14/03/2011

Les extrêmes gonflent: barre au centre, en avant toute !

Etonnant paradoxe: tandis que Fukujima remplace Benghazi à la Une des gazettes, ce qui pourrait sonner le glas du nucléaire civil, les verts genevois se prennent une veste... Difficile de montrer de manière plus éclatante la dichotomie existant entre la réalité des faits et la perception qu'en ont les électeurs. Le nez sur leurs difficultés quotidiennes, les électeurs exigent qu'on s'occupe de leurs problèmes. Sans savoir très bien comment et ce n'est d'ailleurs pas leur problème aux électeurs. Ils veulent des résultats, un point c'est tout.

Résultats qui risquent cependant de se laisser désirer, car il ne semble guère exister de remède à l'inexorable érosion de notre pouvoir d'achat et de nos conditions de vie dans les années à venir. En attendant, qu'est qui pourrait être réalisé sur le plan communal, pour compenser cette érosion annoncée ?

La seule bonne nouvelle apportée par le résultat de dimanche pourrait être la fin de la majorité automatique au conseil municipal de la ville. La politique devrait ainsi reprendre ses droits, contraignant tout le monde à négocier pour parvenir à faire passer la moindre décision. L'alternative étant d'aboutir, faute de négociation, à un blocage généralisé.

Si l'on analyse les résultats, on constate à gauche comme à droite la montée des extrêmes et le repli du centre, qui cependant n'est de loin pas encore mort et enterré. Pierre Maudet sort largement en tête de tous les candidats de la ville et au sein du PLR, les candidats d'origine radicale se sont extrêmement bien tenus.   Les libéraux souffrent davantage. Dans d'autres communes, c'est l'inverse. Le PDC perd des plumes, le MCG est à sa place, l'UDC aussi. A l'évidence, une bonne partie de l'électorat semble vouloir en découdre avec la gauche et durcit le ton à droite. C'est particulièrement sensible dans les grandes communes urbanisées, au sein de l'électorat populaire.

Idem à gauche, où la recomposition n'était pas attendue dans cette configuration. Certes les verts libéraux ont pris des voix aux verts, qui de plus n'avaient pas vraiment de très bons candidats, mais cela n'explique pas tout. La bonne tenue de l'extrême gauche et des socialistes souligne la radicalisation du discours à gauche également. Ce qui n'est pas bon signe et ne peut faire plaisir qu'aux commentateurs féru de sang et de larmes.

Barre à gauche d'un côté, barre à droite de l'autre, le bâteau Genève risque de fort tanguer... Un peu comme si en France on se retrouvait avec un 2ème tour Jean-Luc Mélenchon-Marine Le Pen. Avec les risques de débordement violents que cela impliquerait. Compliqué dans le cas de Genève par la menace du référendum susceptible de blackbouler tout projet mal négocié. Tout dépendra de l'attitude des nouveaux élus et de leur capacité à travailler au bien commun plutôt qu'à leur gloriole personnelle.

Les réponses proposées par les partis de l'extrême pendant la campagne s'avèrent éminemment dangereuses. Réduire la voilure du développement, restreindre les flux frontaliers seraient autant de chocs risqués pour l'économie locale et pour ses capacités à financer le social. S'ils parviennent à mettre de l'eau dans leur vin, à écouter la voix de la raison, l'absence de majorité claire au conseil municipal peut devenir un atout. Mais ce faisant, ils risquent de paraître trahir leur électorat. Si en revanche, ils choisissent la voix de l'intransigeance, le blocage de la situation pourrait aggarver la situation et partant leur profiter. Puisque de toute manière, ce seraient les autres qui seraient coupables. Que vont-ils faire ? Réponses dans quelque mois.

 

Commentaires

Je viens de lire ça, écrit par un journaliste conservateur étasunien qui la compare aux "tea-party": "Madame Le Pen se concentre clairement sur le principal problème politique d'aujourd'hui : la dérive du pouvoir, qui se désintéresse des électeurs et des citoyens et se rapproche de ces « experts » non-élus qui agissent par intérêt personnel".
Voilà, c'est tout le problème et c'est un énorme mensonge universel, mais qui à force de le répéter et parce qu'il répond au désir des gens, sonne comme une vérité aux oreilles de l'électorat populaire. Il n'y a pas plus d'intérêt pour "les électeurs" chez les nouveaux politiciens se réclamant du peuple que chez les experts. Ni moins de souci de leur intérêt personnel, l'ambition de la plupart de ces nouveaux politiciens rayant les parquets avec d'horribles crissements...
D'ailleurs, si les experts n'avaient que leur intérêt personnel à défendre, ils n'auraient aucun problème à travailler pour le compte de qui que ce soit. Les experts en revanche ont à priori une vue globale de la situation et des réalités. Ils peuvent se tromper et commettre des erreurs, mais ce n'est pas leur intérêt d'en commettre ni d'arnaquer le peuple. Ils n'en tirent aucun avantage! L'arnaque est bien davantage du côté de ces nouveaux politiciens qui n'ont que des solutions simplistes et des remèdes minute à proposer, avec lequel ils aspirent à grimper l'échelle sociale.
La situation est rendue pénible pour les électeurs parce que nous sommes en train de passer du statut de maîtres du monde à pays comme les autres. Or la planète n'est pas assez riche pour que nous puissions conserver les avantages matériels de notre ancien statut, de toute manière condamné. C'est aussi simple que cela.
Les experts l'ont compris et tentent de faire avec, tant bien que mal.
Les leaders populistes l'ont compris aussi et essaient d'en profiter pour tirer leur épingle du jeu en se rapprochant du pouvoir. Sans le moindre début de solution à apporter aux vrais problèmes, ils se contentent de répéter que tout est de la faute des experts, qui ne s'occupent pas bien de citoyens.
Les citoyens électeurs ne l'ont pas encore compris ou refusent de l'admettre et préfèrent écouter ceux qui leur racontent monts et merveilles. Jusqu'à quand ?

Écrit par : Philippe Souaille | 14/03/2011

Si les gens ne peuvent plus s'en remettre au niveau communal pour régler leur problèmes de tous les jours, à quel niveau politique peuvent-il espérer que cela se règlera?

Voter pour quelques écolos dans sa commune en se disant, "On va mettre à terre le lobby du nucléaire" c'est faire preuve d'une naïveté militante. D'ailleurs, les écolos doivent maudire ce séisme qui n'a pas respecté leur calendrier électoral.

Que peut-on espérer des partis déjà installés? Je pense pas grand chose. Ce que je constate, c'est que les partis du centre et plus particulièrement le PLR/PDC se prennent des grandes baffes depuis 10 ans dans ce genre d'élections. Les citoyens on envie de leur faire payer la situation actuelle (crise latente, qui se durcit). Avant d'être le frontalier ou l'étranger, c'est bien le politique la cible du raz-le-bol... et si on va dans le mur peu importe que cela soit avec le MCG ou le PS/PDC/PLR and CO.

Écrit par : Riro | 14/03/2011

Riro, c'est effectivement au niveau communal qu'un certain nombre de problèmes doivent se régler, mais les moyens pour les régler dépendent du contexte global. Vraiment global, à savoir mondial, et particulièrement à Genève où toute notre économie est axée sur le global, justement. Ce qui nous vaut notre bonne santé en termes comparatifs, d'ailleurs.
Comparaisons que les formations centristes n'ont pas su vendre aux électeurs: "Ailleurs c'est pire". Or le risque est effectivement de redescendre au niveau d'ailleurs, voire pire. Aller dans le mur tête baissée, quitte à tout exploser, c'est ce qui devrait arriver si l'on applique les recettes du MCG ou de l'extrême-gauche.
L'alternative c'est tenter de limiter la casse par des moyens qui sont connus, mais extrêmement délicats à mettre en place car ils impliquent pour chaque parti, pour chaque lobby, pour chaque groupe de population, de renoncer à des thèmes essentiels au profit de l'intérêt général.
En premier lieu, pour le MCG, il s'agirait de cesser de se présenter comme le sauveur universel, ce qu'évidemment il ne saurait être. A moins de croire aux miracles! Mais il ne le fera pas à moins d'y être contraint par les faits, car c'est la base de tout son discours et de ses succès.
Je crains donc qu'il faille encore quelques années d'expériences désastreuses et de pourrissement de la situation pour que les différentes composantes du peuple de Genève comprennent qu'elles ont intérêt à se mettre d'accord sur les grandes lignes de ce qu'elles considèrent comme le plus essentiel à leur avenir et s'y consacrent.
Mon discours est sans doute utopique et parfaitement décalé si l'on considère les us et coutumes habituels de la classe politique, MCG inclus. Mais l'utopie d'aujourd'hui n'est-elle pas la réalité de demain ?

Écrit par : Philippe Souaille | 14/03/2011

Une question vulgaire, Souaille: avez-vous jamais parlé avec les "pôpulisstes" que vous détestez? Vous êtes journaliste (et tellement représentatif de la profession d'ailleurs...) je crois. La manifestation de ces penchants que vous n'aimez guère devrait vous interpeller (comme on dit). Peut-être serait-ce l'occasion de vous confronter à cette hydre. Allez sur le terrain et frottez-vous au peuple. Vous pourriez en faire un film vendable aux organismes subventionneurs qui sont vos amis, et, peut-être, mais vraiment peut-être, pourriez-vous remettre en cause certaines de vos certitudes....?

Écrit par : caton | 14/03/2011

Voyez-vous Caton, j'ai des ami(e)s partout. A l'extrême-gauche comme à l'extrême-droite. Y compris à l'UDC et au MCG. Et des élu(e)s en plus. Ce qui ne m'empêche pas de leur dire ce que je pense de leurs choix politiques.
Epargnez-nous vos niaiseries sur "le peuple". Le MCG n'est pas le peuple. Il se sert juste d'une petite partie de celui-ci en guise de marchepied vers le pouvoir. Ce qui commence à se voir, la vérité finissant généralement par exploser à la figure des bonimenteurs.
En fait, je suis non seulement journaliste, mais aussi ethnologue. Et les films que je produis et/ou réalise, je les fais sur des gens que je trouve intéressants. De vraies gens du peuple, quel que soit le peuple. Pas un gang de chemises noires protégeant le mâle alpha à cravate jaune. Là c'est plutôt un biologiste du comportement qu'il faudrait.

Écrit par : Philippe Souaille | 14/03/2011

Le centre n'existe pas en politique.
Le centre c'est toujours la droite....consulte le blog du PDC Carouge c'est dit clairement
Le centre existe dans la géométrie euclidienne mais pas en politique.
Lecanuet n'était-il pas de droite ? Et Raymond Barre ? Et Giscard ? Et l'inoubliable conseiller fédéral Nello Celio ? etc........ faut que je fasse comme Perec : une liste. Le recensement de toutes celles et ceux qui se sont autoproclamés centristes. Et d'emblée exclu de la liste M.Chevrolet (il ne sait plus où il en est le pôôôv !
bone dimanche
p.l.

Écrit par : pierre losio | 20/03/2011

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