24/03/2011

Qui a enclenché la machine à perdre?

Etant finalement en passe de boucler mes comptes plus tôt que prévu, tâche citoyenne oh combien enthousiasmante à l'approche du 31 mars, je me permets un bref aller-retour sur les blogs. Croyez-moi, entre deux colonnes de chiffres, ça détend! Et là, surprise, rien n'a changé. Sauf que Pascal Décaillet découvre avec stupéfaction qu'il a peut-être enclenché la machine à perdre de la droite. Parce que "le peuple" ne vote pas comme il voudrait. Et que le rassemblement à l'autre bout de la droite (il parait que le terme "d'extrême" les choque, les bisounours en chemise noire), ben ça ne plait pas à tout le monde.

Mais essayons de résumer, parce que mes lecteurs fidèles, dans tous les cocktails où je les croise, me supplient à genoux de faire court.

- Etonnament, à l'approche des élections, la révélation de scandales réels ou supposés s'est succédé en cascades. Touchant majoritairement les élus de droite et profitant comme par hasard au MCG. Et potentiellement à d'autres personnalités de droite non élues mais qui ne diraient pas non à l'idée de l'être.  Ou élus, mais désireux de changer de poste. Le timing était parfait et d'ailleurs ça continue.

- La gauche, miraculeusement, y a échappé. Soit qu'elle n'ait rien à se reprocher, soit que les piranhas manquaient de source d'informations, soit qu'ils avaient clairement identifié leur ennemi: la droite au pouvoir, majoritairement centriste.

- Résultat des courses, le centre droit et le centre gauche sont les principales victimes, tandis que la gauche gauche et la droite droite crient victoire. Ce qui laisse apparaître les appels à "voter bloqué pour faire front à la gauche" pour ce qu'ils sont: une vaste fumisterie, car leurs auteurs sont juste parvenus à phagocyter la droite, sans prendre réellement de voix à gauche, qui restera aux commandes en Ville.

Sur le fond, comme nous vivons dans un pays de démocratie directe, d'initiative et de référendum, l'opposition bipartisane ne peut pas fonctionner chez nous. Toute tentative d'imposer des décisions unilatérales ou trop peu balancées se heurtera systématiquement au droit du peuple à donner son point de vue. Et "le peuple" n'est pas majoritairement MCG, loin s'en faut. Pas même de droite ou de gauche, il juge au coup par coup.

La dernière chose à faire, pour jauger de la santé politique du pays, serait de se baser sur les blogs ou les sondages de la Tribune, qui ne sont absolument pas représentatifs. Le taux d'extrémistes et d'excités de cafés du commerce qui s'y expriment est heureusement nettement plus élevé que dans la population. Même si certains d'entre eux briguent des postes de conseillers administratifs ici ou là. Quant aux "sondages", ils sont manipulables par un enfant de 10 ans. Et manipulés.

Prenons le cas des assistants de la police frontaliers, par exemple. N'y voyez là que mon analyse personnelle, hors de toute affiliation partisane:

L'histoire est montée en épingle sur le mode émotionnel, alors que tout le monde glisse comme chat sur braise sur l'incendie d'un "salon de massage", dans le cas présent plutôt une maison ouverte à tous les passants... Un incendie qui sent le roussi, qui pue même le règlement de comptes ou le racket à plein nez. Or, pour justifier la tolérance qui règne à Genève, les flics des moeurs ont toujours assuré qu'il n'y avait ni maquereaux ni réseaux dans le Canton. Apparemment, ce n'est plus le cas, et c'est extrêmement grave en termes de sécurité publique. Le proxénétisme a toujours été la principale mammelle du grand banditisme.

Genève a un problème de sécurité, c'est clair. Le meilleur moyen d'y remédier est d'augmenter la présence policière. Dans les rues, dans les salons (pas comme clients si possible), dans les parcs, le soir etc... Mais on manque de flics. Des flics, il y en a des bons et des mauvais partout. Un jeune né de parents suisses, mais élevé à Buenos Aires et qui débarque en Europe à 25 ans pour la première fois peut demain entrer dans la police s'il sait écrire en français. Un gars d'Annemasse, enfant de frontaliers, ayant fait son collège et son uni ici, ayant nagé aux Vernets et pogotté à l'Usine ne le peut pas. Comme si le passeport à croix blanche donnait de superpouvoirs magiques face aux truands de tous poils, vaccinait contre la malhonnêteté et l'alcoolisme ou le fait de devenir un ripoux. Un super grigri, quoi. Pour moi c'est de la superstition. Je ne vois pas d'autre explication.

A moins bien sûr que le syndicat des citoyens gendarmes ait comme principale préoccupation non pas la sécurité de nos concitoyens mais la préservation de ses acquits corporatistes ? Dont on pourrait penser qu'ils seraient remis en question si l'on engageait des frontaliers. Sauf qu'ici, on ne parle pas de gendarmes, mais d'assistants, engagés d'ailleurs aux mêmes tarifs, qu'ils soient frontaliers ou pas, selon les barêmes de l'Etat. Pas qestion ici de préférence aux chômeurs locaux, puisqu'il y a davantage de postes offerts que de postulants !

Je tiens à préciser que je n'ai rien contre les gendarmes, dont j'estime à titre personnel qu'ils font remarquablement bien leur boulot, en règles générales, dans des conditions très difficiles. Le syndicat fait d'ailleurs lui aussi son boulot de syndicat, en défendant des intérêts qu'il croit menacé (à tort à mon avis).  Mais les intérêts de la population sont qu'il y ait davantage de gendarmes sur le terrain et donc déchargés des autres tâches. Ce qui implique davantage d'assistants pour ce faire. Le fait qu'ils aient l'accent d'Annemasse ou de Porrentruy n'a d'importance que pour les... Non xénophobes non plus, on n'a plus le droit d'employer...

La balle est dans le camp des politiques, y compris du MCG pour le coup : vous voulez vraiment améliorer la sécurité dans le canton - qui laisse de plus en plus à désirer, c'est un fait - ou juste ramasser des voix dans votre course au pouvoir ?

Commentaires

Promis ... je vais m'acheter une chemise noire, rien que pour vous faire plaisir !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 24/03/2011

Cher Philippe Souaille,

Et bien pour une fois, je suis en total désaccord avec vous !

Évoquer la proximité géographique d'Annemasse pour justifier l'embauche de fonctionnaires de police frontaliers ne tient pas, tant il est vrai qu'à cette proximité géographique il faut bien opposer l'existence d'un abîme institutionnel entre la Suisse et la France.

Les tâches du maintien de l'ordre, celles de la justice, de l'armée et de tout autres fonctions relevant de ce que l'on appelle la "puissance publique" dans un État de droit, sont l'émanation même de l'identité d'un pays. Ne pas l'admettre c'est accepter implicitement le délitement de ce même État de droit.
Dans tous les pays du monde - sauf peut-être quelques particularités comme le Vatican - , ces fonctions régaliennes sont occupées par des ressortissants nationaux.

Demain peut-être, votre idéal mondialiste se réalisera, je le souhaite moi aussi, mais pour l'heure, il faut être réaliste et s'adapter aux faits.

Rappeler ce principe n'a absolument rien à voir avec la xénophobie, bien au contraire. En effet, y renoncer revient à mon humble avis à nourrir précisément cette xénophobie et ouvrir un boulevard électoral aux partis populistes tels que le MCG et l'UDC.

Ce n'est pas parce que les fonctionnaires de polices défendent des intérêts corporatistes - selon vous - que cela devrait justifier le renoncement à ce principe fondamental que la force publique ne doit s'exercer que par des ressortissants nationaux.

Vous prenez l'exemple d'un "jeune né de parents suisses, mais élevé à Buenos-Aires et qui débarque en Europe à 25 ans pour la première fois et qui pourrait demain entrer dans la police s'il sait écrire en français."

Ce n'est pas exact, car j'imagine qu'au delà des exigences de bases, ce "jeune" devra produire un dossier de candidature.

J'en veux pour preuve, en exploitant vos propres exemples, "qu'un gars d'Annemasse, enfant de frontaliers, ayant fait son collège et son uni ici, ayant nagé aux Vernets et pogotté à l'Usine ..." devrait lui aussi fournir un dossier.

Lorsque l'on revendique une bonne intégration dans un pays pour y occuper une fonction relevant de la puissance publique, pourquoi devrait-on refuser préalablement d'embrasser la nationalité de ce même pays, pour quels motifs ? Une telle attitude m'interpelle !

Il est vrai que la possibilité d'obtenir la nationalité suisse n'est accessible - sauf cas particuliers tels que mariages, etc. - qu'aux titulaires de "permis C", les frontaliers en sont exclus.

Le véritable problème qui se pose aujourd'hui à Genève, c'est sa croissance trop rapide et l'inadéquation des solutions trouvées pour faire face à la situation. Ce n'est pas parce que le marché du logement est asséché à Genève, par exemple, qu'il faut recourir à des faux-fuyants !

Il faut résoudre les véritables problèmes, pas les contourner !

Cordialement et excellente journée !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 24/03/2011

Cher Jean, on ne peut pas être d'accord tout le temps. Mais quelques remarques:

1) d'abord il ne s'agit pas de gendarmes, mais d'assistants, chargés de tâches tierces, pour permettre aux gendarmes (suisses) de se concentrer sur leur coeur de métier

2) comme vous le remarquez, un jeune d'Annemasse, ayant reçu une éducation en grande partie suisse et ayant vécu la majorité de sa jeunesse avec des copains suisses, mais habitant sur France ne pourra pas poser de demande de naturalisation et ne pourra donc pas postuler.

3) un jeune Suisse de l'étranger n'ayant jamais mis pied en Suisse, et ayant reçu une éducation exotique pourra lui postuler et être formé (on lui enseignera les lois helvétiques à l'école de police) s'il satisfait à un examen d'entrée assez simple (sauf en dictée, si j'ai bien tout compris). Et comme on manque de gendarmes, je crois qu'on va l'accepter.

4) Vous semblez appeler 2+3 un faux fuyant, moi j'appelle ça un paradoxe. Le paradoxe de la nationalité. Nous sommes tous déterminés par notre existence. Entre 6 et 13 ans, je me suis fait traiter de "francillon" à Neuchâtel, ce qui ne m'empêchait pas d'avoir les meilleures notes de la classe en histoire suisse et en instruction civique. A 14-15 ans, au lycée de Pontarlier, on m'appelait le "P'tit Suisse", bien que je n'en avais pas le passeport. Juste l'accent. Au demeurant guère moins épais que celui du Haut-Doubs.
Lorsqu'après mes études à Paris je suis devenu journaliste à la Tribune, j'ai du devenir frontalier, car j'avais assez d'années en Suisse pour me faire naturaliser, mais n'ayant plus d'adresse en Suisse depuis quelques temps, je ne pouvais pas obtenir de permis de résidence. C'est le chef de la police des étrangers lui-même qui m'a conseillé d'aller habiter Annemasse, parce qu'il préférait "garder les permis en réserve pour les cas graves". Et pendant une vingtaine d'années, les Genevois ont lu mes articles et vu mes reportages à la TSR sans imaginer un instant que j'étais français et frontalier.
Je ne suis devenu suisse qu'en 2005, 45 après mon arrivée, après avoir enfin obtenu le droit d'habiter à Genève. Je ne suis pas un cas particulier. 4 des 5 conseillers administratifs actuels de Genève sont suisses et aussi français. Une amie très chère, bâloise de père et tourangelle de mère, me racontait avoir giflé (avant de s'enfuir en courant, très vite) le plus balèze des garçons de sa classe d'école primaire, à Romanshorn, qui se moquait de sa double nationalité avec la complicité active de la maîtresse. C'est la grande soeur du garçon qui a arrangé l'histoire après avoir remonté les bretelles de son petit frère.
Plus de la moitié de la population résidente à Genève a au moins une autre nationalité que suisse. Et plus de 15% des suisses de Genève sont aussi français. Plus que le nombre d'électeurs du MCG (même si ce sont parfois les mêmes :-( Et si l'on fait le compte de tous les Genevois ayant un passeport de l'UE, on doit bien atteindre la moitié de la population résidente.
Alors oui, bien sûr, les Etats existent toujours et leurs lois, leurs systèmes sont différents. Mais honnêtement, à quoi ça sert et qui est-ce que cela arrange? Il ne s'agit même plus de préserver des entités culturelles, puisqu'un permis C, quelle que soit son origine peut postuler, s'il est en cours de naturalisation (ce que personnellement je trouve très bien). C'est juste un passeport. Un passe-droit. Un symbole. Qui a son importance, symbolique. Mais la sécurité est un problème concret, qui réclame des bras et des jambes pour courir après les voleurs, des têtes pour enquêter, et d'autres encore pour remplir les tâches annexes. Alors les symboles...
Bon j'arrête, vous m'avez piégé, Jean, je me replonge dans mes chiffres :-)
ps: un dénommé Cramia prétend que je l'ai censuré, ce qui serait possible, je censure les propos inconvenants en général... Mais là, je n'en trouve nulle trace bien qu'étant remonté des mois en arrière.

Écrit par : Philippe Souaille | 24/03/2011

Philippe Souaille,

Non, je ne vous ai pas piégé, mais je vous remercie tout de même d'être sorti de vos chiffres et d'avoir pris le temps de me répondre !

Vous connaissant un peu, car je vous lis assez régulièrement, je ne suis pas surpris de votre réponse, ni de son contenu.

La réalité des chiffres du "melting pot" genevois je la connais comme vous et cela ne me gêne nullement, bien au contraire. Ce qui me gêne en revanche c'est l'exploitation faite de cette particularité genevoise pour justifier des dérogations faites au principe des fonctions chargées d'exercer la puissance publique. Tolérer de telles entorses c'est aussi favoriser le populisme et donner des arguments aux partis qui en vivent.

Par conséquent, je félicite Madame Isabel Rochat pour sa prise de position à ce sujet.

Voilà pour l'essentiel ...

J'ai lu le commentaire du dénommé "Cramia" posté sur le blog de votre "concurrent". :o)
Cramia est un mot patois du Jura (Vallée de Delémont et Franches-Montagnes) qui désigne le pissenlit ou dent-de-lion.
Voilà pour le côté gastronomique du commentaire !

Bien à vous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 24/03/2011

Ce que je retiens des résultats du premier tour et de ses conséquences c'est que pour la 1ère fois depuis l'après-guerre l'Entente explose suite à l'implosion du PDC et de l'alliance libérale-UDC.
2ème observation : la fusion genevoise organique du PLR qui devrait advenir sous peu est fort mal barrée ; des recompositions à droite sont inévitables.
3 : faire croire qu'il existe un centre relève de l'humour ; le centre en politique est une posture momentanée, quand on a le torticolis préélectoral (cf Borloo en France). Le centre c'est la droite.....autrement c'est une notion de géométrie euclidienne.
A propos vous pensez que M. Chevrolet incarne ce que vous appelez le centre ? Oui ? Et bien alors restez entre vous.
p.l.

Écrit par : pierre losio | 26/03/2011

Le centre a implosé le coeur est en fusion ce phénomène se constate ailleurs en Europe, C.F. les cantonales d' à côté avec une vague Marine.
Structurellement il me semble que l'on assiste à une recomposition politique majeure qui a pour but de fixer les projets d'émancipation de l'Europe, de siffler la fin de l'Euro "pour lequel nous ne sommes pas qualifiés" et de redéfinir une zone d, échanges qui nous préserve de l'influence de la Chine et d'autres pays émergents. . Le support idéologique est le National Populisme. il n'a pas pour vocation immédiate de participer majoritairement au pouvoir , mais de peser sur les choix de la droite institutionnelle et de renégocier dans un rapport de force encore plus favorable son adhésion aux gouvernements comme en Italie ou mieux en Hongrie.Indignons-nous car en matière des droits de l'homme, il est certain que cet avenir a de quoi nous inquiéter.

Écrit par : briand | 28/03/2011

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