25/02/2011

Populisme : le pire de la droite + le pire de la gauche. Anchois ou non....

Que faire ? Comment contrer le populisme, qui siphonne les bases populaires des partis gouvernementaux, de gauche comme de droite ? Pas les contrer parce qu'ils dérangent, mais parce que

1) les mouvements populistes, lorsqu'ils sont arrivés au pouvoir, ont toujours été des dangers pour la démocratie, des dictatures en puissance, en commençant par la restriction des libertés de tous ceux qui ne pensent pas ou n'agissent pas comme eux. Procès d'intention en l'espèce ? Peut-être, mais des tas d'indices, à commencer par la personnalité de leurs leaders, me laissent penser qu'il vaut mieux ne pas prendre le risque. Et même si j'ai le plus grand respect pour les forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions, je n'ai guère envie de les voir sortir de leurs fonctions, en particulier se rapprocher du pouvoir. Chacun son job. Force doit rester à la loi, pas à la police, qui n'en est que le bras armé. Pas le cerveau.

2) les principes que les populistes défendent (préférence nationale, repli sur soi) sont contraires aux intérêts de l'économie. Pas seulement aux intérêts des riches. Contraire au mode de fonctionnement de tout un système qui fait tourner la machine Genève. Qui quoiqu'on en dise, tourne mieux qu'ailleurs, même s'il y a des disfonctionnements. Prenons le temps d'effectuer les règlages nécessaires, au lieu de faire demi-tour pour à coup sûr rejoindre la masse des moins biens lotis. Et moins bien lotis, cela concerne aussi bien les entrepreneurs, les cadres ou les fonctionnaires que les travailleurs pauvres ou les cas sociaux. Ailleurs, partout, à situation sociale égale, leur quotidien est pire. C'est incontestable. Et si d'aucuns pensent le contraire, personne ne les retient, tout le monde a le droit de quitter Genève pour s'en aller voir ailleurs si l'herbe y est plus verte. Cela ferait baisser la pression sur les loyers... Mais personne ne s'en va...

En fait le "ni gauche ni droite" des populistes, ce n'est pas essayer de prendre le meilleur des deux côtés (ce qui reste l'apanage de la vision centriste), c'est choisir ce qu'il y a de pire à droite et ce qui fonctionne le moins bien à gauche. Que faire donc pour éviter d'avoir à la fois Charybde et Scylla ?

La réponse du bakouninologue Pascal Holenweg est amusante: "back to the roots". Il entend développer le concept de gauche anchois, né d'un gag sur Facebook, pour renouveler  un idéal socialiste qui fait bien davantage recette chez les bobos que chez les prolos. Surtout à Genève, où le concept de classe ouvrière tend clairement vers zéro depuis quelques décennies.

Le problème est qu'il est à côté de la plaque, projetant ses propres aspirations oniriques de bobo fauché sur les désirs profonds de classes populaires qu'il semble méconnaître profondément. Le seul point commun qu'il ait avec elles est de ne pas gagner beaucoup d'argent. Mais les "pauvres" et les chômeurs, souvent déracinés, qui font les gros bataillons du MCG n'ont aucune envie de vélos Raleigh trois vitesses ou de payer le tram en assignats. Ils ne savent même pas ce que c'est. Ils veulent des voitures, des études pour leurs enfants, partir en vacances au pays, s'y construire une maison, bref des aspirations foncièrement petites-bourgeoises et parfaitement honorables au demeurant. Surtout lorsqu'on trime toute une vie pour.

Le problème d'Hollenweg est que plus personne ne croit sérieusement au paradis socialiste sur terre. Et qu'heureusement, tout aussi peu de gens croient encore aux merveilles d'un capitalisme sans régulation... Mais les gens simples ont besoin de croire en des idées simples. Besoin aussi d'avoir le sentiment que quelqu'un, quelque part s'occupe de leurs problèmes.  Si ce n'est plus dieu, alors qui ? L'espoir fait vivre, et leur espoir, c'est que leur situation va s'améliorer. Hors ce n'est pas le cas. Tout comme la classe moyenne, qu'ils aspirent à rejoindre, il y a bien des chances que leur situation se détériore dans les prochaines années.

Malheureusement, dire cela ne fait certainement pas un programme politique. Personne ne peut espérer être élu en disant aux gens une vérité qu'ils n'ont nulle envie d'entendre. Surtout lorsqu'en face, les populistes prétendent qu'il suffirait de changer d'exécutif pour raser gratis dès le lendemain...

Le problème de bien des gens que la prospérité genevoise du XXème siècle a attiré ici, bravant souvent les contrôles aux frontières et autres joyeusetés xénophobes, c'est que la prospérité genevoise du XXIème siècle n'a plus vraiment besoin d'eux. Ou alors dans des catégories d'emploi qu'ils ne veulent pas ou ne peuvent pas remplir. Précisons tout de suite que le discours plus ou moins décroissant affirmant qu'il suffirait de leur trouver des jobs adaptés est sévèrement à côté de la plaque. Bien sûr qu'il faut faire de gros efforts en ce sens. Mais ces métiers traditionnels sont aujourd'hui largement condamnés par les lois de l'économie. Et les régions occidentales les pratiquant qui n'ont pas su se recycler sont à l'agonie. Créer des jobs à leur portée coûterait fort cher inutilement, à moins que ces jobs ne soient d'utilité publique... Encore faut-il qu'ils acceptent de s'y coller.

La réponse nationaliste, ou "cantonaliste" dans le cas du MCG, est encore plus stupide. Relever les frontières, dans un canton qui ne produit rien par lui-même, hormis des montres de luxe et qui vit pour plus des 3/4 de ses exportations, c'est juste suicidaire. Il est totalement irresponsable de penser que l'on pourrait multiplier les mesures contraires à la libre circulation des personnes sans de vigoureux chocs en retours sur nos échanges commerciaux ou financiers. Ce qui ferait les affaires à court terme des populistes en soudant les gens autour de leur identité, mais contribuerait à ruiner rapidement une économie entièrement dépendante de ses rapports à l'autre... Et grosse consommatrice de susbisdes sociaux fort couteux.

La réponse officielle et bien-pensante, à savoir former les gens aux métiers spécialisés dont nous avons cruellement besoin (excellent article dans le Temps de ce vendredi à ce sujet) est bient sûr une absolue nécessité. Mais un peu courte. Passé un certain âge, les gens ont du mal à se recycler, à faire une croix sur leur expérience accumulée. Et même chez les jeunes, tout le monde n'a pas la capacité - ou le goût - à suivre des études, même sans aller jusqu'au doctorat. Enfin, Genève entretient généreusement une population estampillée genevoise, et néanmoins polytoxicomane - sans laquelle les dealers étrangers n'existeraient pas et qui existait avant eux - à laquelle on peut ajouter ceux et celles de nos concitoyens qui ont un problème d'intempérance ou de dépendance psychologique. Une population nettement plus nombreuse qu'ailleurs, dans les pays où les conséquences d'une mise en marge sont autrement plus graves... Cette population conserve néanmoins son droit de vote et ne vote plus à gauche.

Quelle pourrait être la solution alors ? Je dois dire que si je le savais, je ne serais pas en train de l'écrire gratuitement dans un blog. Ma philantrophie a des limites... Comment rendre espoir à des gens dont tout indique que, sauf trouvaille technologique majeure et innatendue, leur vie demain, sera sans doute pire qu'aujourd'hui ? Si j'étais à la place d'un certain nombre d'entre eux, je prendrais mon 2ème pilier et j'irais tenter ma chance au soleil. Là où le faible coût de la vie donne de l'importance à mon petit pécule en Francs suisses... Où je chercherais à développer ma propre entreprise (en fait c'est ce que j'ai fait), dans un domaine que je maîtrise et qui a des débouchés. L'un des énormes avantages de notre système est qu'il permet cela très facilement, bien plus facilement, administrativement que dans les pays qui nous entourent. Mais le gros de la population qui souffre de ses conditions de vie ne le fera pas, car on lui a appris sa vie durant a se reposer sur les canevas existant: l'école, le job, le patron, les assurances sociales...

Tout un système basé entre autres sur le pillage des ressources du tiers monde, dont nous avons tous honteusement profité. Même le mendiant du coin, dont l'escarcelle se remplit grâce à cet argent là. Il n'y est pour rien individuellement, le mendiant, ou l'assisté social qui reçoit son virement à la fin du mois, mais l'argent qui le fait vivre est en partie celui qui est pillé au reste du monde. Or le reste du monde s'est réveillé (et c'est tant mieux) et a commencé à se réapproprier ses richesses. Dans les arbitrages futurs, l'Europe et l'Amérique du Nord sont certainement ceux qui auront le plus à perdre. Genève, de par son statut de petite capitale mondiale dans bien des domaines essentiels, devrait pouvoir s'en tirer avec moins de casse qu'ailleurs. A condition de préserver ce statut justement, que tous les discours anti-expats et plus ou moins protectionnistes ou xénophobes sont en train de jeter par terre.

Parvenir à maintenir l'équité et l'équilibre dans les rapports sociaux au sein de notre bassin de vie, clairement transfrontalier, est essentiel. Les riches qui viennent chez nous profiter de ce hâvre de paix doivent comprendre qu'il y ont intérêt, et que cela a un coût. Qu'un cadre de vie harmonieux pour tous est plus agréable - et sans doute moins coûteux - qu'une armée de gardes du corps dérrière des miradors. Bref, si tout le monde savait se montrer intelligent, ce serait plus simple...

 

15/02/2011

Sécurité sociale mondiale: l'ONU passe la première

C'est désormais officiel, l'ONU cherche à mettre en place un système de sécurité sociale mondial, qui prendrait en charge la sécurité alimentaire, les besoins de santé élémentaire et la retraite pour tous, sur toute la planète. Actuellement, 20% seulement de la population jouit de ce filet social qui rend la vie infiniment moins dure.  C'est l'une des marrotes de Juan Somavia, le patron chilien et socialiste du BIT, soutenu par le patron français et socialiste du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Le projet doit beaucoup aussi à Micheline Calmy-Rey, Conseillère Fédérale socialiste suisse, qui avec Pascal Lamy, socialiste français et patron de l'OMC, a réveillé le CEB, le Chief Executive Board, la conférence semestrielle des grands patrons d'organisation internationale. Un véritable conseil des Ministres du Monde, si l'on admet que leurs organisations respectives sont bel et bien les ministères ad hoc de la planète. A noter que le CEB se réunit une fois par an en Suisse et une fois aux Etats-Unis.

Grâce aux discussions et aux échanges qui s'y déroulent,  il est plus facile de donner corps à ce genre de projet, de trouver les ressources et l'expertise nécessaire. C'est ainsi que l'on sait aujourd'hui combien ça coûterait et ce n'est pas cher: 2% seulement du PIB mondial, contre 17% en moyenne des PIB nationaux dans les pays développés où existent les systèmes de sécurité sociale. Pourquoi si bon marché ? Parce que l'alimentation de base, la retraite ou même la santé, dans un pays pauvre, coûte infiniment moins cher que dans un pays riche.

Il suffirait donc d'un peu de solidarité de notre part pour rendre la planète infiniment plus vivable pour tout le monde. Accessoirement l'existence d'un tel socle planétaire permettrait certainement de doper la croissance et à terme de réduire les écarts. L'argent dévolu mondialement à la coopération en couvrirait le quart des besoins... Reste à trouver le reste. La coopération pourrait alors disparaitre, de moins en moins justifiée par l'existence de plus en plus fréquente d'experts locaux compétents. Le système mondial de redistribution des richesses la remplacerait d'autant plus efficacement qu'en parrallèle se développe le savoir-faire de PME "indigènes", véritable fer de lance de la croissance locale. C'est d'ailleurs le sujet d'un des films que je produis cette année: Demain l'Afrique.

Dans l'Utopie Urgente, je rappelais déjà que les bienfaits de la mise en place de ces systèmes sociaux dans nos pays, entre 1848 et 1960 en gros, ont permis à nos contrées de connaître un essor économique et social sans précédent, éloignant grèves et révolutions. Et qu'il était urgent de faire de même, au plan mondial. Certes l'assistance a aussi des défauts, génére des effets de seuil et parfois assoupit l'initiative individuelle, mais ces phénomènes sont aujourd'hui connus et l'on peut faire en sorte de les minimiser au maximum dans la conception de ce nouveau système mondial.

A noter qu'on les voit tous à l'oeuvre, Somavia notamment défendant ce qui n'était alors que son projet personnel, dans mon dernier film "Le Secret des Dieux".

13/02/2011

Je like Genève... Love, je réserve à une autre

On va encore me dire que je fais une fixation. Pas vraiment, non. Je viens d'écrire une bafouille sur le même thème, sur Facebook, à un copain de mon adolescence militante, aujourd'hui responsable du site Marianne2.fr. Sur le même thème, mais pas identique, parce que si Philippe Cohen est nationaliste, c'est un nationaliste de gauche, comme Pascal Décaillet est un nationaliste de droite.

Dans son dernier texte Pascal Décaillet célèbre la déclaration d'amour à la Suisse émise par le PLR. Il dit aussi abhorrer la notion de citoyen du monde, et compatir à l'existence des pauvres apatrides qui ne se sentent de nulle part... Ou de partout. Un peu comme les croyants - ce qu'il est férocement par ailleurs - s'imaginent qu'il manque une case aux athées s'ils n'adorent pas dieu...

La question que j'aimerais poser à Pascal, c'est "Que faites vous à Genève, dans cette ville de perdition, où 85% de la population est d'ailleurs, dans une agglo de près d'un million d'habitant dont la moitié réside de l'autre côté de la frontière ?" Son coin de terre à lui, tout le monde le sait, c'est le Valais. Sa culture, c'est Saint-Maurice d'Agaune, son éducation, c'est les bons pères. Ah et puis aussi un peu l'Italie, parce qu'il lui arrive de partir en vacances. Et la politique genevoise, parce qu'il en vit et qu'il y vit...

Bref, il est du Valais, et il aime ça, mais lorsqu'il découvre autre chose, comme il est assez fin et intelligent, il se met à aimer aussi. Personnellement, j'ai été conçu au Maroc où mes parents habitaient, je suis né dans le Sud-Ouest chez mon grand-père, j'ai fait l'école maternelle à Paris, puis la primaire et le début du secondaire à Neuchâtel, où mes parents avaient déménagé. Passé mon bac à Cannes et fait mes études d'ethnologie à Paris, avant de venir travailler à Genève, d'où je n'ai plus bougé. Enfin presque: j'ai voyagé professionnellement dans une cinquantaine de pays, j'y ai tourné des films, mené des reportages, ce qui m'a permis de les découvrir davantage en profondeur qu'un touriste de passage. De les aimer aussi... Les deux (découverte en profondeur et amour) étant certainement liés.

Mes compagnes au long cours avaient toutes au moins un point commun: ce même cosmopolitisme et ces origines métisses, même si c'était à des degrés divers.  Ce qui m'amène à cette notion "d'amour"... Peut-on aimer un pays ? Les anglais ont deux mots pour le dire, like et love. Alors oui, je like certainement la Suisse, et Genève en particulier, de même que je like, à des degrés divers, la France, le Maroc, le Togo, la Colombie, l'Espagne, l'Italie, le Vietnam et même les Etats-Unis... Entre autres. Genève un peu plus que les Etats-Unis. Je sais pourquoi j'y vis et je sais que, où que je sois dans le monde, même sur une plage merveilleuse au soleil, j'avais au bout de quelques jours la nostalgie de ma Genève de tous les jours, où j'avais mes habitudes, mon métier, mes amis.  Un peu moins maintenant, grâce à Internet. On reste relié au monde, même sur une plage sous un cocotier.

Je sais pourquoi j'ai choisi Genève à 23 ans: parce que la ville est plus grande et plus ouverte que Neuchâtel et moins grande et plus ouverte que Paris. Je sais aussi que je peux aimer une femme d'amour, passionnément, mais que je n'aimerai jamais un pays de la sorte. Autant je conçois bien la monogamie à l'égard de la personne qui partage ma vie, comme je partage la sienne, autant je ne vois pas pourquoi je réserverai mes talents ou mes défauts à un seul pays, fut-il assez magnanime et généreux pour me fournir le gite et le couvert, en échange de mon travail...

Je viens d'apprendre il y a deux heures la mort d'un ami, que je n'ai connu que quelques heures, après la première canadienne de mon film Ashakara, à Montréal il y a 19 ans.  Ousseynou Diop était un géant de 150 kilogs, qui n'avait pas hésité à jouer un travesti dans Touki Bouki et qui s'est présenté à moi comme journaliste à Radio Canada International. Nous avions passé la nuit à discuter. Découvrant que j'avais des racines béarnaises, il s'était mis à me chanter le "Beth seu de Pau"...

C'était surréaliste, ce bon géant noir nimbé du soleil de Dakar, dans la nuit blanche de Montréal où tombait une neige épaisse, qui me parlait en pâtois béarnais, aussi bien que mon grand-père. Il avait fait ses études dans la ville de Gaston Phébus et de François Bayrou, où il avait même été un grand pilier de rugby. Il savait planter ses racines là où il se trouvait et mes trois pauvres mots de ouoloff me semblaient soudain bien maigres...

La Nation est, historiquement, l'échelle à laquelle se mène les guerres. Et lorsqu'elle épouse les contours d'une religion, c'est pire, même si les guerres peuvent parfois êtres civiles. C'est pourquoi je ne serai jamais nationaliste. D'autant que c'est souvent une échelle un peu artificielle et à mon sens désuette. Le coin de pays, la région, celle dans laquelle on vit me semble bien davantage pertinent et homogène, en termes de culture et de vie quotidienne. Franchement, le paysan ou le moniteur de ski de Champéry sont bien plus proche de leurs collègues de Châtel que d'un banquier genevois ou d'un fonctionnaire international. Tandis que deux habitants de Thonêx et Gaillard sont infiniment plus proches l'un de l'autre (à tous les sens du terme) que de leurs compatriotes de Saint-Gall ou de Perpignan.

Quant à l'échelle à laquelle doivent se régler les problèmes, c'est effectivement au plus près des gens pour un certain nombre d'entre eux (= commune, agglomération ou canton) et pour quelques autres, et non des moindres, c'est à l'échelle mondiale ou à défaut continentale. Et de plus en plus.

Je sais qu'un certain nombre de gens, au PLR, pensent comme moi. Pas tous, la déclaration d'amour à la Suisse du dernier communiqué le prouve. Elle est aussi la volonté de ne pas abandonner ce terrain à l'extrême-droite. Un terrain fertile, où pousse aisémment la mauvaise herbe de la haine. Comme dans toute relation d'amour passionel d'ailleurs. Raison de plus pour savoir garder le sens de la mesure.

10/02/2011

Lorsque Saint-Pascal se prend les pieds dans les fils de ses intrigues

Je connais une grenouille (de bénitier) qui rêve la nuit. Pas de gros boeufs assoupis, mais de faire et défaire les rois de la République. Comme Jeanne la Lorraine entendait des voix lui enjoignant de porter le Dauphin sur le trône de France, notre petite reinette reçoit des messages subliminaux dans son sommeil. L'oeil est dans la tombe et l'observe, équerre et compas lui font la danse de Saint Guy-Olivier... "Porte Eric, et Mauro et aussi Soli sur le trône, c'est ta mission sacrée. ps: n'oublie pas Cristoph B. pour le Saint-Siège de Berne... D'autant que ça peut rapporter gros!"

Jeanne la Lorraine faisant partie de ses idoles, au même titre que Maurras-Fribourg et quelques sombres mystiques du XIXème, notre petite reinette ne se pose pas la question de savoir d'où lui viennent ces fulgurances extatiques. Préférant à la vérité et à la volonté du peuple le noir tissu de la calomnie et du sous-entendu, elle tisse sa toile d'intrigues et répand la rumeur. Prend des allures de comploteur avisé pour annoncer des scoops infamants qui se révèlent pets dans l'eau... C'est qu'elle n'a pas son pareil pour faire gonfler les bulles médiatiques à la surface de la cuvette genevoise.

Sur la Voie Sacrée que LA voix lui a fixé (faire arriver les populistes au pouvoir), se trouve un obstacle: la concordance helvétique et les personnalités de droite qui préfèrent gouverner Genève au centre qu'à l'extrême-droite. C'est bien là l'enjeu, le coeur du débat. La tradition dont se réclame notre grenouille est claire, quoiqu'elle s'en défende: catholique rigoriste, noire de chez noire, du style phalange franquiste et croix-de-feu. Pour abattre ces ennemis et remplir sa Mission sacrée, tous les moyens sont bons, tous les coups sont permis. Avec délectation, elle monte en épingle, fait mousser et reluire l'inertie d'un département dans un domaine marginal, à savoir la gestion de quelques logements promis à terme à la démolition.

Pas de bol, l'élu ainsi blessé n'est pas le bon. La grenouille n'hésite pas alors, dans un vibrant édito, après avoir crié haro sur la Tour Baudet, à tenter de détourner les tirs de barrages vers celui qu'elle souhaite en vérité atteindre, celui qui incarne la concordance, mais aussi la résistance au populisme: François Longchamp. Mélangeant sans façon les modes d'élection (proportionnelle pour le Grand Conseil, majoritaire pour le Conseil d'Etat, ce qui assure la séparation et l'équilibre des pouvoirs voulue par la constitution républicaine) notre petite héroïne se prend ses longues pattes palmées dans l'enchevêtrement de ses grenouillages: "Untel est accusé d'incompétence, mais ce n'est pas le bon, celui qui devrait démissioner, qu'il faut abattre toute affaire cessante, c'est tel autre". Qui pour l'heure n'est accusé de rien, sans compter que la constitution - dans sa sagesse - prévoit justement une durée de mandat précise et non raccourcissable pour permettre à l'exécutif de prendre les mesures impopulaires parfois nécessaires.

Accessoirement, l'élection au Conseil d'Etat n'étant pas à l'ordre du jour (très probablement, François Longchamp ne devrait d'ailleurs pas s'yreprésenter, ses deux mandats accomplis, pour laisser la place aux jeunes et au renouvellement), c'est sur les élections municipales prochaines que se reporte l'attention. C'est là que les ténors populistes se présentent et peuvent prétendre atteindre l'exécutif. Sauf qu'en Ville de Genève, la seule qui compte vraiment aux yeux de la grenouille, volontiers élitiste, le sort des urnes est verrouillé par la gauche. Pierre Maudet fut la seule personnalité de droite à passer l'épaule. Il est du parti de Longchamp, partisan déclaré de la concordance et du travail commun avec les verts. Il pourrait être rejoint par Michel Chevrolet, lui aussi élu cible vivante par les populistes pour cause d'offense grave à l'ego du chef.

Donc en fait, pour obéir à LA voix et avancer sur sa Voie Sacrée, notre grenouille se retrouve contrainte à flinguer les deux jeunes talents les plus prometteurs de la droite classique, ce qu'elle hésite à faire ouvertement. Dame, l'un d'entre eux au moins est promis au plus brillant avenir fédéral et l'autre a les même patrons - et sponsors - qu'elle... Alors la grenouille alambique son texte, dénonce les accointances vertes, sous-entend, intrigue, comme à son habitude.  Mais je ne crois pas que qui que ce soit de réfléchi dans la république puisse encore être dupe de ses manigances! Toute la question est de connaître la proportion de personnes réfléchies parmi les votants et la part de ceux qui sont prêts à élire des bateleurs à l'ego surdimensionné, à l'image de notre grenouille dont ils partagent le rêve commun et fou d'accession au pouvoir, dans une logique de guerre des classes et d'affrontements des clans.

03/02/2011

Lettre à mon ami Vielliard (2)... et aux votants genevois

Tu as raison sur un point, Antoine, nous sommes tous d'accord, c'est que Genève doit construire davantage. Mais le canton est engoncé dans un système législatif qui le paralyse, dont les bases ne vont pas changer à moyen terme.

Le pouvoir de nuisance du droit de recours et d'initiative est à cet égard catastrophique, mais il est le côté obscur de notre démocratie semi-directe. C'est au point que les communes bourgeoises refusent de se densifier par peur d'attirer des pauvres de gauche, tandis que les communes les plus peuplées, tenues par la gauche, refusent tous les programmes tant soit peu luxueux qui risqueraient de réduire leur électorat ! Quant aux militants écolos, si le programme n'est pas vert foncé, paf, référendum...

Le pompon revient à l'Asloca et au tyrannosaure Grobet, qui lancent initiative sur initiative pour corseter encore un peu plus une construction qui suffoque déjà. La palme de la mauvaise foi étant à décerner à Alberto Velasco, qui ose surenchérir sur les attaques du MCG à l'encontre de Mark Müller en prétendant que les faits reprochés par la commission de gestion remontent à 2 ou 3 ans, alors que le cas évoqué (attribution d'une villa de 7 pièces pour 950 CHF) remonte à 20 ans, soit à la gouvernance de... Grobet ci-devant créateur de l'Asloca. Grobet qui avait verrouillé tout le département des constructions en y plaçant ses hommes à lui et n'a laissé que champs de mines à ses successeurs, s'acharnant à paralyser les constructions par la protection du patrimoine.

La seule chose à faire c'est de reccomander aux Genevois de voter pour le logement, partout, à chaque fois que c'est possible, mais cela va prendre du temps. De l'autre côté de la frontière, pas de démocratie directe, mais des pesanteurs syndicales et sociales qui restreignent l'embauche autant que l'est la construction de logements en Suisse. Certes il existe quelques niches à exploiter, mais tu avoueras que la recherche médicale, ce n'est pas un job à la portée de tout le monde. Les métiers à créer pour les sans-emplois, ce sont des métiers condamnés dans nos régions par la montée en puissance des pays émergents, infiniment moins chers et plus performants sur ces créneaux. Services à la personne exceptée, parce que non délocalisable, à condition de bien vouloir s'y coller... Et les personnes  à servir, ce sont les personnes ayant les moyens de payer un service...

Bref, on vit dans une région formidable, mais qui durablement va continuer de développer les logements d'un côté, les emplois de l'autre. Cela fait 34 ans que je suis journaliste dans la région, double national, ayant habité des deux côtés, et le film que je suis en train de terminer - dans lequel tu figures en bonne place - a achevé de m'ouvrir les yeux sur ce qui était possible ou non, envisageable ou non. J'ai essayé d'être objectif, d'écouter et de rapporter, de commenter aussi, parce que je ne suis pas qu'un observateur.

J'espère que mon film, "Genevois Pluriels", pourra servir de prétexte au débat devenu urgemment nécessaire sur ce que nous voulons pour l'avenir de la région. Le projet de région transfrontalière implique l'adhésion de la majorité des habitants, de part et d'autre de la frontière et pour l'heure, ils n'ont guère eu l'occasion de s'exprimer. L'Etat des lois et des accords internationaux fait que nous sommes condamnés à travailler de concert. Quand bien même les peuples décidaient de relever la frontière, la conséquence immédiate serait un grave recul de l'activité économique des deux côtés.

Oui, les promesses en matière de logement faites par le Canton n'ont pas été tenues. Mais cela n'était pas possible de les tenir, on le voit aujourd'hui. On peut espérer qu'elles le soient demain, c'est aussi dans l'intérêt du Canton. Mais il serait sot d'en faire une question de principe. Tant que le logement français sera nettement moins cher que le logement suisse et tant que la libre circulation sera en vigueur, l'exode continuera. Que tu le veuilles ou non. Réduire la croissance économique, c'est aussi compliqué pour Genève que pour le Genevois français d'augmenter la sienne. Alors construisons les aménagements nécessaires, notamment de transport, et vite, en imaginant les compensations que cela implique, au lieu de nous crêper le chignon.

02/02/2011

Lettre ouverte à mon ami Vielliard, dit Obélix

Antoine, tu cherches à remettre la charrue devant les boeufs. Voire même à côté, histoire de bien tout bloquer. Ce qui, la terre n'étant plus labourée, ne pourrait qu'occasionner rapidement la disette. La parabole est facile, mais vois-tu tous les spécialistes en aménagement t'expliqueront qu'il vaut mieux prévoir les infrastructures de communication d'abord - si possible en transport public, vertes et durables - logements et activités venant ensuite s'y greffer. Toi tu voudrais faire le contraire, alors que toute l'agglomération souffre déjà d'asphyxie depuis des décennies à cause de celà.

J'ai commis un Temps  Présent il y a un quart de siècle qui déjà posait ce constat: il faut des transports en commun à l'échelle de nos ambitions. Depuis, les choses ont surtout pris 25 ans de retard de plus ! Certes il faut aussi plus d'emplois en France et plus de logements en Suisse, mais le déficit dans ces deux derniers cas est structurellement lié aux législations de ces deux pays et ne se résorbera pas sans des changements de législation qui ne sont pas à l'ordre du jour, ni d'un côté, ni de l'autre. Tandis que le défaut d'infrastructures est lié à des choix politiques passés (l'arrachement des rails de tram) aujourd'hui corrigés et à l'absence de coordination transfrontalière. Ce que précisément, le projet d'agglo rectifie.

Par ailleurs l'existence de zones vertes dans le canton est certes excessif, et doit être revu, mais il fait aussi partie du charme de la région et tout le monde en profite. Ce qu'il faut c'est aménager de même le Genevois français, en préservant de larges zones rurales et sauvages ou de loisirs, en urbanisant ailleurs. Là où sont les voies de communication, les anciennes et les nouvelles. Et là il faut urbaniser sans hésiter, en France comme en Suisse et créer de l'emploi. En France comme en Suisse. Sauf qu'en Suisse on hésite sur le logement et en France les entrepreneurs hésitent à embaucher... Où ne trouvent pas ce qu'ils cherchent. A cause des conditions cadres. qui ne vont pas changer rapidement. La commission d'Etienne Blanc a renoncé à proposer l'application des lois suisses sur le travail dans la zone frontière, et Genève ne va pas supprimer la possibilité de faire opposition à toute nouvelle construction.  C'est ainsi, il faut faire avec.

Tu le dis toi même, il existe des niches pour lesquelles il est plus intéressant de s'implanter en France qu'en Suisse. Développons les. Et débrouillons-nous  pour construire des logements accessibles aux salaires en euros. En fait, ces logements existent. Si tu regarde la moyenne des revenus, commune par commune, dans le genevois français, tu t'aperçois qu'elles sont dans la moyenne française, bien qu'incluant les revenus des frontaliers, suisses ou français. Les plus élevées sont des communes rurales, comme Juvigny, où l'on ne trouve plus que des villas. Et c'est là que le bât blesse, dans ce segment du marché. Pas pour les cas sociaux, ni même pour le jeune facteur à qui la Poste trouvera toujours un logement, quitte à le construire, comme elle le fait à Paris ou Lyon.

A profession égale, une infirmière ou un contremaître travaillant en Suisse pourront s'offrir une maison à Juvigny. Pas s'ils travaillent à Annemasse. Ils devront se rabattre sur un appartement plus petit, ou accepter de faire quelques dizaines de kilomètres de route ou d'autoroute chaque matin, s'ils tiennent à leur maison. S'ils pouvaient le faire en train, ce serait mieux, mais le Genevois français a de longue date laissé péricliter ses infrastructures ferroviaires. Par ailleurs, le parc immobilier du Genevois français monte en gamme. Ce n'est pas qu'une simple question de prix du terrain. Ce qui s'y construit de plus en plus, c'est de l'habitation qui en France est considéré comme de luxe.

Tout cela est définitivement injuste, mais c'est la même chose partout, dans toutes les villes et dans tous les pays du monde. Il y a des beaux quartiers et des moins beaux, et des tout aussi sympas que les beaux, mais plus loin... Ailleurs l'existence de transports publics rend la chose vivable, ici leur absence engendre des bouchons insupportables et de la pollution inutile. Enfin ailleurs, dans les vrais grandes agglos, il y a à la fois les transports publics et les bouchons...

C'est ce que nous pouvons essayer d'éviter, ou du moins de réduire dans la région, car nous en avons les moyens. Nous sommes riches, parmi les plus riches du monde et nous avons encore de l'espace vierge à préserver et de la qualité de vie. Cette qualité de vie a un prix. Pour les gens qui viennent d'ailleurs, comme pour ceux qui sont d'ici depuis des générations. La maintenir, voire même l'augmenter, cette qualité de vie, passe obligatoirement par l'amélioration considérable des conditions de transport. Rater le coche des subventions fédérales en 2012 serait suicidaire, et le jeu personnel que tu mènes à cet égard, criminel. Si tu réussis dans ton plan, et j'entrevois cela comme une possibilité réelle, de faire refuser le projet d'agglo par la partie française de la région, tu auras certes assis définitivement ta notoriété politique, mais au prix de 30 ans de retard et d'embouteillages supplémentaires pour la région.

L'alternative que tu appelles de tes voeux consisterait à enrayer le développement, à chasser les multinationales (dont les anciens expats ont souvent pris racine dans la région), à licencier des gens, à voir l'immobilier s'effondrer, générant de multiples drames individuels et familiaux, bref à faire d'une région en plein boom - avec ses problèmes - une région sinistrée, avec ses problèmes bien plus grands encore. Il n'y a pas de juste milieu, dans ce genre de choses: ça marche ou ça ne marche pas. Et si toute la Gaule bégaie, et qu'une petite région peuplée d'Allobroges, résiste encore et toujours à la morosité, ce n'est pas un miracle. C'est l'effet de la potion magique genevoise. Ce n'est pas parce que tu es tombé dans le bain en étant petit, toi-même expat, fils d'expats, que tu dois l'oublier.

01/02/2011

Pourquoi je me demande si je ne vais pas porter plainte contre Pascal Décaillet

Je ne résiste guère au plaisir de mettre mon grain de sel dans ce combat de coq. Même si à la demande de mon ami Gorgui, j'ai récemment baissé les armes. Unilatéralement à ce jour. Voilà, voilà...

Pascal Décaillet a sans doute manqué de professionnalisme en invitant un proche de Ben Ali en direct, sans savoir à qui il avait affaire, puisque c'est ce qu'il laisse entendre. Mais je crois volontiers, le connaissant, qu'il a effectivement du proposer à cette opposante tunisienne de venir rectifier. Cela lui ressemble, il aime trop démontrer l'ouverture béante de son éventail... Antonio Hodgers a donc été lui aussi un peu vite en besogne...

Maintenant cela vaut-il un procès ? Je ne crois pas non. Une rectification eût largement suffi. Si les personnages publics devaient faire des procès à chaque fois qu'ils se sentent diffamés sur face de bouc ou sur les blogs, que deviendraient les tribunaux. Même en cas d'atteinte à l'honneur, y compris à l'honneur professionnel. Je sais de quoi je parle. Il y a tout juste un an, Pascal Décaillet m'a gentiment accusé de n'êtrre rien, ce qui n'était pas bien grave, de mériter la disparition, n'eût été son opposition à la peine de mort (ce qui démontre surtout sa fébrilité à mon égard), mais aussi de puiser mon inspiration dans les paradis artificiels colombiens.

"Et puis, il connaît très bien l’Amérique latine, Philippe Souaille. C’est sans doute là-bas qu’il a dû commencer à consommer ce genre de produits hallucinogènes qui altère l’esprit et dissipe les sens".

Cela, comme de gentils avocats que je n'avais même pas sollicités m'en ont averti, c'est une accusation en bonne et due forme, caractéristique d'une atteinte à l'honneur et à ma réputation devant n'importe quel tribunal. Il se trouve qu'il m'est arrivé, dans ma jeunesse, comme une bonne partie de mes contemporains, de goûter à certains plaisirs défendus, mais cela fait un bon quart de siècle que j'ai arrêté. Ce que n'importe quelle visite médicale poussée pourrait aisément confirmer. Mais le plus drôle, c'est que dans un procès de ce style, c'est au calomniateur de faire la preuve de ce qu'il avance. Bon courage...

Donc il me vient une idée un peu saugrenue, que je résumerai en un simple conseil à l'égard de mon éminent confrère: retirez votre plainte cher Pascal. Elle vous dessert. La maintenir pourrait faire naître l'envie de vous infliger méchante leçon.