15/03/2011

Entre la peste et le choléra

Quelle tension, quelle intensité... On se croirait dans un film. Ce n'est que l'histoire en train de se faire, celle de ce petit coin de planète auquel nous sommes tous attachés. Des deux côtés de la frontière.

L'heure est grave puisqu'il faut choisir entre la peste (dont je tairais la couleur) et le choléra... J'aurais tendance à penser qu'après tout, un peu de changement ne ferait pas de mal. Mais d'abord, rectifier un titre, celui de la Tribune, qui m'arrache les yeux depuis hier: "Le MCG sort vainqueur des élections", assorti de cette précision: "le MCG rafle une cinquantaine de sièges". Sur un millier, ce que ne dit pas l'article. En nombre de sièges, le MCG passe donc de 1 à 7%. Belle progression, mais il n'est pas "vainqueur", hormis peut-être dans les grandes communes. Il devient juste le 4ème parti du canton et l'un des 3 seuls à progresser. Les deux autres étant l'extrême gauche, là où elle se présentait... et les Verts Libéraux, qui en pourcentage enregistrent une progression encore plus forte que celle du MCG. Normal, ils partaient de 0. Oui, mais le MCG lui partait de 1%, soit presque rien, et c'est toujours beaucoup plus facile de progresser, quand on part de presque rien. N'importe quel créateur d'entreprise vous le dira: c'est beaucoup plus dur de tenir ses parts de marché à long terme.

En Ville de Genève, le premier candidat MCG, Soli Pardo, arrive dérrière une bonne centaine d'autres, soit quasiment tous les socialistes, les PLR, les Verts et l'extrême gauche. Avec seulement 60% des voix récoltées par Pierre Maudet, bon premier. Et 80% de celles récoltées par Mme Kraft-Babel. A noter que les bons résultats d'ensemble des radicaux sont d'abord à mettre au crédit des voix récoltées à l'extérieur du PLR, plusieurs libéraux ayant été moins performants sur ce point. Mais on ne relève pas de "biffage" particulier au sein des bulletins de liste bleus... Il n'y a donc pas eu de complot fratricide.

Pour rester dans les chiffres, pour placer une majorité à la mairie, il faudrait que tout le centre, la droite et l'extrême droite votent comme un seul homme. Ou une seule femme. Ce qui parait peu probable, n'en déplaise à Pascal Décaillet, qui voit volontiers de la bêtise là où il pourrait bien y avoir conjugaison des principes républicains avec la lucidité. Car même si les appareils s'entendent, les partis ne sont pas propriétaires de leurs électeurs et ceux-ci ont des principes, justement.

Certains n'ont qu'une idée en tête, barrer la route à la gauche, à ses prébendes, à son clientélisme et son immobilisme immobilier. Mais pas tous. Quelques-uns ne veulent pas entendre parler de l'UDC, de ses lubies racistes et anti-européennes. D'autres encore professent une sainte horreur du MCG et de ses délires anti-frontaliers, nos voisins et amis. Or la majorité potentielle d'une alliance de l'Entente et des populistes demeure extrêmement fragile. Il n'est pas du tout certain que la majorité des électeurs, ou du "peuple" comme on aime le nommer à l'extrême-droite suivrait le mot d'ordre comme un régiment aligné-couvert. Et il suffirait de quelques désistements pour faire écrouler le château de cartes.

La solution du parti libéral, à savoir une alliance avec l'UDC, est un moyen terme. Ce qui reste de ce parti à Genève est plutôt de sensibilité agrarienne que blochérienne et reste présentable. Encore que l'UDC, au municipal, ait adopté des positions pour le moins scabreuses, comme l'alliance avec l'extrême-gauche contre l'OMC...  Pas sur que cela suffise à Mme Kraft-Babel pour passer l'épaule, mais cela vaut le coup d'essayer. Michel Chevrolet, c'est nettement plus aléatoire. Il part de très loin et même avec l'UDC, ne risque guère d'y arriver. Quant au MCG, on sait que le Conducator à cravate jaune lui voue une haine personnelle qui le plombe à coup sûr.

Pierre Maudet, dans presque tous les cas de figure, est lui quasimment assuré de se retrouver au CA. A moins qu'une alliance libéraux, PDC UDC se monte contre lui, qui serait évidemment suicidaire pour tout le monde. Donc pas à l'ordre du jour. Qu'aurait à gagner l'UDC dans cette affaire ? Probablement pas un poste au CA, son candidat, que ce soit Yves Nideger ou un autre serait probablement trop souvent biffé pour cela. Mais un peu de respectabilité. Et des retours d'ascenseur au niveau municipal.

Reste le MCG. Qui n'a selon moi aucune chance d'arriver au Conseil Administratif à Genève, même en cas d'alliance large, du centre à l'extrême-droite. Pas à cause des partis et de l'élite politique, mais à cause du peuple des électeurs, dont une partie notable ne veut pas entendre parler d'elle, de ses discours haineux, de ses affiches infectes et de ses spadassins en costard noirs. Sans parler de ses retournements de veste du ni-gauche ni-droite au "à droite toute..."  Alors le mieux, c'est de les laisser aller au casse-pipe tous seuls. Le peuple des électeurs saura bien reconnaître les siens.

ps: plusieurs personnes, membres ou non du MCG, m'ont accusé d'être méchant ou manichéen, pour ce que j'écrivais du MCG. C'est très amusant, parce qu'à côté de ce qu'ont écrit ou dit certains leaders du MCG au sujet de "l'élite politique" ou des frontaliers, je me trouve extrêmement poli et factuel. Il ne suffit pas de vouloir effacer ses bourdes pour se refaire une virginité, la mémoire existe. Lorsqu'on demandait pardon, enfant, après avoir fait une bêtise, mon père avait coutume de nous rappeler l'histoire de la planche à clous. On a beau enlever le clou, le trou demeure. Eh bien le MCG, ce n'est pas sur une planche à clous qu'il est assis, mais sur une planche de fakir...

Commentaires

voilà une autre élection et elle ne ressemble en rien à la précédente,il s'agit de désigner des personnalités susceptibles de gouverner ensembles quand bien même elles proviennent d'écuries aux couleurs sensiblement différentes, il faut certes des convictions mais une bonne dose de pragmatisme, de bon sens, savoir se profiler , mais aussi savoir faire des compromis, et n'en déplaise aux frontaliers valaisans la dernière équipe s'en est plutôt bien sortie, franchement dit à droite aucune autre nouvelle figure me semble être à la hauteur de l'enjeu, hors mis Maudet dont le destin semble s'inscrire dans une configuration confédérale et peut-être militaire.
Que le meilleur gagne,c'est à dire que loin des finasseries d'appareils, générateurs d'usure exagérée de mines de carbone, que chaque jockey parte à égalité d' handicap pour un sprint devant un parterre de turfistes en mal de sensations fortes.

Écrit par : briand | 15/03/2011

"Reste le MCG. Qui n'a selon moi aucune chance d'arriver au Conseil Administratif à Genève, même en cas d'alliance large, du centre à l'extrême-droite."

Excellent! Et très juste.

Il est particulièrement amusant de voir comment certains sont prêts à aller à la soupe et à renier tous leurs engagements ou discours précédents pour une portion de fromage. Un fromage illusoire. Les électeurs ne sont pas si cons. "On" les prends seulement pour des cons.

Le mcg, n'est ni de droite, ni de gauche, mais d'extrême-droite. La droite récolte ce qu'elle a semé.

Pour moi le vainqueur est celui qui obtient le plus de voix. A dire le contraire, la tdg joue un jeu dangereux, mais est-ce par bêtise, par cupidité (pour vendre plus), par compromission ou par idéologie? J'avoue ne pas avoir la réponse.

C'est comme Brélaz à Lausanne! Il a perdu. Bigre il est élu au premier tour! Quelle perte! Sûr, il va nous faire une dépression!

Et je dis bravo au front républicain à Vernier!

Écrit par : Johann | 15/03/2011

J'entends souvent la remarque:"Ces politiciens, tous les mêmes". Comment ne pas donner raison à cette maxime qui revient souvent dans la bouche de personnes qui peinent à véritablement s'intéresser à la chose politique?

Ok ,c'est le temps est aux pseudo alliances pour garder ou grappiller du pouvoir, mais qu'en dire pour l'image de la politique? Le MCG se disait "ni de droite, ni de gauche" et propose à la droite libérale de s'allier pour gicler la gauche. Que dire de ces alliance contre nature de la gauche et la droite pour faire front commun vis à vis du MCG et UDC? La même droite qui tend la main à l'UDC dans une autre commune? Sachant que beaucoup d'électeurs ayant voté pour le MCG, expriment un raz-le-bol vis à vis des partis politiques traditionnels et une méconnaissance du jeu politique, car "tous pareil ces politicards". Les partis traditionnels ne sont-ils pas en train de creuser leur propre tombe? Ne voient-ils pas qu'ils font le jeu du MCG en s'alliant pour placer quelques candidats? On nous rabâche que le MCG est un parti d'incompétents à grand volume sonore, mais on fait tout pour lui barrer la route, quitte a se compromettre, brouiller la lisibilité du jeu politique déjà difficile à décoder en temps normal pour la plupart des citoyens.

Si j'avais un conseil pour la droite traditionnel, ce serait d'accepter sa défaite. Aux Verts d'attendre le deuxième effet Fukushima. Aux socialistes de rester un parti de gauche avant de vouloir sauver la République, qui n'est nullement en danger. A l'extrême gauche d'être ce quelle est: une voie de contestation, car cette voie doit pouvoir exister! C'est pour cela que le MCG doit se retrouver non pas devant "l'axe du bien" de la politique genevoise, mais devant ses responsabilités, chose plus complexes à gérer.

Écrit par : Riro | 16/03/2011

Finalement, "ni à droite ni à gauche" me fait penser à François Bayrou, qui se vante de vouloir rassembler des gens de droite et de gauche.

Stauffer n'est que le Bayrou genevois.

Écrit par : Abel | 17/03/2011

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