10/02/2011

Lorsque Saint-Pascal se prend les pieds dans les fils de ses intrigues

Je connais une grenouille (de bénitier) qui rêve la nuit. Pas de gros boeufs assoupis, mais de faire et défaire les rois de la République. Comme Jeanne la Lorraine entendait des voix lui enjoignant de porter le Dauphin sur le trône de France, notre petite reinette reçoit des messages subliminaux dans son sommeil. L'oeil est dans la tombe et l'observe, équerre et compas lui font la danse de Saint Guy-Olivier... "Porte Eric, et Mauro et aussi Soli sur le trône, c'est ta mission sacrée. ps: n'oublie pas Cristoph B. pour le Saint-Siège de Berne... D'autant que ça peut rapporter gros!"

Jeanne la Lorraine faisant partie de ses idoles, au même titre que Maurras-Fribourg et quelques sombres mystiques du XIXème, notre petite reinette ne se pose pas la question de savoir d'où lui viennent ces fulgurances extatiques. Préférant à la vérité et à la volonté du peuple le noir tissu de la calomnie et du sous-entendu, elle tisse sa toile d'intrigues et répand la rumeur. Prend des allures de comploteur avisé pour annoncer des scoops infamants qui se révèlent pets dans l'eau... C'est qu'elle n'a pas son pareil pour faire gonfler les bulles médiatiques à la surface de la cuvette genevoise.

Sur la Voie Sacrée que LA voix lui a fixé (faire arriver les populistes au pouvoir), se trouve un obstacle: la concordance helvétique et les personnalités de droite qui préfèrent gouverner Genève au centre qu'à l'extrême-droite. C'est bien là l'enjeu, le coeur du débat. La tradition dont se réclame notre grenouille est claire, quoiqu'elle s'en défende: catholique rigoriste, noire de chez noire, du style phalange franquiste et croix-de-feu. Pour abattre ces ennemis et remplir sa Mission sacrée, tous les moyens sont bons, tous les coups sont permis. Avec délectation, elle monte en épingle, fait mousser et reluire l'inertie d'un département dans un domaine marginal, à savoir la gestion de quelques logements promis à terme à la démolition.

Pas de bol, l'élu ainsi blessé n'est pas le bon. La grenouille n'hésite pas alors, dans un vibrant édito, après avoir crié haro sur la Tour Baudet, à tenter de détourner les tirs de barrages vers celui qu'elle souhaite en vérité atteindre, celui qui incarne la concordance, mais aussi la résistance au populisme: François Longchamp. Mélangeant sans façon les modes d'élection (proportionnelle pour le Grand Conseil, majoritaire pour le Conseil d'Etat, ce qui assure la séparation et l'équilibre des pouvoirs voulue par la constitution républicaine) notre petite héroïne se prend ses longues pattes palmées dans l'enchevêtrement de ses grenouillages: "Untel est accusé d'incompétence, mais ce n'est pas le bon, celui qui devrait démissioner, qu'il faut abattre toute affaire cessante, c'est tel autre". Qui pour l'heure n'est accusé de rien, sans compter que la constitution - dans sa sagesse - prévoit justement une durée de mandat précise et non raccourcissable pour permettre à l'exécutif de prendre les mesures impopulaires parfois nécessaires.

Accessoirement, l'élection au Conseil d'Etat n'étant pas à l'ordre du jour (très probablement, François Longchamp ne devrait d'ailleurs pas s'yreprésenter, ses deux mandats accomplis, pour laisser la place aux jeunes et au renouvellement), c'est sur les élections municipales prochaines que se reporte l'attention. C'est là que les ténors populistes se présentent et peuvent prétendre atteindre l'exécutif. Sauf qu'en Ville de Genève, la seule qui compte vraiment aux yeux de la grenouille, volontiers élitiste, le sort des urnes est verrouillé par la gauche. Pierre Maudet fut la seule personnalité de droite à passer l'épaule. Il est du parti de Longchamp, partisan déclaré de la concordance et du travail commun avec les verts. Il pourrait être rejoint par Michel Chevrolet, lui aussi élu cible vivante par les populistes pour cause d'offense grave à l'ego du chef.

Donc en fait, pour obéir à LA voix et avancer sur sa Voie Sacrée, notre grenouille se retrouve contrainte à flinguer les deux jeunes talents les plus prometteurs de la droite classique, ce qu'elle hésite à faire ouvertement. Dame, l'un d'entre eux au moins est promis au plus brillant avenir fédéral et l'autre a les même patrons - et sponsors - qu'elle... Alors la grenouille alambique son texte, dénonce les accointances vertes, sous-entend, intrigue, comme à son habitude.  Mais je ne crois pas que qui que ce soit de réfléchi dans la république puisse encore être dupe de ses manigances! Toute la question est de connaître la proportion de personnes réfléchies parmi les votants et la part de ceux qui sont prêts à élire des bateleurs à l'ego surdimensionné, à l'image de notre grenouille dont ils partagent le rêve commun et fou d'accession au pouvoir, dans une logique de guerre des classes et d'affrontements des clans.

Commentaires

Les "talents" de la "droite", à savoir du PLR je pense, sont édifiants :

Longchamp, responsable du chômage = taux de chômage le plus élevé de Suisse.

Rochat et Maudet responsables de la sécurité = taux de délinquance le plus élevé de Suisse.

Muller responsable du logement = taux de pénurie le plus élevé de Suisse.

Vous en avez d'autres comme ça ?

Écrit par : Sébastien | 10/02/2011

A quand les liaisons dangereuses revisitées par le James Cameron du MCG :)

Écrit par : nemo | 10/02/2011

Sebastien, faire de la politique ne devrait pas empêcher l'objectivité. Les politicien(ne)s que vous citez n'ont pas vraiment hérité de situations admirables et ils font ce qu'ils peuvent pour redresser la barre. Il ne s'agit d'ailleurs pas de rejeter toute la faute sur leurs prédécesseurs, loin de là, mais de reconnaître qu'il y a des situations cadres qui font que Genève a structurellement des problèmes différents des autres villes suisses dans les domaines que vous citez.
Accessoirement, Conseiller d'Etat ou Conseiller Administratif, ce n'est pas dieu de l'Olympe, encore moins Jésus Christ.
Longchamp est parvenu à réduire le chômage et à le contenir en dépit de la crise. Il a plutôt réduit l'écart sur le reste de la Suisse. Il a surtout réorganisé son service, rendant nettement plus rapide le traitement des dossiers des nouveaux chômeurs, permettant une indemnisation et surtout un retours à l'emploi plus rapide.
Maudet a créé un nouveau corps de police, dans une optique de complémentarité avec la gendarmerie, pour lequel l'extrême gauche a jugé utile de lui interdire d'engager le personnel nécessaire.
Mme Rochat a récupéré un département en lambeaux, dont personne ne voulait. Le miracle n'est pas plus à son programme que la multiplication des pains.
M. Muller a pour tâche principale de construire des logements. Dont des logements accessibles à la classe moyenne, qui sont ceux qui manquent le plus. Il a doublé les investissements, amélioré les processus administratifs. Il n'est en rien responsables des blocages divers, émanant de tout l'échiquier politique, car tout le monde dans la République veut des logements, mais pas à côté de chez soi, et les communes (à de très rares exceptions près), font leur possible pour bloquer les projets.
Ces politiciens (et pas seulement les PLR) osent se coltiner avec des problèmes et des obstacles qui décourageraient le commun des mortels. OK, ils sont payés pour, mais franchement la curée de fauves affolés par la vue du sang déclenchée par les populistes - et observé avec délectation par la gauche, souvent responsable des problèmes - me met l'écoeurement au bord des lèvres.
Si d'aventure c'est l'option Décaillet qui passe et la droite dure qui reprend les rênes, la gauche a du souci à se faire, car si ces gens n'ont que le mot "peuple" a la bouche, ils en ont une conception pour le moins particulière. La démocratie ne leur convient que tant qu'elle leur sert, leurs appels répétés à la démission anticipée de Conseillers élus pour une durée déterminée est là pour le prouver.

Écrit par : Philippe Souaille | 10/02/2011

Sa saillie de lundi dernier sur l'honneur retrouvé du Parlement en raison de la décision du MCG et du Parti socialiste d'approfondir la question de la gestion du parc immobilier genevois par Müller, là, on ne frise plus le ridicule, on le dépasse allègrement. Transformer une manoeuvre politique (légitime et de bonne guerre) en une action honorifique, il faut vraiment ne pas avoir peur de se ridiculiser (et je ne parle même pas de la légitimité du Leader m(aximo)gc à donner des leçons de gestion à qui que ce soit).

Ses saillies anti-TSR sont tout aussi hypocrites, quand on a osé transformer un média local financé par le contribuable et le racket monopolistique qu'est Télégenève/Naxoo en véhicule du néo-poujadisme cantonal.

Écrit par : sek | 10/02/2011

Le projet de Pascal.D consiste à décentrer le dispositif politique genevois et suisse en déplaçant le curseur nettement sur la droite.
C'est parfaitement son droit bien que le programme ressemble plus à un dépliant touristique ralliant le Valais mystique à l'abbaye d'Hherisau en passant par Ballenberg.
Les guides sont connus en Suisse Oskar F. poète susceptible Blocher nain grincheux mais milliardaire, par contre à Genève cela parait moins évident de trouver des "personnalités"
Cependant je le répète, de manipulations, en commentaires, d'interviews en comptes-rendus orientés tout cela procède d'une curieuse conception du journalisme , je passe sur le ridicule indépendant.

Écrit par : briand | 10/02/2011

On ne saurait en effet mieux décrire les vaines agitations de sa Sainte Suffisance journalistique. Mais je vais finir par vous réclamer des droit pour l'utilisation de son sobriquet de Saint Pascal...

Écrit par : Déblogueur | 10/02/2011

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