine ou l'ASEAN n'en ont aucun. Wikileaks a confirmé le soin extrême mis par Washington a contrôler jusqu'aux promotions de tous les cadres au sein du système.
C'est de bonne guerre et à titre personnel, je préfère que ce soit eux que l'Iran, mais tant que les 100 000 habitants de Kiribati auront la même voix à l'ONU que le milliard et demi d'Indiens (15 000 fois plus nombreux), je considérerai que la légitimité et la démocratie de l'ONU laisseront à désirer.
A la Constitution de l'ONU en 45, empires coloniaux aidant, les 5 permanents représentaient 80% de la planète, pour moins de la moitié aujourd'hui. L'idéal serait d'oser modifier le Conseil de Sécurité pour refléter la nouvelle donne mondiale, mais personne ne consent vraiment à bouger, d'où l'émergence de nouvelles structures comme le G20.
C'est en résumé ce que je dis dans mon bouquin. Il faut une gouvernance mondiale, mais celle qui existe doit être sérieusement revue si l'on veut
qu'elle fonctionne efficacement et soit acceptée par les peuples. L'un n'allant pas sans l'autre.
Et merci de vos remerciements, mais je vais devoir à nouveau m'absenter. J'ai vraiment du boulot qui m'attend.

Écrit par : Philippe Souaille | 22/12/2010

@ Philippe Souaille,

Merci de m'avoir répondu !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 22/12/2010

"Nous avons le choix aujourd'hui entre une procédure de type régression médiévale..."

Elle viendra automatiquement si nous laissons entrer les migrants, en particulier les ineptes surplus de population du tiers monde, puisque nous savons déjà que ce ne sont pas les barbares qui se romanisent, mais l'Empire qui se barbarisent.

"Profitons en, tant qu'il est encore temps de choisir entre la concertation et l'affrontement."

Oswald Spengler : "Du peu que nous pouvons connaître des événements du futur, une chose est certaine : les forces du mouvement du futur ne seront rien d'autre que celles du passé : la volonté du plus fort, les instincts vitaux, la race, la volonté de posséder, et le pouvoir."

A moins que vivre dans l'illusion vous soit vital, vous devriez vous résigner.

Parce que vos solutions de Blanc et vos idéaux humanistes, les peuples jeunes qui cherchent la brèche où s'infiltrer pour balayer tout, ils n'en ont rien à cirer. Pas que ce soit du chinois, non, mais parce que de leur point de vue, ils puent l'arnaque.

Écrit par : Scipion | 23/12/2010

Scipion, veuillez m'excuser de ne pas prendre pour argent comptant les prédictions d'un écrivain fasciste datant de près d'un siècle. Même s'il a rompu avec Hitler après le massacre des SA, Spengler n'est franchement pas ma tasse de thé ! Par ailleurs, le monde qu'il décrivait était celui du début du siècle passé.
Je pars justement du principe que les choses évoluent et que l'Histoire a un sens. Même si le danger de connaître une 3ème guerre mondiale reste extrêmement présent, il y a sur cette planète suffisamment de forces conscientes et responsables qui cherchent à l'éviter pour, espérons-le, y parvenir.
Paradoxalement, c'est la pertinence de votre dernier paragraphe qui m'incite à vous répondre. Etant très impliqué dans les échanges avec ceux que vous appelez "les peuples jeunes" (au fait, y incluez-vous les chinois ?), je suis parfaitement conscient que l'ethnocentrisme forcené de la Chine, comme le désir de revanche et le manque de pratique diplomatique de l'Afrique, représentent d'énormes dangers pour la gouvernance mondiale pacifique, démocratique et équilibrée que je prône. D'autant que les peuples en question ont quelques raisons de craindre une nouvelle embrouille après s'être fait joyeusement mystifier au XXème siècle.
L'exemple de Gbagbo et surtout l'attitude des jeunes africains en réaction aux déclarations de l'ONU et de la communauté internationale est éclairant. Nombre d'entre eux, notamment parmi les congolais, où l'ONU a pris quartier, se rangent aux côtés de Gbagbo sur les forums. Mais d'autres voix, en particulier au Sénégal, s'élèvent et font entendre le discours de la raison, de l'équité et de la justice, indépendamment de la couleur de peau des conseilleurs.
Je préfère miser sur ces derniers et travailler à améliorer le futur que de baisser les bras et de construire des murs et des bunkers. D'ailleurs, à propos des analyses de Spengler, s'il déchiffrait correctement les nuages de guerre qui s'amoncelaient sur le monde, il se trompait lourdement sur la solution, puisqu'il prônait la mise en place d'un système dictatorial - style fascisme à l'italienne - seul moyen selon lui d'arracher la victoire.
Parce que jusqu'à nouvel avis, ce sont les démocraties qui ont gagné et le Duce a fini pendu par les pieds, par de simples partisans...

Écrit par : Philippe Souaille | 23/12/2010

"Scipion, veuillez m'excuser de ne pas prendre pour argent comptant les prédictions d'un écrivain fasciste datant de près d'un siècle..."

Ce n'est pas une prédiction, c'est un constat qui repose sur la pérennité de la nature humaine. Et puis, la paix universelle est impossible,tout simplement parce qu'elle postule que tout le monde soit faible et timoré, ou fort et déterminé, en même temps.

Or, comme nous sommes dans une phase, peut-être pas irréversible, de faiblesse et de lâcheté, c'est très logiquement nous qui nous faisons les apôtres de la paix universelle et d'une gouvernance mondiale que des gens qui sont infoutus de diriger correctement un pays, une province ou une ville, seraient déjà incapables de concevoir.

Les Chinois, c'est autre chose. Ils forment, à tout le moins une grande partie d'entre eux, un peuple proactif, c'est-à-dire qui trouve en lui-même les ressources de son développement, ce qui n'est pas le cas des peuples jeunes auxquels je pensais. Mais, du train où vont les choses, on ne peut exclure qu'un jour, ils fassent la guerre pour se procurer des femmes.

"Mais d'autres voix, en particulier au Sénégal, s'élèvent et font entendre le discours de la raison, de l'équité et de la justice..."

Comme un Mandela, par exemple, j'imagine... Dont les héritiers ont solidement planté les crocs dans le fromage sud-africain et qui, de purs esprits idéalistes, ont passé à aussi corrompus que les dirigeants de n'importe quel pays du continent.

"Je préfère miser sur ces derniers et travailler à améliorer le futur que de baisser les bras et de construire des murs et des bunkers..."

Chacun son créneau, mais quand vous serez fatiqué de travailler pour rien, vous serez tout content de profiter de nos murs et de nos bunkers. Que nous édifions sans baisser les bras, au contraire.

"il se trompait lourdement sur la solution, puisqu'il prônait la mise en place d'un système dictatorial - style fascisme à l'italienne - seul moyen selon lui d'arracher la victoire."

A l'époque, il y en avait qui ne juraient que par Staline. Plus tard, on n'en trouvera qui ne jureront que par Mao, et plus près de nous que par Chavez, ce qui trahit une lourde "chute de style" comme disent les Italiens :o)

"Parce que jusqu'à nouvel avis, ce sont les démocraties qui ont gagné..."

Mais à quel prix si on en juge par l'état de délabrement sociétal dans lequel elles se retrouvent septante-cinq ans plus tard. Il aura suffi qu'on leur ôte la béquille soviétique pour qu'on découvre à quel point elles étaient éclopées. Et cela aurait sans doute "enchanté" l'auteur du "Déclin de l'Occident".

Écrit par : Scipion | 23/12/2010

Scipion, si l'âme humaine est assez pérenne, il se trouve que depuis Hammurhabi au moins (quelques millénaires avant la naissance de votre pseudonyme), les humains ont inventé des lois pour y remédier. Cahin caha, clopin clopant, ça fonctionne. En dépit des efforts acharnés de quelques fachos dans votre genre (et que l'on ne vienne pas me dire que j'insulte au lieu d'argumenter, je ne fais que citer vos propres références) pour nous jeter les uns contre les autres.
Pour le reste, je préfère 1000 fois l'état de délabrement sociétal de notre XXIème siècle que de devoir raser les murs et baisser le regard à chaque fois que je vois passer une chemise noire. Franchement, je ne crois pas être le seul.
Quant à vos délires racistes sur les chinois et les peuples jeunes, vous devriez vous documenter un peu mieux. Parce que l'Afrique est en train de décoller. Et que les jeunes entrepreneurs qui en sont à l'origine ont des aspirations très proches des miennes, pour ce que j'en sais. Très loin des flots de haine et de peur qui suintent par tous les pores de votre discours.
Aussi loin de votre discours que celui des jeunes fachos "mélanodermes" en est proche. C'est cela qui est réconfortant, au fond: tous les racistes et les salopards aigris se ressemblent, d'où qu'ils viennent sur la planète. Tandis qu'entre personnes ouvertes et intelligentes, on finit toujours par se comprendre.
Sur ce, je coups là n'ayant plus de temps à consacrer à la validation ou à la réponse aux commentaires

Écrit par : Philippe Souaille | 23/12/2010

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