11/03/2011

Et si on parlait vrai. Pour une fois ?

Le MCG va faire une percée dimanche. Normal, comme le souligne Arthur Grosjean dans son blog, il part de 0 ou presque. Exactement 1% du nombre d'élus, toutes communes confondues. Difficile de ne pas faire mieux, dès lors qu'ils se présentent. Même si leur discours est bâti sur le mensonge, il y aura toujours des gens pour y croire.

Premier mensonge, le peuple souverain et la démocratie directe, qui ne sont pas vraiment une tradition suisse. Jusqu'à la révolution française et l'égalité des droits, enracinés en Suisse par Napoléon puis par les radicaux, les aristocraties qui dirigent les cantons ont tout de la dictature: la moindre contestation est punie de mort et seules les familles les plus riches (quelques dizaines dans les plus grandes villes) ont le droit de vote. Dans les cantons de Vaud et Fribourg, c'est encore pire, les aristocrates étant alémaniques et le peuple francophone. A Neuchâtel, c'est le Bas qui régente le Haut. Certes il n'y a pas de rois, mais les souverains environnants ne s'y trompent pas, qui courrent à la rescousse des aristocrates genevois, lorsque la plébe se soulève en 1781.

Le deuxième mensonge ose prétendre que nous sommes  dans le même type de configuration. Que l'aristocratie opprime un petit peuple sans droits, que l'Union européenne, c'est comme les rois d'antan, ou même (dixit l'UDC) l'Allemagne nazie. Et que tout ce que le peuple a à faire, c'est se soulever, comme en Afrique du Nord. C'est du très grand délire. Car entretemps, précisément, la démocratie a été instaurée partout en Europe (même en Suisse!), tous les citoyens ont le droit de vote (et s'en servent d'ailleurs assez peu) et les niveaux de vie n'ont rien, mais alors rien à voir avec ce qu'ils sont en Afrique du Nord ou pire, ce qu'ils étaient dans la Suisse de l'Ancien Régime. Où le peuple mourait de faim.

Le troisième mensonge rejète toute la responsabilité des problèmes sur l'ennemi étranger (frontalier et/ou braqueur basané) et sur "l'élite" alias la classe politique. Ce fut le discours de toutes les ligues fascistes du XXème siècle, qui exonére le peuple de toute responsabilité. Or à Genève, le peuple ou plutôt les différentes catégories sociales et entités communales qui le composent ont une responsabilité évidente: celle de n'être jamais d'accord entre elles et de bloquer, ou de ralentir, toutes les solutions envisageables. C'est vrai du logement comme de la circulation. Tout le monde veut tirer la couverture à soi, conserver ses avantages et les développer, sans tenir compte des intérêts du voisin ni même de l'intérêt général.

Combien de candidats de communes situées sur des axes de transit (et pas forcément avec la France) ont promis de bloquer le trafic pendulaire? Sauf que si tout le monde cherche à empêcher les autres de passer, plus personne ne bouge. Idem ceux qui prônent la mobilité douce contre la voiture, la voiture contre les transports publics, etc... De même en matière de logement, c'est "pas devant (ou au-dessus de ) chez moi". Tandis que les tenants du "faut construire plus dense" s'opposent au "faut construire moins dense", selon que le projet est situé à côté de chez eux ou pas.

Pas question pour autant de réduire le droit d'initiative et de référendum, indissociable de notre démocratie. On pourrait certes veiller à ce que le nombre minimal de signatures soit réévaluée de manière réaliste, mais cet aiguillon dans le dos des politiques doit demeurer. S'il ralentit considérablement le développement, il évite aussi les trop grosses erreurs. Seulement, si nos cousins de France aiment rappeler qu'ils sont des gaulois querelleurs, les ancêtres des genevois sont des allobroges et des helvètes tout aussi performants en termes de chamailleries. Comment concilier le tout ?

La réponse est simple, mais fort complexe à mettre en place. Tout le monde a quelque chose à perdre et quelque chose à gagner des aménagements à prévoir en termes de mobilité et d'urbanisation. Et à Genève, à force de vivre dans l'une des agglomérations les plus prospères du monde on a un peu perdu l'habitude d'accepter les inconvénients. L'important est que l'avantage perçu soit plus important que l'inconvénient immédiat.

Lors d'un déclassement agricole par exemple, le propriétaire du terrain, s'il perd son outil de travail, va voir sa valeur multipliée par un multiple de cent... Ce qui constitue une sacrée motivation. Le propriétaire en zone villas, en revanche, risque de devoir aller en France ou se rabattre sur un appartement en cas de déclassement. En effet, les prix sont bloqués par le système du fait des lois socialistes et le déclassement aboutit souvent à une diminution du prix du m2 en zone villas.

D'où l'idée des constituants d'introduire un article permettant à la loi de l'offre et de la demande de faire son oeuvre, en cas de crise, pour permettre une densification en zone villas, proche du centre. Quitte à ce que l'Etat prenne à sa charge des compensations pour maintenir le prix des logements sociaux qui y seront construits à des niveaux raisonnables.

C'est la même chose pour les transports. Malgré quelques efforts de part et d'autres, Genève souffre des décennies de guerre stérile entre pro et anti-bagnoles, chacun ayant longtemps cherché à exclure l'autre de l'espace public. Ou plus exactement, après des décennies de tout voiture, on assiste depuis 20 ans à l'excès inverse.  Il manque un plan directeur consensuel et clair. Qui doit définir des axes prioritaires réservés au trafic motorisé (où l'écoulement est favorisé et non freiné) quitte à ce que ces axes mènent à des parkings proches du centre, mais empêchent de le traverser. Cela implique évidemment une traversée du Lac pour boucler un contournement autoroutier et des transports publics efficaces. En dehors de ces axes, les déplacements lents et sécurisés pour tous doivent être favorisés partout.

Donnant, donnant (aujourd'hui on dirait plutôt "win-win"), c'est le seul moyen de débloquer la situation, et pour y parvenir, il faut que chacun y mette du sien. Tout le contraire des sanglantes oppositions gauche-droite auxquelles voudraient arriver les populistes et quelques autres, à gauche comme à droite. Dans les bons westerns, il y a des méchants chez les indiens  comme chez les cow-boys. Des va-t-en-guerre  style Géronimo, près à faire parler la poudre pour leur seule gloriole et leur intérêt personnel. Et puis des vieux sages, façon Cochise, capables de parlementer et de conclure une paix durable... Eh bien dans la vraie vie, c'est pareil. Les affrontements stériles servent surtout ceux qui les provoquent.

Commentaires

En politique les concessions en mettant de l'eau dans son vin finissent par faire gagner tout le monde. Il n'y a rien de pire que les blocages idéologiques sur tout ce qui vient de chez l'autre.

Bref, très bon billet comme d'habitude.

D.J

Écrit par : D.J | 11/03/2011

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