07/03/2011

Quand les populistes mentent, tout simplement

Je me méfie fondamentalement des gens qui se pensent investi d'une mission par imposition des mains ou parce qu'ils entendent des voix. Quelle que soit cette mission. Comme Soli Pardo par exemple, qui explique "le politicien est sur terre pour...(entendre le peuple)". Le droit divin ou l'aveuglement idéologique ne sont jamais bien loin, de même que les exactions de toutes sortes qu'ils peuvent justifier.

En l'occurrence, en parant le populisme de la légitimité populaire, tout en accusant ceux qui ne sont pas d'accord avec lui d'élitisme (un discours connu), Soli Pardo et les siens font abstraction d'un élément fondamental: la réalité. Ce que désire le peuple est une chose, ce qu'il est possible de faire ou d'obtenir en est une autre. Souvent malheureusement radicalement différente, et dépendant avant tout des circonstances économiques, politiques, environnementales, humaines, climatiques etc... Circonstances qu'il importe d'analyser et de comprendre avant de proposer la moindre action politique.

Ce que ne font pas les populistes, justement. Eux se contentent d'entendre le peuple clamer son désir en lui promettant d'y répondre.

Un peu comme ces mauvais parents qui pourrissent leurs enfants à force de les gâter, lorsqu'ils en ont les moyens (là  ce serait plutôt la gauche avec les moyens de la classe... moyenne, justement) ou qui, s'ils n'en ont plus les moyens se retrouvent confrontés aux cris de la marmaille ! Parce qu'ils n'ont jamais pris le soin de lui expliquer, à la marmaille que : "Non tu ne peux pas avoir ce jouet, ou cette limonade, ou cette chambre supplémentaire, parce que nous sommes fauchés". Ou parce que nous devons faire des économies, pour l'hiver qui s'annonce rude.

En affirmant qu'il suffit d'écouter le peuple et de répondre à ses demandes, Soli Pardo ment, tout simplement. Tout le monde veut avoir un bon salaire, un bon logement, partir en vacances, posséder une belle voiture et même plusieurs etc... Mais le monde est limité, on ne peut pas tout avoir dans la vie. Ce que l'on obtient, en principe, il faut le gagner. Ce qui se fait rarement en deux temps trois mouvements. Contrairement aux prétentions des leaders du MCG qui affirment volontiers qu'il suffirait de les élire pour que tout aille mieux. Evidemment c'est faux, parce que les réalités sont là, et bien là.  En politique, comme dans la vrai vie, il n'y a pas de miracle.

Par exemple, en matière de sécurité, on peut multiplier le nombre de gendarmes et de policiers, construire des prisons, d'ailleurs les partis du centre y sont évidemment favorables, notamment le PLR, mais il faut bien savoir que ça coûte. Et que l'argent qu'on met là ne va pas ailleurs. Dans le logement par exemple, ou l'aménagement des transports, ou l'éducation...  Et là on rentre forcémment dans le vif du sujet. Parce que si "le peuple" en général veut pouvoir sortir le soir sans être importuné, il est loin d'être uniforme. Telle partie du peuple est enseignante par exemple et veut plus de profs, telle autre veut des autoroutes, tandis que cette partie ci veut des pistes cyclables, et telle autre des augmentations de salaire pour les fonctionnaires, tandis qu'une autre encore en a marre de payer tant d'impôts... Bref, prétendre que l'on peut entendre monter du peuple une voix uniforme, c'est là encore mentir... ¨

Pour déterminer comment parvenir à mettre à peu près d'accord tout ce petit monde, ou à défaut de mettre tout le monde d'accord, parvenir à déterminer les priorités les plus urgentes, et travailler à les rendre réalisables financièrement et acceptables par le corps social des électeurs, mieux vaut être capable de comprendre les enjeux. Tous les enjeux. Et ne pas avoir tendance à prendre les électeurs pour des c... en pensant qu'il suffit de prétendre qu'on les écoute pour que demain, leurs rêves deviennent réalité. Par quelle magie ???

L'inverse du populisme, ce n'est pas l'élitisme, c'est dire la vérité !

 

Commentaires

Ce que Soli Pardo oublie de dire, c'est qu'il appartient aux élites populistes...
Et là, franchement, ça commence à faire beaucoup.

Écrit par : MIchel Sommer | 07/03/2011

Soli Pardo peut vous remercier, vous abondez dans son sens et vous comportez exactement comm eles élites qu'il décrit. Il y a ce que le peuple veut d'un côté, et ce qu'une élite prône et qui réfléchit, analyse à la lumière de considérations économiques, écologiques, etc.

En d'autres termes, le peuple est trop c... pour qu'on prenne ce qu'il dit au premier degré parce qu'il est incapable de distinguer ce qu'une élite juge possible ou pas.

Avec de tels discours, les populistes de gauche et de droite ont de beaux jours devant eux.

Écrit par : J.-L. Masson | 07/03/2011

Je m'attendais à vous lire, M. Masson, puisque Soli Pardo reprend exactement, dans son dernier blog, la thèse que vous aviez développée ici même il y a quelques jours. Au point que l'on pourrait croire que vous ne faites qu'un, où qu'il s'agit du nouvel axe de tir au pigeon du MCG: Après les frontaliers, l'élite intellectuelle et politique. Demain, ce sera quoi ?
Ce que dit Soli Pardo, même s'il pense être sur Terre pour le dire, n'est pas pour autant parole d'évangile. Contrairement à sa logique, "le peuple" n'est pas un, ne pense pas et ne s'exprime pas de manière uniforme, montre des intérêts divergents et des désirs variés. Et même variables. Sans compter que ceux-ci restent nécessairement soumis au principe de réalité.
Heureusement, nous ne sommes pas encore tous enrégimentés sous un uniforme monocolore et "le peuple" ça n'existe pas vraiment. C'est pourquoi les médiateurs que sont les politiciens sont nécessaires. Appeler ça une élite si cela vous chante. Prétendre que tout le monde aurait le même niveau intellectuel et serait donc à même de comprendre à l'identique toutes les finesses de fonctionnement de l'économie, de la diplomatie ou des sciences sociales, c'est juste une escroquerie intellectuelle. Et c'est d'une duplicité inqualifiable.
Je pense, moi, et j'assume, que les gens ne sont pas si bêtes et que même lorsqu'ils n'ont pas fait d'études, la majorité d'entre eux savent faire la différence entre un bonimenteur de foire proposant de raser gratis et une personne qualifiée capable d'étudier un dossier et de prendre une décision censée, quitte à se tromper parfois... Au lieu de passer son temps à dénoncer des scandales et à se castagner dans les débits de boisson.

Écrit par : Philippe Souaille | 07/03/2011

C'est une scie que celle de l'opposition de la démocratie directe à la démocratie représentative. Ce que je trouve admirable, toutefois, c'est le mépris du peuple qui suinte des propos de Mr Souailles. Je crois que nous avons en notre blogueur-cinéaste-écrivain-citoyendumonde-lumièreducentredroit, etc., à nouveau, un des ces grands démocrates qui serait tellement plus à l'aise si le peuple dont il se gargarise n'existait pas.

Écrit par : caton | 07/03/2011

Je ne crois pas, cher Monsieur, que dire la vérité soit mépriser les gens, tout au contraire. J'ai pour habitude, quel que soit la personnalité que j'aie en face de moi de m'exprimer ouvertement et de lui dire ce que je pense.
Tout le contraire du discours populiste qui condescend à se pencher vers "le peuple" pour lui faire prendre vessies pour lanternes afin de s'en servir comme marchepied dans sa quête de pouvoir. Moi, je ne marche jamais sur les gens.
Cela étant, personne ici n'oppose démocratie directe et démocratie représentative, sauf vous. Jusqu'à preuve du contraire, les élites que vous conspuez ont été élues selon le système politique en place dans la République et canton de Genève, qui est un savant dosage des deux. Souhaiteriez-vous le remettre en cause ? Dans quel but ? Un système qui soit plus favorable à VOTRE vision du peuple ?
Ce serait le début de la fin. Car toute l'Histoire lointaine et récente est extrêmement claire sur un point: tous ceux qui se sont ainsi réclamé de la volonté du peuple ont finit en dictateurs !

Écrit par : Philippe Souaille | 07/03/2011

Démocratie directe (que vous détestez semble-t-il): c'est l'expression brute du corps électoral (le peuple), le oui/non à une question. Démocratie représentative: c'est l'expression du même peuple filtrée par ses représentants, l'expression déléguée à des élites (qui se ressemblent toutes) et qui se cooptent, et qui finissent toutes par voter de la même manière. A vous lire, tous ceux qui se préoccupent du peuple seraient des dictateurs. C'est faire peu de cas de vos contradicteurs, mais sans doute était-ce prévisible. Au fond vous avez sans doute raison. Aussi serait-il préférable que vous changiez le peuple, afin de vous soustraire aux désagréments que son existence implique. Et dans votre remarquable bergerie vous serez libre de disserter sur la différence entre le pain et la brioche. Ce qui est le plus pitoyable, dans tout cela, c'est que vous ne semblez guère appartenir à la classe des maîtres, mais que vous en reproduisez tous les clichés. Maigre plume, et de peu d'efficace.

Écrit par : caton | 07/03/2011

Merci Caton de faire les questions et les réponses et de m'expliquer la différence entre démocratie directe et représentative ! Ce qui prouve surtout la masse de préjugés qui vous étouffe.
Qui vous a dit que je détestais la démocratie directe ? Jusqu'à preuve du contraire, l'UDC n'en est pas propriétaire et si l'on fait le compte des votations de ces vingt dernières années, elle en a perdu infiniment plus que les partis dont je suis le plus proche, le PLR en particulier. L'extrême-droite populiste a juste su ces derniers temps surfer sur les peurs d'une partie de la population, joyeusement drillée à grands renforts de budget publicitaire.
Quitte à réunir des majorités qui ne tiennent pas au-delà.
Mais l'UDC n'est toujours pas majoritaire, même si elle progresse.
Vous déformez mes propos, je n'ai jamais dit que tous ceux qui se préoccupaient du peuple étaient des dictateurs. Loin de moi cette pensée. J'estime me préoccuper du peuple, comme d'ailleurs tous les politiciens que je fréquente. Sinon ils ne feraient pas de politique. Mais "le peuple", notion éminemment abstraite, que l'on pourrait faute de mieux traduire par "la majorité" n'a pas forcément toujours raison.
Il lui arrive de se tromper. Hitler a commencé par remporter les élections avec 43% des voix,(l'UDC et le MCG en sont loin) avant d'en supprimer le principe.
Se préoccuper du peuple, cela signifie pour moi passer son temps et dépenser son énergie à essayer de déterminer ce qu'il est possible de faire pour améliorer la situation. Ce qui n'a pas grand chose à voir avec "écouter la rumeur qui monte des cafés du commerce" qui est la version populiste de la chose.
Bien sûr qu'il faut entendre le discours et les plaintes des gens lorsqu'on est au pouvoir, sinon l'on s'isole. Mais ne faire que ça, c'est s'empêcher de trouver les bonnes solutions, les remèdes les plus efficaces, les idées les plus novatrices. On ne gouverne pas un pays efficacement, dans un contexte de crises mondiales gravissimes et qui ne font que commencer, en n'ayant que la haine du voisin comme discours et la police comme remède.
Par ailleurs, "le peuple" ce n'est pas seulement le ramassis de déçus de l'existence à l'égo flétri et d'ambitieux sans vergogne qui peuple les bancs de l'extrême-droite. C'est bien plus riche et créatif que les slogans à l'emporte-pièce et franchement vieux-jeu que vous tentez d'imposer - non sans succès, je vous l'accorde - à l'agenda politique. Le peuple, c'est jeune, c'est vieux, c'est féminin, c'est macho, c'est coloré, c'est noir ou gris, c'est gai, c'est endeuillé, c'est artiste, c'est technicien, c'est matheux, c'est littéraire, c'est inculte ou diplômé, bref avant tout c'est varié.
Et le plus petit commun dénominateur auquel vous tentez de réduire tout ce joli monde est forcément petit, très petit. J'aime trop les gens pour ne pas me battre contre vision étriquée d'un peuple dont vous seriez seul dépositaire de la parole.

Écrit par : Philippe Souaille | 07/03/2011

Ce que voit le peuple, M. Souaille, c'est bien la réalité.

La réalité du chômage, La réalité de la crise du logement. La réalité de l'insécurité croissante. La réalité des scandales qui secouent l'appareil de l'etat. La réalité du manque de crèches. La réalité de la mobilité supprimé een ville. La réalité de partis vendus à l'économie, aux milieux immobiliers ou au lobbys de la gauche. La réalité d'une classe moyenne dont le niveau de vie diminue. Etc., etc.

Il n'a donc besoin de personne pour comprendre la réalité qu'il subit tous les jours. M. Pardo a raison de dire que la vocation d'un politicien doit être d'écouter le peuple. Vous soutenez le point de vue inverse : c'est le peuple qui doit écouter une caste supérieure. Mais ce qui anime cette classe supérieure, ce n'est pas la réalité, c'est la volonté de ne pas vouloir la changer.

Écrit par : Sébastien | 07/03/2011

Je vous cite: "le peuple" ce n'est pas seulement le ramassis de déçus de l'existence à l'égo flétri et d'ambitieux sans vergogne qui peuple les bancs de l'extrême-droite." Vous ne nous épargnez aucun cliché, aucune platitude. Il est bien connu que dans les milieux de la droite molle ou de la gauche bobo, tous les gens sont de parfaits exemples de réussite sociale et professionnelle, d'équilibre et de raison. Et non, leurs jeux ne sont pas ceux auxquels on assisterait dans un atelier protégé, mais bien les cogitations des nouveaux maîtres. Vous êtes méprisant, et à ce titre je préfère rester dans la fange des déçus et des ambitieux (c'est d'ailleurs contradictoire mais bon...) plutôt que de me frotter encore au "modèle" de réussite et d'équilibre que vous incarnez sans doute avec vos amis.

Écrit par : caton | 07/03/2011

Tout d'abord, Sébastien, vous seriez aimable de retirer le terme de caste qui ne correspond en rien à la réalité. Une caste est par définition héréditaire, et si l'élite, telle que nous la comprenons tous ici, dans un contexte républicain, a un sens, c'est celle du mérite et de l'intelligence, idéalement celle de la compétence, en aucun celle de la naissance. L'instruction publique étant le premier vecteur de cette excellence.
Pour le reste, la réalité que vous décrivez est partielle et aussi partiale. Vous oubliez au moins un très gros détail, en fait deux:
1) Ailleurs c'est pire et ce n'est peut-être pas par hasard si toutes les grandes villes du monde cherchent à chasser les voitures du centre ville, si la sécurité globale diminue dans un monde dont l'instabilité croit tous les jours, si l'économie domine le quotidien des gens, etc...
2) Tous les remèdes aux maux que vous décrivez ont un coût. Et si vous additionnez tous ces coûts, cela fait une montagne d'argent. Bien trop cher pour le budget de l'Etat, c'est à dire nos impôts. Donc il faut faire des choix. Ce qui n'est présent nulle part dans le programme merveilleux de M. Pardo.
Au même titre que s'il faut virer les voitures du centre (après avoir bouclé le contournement en construisant la rade :-) c'est pour des raisons environnementales majeures. Parce que même s'il y a une part de pipeau dans le réchauffement, la pollution existe, impossible de le nier. Et elle n'est pas bonne pour la santé.
De même si l'instabilité globale augmente c'est que les pays du sud ont commencé à récupérer leurs droits et nous taillent des croupières au plan économique. C'est la réalité qui va dominer les prochaines décennies, et sans doute tout le siècle. Impossible de faire comme si cela n'existait pas: 95% de nos matières premières sont chez eux ! On peut essayer d'en pâtir le moins possible, c'est ce qu'essaient de faire nos autorités. Avec plus ou moins de réussite, mais dans l'ensemble, plutôt mieux qu'ailleurs.
Changer la réalité, pour l'améliorer, nous sommes d'accord. Mais c'est un travail de longue haleine. Rien à voir avec le numéro de joueur de flûte que nous joue Soli Pardo. Il a le droit de rêver, de nous faire partager une vision, mais ce qu'il fait, c'est autre chose, c'est raconter aux gens qu'il suffit de les suivre pour que tout aille mieux. désolé, mais cela va faire 50 ans l'année prochaine que je ne crois plus au Père Noël.

Caton, ce n'est pas contradictoire, il y a des déçus et il y a des ambitieux. Ce ne sont pas les mêmes. En général, dans les partis populistes, il y a les chefs et ceux qui suivent. Raison de plus pour me tapoter le menton lorsque je lis tous vos discours soi-disant égalitaristes.
Libre à vous de vous ranger dans la catégorie qui vous plait le mieux.

Écrit par : Philippe Souaille | 07/03/2011

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