08/03/2011

Gauche-droite, gauche-droite...

On me dit méprisant parce que j'ai osé écrire " "le peuple" ce n'est pas seulement le ramassis de déçus de l'existence à l'égo flétri et d'ambitieux sans vergogne qui peuple les bancs de l'extrême-droite". Qu'en est-il en réalité ?

A Genève, le MCG a été fondé par des gens que l'UDC refusait de présenter sur ses listes, ou qui en avaient été exclus pour faits de racisme. L'un d'entre eux avait d'ailleurs déjà transité des libéraux à l'UDC pour des raisons similaires: On ne l'y appréciait pas à sa juste valeur et il n'y progressait pas assez vite à son goût. Par la suite, le MCG s'est renforcé en recrutant des gens qui avaient été exclus de leurs partis respectifs à cause de malversations ou qui s'en allaient d'eux mêmes parce qu'ils se sentaient barrés dans leur ancien parti. Le tout renforcé de quelques gendarmes, des "honnêtes gens" utiles...

Pourquoi est-on barré dans un parti ? Parfois parce que l'on est vraiment antipathique ou plus souvent parce que l'on vous y juge incompétent pour affronter les tâches publiques. Le résultat, on le voit très bien au MCG, c'est un discours aigri et jaloux, voire haineux, seul dénominateur commun entre les membres, tandis qu'un joyeux salmigondis de type auberge espagnole tient lieu de programme politique !

Il est assez amusant de constater que le MCG pousse des hauts cris à Vernier sur l'alliance contre-nature de la droite et de la gauche contre son candidat, alors qu'il prétend lui-même n'être ni de gauche, ni de droite... Faudrait savoir, gauche et droite ont-elles encore un sens ou non ? De fait, la lutte de classes semble en bonne partie dépassée. Tout le monde s'accorde à dire que l'URSS, c'était pas top et que le néo-libéralisme sans entrave, c'est pas la joie non plus. Ce que disent et ce qu'appliquent depuis belle lurette les partis de centre droit et de centre gauche, soit dit en passant.

La différence entre gauche et droite se résume aujourd'hui essentiellement à un positionnement économique: où se situe-t-on en matière de dosage entre contrôle public et initiative privée et dans quelle mesure redistribue-t-on la richesse produite. Ce sont effectivement les bases déterminantes de toute action politique. Sur cette base, par ses votes passés au Grand Conseil, le MCG se situe clairement à droite. Très à droite.

Les populismes (de droite et de gauche aussi avec l'altermondialisme) introduisent cependant un nouvel élément: le protectionnisme. Parce que brandir la démocratie directe, c'est juste du vent, de l'esbroufe à destination du petit peuple que les populistes cherchent à manipuler: le peuple vote des référendums mais élit aussi un exécutif et cet exécutif dirige au quotidien. Pas moyen de faire autrement. Un exécutif prend des dizaines de décision par jour et l'on ne peut pas faire voter le peuple toutes les 3 secondes.

Par contre on peut se servir de référendums pour se faire connaître et apprécier pour des prises de position de matamore. Au sens propre, pour les non hispanophones, de tueur de maures (mata moros)... Ce qui fait toujours recette et permet d'espérer atteindre le saint-graal: l'exécutif. Ou l'on pourra enfin prendre des décisions, sans en référer au peuple toutes les 3 secondes... Et l'exécutif, évidemment, c'est l'objectif des populistes. Ce en quoi ils ne diffèrent en rien des autres politiques, la soi-disant "élite".

C'est là que les Athéniens s'éteignent et que la démocratie risque sa peau. Soit l'exécutif populiste se montre raisonnable et constate ce qu'il est possible de faire sans tout casser, soit il fait ce pourquoi il a été élu: tuer des maures (c'est une image, disons plutôt leur barrer la route), relever les frontières, bannir les frontaliers, etc... Bref, il met l'économie cul par dessus tête, et se retrouve naturellement bien vite avec des problèmes économiques monstrueux.

A l'échelle d'une ville comme Genève, on ne risque guère que de perdre rapidement notre statut privilégié de capitale économique et diplomatique mondiale, qui nous fait vivre mieux qu'ailleurs. Certes, nous aurions alors davantage de logements disponibles, mais les prix s'effondreraient, les entreprises feraient faillite, et le chômage exploserait. Sans plus avoir les moyens du filet social actuel.

A l'échelle d'un pays, c'est plus grave, car ça se termine généralement en guerre contre l'ennemi, le voisin, forcément responsable de tous les maux, les populistes ayant une fâcheuse tendance à conserver le pouvoir par tous les moyens lorsqu'ils y accèdent, en rejetant tous les torts sur l'étranger. Un réflexe complôtiste aussi vieux que le monde.

La découverte du protectionnisme ne date en effet pas d'hier. Le concept a été très à la mode à toutes sortes d'époques. Pour le siècle passé, ce fut surtout dans les années 10 et 30... Juste avant les deux guerres mondiales, ceci étant évidemment lié. Le populisme, ce n'est pas le peuple contre l'élite. C'est l'aveuglement rétrograde contre la lucidité et le sens de l'histoire.

Commentaires

Excellent billet, reste à voir si Genève sera capable de voter pour la raison et non pour la peur

Écrit par : Frederic Dupuel | 08/03/2011

On vous dit méprisant certainement parce que vous l'êtes, cher ami ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 08/03/2011

C'est très manichéen et méprisant ce que vous dites.

D'un côté les forces du mal, incarnées par les populistes, que vous assimilez à des fascistes, des rétrogrades, des protectionnistes et créateurs potentiels d'une immense crise économique, qui ne savent que déborder de haine. Il y aurait même de vilains gendarmes parmi eux. Pire, ils abuseraient de la démocratie directe, cette création du Malin pour nuire aux force du Bien.

De l'autre côté, les forces du Bien et de la Lumière, que vous incarnez, progressistes, seules aptes à gérer les affaires publiques, raisonnables, redistributrices de richesses, sachant seules les produire. Le seul problème, c'est que vos forces du Bien ont créé une situation devenue intolérable pour le petit peuple. La crise du logement est ans précédent. La liberté de se déplacer a disparu. Le taux de chômage atteint un record alors que nous sommes une des régions les plus prospères du pays. La criminalité connaît une montée exponentielle. La classe moyenne se paupérise, le pouvoir d'achat des Genevois baisse du fait de la pression vers le bas que les accords bilatéraux entraînent sur les bas salaires. C'est cela le bilan des forces du Bien. Des richesses sont certes produites, mais seule les grandes entreprises et les milieux immobiliers en profitent, soit une infime minorité de la population. La grande majorité est laminée, mal logée, en situation précaire. 40 % des Genevois n'ont pas un revenu suffisant pour payer même des impôts. Près de 7 % d'entre eux sont au chômage, 20 % dépendent de l'aide sociale. C'est cela le bilan des éclairés, des hommes de Lumière.

Face à un pareil bilan, vous ne pouvez empêcher la population de penser que les force du Mal peuvent incarner le changement. et qu'elles sont capables de gérer les affaires, comme à Vernier où, pour la première fois depuis 10 ans, les finances communales présentent un boni grâce au travail acharné de Thierry Cerrutti.

Écrit par : Abel | 08/03/2011

Bien sombre le tableau que vous nous dressez là Philippe Souaille ...

Il ne s'agit que d'élections municipales, ne l'oublions pas.
Compte tenu des domaines de compétence très réduits des communes dans le canton de Genève, les "matamores" ne pourraient de toutes façons pas mettre en oeuvre la plupart des projets dont ils parlent beaucoup dans leur campagne - populisme oblige -, mais qui échappent totalement à la compétence des communes.
Par ailleurs, il s'agit d'élire des Conseillers municipaux - organe législatif de la commune -, pas l'exécutif qui sera élu ultérieurement.

Toutefois, ces "matamores" comme vous les appelez, une fois élus pourraient tout de même instiller une ambiance délétère au sein des Conseils municipaux, en bloquer les débats en recourant par exemple à toutes sortes d'artifices de procédures et nuire à leur bon fonctionnement.

Votons donc avec notre tête, en citoyens responsables ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 08/03/2011

A manichéen, manichéen et demi, Abel. Si vous remplacez "méchants gendarmes" par "gentils gendarmes", je suis assez d'accord avec la 1ère partie de votre texte :-)
En ce qui concerne la seconde, permettez-moi de résumer ma lecture de la situation: Nos autorités ont maintenu Genève la tête hors de l'eau en dépit de la crise, l'argent y coule à flots, permettant de payer des salaires qui sont au moins le double, à qualifications égales, de ceux versés dans les pays qui nous entourent ou aux Etats-Unis (sauf pour les très hauts revenus, où ça s'équilibre) et des prestations sociales nettement supérieures.
Tout en finançant grassement les cantons pauvres de la Confédération, puisque Genève est le 2ème contributeur net du pays en chiffres absolu (derrière ZH) et par habitant (derrière ZG). Cantons où le taux de chômage est moindre, mais c'est normal, les chômeurs des cantons moins urbanisés viennent chercher du boulot à Genève (ou à Zürich, mais en Suisse alémanique, il y a moins de chômeurs, c'est culturel) où ça bouge, plutôt que de rester chez eux.
Alors évidemment, rien n'est parfait, mais une chose est à mes yeux évidentes, c'est qu'avec les populistes au pouvoir, la situation serait cent fois pire.
En gros, le discours populiste, c'est :"On a essayé les élites intellectuelles et les bons élèves, c'est pas top, alors essayons les cancres et on verra bien !
Je n'ai pas envie de jouer à ce jeu là".

Écrit par : Philippe Souaille | 09/03/2011

.....et maintenant (et non pas mènant)des pronostics en sièges pour la Ville de Genève. Chiche ?
Une bouteille en jeu. Je t'avertis que je bois du bon : Vieux Clocher de chez Leyvraz.
bonne journée
p.

Écrit par : pierre losio | 09/03/2011

très bon blog

Écrit par : stephane barthassat | 09/03/2011

Désolé, Pierrot, analyser une situation, je crois que je sais. Mais lire dans le marc de café n'entre pas dans ma tasse de thé...
Mais pour la bouteille, je suis OK. D'autant que c'était ma 500è note depuis que la TG a changé de système. ça se fête !

Écrit par : Philippe Souaille | 09/03/2011

impeccable ...J aime "

Écrit par : luc. Barthassat. | 09/03/2011

Vous êtes amusant, Souailles. Vous déblatérez sans cesse sur les affreux "pôpulisstes" qui soulignent les connivences de la nouvelle classe, dont vous faites partie. Et vous nous faites part ensuite - et naivement - de vos proximités avec un politicien de gauche. On aura beau jeu, là-dessus, de souligner le "blanc bonnet & bonnet blanc" qui s'ensuit. C'est d'autant plus drôle qu'objectivement, à vous voir ou vous comprendre, rien ne vous destine à ce rôle.

Écrit par : caton | 09/03/2011

La différence entre gauche et droite se résume aujourd'hui essentiellement à un positionnement économique: il faut tout de même rajouter pour une partie de la gauche tout au moins, la volonté de modifier sensiblement nos rapports aux pays du Sud, d'intégrer les sans-papiers dans la société civile de plus généralement ouvrir le politique à ceux qui en sont exclus et pas uniquement au plan municipal . Bref d' élargir le droit à toute une population sous-terraine de plusieurs milliers de personnes plus ou moins clandestines et qui apporte sur le plan économique de substantiels bénéfices "économie domestique, hôtellerie, restauration etc."

Écrit par : briand | 09/03/2011

Briand, sincèrement, je ne pense que la volonté de modifier notre rapport aux pays du sud soit une ligne de partage entre gauche et droite. Même si la façon d'y parvenir diffère évidemment. Mais au-delà de mon cas personnel, cette volonté soutendant toute mon action politique et ma réflexion humaniste, je constate une réelle volonté de bien faire dans ce domaine, chez beaucoup de mes amis de droite.
Et pour ce qui est de mes amitiés, Caton, vous n'avez vraiment rien compris. D'abord je suis issu de l'extrême-gauche et j'y ai gardé des amitiés, ce qui n'empêche pas la confrontation sur le terrain de l'économie, précisément.
Deuxièmement, si je devais me situer, je dirais clairement au centre, avec la volonté de prendre ce qui fonctionne le mieux à droite et ce qu'il y a de mieux à gauche. Pour celà, mieux vaut se parler, n'est-il pas ?
Je n'en ai nulle honte et tout au contraire, je considère que c'est là le meilleur mode de gouvernement, le plus efficace à terme, symbolisé par la concordance, symbole politique aussi suisse que le référendum. Ou bien ?
Vous êtes d'un avis contraire et c'est votre droit, d'autant que les comportements de vos élus dans les exécutifs s'accordent mal de là-dite concordance. Mais cela confirme juste ce que j'affirme depuis le début: les partis populistes sont d'extrême droite.

Écrit par : Philippe Souaille | 09/03/2011

Encore une chose, Abel, quand au boni des finances de Vernier, il y a toutes sortes de facteurs extérieurs qui peuvent expliquer un boni, sans compter le travail des autres CA qui n'ont du pas trop dépenser non plus, non ?
S'en parer comme des plumes du paon me parait un peu présomptueux. Ou alors dans ce cas, il vous faudrait voter pour David Hiler, un vert, oh horreur, qui année après année engrange des bonis spectaculaires à l'Etat !

Écrit par : Philippe Souaille | 09/03/2011

Je vous cite ici http://ttanquerel.blog.tdg.ch/trackback/85223

Écrit par : Thierry Tanquerel | 10/03/2011

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