02/02/2011

Lettre ouverte à mon ami Vielliard, dit Obélix

Antoine, tu cherches à remettre la charrue devant les boeufs. Voire même à côté, histoire de bien tout bloquer. Ce qui, la terre n'étant plus labourée, ne pourrait qu'occasionner rapidement la disette. La parabole est facile, mais vois-tu tous les spécialistes en aménagement t'expliqueront qu'il vaut mieux prévoir les infrastructures de communication d'abord - si possible en transport public, vertes et durables - logements et activités venant ensuite s'y greffer. Toi tu voudrais faire le contraire, alors que toute l'agglomération souffre déjà d'asphyxie depuis des décennies à cause de celà.

J'ai commis un Temps  Présent il y a un quart de siècle qui déjà posait ce constat: il faut des transports en commun à l'échelle de nos ambitions. Depuis, les choses ont surtout pris 25 ans de retard de plus ! Certes il faut aussi plus d'emplois en France et plus de logements en Suisse, mais le déficit dans ces deux derniers cas est structurellement lié aux législations de ces deux pays et ne se résorbera pas sans des changements de législation qui ne sont pas à l'ordre du jour, ni d'un côté, ni de l'autre. Tandis que le défaut d'infrastructures est lié à des choix politiques passés (l'arrachement des rails de tram) aujourd'hui corrigés et à l'absence de coordination transfrontalière. Ce que précisément, le projet d'agglo rectifie.

Par ailleurs l'existence de zones vertes dans le canton est certes excessif, et doit être revu, mais il fait aussi partie du charme de la région et tout le monde en profite. Ce qu'il faut c'est aménager de même le Genevois français, en préservant de larges zones rurales et sauvages ou de loisirs, en urbanisant ailleurs. Là où sont les voies de communication, les anciennes et les nouvelles. Et là il faut urbaniser sans hésiter, en France comme en Suisse et créer de l'emploi. En France comme en Suisse. Sauf qu'en Suisse on hésite sur le logement et en France les entrepreneurs hésitent à embaucher... Où ne trouvent pas ce qu'ils cherchent. A cause des conditions cadres. qui ne vont pas changer rapidement. La commission d'Etienne Blanc a renoncé à proposer l'application des lois suisses sur le travail dans la zone frontière, et Genève ne va pas supprimer la possibilité de faire opposition à toute nouvelle construction.  C'est ainsi, il faut faire avec.

Tu le dis toi même, il existe des niches pour lesquelles il est plus intéressant de s'implanter en France qu'en Suisse. Développons les. Et débrouillons-nous  pour construire des logements accessibles aux salaires en euros. En fait, ces logements existent. Si tu regarde la moyenne des revenus, commune par commune, dans le genevois français, tu t'aperçois qu'elles sont dans la moyenne française, bien qu'incluant les revenus des frontaliers, suisses ou français. Les plus élevées sont des communes rurales, comme Juvigny, où l'on ne trouve plus que des villas. Et c'est là que le bât blesse, dans ce segment du marché. Pas pour les cas sociaux, ni même pour le jeune facteur à qui la Poste trouvera toujours un logement, quitte à le construire, comme elle le fait à Paris ou Lyon.

A profession égale, une infirmière ou un contremaître travaillant en Suisse pourront s'offrir une maison à Juvigny. Pas s'ils travaillent à Annemasse. Ils devront se rabattre sur un appartement plus petit, ou accepter de faire quelques dizaines de kilomètres de route ou d'autoroute chaque matin, s'ils tiennent à leur maison. S'ils pouvaient le faire en train, ce serait mieux, mais le Genevois français a de longue date laissé péricliter ses infrastructures ferroviaires. Par ailleurs, le parc immobilier du Genevois français monte en gamme. Ce n'est pas qu'une simple question de prix du terrain. Ce qui s'y construit de plus en plus, c'est de l'habitation qui en France est considéré comme de luxe.

Tout cela est définitivement injuste, mais c'est la même chose partout, dans toutes les villes et dans tous les pays du monde. Il y a des beaux quartiers et des moins beaux, et des tout aussi sympas que les beaux, mais plus loin... Ailleurs l'existence de transports publics rend la chose vivable, ici leur absence engendre des bouchons insupportables et de la pollution inutile. Enfin ailleurs, dans les vrais grandes agglos, il y a à la fois les transports publics et les bouchons...

C'est ce que nous pouvons essayer d'éviter, ou du moins de réduire dans la région, car nous en avons les moyens. Nous sommes riches, parmi les plus riches du monde et nous avons encore de l'espace vierge à préserver et de la qualité de vie. Cette qualité de vie a un prix. Pour les gens qui viennent d'ailleurs, comme pour ceux qui sont d'ici depuis des générations. La maintenir, voire même l'augmenter, cette qualité de vie, passe obligatoirement par l'amélioration considérable des conditions de transport. Rater le coche des subventions fédérales en 2012 serait suicidaire, et le jeu personnel que tu mènes à cet égard, criminel. Si tu réussis dans ton plan, et j'entrevois cela comme une possibilité réelle, de faire refuser le projet d'agglo par la partie française de la région, tu auras certes assis définitivement ta notoriété politique, mais au prix de 30 ans de retard et d'embouteillages supplémentaires pour la région.

L'alternative que tu appelles de tes voeux consisterait à enrayer le développement, à chasser les multinationales (dont les anciens expats ont souvent pris racine dans la région), à licencier des gens, à voir l'immobilier s'effondrer, générant de multiples drames individuels et familiaux, bref à faire d'une région en plein boom - avec ses problèmes - une région sinistrée, avec ses problèmes bien plus grands encore. Il n'y a pas de juste milieu, dans ce genre de choses: ça marche ou ça ne marche pas. Et si toute la Gaule bégaie, et qu'une petite région peuplée d'Allobroges, résiste encore et toujours à la morosité, ce n'est pas un miracle. C'est l'effet de la potion magique genevoise. Ce n'est pas parce que tu es tombé dans le bain en étant petit, toi-même expat, fils d'expats, que tu dois l'oublier.

Commentaires

J'ajouterai qu'une bonne partie des emplois qui existent ou se créent dans le Genevois français sont directement liés à l'expansion démographique et à la présence des frontaliers, français ou suisses. En enrayant la machine, tu ne peux que déclencher une catastrophique économique majeure. Est-ce vraiment ce que tu cherches ?

Écrit par : Philippe Souaille | 02/02/2011

Les construction pourrait sans problème être densifier sur les voie de bus existante. Il suffit de partir d'un terminus de bus et de remonter sur Geneve. On parle de mobilité douce de covoiturage, il faudra bien arriver à ce temps ou la maison avec jardin pour tous est terminé. Avec la population de vieux qui s'annonce il ne pourront plus s'occuper d'une maison, il faudra qu'il soient à coté d'un magasin d'une boulange...

En fait il faut faire comme en Tunisie et en Egypte et virer ce conseil d'état d'incapables, ce grand conseil de grands mou du genou et ce conseil municipale genevois de gestionnaire de futilités.

Les zones constructibles sur la voie du tram existent entre GRANGE CANAL et CHENE.

Écrit par : Bus | 02/02/2011

Sur le plan culturel, Philippe, Genève, vis à vis de la région transfrontalière, est globalement centraliste, et même s'il n'y avait pas de frontière, cela serait peut-être le cas. Evidemment, pas de quoi tempêter comme le fait Antoine, car le centralisme le plus fort, en Haute-Savoie, reste celui de Paris, et Antoine reste bien citoyen de Haute-Savoie, à moins qu'il ne s'en soucie pas du tout. Et puis c'est inévitable: le centralisme vient de ce que les classes dominantes imposent toujours leur culture aux autres, qu'on s'en plaigne ou qu'on s'en réjouisse. Or, d'un point de vue politique, c'est pareil, l'Egalité reste un idéal vers lequel il faut tendre, et non forcément une réalité. Cela dit, l'économie est forcément subordonnée au principe de l'Egalité. Elle doit s'y soumettre comme elle se soumet aux conditions objectives de la vie: une montagne entre deux villes freine bien aussi ses échanges, n'est-ce pas; eh bien, il serait criminel de vouloir l'abattre pour les faciliter! Ce qui est ridicule, c'est de tempêter. Il faut assumer. On demande une fois, deux fois, si Genève par exemple veut ériger une statue à François de Sales, qui a été un homme fondamental pour l'ensemble des communes réunies, et aussi la France voisine actuelle (une statue aux côtés de celles de Rousseau et Calvin), et si elle ne veut pas, eh bien, on se résigne, on fait avec. On en blague, en raillant une prétention à l'universalisme profondément sélective, et on se fait une représentation juste de Genève, de ce qui y domine et de ce qui y empêche somme toute l'Egalité réalisée dans toute sa perfection. Les idées qu'on croit obligatoires, liées forcément à des classes sociales dominantes.

Écrit par : RM | 02/02/2011

La grosse différence avec l'Egypte, Bus, c'est que les autorités exécutives, législatives ou communales que vous conspuez ont été élues. A priori démocratiquement.
Le reste de vos affirmations est du même tonneau. Le secteur des Trois Chênes se densifie. Mais cela ne saurait suffire et il y a beaucoup à faire ailleurs. Les bus, à partir d'un certain nombre de passagers, sont plus coûteux que des trams et ne peuvent être efficaces que s'ils sont en site propre. Comme les trams. Donc autant mettre des trams.
La maison avec jardin n'a jamais été pour tous. Elle est pour ceux qui peuvent se la payer. A défaut, il peut exister des appartements suffisamment bien conçus pour offrir des terrasses remarquables à tous. En Espagne, ils sont très doués en la matière. Dans une agglomération, il faut des appartements de toutes catégories et des villas. Et des transports publics.
Genève manque d'abord de transports efficaces (et d'une traversée de la Rade pour pouvoir détourner les véhicules du centre ville) et ensuite de logements. Construisons les deux, dans le bon ordre, en prévoyant les logements là où les transports seront efficaces.

Écrit par : Philippe Souaille | 02/02/2011

Rémi, je viens de relire votre commentaire, et sachez que j'y adhère entièrement. Au seul bémol que parfois, pour franchir les montagnes et relier les villes, l'économie peut creuser des tunnels ou jeter des viaducs d'autoroute :-)
Pour ce qui est de François de Sales, sur lequel vous avez su attirer mon attention, sachez que je lui accorde la place qu'il mérite dans mon film sur l'histoire de la région transfrontalière, que j'espère terminer pour ce printemps.
A savoir aux côtés d'un Calvin. Son rôle fut fondamental pour le Genevois français, mais aussi comme vous l'évoquez, pour la moitié des communes genevoises, qui à l'époque, et jusqu'à l'annexion par Bonaparte, étaient savoyardes ou françaises.
Fondamental aussi pour la paix dans toute la région, liée à son amitié avec Henry IV, grâce au combat politique qu'il a su mener pour ses idées - religieuses en l'occurrence - d'une manière fondamentalement pacifiste.
Ce serait un beau geste de reconnaissance et de fraternité, en effet, dans la logique de l'agglomération, mais aussi de Genève en elle-même, que de lui faire une place au Bastions. Si ce n'est sur le Mur des Réformateurs (encore qu'il en fut un à sa manière, mettant fin à l'Inquisition) mais au moins en face, dans le Parc.

Écrit par : Philippe Souaille | 02/02/2011

Oui, si vous voulez, Philippe, mais quoi qu'il en soit, l'économie doit tenir compte, si elle est cohérente, du coût occasionné par les tunnels et les viaducs. Dans certains cas, un produit ne supporte pas la charge de ces constructions, s'il est transporté entre deux villes situées sur une seule plaine plate. Ce coût suppplémentaire est une donnée objective. Aucune économie ne crée des richesses à l'infini, et ne peut investir sans regarder à la dépenser. C'est ce que je voulais dire, pas qu'il existait des montagnes infranchissables! L'Egalité doit toujours diriger l'économie. Si elle arrête l'économie, c'est bien, en un certain sens, parce que cela veut dire qu'en réalité il n'y avait pas création de richesses, mais déplacement de ces richesses par le biais de l'exploitation d'autrui. Or, bien mal acquis ne profite jamais: vous connaissez le proverbe. Vous connaissez aussi ces légendes qui donnent à l'argent malhonnêtement acquis la faculté de brûler les doigts de leurs propriétaires. Je crois que ces dictons et légendes ont un sens, et qu'il faut donc chercher le plus possible à conserver le principe d'Egalité, dans l'activité économique, et que c'est le rôle de la politique, du reste. Mais vous savez que les politiques sont souvent préoccupés surtout par les intérêts des groupes qu'ils représentent.

Pour François de Sales, je pense que les Bastions, cela ne serait pas de bon goût, et ce serait irréaliste, car Genève s'est réellement faite contre ce que représente François de Sales, et les Genevois du courant central, si je puis dire, en sont conscients, et restent attachés à ce souvenir, du reste légitimement. Non, il faudrait une statue de François de Sales à Carouge, ou à Confignon, mais prise en charge en partie par l'Etat de Genève. Il ne faut pas chercher à ce que tout ce qui est culturel soit au pied des Bastions, sinon, on retombe dans le centralisme, et ce qui est issu de l'ancienne Genève, le protestantisme et le radicalisme, restera à jamais privilégié, sauf coup de force que personne ne désire.

Au pied des Bastions, il faut mettre une statue de Sébastien Castellion (sur le Mur des Réformateurs, c'est tout à fait faisable, même, pour le coup), qui était né sujet du duc de Savoie et était originaire du Bugey, où habitent nombre de frontaliers. Voilà ce qui serait égalitaire. Et en même temps universaliste.

Écrit par : RM | 02/02/2011

Le principe d'égalité, en économie, me parait tout de même difficile à appliquer. Mais équité, ça me va.

Écrit par : Philippe Souaille | 02/02/2011

Bonjour Philippe,

Merci de me faire l'honneur d'une de tes notes. A vrai dire je ne sais pas très bien comment y répondre car ta proposition consiste simplement à poursuivre les politiques actuelles qui conduisent
1) à la paralysie généralisée des transports comme dans aucune autre agglomération au monde,
2) à des tensions sociales fortes entre Genevois et expatriés, entre chômeurs genevois et frontaliers et entre Genevois exilés et salariés en euros,
3) au saccage des espaces naturels et agricoles en renvoyant les habitants loger dans des zones peu denses et très éloignées du centre.

Tu fais sans doute partie des personnes qui bénéficient des politiques actuelles et tu es proches de certains des élus qui les conduisent... mais tu dois tout de même pouvoir prendre conscience des problèmes profonds qu'elles posent à une majorité d'habitants de notre région des deux côtés de la frontière. Je te recommande vivement d'en prendre conscience avant que le retour de l'extrême gauche au parlement cantonal ne prive définitivement le canton de toute majorité politique et de stabilité simplement parce qu'aucun parti politique genevois n'aura su répondre aux angoisses des Genevois face à des politiques publiques qui les désservent.

Le week end dernier sur le marché de Viry j'ai été pris à parti par une ancienne conseillère municipale socialiste en ville de Genève : "Ce que vous décrivez est très juste.. mais c'est encore bien pire que ça".

Non, notre agglomération est unique au monde : aucune autre agglomération n'expulse sa périphérie au delà de sa campagne. C'est très joli effectivement... mais il y a une bonne raison pour laquelle aucune autre agglomération ne le fait : c'est ingérable, ruineux et innefficace.

Tu prétends qu'il faut développer les transports en commun et que l'urbanisation se fera ensuite naturellement... c'est vrai n'importe où ailleurs dans le monde mais pas dans notre agglomération binationale. Le tram 12 déssert la route de Chêne depuis maintenant de très nombreuses décennies et Chêne Bougeries s'oppose encore aux constructions de logements le long du tracé du tram. Perly veut en faire autant sur la route de Saint Julien. Les conseillers municipaux bien logés, avec un profond mépris pour leurs jeunes refusent osbtinément toute construction. Ils rejettent aux Genevois français les nuisances urbaines des choix fiscaux genevois. Ce n'est pas responsable.

Oui bien sûr il faut développer les transports en commun transfrontalier. Mais il ne faudra le faire que lorsque les logements qui ont été promis en 2007 seront construits. Faute de quoi les transports en commun ne seraient qu'un outil supplémentaire pour favoriser une colonisation de fait du Genevois français qui est très néfaste pour toute notre région. On ne peut certainement pas engagé un second projet d'agglomération en 2012 tant que les engagements pris en 2007 par Genève ne seront pas tenus.

L'absence de projet d'agglomération en 2012 serait un drame pour notre région. C'est pourquoi je te recommande vivement d'écrire des notes qui s'adressent aux décideurs genevois pour leur rappeler qu'ils n'ont désormais plus que 18 mois pour convaincre sur le logement. Ils n'ont plus que 18 mois pour passer des belles intentions, des slogans et des belles paroles aux mises en chantier, aux PLQ et surtout aux livraisons de logements. Ils ont 18 mois pour changer les règles et faire en sorte que les communes soient désormais parti prenante de l'effort de construction plutôt que d'être des boulets. Ecris des notes rappelant qu'on ne peut plus faire venir 15000 habitants par an quand dans le même temps on est pas foutu de construire les 2500 logements par an promis aux Genevois.

J'espère que notre agglomération genevoise pourra comme les autres agglomérations bénéficier des subventions de Berne et de Paris. J'espère sincèrement que le Genevois français pourra signer le nouveau projet d'agglomération constatant un début de mis en oeuvre des promesses sur le logement par Genève. Tu peux y contribuer en rédigeant des notes qui sensibilisent les décideurs genevois de l'urgence impérieuse de livrer les logements promis il y a maintenant 4 ans. VITE !

Amicalement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard (Saint Julien en Genevois) | 02/02/2011

Non Antoine, tu te trompes. La libre circulation est un accord international et personne ne peut empêcher des suisses d'aller habiter en France, à moins de déchirer ces accords internationaux. Sans compter qu'il y a pléthore de citoyens européens, et de Français parmi les nouveaux arrivants de l'agglo.
Par ailleurs il se trouve en France des gens pour leur construire des maisons et pour leur en vendre ou leur en louer et des maires pour signer les permis de construire. Ce qui fait marcher le commerce de tout le Genevois français.
Refuser le contrat d'agglo et les subventions qui vont avec ne fera qu'aggraver le quotidien des gens, en accentuant les phénomènes d'embouteillages que tu déplores. Ceci dit la pire situation du monde, faut rien exagérer, je croyais que tu voyageais davantage, mais plus le débat avance et plus je constate que tu n'es pas objectif... Mais avec ou sans subvention, la pression démographique sur le Genevois français ne faiblira pas, parce qu'une maison ou un très bel appartement y coûte 5 fois moins cher qu'à Genève. Et cet écart là tu ne le rattraperas pas.
Oui, je fais à nouveau partie, depuis deux mois, et comme toi des privilégiés qui travaillons en Suisse et habitons en France. Nous sommes quelques dizaines de milliers dans ce cas et je ne crains pas de dire que l'essentiel de l'économie de la partie française de l'agglo repose sur nos privilèges. Sans doute devrions nous davantage contribuer à l'aménagement, car effectivement, notre situation, à profession égale, est préférable à celle des salariés en euro et des résidents suisses. Même si cela n'a pas que des avantages.
Tu dénonces les problèmes de chômage et de coût de la vie, Antoine, mais rappelle toi qu'ailleurs en France, c'est bien pire. Oui les gens doivent aller loin pour trouver un logement bon marché. Mais c'est pareil à Paris, à Lyon, à Nice, à Bordeaux, à Toulouse... Et les durées de trajet sont souvent plus longues !
Le problème de l'agglo - mais aussi sa force, paradoxalement - c'est l'existence de deux systèmes parfaitement contradictoires en matière de logement et d'emploi.
La législation suisse est très souple sur l'emploi et les entreprises et du coup s'avère très performante: le chômage est plus réduit qu'en France et les gens sont mieux payés.
La législation française est très souple sur les constructions, en comparaison de la loi genevoise et du coup s'avère beaucoup plus performante.
C'est ainsi, cela fait partie de la culture de ces deux pays et tu ne le changeras pas en 18 mois... Petit à petit, oui espérons-le, pour harmoniser l'ensemble. Mais tu sais très bien que les syndicats français refuseront énergiquement de s'adapter à ce qui pourtant permettrait de développer l'emploi dans la région de manière inégalée.
De même, les opposants en Suisse ont le droit de s'exprimer. Et le fait qu'un Conseiller d'Etat s'en mêle ou pas ne change pas grand chose, malheureusement. Ce qui est certain, c'est qu'à peu près personne en Suisse ne voudra supprimer le droit de recours.
Il y a bien là deux logiques qui s'affrontent, mais pourtant, nous devons apprendre à vivre avec. Et peu à peu trouver les solutions pour améliorer les choses. Mais pas en ratant le coche ou en jouant les maîtres chanteurs. Robert Cramer, en préparant le projet d'agglo, a cru que Genève pourrait construire davantage. Il s'est planté sur ce point. Mais le reste du projet est une avancée fantastique. Jeter le bébé avec l'eau du bain ne changera pas la donne et le genevois Français aurait tout de même l'expansion, mais sans les transports et sans doute avec moins de moyens pour faire face aux problèmes.
La seule chose que l'on puisse espérer, c'est que les citoyens genevois votent pour le logement partout et en prennent l'habitude. Mais ce n'est certainement pas sous la menace que tu obtiendras ce résultat !

Écrit par : Philippe Souaille | 02/02/2011

"aucun parti politique genevois n'aura su répondre aux angoisses des Genevois face à des politiques publiques qui les désservent"

1) Si c'est la France, dont la faible efficacité des politiques publiques est enseignée en science de l'administration publique comparée, qui doit donner des leçons à la Suisse, on n'est pas au mieux.

2) M. Souaille a raison, vous ne voyagez pas, et ne connaissez pas grand chose au développement des agglomérations, excepté ce qui se passe à Saint Julien. Les frictions entre Genevois et Français sont moins fortes que celles que connaissent les Alémaniques et les Allemands, les Tessinois et les Italiens. Les inégalités, la frontière, les identités, ce n'est pas qu'ici et maintenant.


"Les conseillers municipaux bien logés, avec un profond mépris pour leurs jeunes"

3) Négatif et mauvais analyste, vous êtes aussi méprisant pour la représentation. Heureusement, que vous êtes isolé et ne dépassez pas les 7%.

Germond

Écrit par : germond | 03/02/2011

@Germond :

La citation que vous mettez en exergue est inspiree de plusieurs faits :
1) une ancienne conseillere municipale socialiste en ville de Geneve qui m'a pris a parti le week end dernier a Viry apres avoir lu mon journal "Votre analyse est juste.. sauf que la situation est bien pire que ce que vous decrivez... mais je ne sais plus pour quel parti voter"
2) le poids des partis protestataires qui menace l'existence meme d'une majorite politique cantonale
3) l'eloignement croissant des urnes des jeunes genevois qui ne se reconnaissent plus dans une democratie pretenduement directe mais qui minorise sans cesse les preoccupations qui sont les leurs.

Cordialement,

Antoine Vielliard

Écrit par : Antoine Vielliard (St Julien en Genevois) | 03/02/2011

@ Antoine Vieillard

Je reviens sur vos remarques 2) et 3), laissant de côté, la 1) qui témoigne de ce que nous savons déjà : la désaffiliation ne touche pas que les partis du centre.

2) Les 3/4 des parlements cantonaux en Suisse (cf. étude du Prof. Ladner) sont constitués de majorités fluctuantes ou sur enjeux. Et oui, en Suisse, on élit le législateur à la proportionnelle avec un quorum bas, par souci de représentativité. Un peu d'histoire récente, la droite bourgeoise a par le passé joué l'empêcheur. Je me rappelle, par exemple, un groupe libéral au GC refusant le budget présenté par une magistrate du même bord. Bref, la protestation n'est pas réservée à une formation en particulier.

3) Les "jeunes" votent sur des enjeux qui les concernent. Dernier exemple en date : la loi sur le chômage (cf. étude Gfs). La participation des "jeunes" et l'abaissement de l'âge des élus sont des problèmes qui touchent toutes les démocraties. En particulier la France, qui détient des scores inférieurs à la Suisse sur ces deux points.

Votre parti est dans un trou noir, mais essayez de positiver, crebleu!.


Germond

Écrit par : Germond | 03/02/2011

C'est super rassurant de constater que 50% du souverain ne vote pas quand il se croit non concerné, Ça doit surement être la partie du haut des genevois qui n'est jamais concerné. Il faut croire qui ni le trafic ni le logement ne constitue un problème pour les blogueurs de la tribune. A un moment meme des mecs qui ramassent 40000 CHF par mois vont en avoir marre.

Écrit par : John | 07/02/2011

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