20/12/2010

La mondialisation, ce mal indispensable

Extrême-gauche, extrême-droite, philosophes, penseurs, écrivaillons de petit et grand talent, l'Europe entière bruisse d'une même rumeur qui s'enfle, année après année, au point d'en devenir la doxa des médias: "La mondialisation est la cause de tous nos maux, et il faut l'enrayer". Le peuple, dit-on, serait sur la même longueur d'ondes. Dès lors, il suffirait de relever les frontières pour tout remettre en ordre.

Ce raisonnement n'est pas que simpliste, il est surtout faux. On peut comprendre que "le peuple" regimbe devant ce qu'il ressent avec raison comme des menaces pesant sur son niveau de vie. Les intellectuels et les politologues qui surfent sur la vague pour profiter de la mousse, sont eux impardonnables. Tout d'abord, la mondialisation n'est pas la cause de nos maux, même s'il est vrai que les carences de coordination (= gouvernance) mondiale du phénomène en accentue les effets les plus négatifs.

Plus grave, la mondialisation, il nous serait juste impossible de nous en passer. Indissociable de l'essor industriel depuis au moins deux siècles, elle existait sous d'autres formes jadis, notamment le colonialisme, qui ne sont plus possibles aujourd'hui. Mais cela fait un sacré bout de temps que l'on ne vit plus en autarcie et nous serions totalement incapables de nous passer des matières premières qui nous viennent d'ailleurs. Sans même parler des débouchés que cela crée pour nos entreprises à l'export.

Fermer les frontières, ce serait renoncer au pétrole (bingo: plus d'essence ni de matière plastique) au gaz naturel, aux bananes, à ce minerai indispensable aux téléphones portables que l'on ne trouve qu'au Congo, etc, etc...

Durant près de deux siècles, l'Europe, assise sur sa suprématie militaire, a mis le reste du monde en coupe réglée et pillé joyeusement ses ressources naturelles sans en payer le juste prix. Ce qui lui a permis de financer un système social aussi sophistiqué que coûteux. Puis les Etats-Unis ont pris le relais, sans le système social, en contraignant l'Europe a décoloniser. La Suisse fait évidemment partie de l'Europe en ceci comme en tout, car même sans colonies directes, elle était étroitement imbriquée dans le système au travers de ses structures financières et de ses liens étroits avec les grands pays européens. Aujourd'hui, notre système social a besoin de croissance pour continuer de se financer, alors que la croissance européenne est à la ramasse.  Une croissance démographique suffirait, mais sa courbe est au moins aussi plate que celle de la croissance économique.

C'est pour cela que nous ne pouvons nous passer ni de la mondialisation, ni même de l'immigration. Pas question de fermer les frontières, sous peine de récession dramatique à court terme, d'explosion des systèmes de sécurité sociale dans un deuxième temps. La clairvoyance des milieux prônant l'isolationnisme et le repli sur soi se mesure à l'aune des dernières déclarations de Blocher, qui veut obliger les candidats au séjour en Suisse à parler l'une de nos langues nationales (et demain le züridütsch obligatoire pour Bâlois et Bernois à Zürich ?). Ce qui reviendrait à exclure du marché du travail genevois, à la finance et à l'international, un cinquième du personnel... Que l'on pourrait bien sûr sans autre remplacer par des chômeurs genevois ! Ou des frontaliers, tant que le français reste reconnu langue nationale :-)

Pendant ce temps, le reste du monde, pays émergents en tête, continue de croître et de se multiplier. Heureusement, leurs courbes à eux ont cessé de se redresser à grande vitesse et au fur et à mesure de leur développement, ralentissent le rythme. Tôt ou tard, tout cela va s'équilibrer. Mais cela prendra du temps, et si le niveau de vie des autres parties du monde va augmenter de manière exponentielle dans les années à venir, le nôtre a toutes les chances de stagner, voire de reculer.  On peut donc comprendre que nos populations soient effectivement sur leurs pattes de derrière à cette idée. Mais il n'y a pas d'alternative. Sauf à recoloniser l'Asie, l'Afrique et l'Amérique latine, ce qui parait pour le moins hasardeux...

Notre situation ressemble, dans les grandes lignes, à celle de l'Empire romain trois siècles après Jésus-Christ, au moment où le christianisme s'impose comme religion d'état et où surtout, les barbares commencent à infiltrer l'Empire, ce qui prendra deux siècles jusqu'à son délitement complet. En même temps il laisse la place au Moyen-âge, qui cette fois sera commun à toute l'Europe, mais émiettera le territoire en communautés de tailles variables, férocement rivales entre elles. La récession sera terrible, les gens abandonnant les villes pour retourner à la campagne trouver de quoi se nourrir.

Nous avons le choix aujourd'hui entre une procédure de type régression médiévale, avec récession économique gravissime à la clef, ou organisation du rééquilibrage de la planète, pour en accompagner les à-coups, ce qui implique non pas moins de mondialisation, mais tout au contraire davantage, pour créer un échelon de gouvernance mondiale de type fédéral et démocratique. La deuxième solution ne nous épargnera pas quelques déchirements dramatiques, car le temps où nous avions tout et eux rien est terminé. Mais la transition vers un nouvel équilibre mondial, plus juste, et plus stable, donc plus durable, d'autant qu'il tiendra mieux compte de l'environnement,  serait à coup sûr adoucie. Profitons en, tant qu'il est encore temps de choisir entre la concertation et l'affrontement.

16/12/2010

Cercueils, macaques et macaroni

En prétendant renvoyer la racaille française dans des cercueils, Eric Stauffer n'a pas franchi la ligne, il patauge de l'autre côté depuis le début. Il y a des gens qui ont des buts ou des idéaux: Lui, c'est le pognon vite acquis, mais comme toutes les entreprises financières dans lesquelles il s'est investi ont fait faillite, c'est devenu la politique, option fascisme et haine de l'autre. De parvenir à en faire un fond de commerce en dit long sur les dangers de notre temps.

Le Président du "Mouvement Citoyen Genevois" est en parfaite contradiction avec tout ce qui fait Genève et la Confédération Helvétique: la Suisse fut à l'origine de l'abolition de la peine de mort et les Conventions de Genève sont à l'opposé des éructations du tribun d'Onex.

Accessoirement, la racaille française qu'il veut faire passer de vie à trépas a certes commis des hold up et braqué des bolides en utilisant des explosifs et des armes de guerre, mais n'a jusqu'à présent tué personne, pas même blessé quiconque. Le seul mort, c'est ce voleur de bagnoles qui a cru bon de foncer à tombeau ouvert sur un barrage de police. Il s'est pris une balle qui relève probablement de la légitime défense, la justice tranchera. Mais s'en prendre aux forces de l'ordre doit amener des conséquences, c'est le début du respect, même si c'est cher payé.

Foin d'angélisme. Les truands sont des truands, et doivent être traités comme tels, notamment en donnant aux forces de l'ordre les moyens de les combattre. Qui soit dit-en passant, consistent bien davantage à effacer la frontière pour les-dites forces de l'ordre qu'à la fermer, n'en déplaise à certains commentateurs davantage exaltés par leurs idées que par la réalité. C'est la collaboration entre les divers corps des deux pays qui est la seule réponse efficace.

Force doit rester à la loi. La loi dit, dans tous les pays du monde: "Tu ne tueras point". Et si tu commets des actes délictueux, tu dois être puni, proportionnellement à ces actes et de manière juste. Pas n'importe comment. Le laxisme de la justice doit être combattu, mais certainement pas en lui substituant la loi de Lynch... Si le Président du MCG n'est pas capable de comprendre une chose aussi élémentaire, il ne peut prétendre à une quelconque responsabilité publique.

Il n'en est pas à sa première bavure. Traiter les Libyens - voire les Africains en général - de "macaques" en pleine affaire des otages, c'est aussi bête que méchant. De pareilles saillies, même les Le Pen n'osent pas. "Macaques", c'est tout de même autrement plus insultant que "macaroni", non ?

D'où lui vient cette haine des Français, des Arabes, et des Français arabes en particulier? A moitié italien, il a grandi en des temps où Genève s'inquiétait des truands venus d'Italie. Qui tiraient dans le tas, en faisant des morts. Jeune journaliste, j'ai assisté en direct à la fuite spectaculaire de Carlo Grua, braquant arme au poing une golf blanche banalisée, sous le nez des flics genevois qui la conduisaient.

La police genevoise s'est vengée de l'outrage (et du meurtre d'un policier), quelques temps plus tard, en exécutant Grua lors de son arrestation. Pas très casher, en termes de procédure judiciaire, mais le gars était un tueur patenté. Aucun responsable politique d'alors n'aurait cependant eu le mauvais goût de s'en réjouir publiquement ou de parler de "racaille italienne"...

Les flics genevois étaient pourtant sur le qui vive. Les braquages (avec des butins spectaculaires), se succédaient. Pour un simple excès de vitesse sur le Quai de Cologny, à 4 heures du matin, je m'étais retrouvé avec deux flingues sous le nez accompagnés de ces excuses d'un inspecteur: "Une Alfa à plaques noires, on vous a pris pour un gangster italien". J'aurais donc pu me faire tuer parce que je conduisais une Alfasud immatriculée 74, ce qui de loin pouvait la faire passer pour italienne...

Le professionnalisme des officiers de police genevois avait heureusement limité les risques. Je n'ose imaginer ce qu'il en serait avec des séides à la solde de Stauffer.