26/01/2011

Identitaires, altermondialistes ou décroissants, votre monde restera global

Pour se flanquer les jetons, aujourd’hui, plus besoin de film d’horreur, il suffit d’aller jeter un œil sur le web, au rayon des idéologies politiques. Partout la même haine qui monte, de tous contre tous. C’était déjà le constat qui m’avait poussé à écrire l’Utopie Urgente, parue en 2007, mais depuis les choses ont empiré.

Le plus consternant à mes yeux, c’est ce bloc identitaire qui étend ses ramifications dans toute l’Europe, pillant sans vergogne l’idéologie fasciste et nationaliste, n’hésitant pas à puiser son inspiration graphique dans l’iconographie national-socialiste. En plus ils sont intelligents, certes pas très nombreux, pas plus que nous ne l’étions, gauchos ou fachos à ma génération, il y a 40 ans… Sauf que la plupart des politiciens de ma génération, aujourd’hui aux affaires, sont issus de ces blocs extrémistes, en France comme en Suisse et que c’est pareil à chaque génération. Alors bien sûr, ils mettront de l’eau dans leur vin, apprendront la pesée d’intérêts, deviendront des adultes responsables… En attendant leur pensée diffuse dans quasiment toutes les couches de la société. Je suis frappé de constater l’infléchissement du discours de nombreux intellectuels ou militants, dans les blogs ou ailleurs, qui reprennent peu ou prou le discours identitaire.

En gros, préférence nationale ou même plutôt locale, préservation des cultures et des agricultures de proximité, culte du chef charismatique, travestissement de l’Histoire pour n’en garder que ce qui conforte, appel à une démocratie de proximité, réservée bien entendu aux seuls ayants droits, rejet des excès du capitalisme et du libre échange, et bien entendu de toute forme de gouvernance supranationale…

Dit comme ça, il y a bien des aspects du discours dans lequel certains de leurs ennemis du moment pourraient se reconnaître. Je pense aux altermondialistes et aux « anti-fa » écolos, qui vouent la même passion au local et la même haine à l’OMC. Même leurs pires ennemis, les fondamentalistes islamiques, pourraient reprendre sans autre une bonne partie du discours. D’ailleurs les identitaires le résument fort bien en affirmant qu’ils ne sont pas racistes, mais que chacun chez soi…

Bref, ce à quoi l’on assiste, si l’on veut bien un moment prendre de la hauteur, c’est aux soubresauts d’une jeunesse mondialement déstabilisée par le décalage entre ses aspirations virtuelles et les dures réalités de la vie, dans un monde en pleine mutation. Du coup les réflexes les plus ataviques remontent à la surface. Les « c’était mieux avant » et les « c’est la faute aux étrangers »… ou aux salopards de riches. Et aussi aux vieux. Dont pour la première fois de ma vie, je me sens devoir faire partie…

Les identitaires ont sur les altermondialistes et les décroissants l’avantage d’avoir un discours cohérent. Pas facile en effet de prôner l’ouverture des frontières aux personnes, quand on veut les fermer aux marchandises. Outre que c’est économiquement extrêmement préjudiciable aux pays du sud que l’on prétend soutenir. Avec les identitaires au moins les choses sont claires : chacun chez soi et adieu la solidarité. Comme cela, lorsque nous serons devenus un dominion chinois, nous resterons seuls avec notre problème…

Tous ces mouvements de jeunesse, forcément, ont raison quelque part, parce que la jeunesse a toujours raison, ne serait-ce que parce qu’elle est l’avenir et que tôt ou tard, c’est elle qui décide. Heureusement, en général, à ce moment là, elle n’est plus la jeunesse. Là où ils ont globalement tort, tous autant qu’ils sont c’est dans leur refus de voir la globalisation comme un phénomène inéluctable.

Certes, le Moyen-âge, après l’Empire romain, a marqué un repli sur soi, une baisse drastique des échanges, comme d’ailleurs après tout effondrement impérial. Mais pas leur arrêt, ni leur disparition. Au contraire. Et les moyens de communication sont tels aujourd’hui , matériels mais aussi virtuels, qu’il parait fort peu probable qu’ils disparaissent. Par ailleurs, nous ne sommes précisément plus au VIème siècle, et bien des différences font que notre moyen âge – Qui reste effectivement une probabilité forte – ne sera pas qu’un repli sur soi.

La première de ces différences est l’existence de la bombe atomique. Certes des savoirs peuvent se perdre, mais il est fort douteux que celui-ci disparaisse et fort probable que l’on assiste au contraire à sa diffusion croissante. Le bon côté des choses, c’est que n’importe quel gouvernement responsable hésitera à deux fois avant de s’en servir. A fortiori s’il n’existe qu’à l’échelle régionale, car plus vous projetez l’atome sur votre voisin proche et plus vous héritez des retombées radioactives de votre propre action, avant même que votre ennemi ait répliqué. Le mauvais côté, c’est que l’action d’un irresponsable, gouvernemental (ça existe, et plus on descend à l’échelle régionale, plus le risque est grand) ou individu terroriste, ne saurait être exclu. Donc il faut une coordination globale pour superviser la chose et réduire les risques.

La deuxième de ces différences, c’est que même en décroissant à mort, quitte à arrêter quasiment la machine industrielle, on aura toujours besoin de matières premières. Qui ne se trouvent pas chez nous. Et encore plus si l’on maintient des industries. Donc il faut là encore des pouvoirs de régulation. Sans compter toute l’infrastructure technocratique et réglementante mondiale dont on pourrait difficilement se passer, pour prévoir le temps, faire voler un avion, répartir les fréquences radios entre pays voisins etc…

Le but même que tous ces mouvements de jeunesse partagent (certainement avec raison), à savoir à minima l’encadrement de la croissance et sa canalisation pour éviter qu’elle ne ruine la planète, ce but demeure rigoureusement inatteignable sans coordination mondiale. Réduire la voilure sans que les autres en fassent autant n’aurait aucun sens, non seulement par réciprocité, mais parce que ceux qui le feraient deviendraient bien vite les esclaves technologiques de ceux qui ne le feraient pas… Et ce n’est certainement pas par la résistance et la guerre qu’ils parviendraient à préserver leur indépendance. Ce n’est en aucun cas la résistance qui a délivré l’Europe de l’horreur nazie. Aussi louable, valeureuse et utile qu’elle ait pu être, elle a surtout contribué à raidir les fronts. C’est la supériorité technologique et la puissance mécanique des alliés qui leur a permis de vaincre.

C’est pourquoi le combat des identitaires est un combat d’arrière garde, certes romantique mais totalement désuet et à cent lieues de la modernité qu’ils prétendent incarner. L’islam fondamentaliste dont ils font leur principal ennemi pourrait certes avoir une influence sur nos modes de vie, s’il venait à triompher en occident, mais il y a objectivement fort peu de chances. Les fondamentalistes ne sont pas plus nombreux que les identitaires. Certes pas moins remuants, et démographiquement plus combatifs mais au moins aussi anachroniques et, clairement, hors sol en Europe. L’avenir de la Tunisie est plus ambigu, mais même si les islamistes parvenaient à y squatter la démocratie et de là à faire tâche d’huile sur le Maghreb et le Moyen-Orient, le Khalifat n’aurait toujours pas traversé la Méditerranée, et n’aurait pas les moyens technologiques et militaires de le faire. Quant à le faire de l’intérieur, c’est oublier qu’en immigrant ici, les musulmans s’occidentalisent et se laïcisent. Au moins la grande majorité d’entre eux, même si ce ne sont pas les plus visibles. Certes l’Empire romain s’est effondré de l’intérieur, à force de laisser les barbares romanisés occuper peu à peu tous les postes clés, mais il était temps pour l’Empire de laisser la place à un monde nouveau, né de la fusion de Rome et des barbares, précisément.

Le vrai défi, aujourd’hui, pour les peuples d’Europe et notamment pour les jeunes, c’est d’affronter le rééquilibrage des richesses du monde, qui ne va pas leur être favorable. La seule solution leur permettant de préserver une certaine qualité de vie serait la fuite par le haut, vers des technologies toujours plus sophistiquées, profitant de l’avantage comparatif que nous avons encore, pour quelques temps, sur ce terrain. Las, ils n’en prennent pas le chemin, délaissant massivement les études technologiques. C’est là qu’il faudrait lutter contre la décadence. Mais c’est nettement moins facile et amusant que de dénoncer l’islamisme qui envahit nos campagnes…

Commentaires

A noter que la gouvernance globale, telle qu'elle s'imposera tôt ou tard, même si c'est après la 3ème guerre mondiale, n'a aucune raison d'être le fossoyeur des identités ou même le vecteur d'une consommation planétaire uniformisée.
La gouvernance globale, c'est juste mettre en place des structures démocratiques d'envergure mondiale pour gérer à l'échelle planétaire ce qui ne peut l'être efficacement qu'à ce niveau : la prolifération nucléaire et les armes de destruction massive, les flux financiers et l'harmonisation des fiscalités, les directives environnementales globales, les programmes de développement ou les campagnes de santé globales.
Tout le reste peut et doit être géré à l'échelle locale, à mon avis plus par des pouvoirs régionaux renforcés que nationaux, mais là ce sont précisément des choix locaux qui doivent intervenir.
Si l'OMS existe et lance un programme de recherche mondial contre le paludisme, par exemple, cela ne signifie évidemment pas que votre médecin de famille ou votre assurance maladie doivent être gérés par le-dit OMS. C'est la même chose dans tous les autres domaines et cela s'appelle la subsidiarité, une dialectique du qui fait quoi dont la Confédération, les cantons et les communes sont devenus de vrais spécialistes.
A l'inverse, si la Confédération, seule dans son coin, se mettait à élaborer une arme (ou un système de production d'énergie par exemple) dont la simple existence représenterait un danger majeur pour l'humanité, il va de soi que ses voisins seraient fondés à intervenir. Juges étrangers ou pas, la souveraineté nationale, cantonale ou régionale a des limites. Qui doivent être définies précisément, pour limiter abus et conflits.
Voilà le monde de demain. Un monde de juristes plus que de matamores. Mais c'est le droit et la paix qui fondent les prospérités, facteurs de progrès.

Écrit par : Philippe Souaille | 26/01/2011

Permettez-moi de reproduire ici un article récent de Catherine Dubouloz pour l'AFP

La grande majorité des jeunes loue les bienfaits de la mondialisation

Alors que la jeunesse des pays émergents a foi en l’avenir, les Européens sont plus timorés. En France, le bonheur se trouve surtout dans la sphère privée et familiale

En Tunisie, depuis que Mohamed Bouazizi s’est immolé par le feu, les jeunes ont été l’un des fers de lance de la révolution du jasmin. En France, dans les manifestations de l’automne dernier, lycéens et étudiants scandaient à pleins poumons leur crainte de ne pas trouver un emploi. Dans les quartiers difficiles de la banlieue parisienne, ceux qui s’enflamment régulièrement, le taux de chômage peut dépasser 40% parmi les moins de 25 ans. «Les sociétés paient toujours chèrement leur désintérêt pour la jeunesse», estime Dominique Reynié, le directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, et l’actualité semble lui donner raison.

Comment les jeunes envisagent-ils l’avenir? Se sentent-ils sacrifiés ou la mondialisation est-elle à leurs yeux source d’espoir? Le politologue vient de diriger une enquête internationale sur la jeunesse pour mieux connaître ses aspirations et ses valeurs. Réalisée dans 25 pays* auprès d’un public âgé de 16 à 29 ans, elle met en lumière une vision du monde et des désirs contrastés entre la jeunesse des pays émergents et celle du Vieux Continent.

Un monde prometteur

Globalement, «le monde nouveau est perçu comme un monde de promesses», a souligné Dominique Reynié, lors de la présentation de l’étude mardi à Paris. «Le scepticisme que la mondialisation peut déclencher dans quelques pays, en particulier chez nous, ne représente qu’une exception.» Les jeunesses des pays émergents apparaissent optimistes et volontaires. Elles croient à la fois en leur avenir personnel, en celui de leur pays et dans les perspectives offertes par la globalisation. C’est le cas pour 91% des Chinois, 87% des Indiens et 81% des Brésiliens, le «trio triomphant».

Les Européens sont un peu plus en retrait: 65% d’entre eux considèrent la mondialisation comme une opportunité. La méfiance est la plus forte en Grèce et en France: respectivement 50% et 47% des jeunes la voient comme une menace. Ils apparaissent «hésitants et craintifs» et leur réserve «risque de ressembler à l’amertume des vaincus plutôt qu’à une force capable de faire contrepoids», souligne le politologue.

La déprime française

Les Français se distinguent par leur pessimisme et leur scepticisme, confirmant des sentiments décrits par d’autres études. Mais l’enquête dévoile une situation singulière. Elle se traduit par un phénomène «d’inquiétude publique et de bonheur privé». Ainsi, 71% des jeunes estiment la situation de leur pays insatisfaisante (69% en moyenne parmi les Européens) et seuls 17% pensent que l’avenir est prometteur. «Les discours sont trop anxiogènes en France, estime le politologue. Cessons de parler de notre déclin et trouvons les chemins d’une réconciliation avec l’avenir, qui ouvre aussi des possibles.» Les opportunités sont parfaitement identifiées par les Chinois ou les Indiens, confiants eux dans le destin de leur pays à plus de 80%.

Mais, paradoxalement, 83% des jeunes de l’Hexagone sont satisfaits de leur propre vie, de leur temps libre, de leurs amis, de leur famille, même si le travail reste source d’inquiétude. Seule la moitié est sûre d’avoir «un bon travail» à l’avenir, contre 71% en Allemagne par exemple. Consolation pour les Français, ils ne sont pas les plus déprimés: le record de découragement et d’insatisfaction est enregistré au Japon.

La hantise du chômage

L’enquête explore le thème brûlant du chômage des jeunes. Chez les moins de 25 ans, 81 millions de personnes étaient sans emploi en 2009, selon le Bureau international du travail (BIT), un chiffre qui n’a jamais été si élevé. En Europe, les jeunes ont bien cerné le risque: 45% d’entre eux voient le chômage comme l’une des plus grandes menaces, avant le terrorisme ou le changement climatique. Et, lorsque travail il y a, seul un jeune sur deux s’en dit satisfait. C’est bien moins que dans des pays émergents (64% en Inde, par exemple).

En lien avec l’emploi, la question de la protection sociale et du financement de la retraite des aînés. Dominique Reynié s’inquiète de voir «s’installer un contentieux» entre les générations: en moyenne, 39% des jeunes Européens et 47% des Américains ne sont pas prêts à payer pour les retraites de leurs aînés, contrairement aux Indiens (83%), aux Chinois (77%) ou aux Russes (73%).

Défiance envers
les institutions

En Europe, le sondage montre encore de sérieux doutes face à l’Union européenne (UE) et à ses institutions. Moins d’un jeune Européen sur deux dit avoir confiance en l’UE, ce sentiment étant plus grand à l’est parmi la jeunesse des nouveaux Etats membres qu’à l’ouest. Avec le Mexique, l’Italie, l’Espagne et la Grèce, les Français ont la confiance la plus faible (17%) envers leur gouvernement et le parlement.

* Enquête menée dans 25 pays, Afrique du Sud, Allemagne, Australie, Brésil, Canada, Chine, Espagne, Estonie, Etats-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Inde, Israël, Italie, Japon, Maroc, Mexique, Pologne, Roumanie, Royaume Uni

Écrit par : Simone Bolivares | 26/01/2011

Etonnant, ce texte de M. Souaille, complètement déconnecté de la réalité... Qui vient nous dire que seule la force garantie par la supériorité technologique permet de s'imposer, avant de vite corriger le tir par un petit laïus sur le droit et la paix...

Ce que ce texte ne dit pas, c'est que les jeunes générations occidentales (pas la génération dorée des profiteurs à laquelle l'auteur semble appartenir) sont confrontées à des déconvenues terribles. Leur vision de l'avenir s'est brusquement obscurcie au cours des quinze dernières années, sur des points essentiels. Pour ne citer que le point le plus grave: aujourd'hui, on sait que les valeurs démocratiques ne sont pas celles vers lesquelles tendent les peuples non-occidentaux (d'ailleurs, à peine s'est-on réjoui de la chute de tel régime dictatorial qu'on découvre que ceux qui vont vraisemblablement profiter de la révolution sont les islamistes...); 40% des jeunes musulmans au Royaume-Uni souhaitent l'application de la charia (magnifique, la laïcisation dont nous parle M. Souaille). En découlent des craintes légitimes sur la faculté et l'envie d'adaptation des très nombreuses populations d'autres cultures que nous avons accueillies à bras ouverts (croyant que notre modèle allait nécessairement les convaincre). Quiconque ne voit pas cela n'a rien compris au drame de notre époque.

Ce n'est pas par manque de technologie que nous sommes en perte de vitesse. C'est par notre manque de réalisme.

Écrit par : Michael Kohlhaas | 27/01/2011

Bonjour Philippe Souaille,

Après "Le Monde d'hier" de Stefan Zweig, voilà que vous nous livrez votre vision du "Monde de demain" ... ;o)

Ma nature reprenant le dessus, je ne pouvais rester silencieux à votre billet. Permettez-moi donc ces quelques remarques :

1° L'histoire est un éternel recommencement. Votre référence à la chute de l'Empire romain l'atteste d'ailleurs et on pourrait trouver d'autres exemples. C'est pourquoi la situation actuelle n'est guère différente des exemples de l'histoire, sauf que notre horizon contemporain s'ouvre aujourd'hui sur un Monde global. Le Monde est devenu un grand village.
Toutefois, cette globalité s'impose avant tout pour des raisons technologiques et rationnelles, pas humanistes. Les relations et les échanges internationaux répondent avant tout à des intérêts politiques, économiques et financiers. Rien d'altruiste dans tout cela.

2° Dans votre essai, vous opposez "identitaires" à l'Islam fondamentaliste, mais les "islamistes fondamentalistes" ne sont-ils pas eux-mêmes des "identitaires" ?

3° Beaucoup d'utopie certes chez ces identitaires, auxquels j'associe les fondamentalistes de tous bords, et autres altermondialistes, mais cette utopie n'est-elle pas le reflet d'un manque évident de culture et de connaissances économiques surtout, politiques aussi pour bon nombre d'entre eux ?
A cet égard, je citerai simplement le débat actuel en France sur l'abandon de l'Euro et le retour au Franc, censé être la panacée pour un retour à la prospérité de l'Hexagone. A lire les arguments des partisans de cette théorie économique, je suis absolument sidéré par leur myopie, à moins que l'objectif visé soit plutôt une récupération politique, à l'image de Dupont-Aignan par exemple ?

Je suis persuadé que c'est avant tout l'éducation, la culture et l'élévation du niveau de connaissances qui contribuera à contrecarrer la montée en puissance des identitaires, fondamentalistes et altermondialistes.
Il faut sortir les gens de l'utopie, de l'ignorance et les "vacciner" contre les sophismes.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 27/01/2011

Merci Jean, nous sommes bien sur la même longueur d'ondes. Et de fait, fondamentalistes musulmans ou identitaires régionalistes occidentaux sont bien deux facettes d'une même attitude. Leur problème commun, ainsi qu'aux alters, c'est effectivement l'absence de connaissance et de compréhension des mécanismes qui font tourner le monde(économiques, notamment). Ils remplacent cette compréhension par la croyance en l'avènement d'un monde meilleur, dès lors qu'il accepterait d'appliquer "leurs" règles, singulièrement lacunaires et déficientes évidemment, du type "yaka" de bistrot.
L'acculturation de masse, qui semble bien l'une des tendances lourdes de notre époque est masquée par le recours systématique aux facilités d'Internet, qui entre parenthèses, donne à ces mouvements une visibilité qu'ils n'auraient pas autrement. Ils en usent et en abusent, lustrant les quelques éléments de connaissance dont ils disposent, soigneusement sélectionnés pour attirer le chaland. Exactement comme les catholiques de la Contre-Réforme, redorant les églises à grands coups de gothique flamboyant, dissimulant la complexité réelle du monde par une simplification abusive, mais brillante et dorée.
M. Koolhas, la morale et le réalisme ne sont pas forcément antinomiques. On peut faire un constat assez précis sur la manière dont fonctionnent les choses en ce bas monde et décider de se donner les moyens de les améliorer. Notamment par le droit, la délégation de pouvoir, la concentration des forces en une autorité désignée pour cela et contrôlée démocratiquement, toutes ces procédures que les êtres humains ont patiemment mis au point depuis la nuit des temps, pour remplacer la loi de la jungle et le droit du plus fort, qui régnaient à l'âge des cavernes. Cela n'empêche pas que le plus fort reste le plus fort en cas de conflit. Ni qu'il risque d'en sortir malgré tout blessé, ou ostracisé...
C'est pourquoi même le plus fort à intérêt à résoudre les différends autrement qu'en recourant à la force. C'est exactement à cela que sert l'OMC et son organe de règlement des différends, qui parvient à faire condamner un grand pays sur la plainte d'un petit, par exemple.

Écrit par : Philippe Souaille | 27/01/2011

Monsieur Souaille, s'il est évident que ce n'est pas la résistance qui a battu l'Allemagne nazie, il est historiquement erroné de prétendre que cette victoire serait due à la supériorité technologique des Alliés, et il est aisé de le démontrer :

- les nazis ont développé le premier avion à réaction du monde, le Messerschmitt 262 typ "Schwalbe", bien avant que les Alliés ne soient dotés de cette technologie;

- les nazis ont développé et utilisé la technologie des fusées (V1 et V2) bien avant les Alliés, qui ont d'ailleurs engagé des scientifiques allemands pour développer leur propres programmes spatiaux après la seconde guerre mondiale;

- les nazis ont développé le premier véritable sous-marin, capable de demeurer très longtemps en immersion, allant plus vite en plongée qu'en surface et permettant d'échapper à l'Asdic développé par la marine anglaise, soit l'U-boot typ XXI, bien avant que les Alliés ne maîtrisent la technologie correspondante, qu'ils ont d'ailleurs simplement copiée à partir des U-boot typ XXI pris aux nazis à la fin de la seconde guerre mondiale (les sous-marins diesel-électriques actuels utilisent toujours cette technologie);

- le seul domaine où on pourrait hésiter est le nucléaire, or la bombe atomique n'a pas été utilisée par les Américains pour battre l'Allemagne nazie mais pour battre le Japon, et je vous rappelle que l'idée de base qui a permis le développement du nucléaire venait de deux réfugiés allemands, Madame Lise Meitner et Monsieur Otto Frisch.

Ce qui a permis aux Alliés de battre l'Allemagne nazie est le nombre et la puissance économique des Américains (cf l'histoire des fameux Liberty Ships qui ont permis aux Anglais de tenir, assurant une base pour le débarquement) et des Russes.

Par ailleurs, si la mondialisation actuelle est évidente, elle n'est en aucun cas humaniste et je ne vois pas comment elle pourrait le devenir : il me semble naïf de croire que le lobbying, la corruption et les pressions diverses qui gangrènent toutes les assemblées parlementaires de nos Etats et des diverses organisations internationales que vous semblez chérir, pourraient disparaître d'un coup de baguette magique s'il n'y avait plus qu'une seule assemblée parlementaire mondiale et qu'un seul organe exécutif mondial.

Tout politicard(e) est avide de pouvoir et plus vous lui en accordez plus il(elle) en abusera, telle est la nature humaine actuelle et il suffit d'observer le monde de manière réaliste et non utopiste, pour le constater.

Voilà pourquoi je doute que la gouvernance mondiale que vous appelez de vos voeux change quoi que ce soit à l'oppression et à l'exploitation des faibles et pauvres par ceux qui sont déjà puissants et riches, et cela est valable tant en ce qui concerne les Etats et les multinationales que les individus.

Écrit par : Fabula | 28/01/2011

Fabula, les nazis avaient l'avion à réaction et les V1, mais heureusement trop tard. Et les premiers avions à réaction étaient certes plus rapide qu'un Spitfire, mais aussi moins maniable (mon père était pilote durant la seconde guerre mondiale). Les U-boot étaient performants, mais les anglais avaient le radar, qui leur offrit la victoire durant la bataille d'Angleterre, au moins autant que le courage des jeunes pilotes de la RAF. Ils avaient aussi ENIGMA, la machine informatique qui leur a permis de casser les codes secrets des armées nazies... Et des escadrilles entières de bombardiers lourds.
Comme vous le dite et comme je l'ai dit, la technologie n'est rien sans la puissance mécanique... Et l'accès aux matières premières, qui fut l'une ces causes majeures de la seconde guerre mondiale autant qu'un atout maître du jeu allié. A méditer dans le contexte qui nous occupe, à savoir l'avenir de la globalisation et la nécessaire organisation commune des sources d'approvisionnement si l'on veut éviter les conflits.

Écrit par : Philippe Souaille | 29/01/2011

Sur la corruption et le lobbying, je n'ai jamais dit qu'il n'y aurait plus qu'une seule assemblée, qui serait mondiale. Il en faut une mondiale, c'est pour moi un fait, qui doit s'occuper des problèmes mondiaux. Il en faut aussi beaucoup d'autres partout, à l'échelle nationale ou mieux régionale, pour s'occuper des problèmes locaux.
Cela supprimera-t-il par miracle lobbying et corruption? Bien sûr que non. Mais ce ne sera en tout cas pas pire qu'avant. Le lobbiyng et la corruption n'empêche pas nos assemblées démocratiques de fonctionner, tant bien que mal, d'une manière en tout cas moins nocive que n'importe quel autre système connu jusqu'à présent. Les choses ne vont pas empirer à l'échelle globale, au contraire, la plus grande diversité des intérêts en jeu devraient plutôt permettre d'équilibrer le jeu.
Il y aurait même incontestablement deux avantages:
1) Le risque d'un dérapage fasciste serait éloigné, car le fascisme est d'abord national et se construit contre l'ennemi étranger. Ce qui est évidemment impossible dans un système où il n'y a plus d'étranger, où le corps électoral est mondial.
2) La surpuissance actuelle, nocive à bien des égards, de la finance et des hyperriches, qui se joue des règles nationales, trouverait enfin un contre-pouvoir à sa mesure, comme ce n'est plus le cas à l'échelle nationale.

Écrit par : Philippe Souaille | 29/01/2011

Je comprends votre idée Monsieur Souaille, mais je ne la partage pas parce que justement, je ne crois pas que le fascisme soit d'abord d'essence nationaliste et dirigé contre l'étranger, je crois qu'il est d'essence simplement égoïste et dirigé contre ceux qui pensent différemment, fussent-ils de la même nationalité ou habitant le même pays que celui dans lequel ce fascisme se développe.

Je constate que les fascistes, dans l'histoire, ont d'abord dirigé leurs persécutions contre ceux qui pensaient différemment dans leur propre pays, et ensuite seulement contre d'autres pays, et encore pas dans tous les cas :

- les fascistes de Mussolini ont d'abord persécuté notamment les syndicalistes et les communistes italiens, avant de s'attaquer à l'Afrique ;

- les fascistes de Franco ont d'abord persécuté notamment les syndicalistes et les communistes espagnols, et les Brigadistes européens ne sont venus qu'ensuite pour aider ces derniers ;

- les nazis de Hitler ont d'abord persécuté notamment les syndicalistes et les communistes allemands, de même que les Juifs allemands ou établis en Allemagne, avant de s'attaquer à l'Europe : je vous rappelle que la "nuit de crystal" a eu lieu en novembre 1938, par exemple ;

- les nombreux dictateurs fascistes d'Amérique latine se sont attaqués aux syndicalistes, socialistes, communistes et coopérateurs de leurs propres pays et n'ont pas attaqué d'autres pays d'Amérique latine ;

- après la révolution iranienne, Khomeini a d'abord persécuté et supprimé les manifestants iraniens qui avaient fait cette révolution (sans lui) et réclamaient la démocratie, pour installer en Iran un pouvoir de type fasciste à mon sens, même s'il se réclamait d'une idéologie religieuse et non politique, et là encore la guerre entre l'Iran et l'Iraq n'a eu lieu qu'ensuite.

L'humain n'a pas besoin d'une frontière pour stygmatiser son semblable sous prétexte qu'il le trouve différent, et malheureusement même une toute petite, même une infinitésimale différence lui suffira pour convaincre bien d'autres humains de le suivre sur un tel chemin.

Pour illustrer cela sur un mode moins sinistre, je vous suggère de regarder ou de revoir l'excellent film de Coline Serreau intitulé "La crise", en particulier la scène où Patrick Timsit, qui joue un SDF déclarant à qui veut l'entendre qu'il "n'aime pas les Arabes", emmène Vincent Lindon dans la famille qui l'a recueilli et qui est d'origine arabe (maghrebine plutôt).

Lindon, très surpris, lui demande alors pourquoi il prétend ne pas aimer les Arabes alors qu'il a manifestement beaucoup de tendresse pour les membres de cette famille, et Timsit lui répond approximativement ce qui suit :

"Ah mais ils ne sont pas arabes ceux de mon HLM, les Arabes c'est ceux des autres HLM, ceux qui nous entourent !"

Notre débat peut se résumer en la formule suivante Monsieur Souaille : vous me trouvez trop pessimiste et je vous trouve trop optimiste en ce qui concerne la définition de la nature humaine actuelle, c'est une question d'interprétation mais la qualité du futur de notre humanité dépend de la réponse que l'on donne à cette question.

Je préfère être pessimiste en considérant que le fascisme n'a pas besoin de frontières pour se manifester et que par conséquent une centralisation trop importante du pouvoir favoriserait les tentations d'abus qui en résultent trop souvent, car si j'ai raison le fascisme continuera à développer des effets limités à certaines régions de la terre et n'aura pas la possibilité de s'étendre au monde entier, et si j'ai tort l'humanité aura perdu du temps dans sa lutte contre le totalitarisme.

Celui qui au contraire choisit d'être optimiste, d'estimer que le fascisme a besoin d'étrangers et donc de frontières pour se manifester, accepte la création d'un parlement et d'un gouvernement mondiaux qui, s'il a raison, permettent d'éradiquer à jamais le fascisme mais qui, s'il a tort, deviennent une clique de politicard(e)s détenant le plus grand pouvoir centralisé qui puisse être créé sur notre terre, avec les plus grandes tentations d'abus d'autorité et d'abus économiques qui soient, bref le risque d'un totalitarisme étendu à l'humanité entière pour le pouvoir et le profit d'une poignée d'humains.

Lorsque je compare les profits et les risques respectifs des deux versions, j'aboutis sans le moindre doute à la conclusion qu'il vaut mieux être trop pessimiste et risquer de perdre un peu de temps, qu'être trop optimiste et risquer de perdre le peu de liberté qui nous reste.

Je rêvais aussi d'un monde sans frontières lorsque j'étais jeune et plein d'illusions, mais il faut être réaliste, omo omini lupus est comme disaient déjà les Romains : la nature humaine doit encore évoluer et faire de nombreux progrès pour qu'un monde sans frontières devienne possible, le tenter trop tôt est bien trop risqué.

Écrit par : Fabula | 31/01/2011

Commentaire très intéressant, M. Fabula. C'est même la première fois que je lis une tentative de réfutation construite et argumentée de mes théories. Une remarque cependant. Je crois que sur la nature du fascisme et son besoin d'ennemis extérieurs, nous avons raison tous les deux. On peut d'ailleurs remplacer fascisme par pouvoir dictatorial en général. La chose s'applique aussi bien à Napoléon qu'à Staline !
Le fait est que ces pouvoirs dictatoriaux commencent, vous avez raison, pou arriver au pouvoir, par désigner un ennemi au sein même de leur population. Encore que le thème de l'étranger soit très souvent présent dès le départ, et que dans le cas des juifs ou des tziganes, par exemple, ils étaient perçus comme étrangers quand bien même ils étaient nationaux.
C'est une fois le pouvoir en place, l'ennemi intérieur éliminé, que le besoin d'un ennemi extérieur devient impératif. Car il faut bien justifier la dureté du régime, l'enrégimentement de la société et dévier le ressentiment contre l'autre... En ce sens ma théorie reste valable.
Par ailleurs je ne justifie pas la nécessité de la gouvernance mondiale par le seul fait que cela éliminerait les risques de fascisme. Il y a bien d'autres raisons, mentionnées ci-dessus, à commencer par tous les domaines dans lesquels une coordination mondiale accrue serait salutaire.
Mais un grand merci de vos remarques.

Écrit par : Philippe Souaille | 01/02/2011

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