15/02/2011

Sécurité sociale mondiale: l'ONU passe la première

C'est désormais officiel, l'ONU cherche à mettre en place un système de sécurité sociale mondial, qui prendrait en charge la sécurité alimentaire, les besoins de santé élémentaire et la retraite pour tous, sur toute la planète. Actuellement, 20% seulement de la population jouit de ce filet social qui rend la vie infiniment moins dure.  C'est l'une des marrotes de Juan Somavia, le patron chilien et socialiste du BIT, soutenu par le patron français et socialiste du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Le projet doit beaucoup aussi à Micheline Calmy-Rey, Conseillère Fédérale socialiste suisse, qui avec Pascal Lamy, socialiste français et patron de l'OMC, a réveillé le CEB, le Chief Executive Board, la conférence semestrielle des grands patrons d'organisation internationale. Un véritable conseil des Ministres du Monde, si l'on admet que leurs organisations respectives sont bel et bien les ministères ad hoc de la planète. A noter que le CEB se réunit une fois par an en Suisse et une fois aux Etats-Unis.

Grâce aux discussions et aux échanges qui s'y déroulent,  il est plus facile de donner corps à ce genre de projet, de trouver les ressources et l'expertise nécessaire. C'est ainsi que l'on sait aujourd'hui combien ça coûterait et ce n'est pas cher: 2% seulement du PIB mondial, contre 17% en moyenne des PIB nationaux dans les pays développés où existent les systèmes de sécurité sociale. Pourquoi si bon marché ? Parce que l'alimentation de base, la retraite ou même la santé, dans un pays pauvre, coûte infiniment moins cher que dans un pays riche.

Il suffirait donc d'un peu de solidarité de notre part pour rendre la planète infiniment plus vivable pour tout le monde. Accessoirement l'existence d'un tel socle planétaire permettrait certainement de doper la croissance et à terme de réduire les écarts. L'argent dévolu mondialement à la coopération en couvrirait le quart des besoins... Reste à trouver le reste. La coopération pourrait alors disparaitre, de moins en moins justifiée par l'existence de plus en plus fréquente d'experts locaux compétents. Le système mondial de redistribution des richesses la remplacerait d'autant plus efficacement qu'en parrallèle se développe le savoir-faire de PME "indigènes", véritable fer de lance de la croissance locale. C'est d'ailleurs le sujet d'un des films que je produis cette année: Demain l'Afrique.

Dans l'Utopie Urgente, je rappelais déjà que les bienfaits de la mise en place de ces systèmes sociaux dans nos pays, entre 1848 et 1960 en gros, ont permis à nos contrées de connaître un essor économique et social sans précédent, éloignant grèves et révolutions. Et qu'il était urgent de faire de même, au plan mondial. Certes l'assistance a aussi des défauts, génére des effets de seuil et parfois assoupit l'initiative individuelle, mais ces phénomènes sont aujourd'hui connus et l'on peut faire en sorte de les minimiser au maximum dans la conception de ce nouveau système mondial.

A noter qu'on les voit tous à l'oeuvre, Somavia notamment défendant ce qui n'était alors que son projet personnel, dans mon dernier film "Le Secret des Dieux".

Commentaires

Une alliance de plus entre socialistes ... cela ne m'étonne guère !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 15/02/2011

La charité public international n'a jamais été efficaces pour éradiquer la pauvreté et la misère dans le monde. Les plus nécessiteux sont victimes de la corruption de leur dirigeants. On voit déjà qui sont ceux qui vont profiter de ces aides. En tout cas pas ceux qui en auraient besoin.

Les états africains qui décollent comme le Bostwana, le Ghana ou un peu moins le Bénin ( le G13 africain comme l'appelle l'économiste du développement François Bourguignon ) engagé dans un cycle de croissance de 5% ( chiffres 2009 ) le sont grâce à des dirigeants éclairé qui ont accroché leur nation au commerce mondial.

D.J

Écrit par : D.J | 15/02/2011

DJ, il ne faut pas voir rouge dès que vous voyez le mot "socialiste". Le recours au commerce mondial comme arme de développement fait partie de la panoplie, en première ligne. Il ne s'agit pas ici de charité, mais au contraire de remplacer un système assez analogue à la charité des dames patronnesses bourgeoises du XIXème siècle par un système de sécurité sociale répartissant l'aide de manière équitable selon des critères objectifs. Ce qui permit à nos sociétés de passer du Germinal de Zola, émaillé de grèves et de tentatives de révolution au niveau de vie et de confort social que nous connaissons aujourd'hui. Rien de plus, rien de moins.

Écrit par : Philippe Souaille | 15/02/2011

Bonsoir Philippe Souaille !

Ambitieux projet !
Permettez-moi ces quelques réflexions.

Estimation du PIB mondial 2010 : ~ 60'000 milliards US $

Ces 2 % du PIB mondial représente donc : ~ 1'200 milliards US $ soit un peu plus de la moitié de la dette publique actuelle de la France (environ 1575 milliards € à fin 2010, soit environ 2100 US $).

Somme importante en valeur absolue certes, mais modeste à l'échelle mondiale.

1°- Indépendamment du financement de cet ambitieux projet, c'est surtout sa mise en oeuvre qui m'interpelle. J'ose imaginer que l'on commencerait (utilisons encore le conditionnel !) par quelques pays test, répartis sur l'ensemble de la planète, mais choisis en fonction de quels critères ?

2°- Par ailleurs, comment financerait-on un tel projet, avant tout pour son décollage ? Vous invoquez l'argent de la coopération, or actuellement les fonds de coopération sont alloués avant tout en fonction de critères économiques fixés par les pays donateurs, lesquels privilégient leur économie nationale en conditionnant ces "dons" en contrats commerciaux pour leurs entreprises nationales ...

3°- Troisième remarque, comment convaincre les populations des "pays donateurs" - pays développés - de se lancer dans un tel projet, compte tenu des remarques 1° & 2° et sachant que la mondialisation, du fait des délocalisations des activités économiques, n'a pas particulièrement bonne presse actuellement dans nos pays développés ?

Il apparaît d'emblée qu'il faudrait prendre les précautions les plus élémentaires dans les pays élus, pour s'affranchir de la corruption et privilégier avant tout les pays démocratiques, les Etats de droit. Pourtant ceux-ci ne sont pas légion dans les zones géographiques en développement.
A cet égard, les récents événements en Tunisie et en Egypte devraient inciter les promoteurs du projet à encourager de tels pays, ce qui pourrait pérenniser la stabilité politique et la démocratie elle-même, deux critères fondamentaux garants d'un développement économique durable.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 15/02/2011

Réflexions (et calculs) pertinents, cher Jean. C'est en effet un gros morceau, pas facile à faire avaler dans le contexte. Mais cette fois les altermondialistes et autres syndicats ouvriers et paysans auront du mal à refuser un effort de solidarité qui à terme joue en leur faveur: en établissant un filet social universel, on améliore les conditions cadres là-bas, donc on réduit l'écart et les tentations de délocalisation. Et à terme, on développe de nouvelles classes de consommateurs pour nos produits, on enraye les flux migratoires, etc...
La mondialisation est pour l'heure assez bancale, en dépit de réussites notoires, parce qu'il lui manque certains piliers comme celui-ci. Un autre pilier manquant, c'est le contrôle mondial des flux financiers planétaires, que les mêmes et d'autres (y compris Mme Widmer-Schlumpf, dans ses dernières décisions que personnellement j'approuve entièrement) s'appliquent à mettre en place.
C'est fondamental aussi pour faire passer la pilule, afin que l'effort de solidarité demandé, qui profitera à tous, soit effectif pour tous, y compris les hyper-riches et pas seulement les classes moyennes qui sont les plus faciles à tonsurer...

Écrit par : Philippe Souaille | 16/02/2011

@ Philippe Souaille,

C'est Victor qui voit rouge en évoquant le mot socialistes, pas moi. Mais je persiste que ce genre d'initiative onusienne est une fois de plus un risque de signer des chèques en blanc pour des pays encore miné par la corruption et le despotisme. Quand aux avancées sociales en Europe, elles ont été soit légiféré au nivaux national par des initiatives comme celle que vous évoquez ainsi que le droit de grève instauré par Frédéric Bastiat, ou soit pas des luttes syndicales. Je crois que pour les pays pauvres sans couverture sociale que l'ONU voudrait aider en soit le meilleur garant. Ces acquis ne viendra que par eux même. Mais pour cela il faut avant tout un état de droit.

Arrêtons de toujours croire que les pays pauvres ne peuvent pas choisir et entreprendre eux même ce qu'il y a de mieux pour eux. Surtout de la part d'un machin qui n'a jamais été très efficaces pour la pauvreté dans le monde.

On se demande si ce genre d'initiative n'est pas une façon de se racheter une bonne conscience postcoloniale.

D.J

Écrit par : D.J | 16/02/2011

DJ, allez dire ça aux Tunisiens qui cherchent par milliers à fuir leue pays sitôt que la démocratie retrouvée semble leur en donner le droit. Le problème numéro 1 est économique, avant d'être politique. Instaurer un tel système dans le monde entier, pays démocratique ou pas, du moment que les bénéficiaires sont bien ceux qui doivent l'être, ne nous coûtera pas plus cher que de mettre des barbelés et des gardes-côtes sur tout le pourtour méditerranéen.
Quant à la guerre en Irak je vous rappelle qu'elle a été évaluée par J. Stiglitz (je ne suis pas toujours d'accord avec lui, mais là, j'ai tendance à le croire) à 3000 milliards de dollars pour les seuls Etats-Unis, soit environ 20% de leur PIB annuel. A mon avis, un tel système aurait pu largement contribuer à nous éviter une telle guerre.

Écrit par : Philippe Souaille | 16/02/2011

@ Philippe,

Les Tunisiens savent aussi que l'argent du dictateur se trouve dans des comptes en banques occidentales. cela fait 50 ans que l'on dilapide l'argent du contribuable des pays riches pour des pays non démocratiques à travers le monde.

J'ai l'impression que Strauss Khan et Calmy Rey n'ont pas bien retenu les leçons de l'histoire. Mais comme l'ONU est à majorité de pays non démocratiques et futurs bénéficiaires, cela va passé comme une lettre à la poste.

Du reste on le voit très bien avec Haïti. Après plus d'une année et des centaines de millions débloqués; l'île est toujours en ruine et rien à changé pour les haïtiens.

D.J

Écrit par : D.J | 16/02/2011

DJ, vous pourriez aussi remarquer que les contribuables des pays riches, en particulier en Suisse, sont un petit peu plus riches grâce au pognon de ces dictateurs (mais aussi de tous les hommes d'affaires soucieux de tranquillité) qui travaille ici plutôt que là-bas. Dans le cas de la Suisse, cela doit bien représenter pas loin de 2% du PIB que l'on doit au fric de l'étranger, vous ne croyez pas ?
Pour le reste votre exemple avec Haïti ne tient pas. Vous parlez d'une aide humanitaire à l'ancienne, de type coopération. Rien à voir avec ce système de sécu qui irait directement dans la poche des gens. Certes cela ne va pas tout résoudre, mais ce serait déjà une sacrée amélioration.

Écrit par : Philippe Souaille | 17/02/2011

" Rien à voir avec ce système de sécu qui irait directement dans la poche des gens."

Il faut tout ignorer de la nature humaine pour croire que les impéritieux du tiers monde se satisferont longtemps du minimum vital d'assistanat que nous pourrons leur distribuer.

Écrit par : Scipion | 22/02/2011

Le but n'est certainement pas qu'ils s'en satisfassent, Scipion, mais au contraire qu'ils l'utilisent comme un filet, une bouée de sauvetage en cas de pépin. Et pour le reste qu'ils développent des activités rentables, leur permettant de vivre décemment. Et de rattraper le retard qui nous sépare.

Écrit par : Philippe Souaille | 23/02/2011

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