28/03/2011

Elu au service de l'intérêt général ?

Mon ami Antoine Vielliard a donc été élu au Conseil Général de Haute-Savoie. Je suis content pour lui, c'est le début de la récompense de longues années de travail acharné. Mais je suis triste, car s'il mérite amplement son élection et si je pense qu'il fera un excellent Conseiller Général et sans doute au-delà, prochainement, un maire de Saint-Julien remarquable, voire un parfait député, il a été élu en partie sur de mauvaises bases, sur un signal qui quoiqu'il s'en défende est un signal de défiance à l'égard de Genève.

Je sais bien que son leitmotiv explique sans doute moins son élection que son patient travail de fourmi, sa visibilité, son entregent. Il le sait aussi. N'empêche qu'il est lié aujourd'hui par son message et que son message n'est à mon avis pas constructif. Bien qu'il prétende et peut être même croie travailler à l'avenir commun de la région, il s'est positionné en rempart des intérêts de la France Voisine contre une Genève envahissante. Et ce n'est pas comme cela qu'on construit une région unie.

Il y a tant d'incompréhension, de préjugés et de gros sabots, de part et d'autre, parfois même de haine, que toute attitude conduisant à diviser ou opposer les uns aux autres est une attitude négative. Pour ne pas dire suicidaire. Le morcellement de l'autorité politique dans la région a certes des vertus démocratiques évidentes, mais aussi un énorme inconvénient: l'intérêt général est pris en compte par un nombre ridiculement petit de responsables politiques, qui, c'est naturel, cherchent d'abord à défendre l'intérêt particulier de ceux qu'ils représentent. Or la somme des intérêts particuliers n'est qu'exceptionnellement égale à l'intérêt général.

Comme Antoine Vielliard, la gentille verte Esther Alder (dont j'ai noté avec stupéfaction qu'elle censurait même les autres élues vertes du canton, sur son blog) se trompe lourdement en continuant de penser l'agglomération comme une construction concentrique. Les différences et les antinomies sont telles que c'est sur une construction excentrique, multipolaire qu'il faut tabler. Genève ne doit pas, ne peut pas être un centre et sa banlieue. Le concevoir ainsi, c'est accentuer les écarts et les facteurs de divergences, qui finiront par nous exploser à la figure, de part et d'autre de la frontière. Il faut au contraire maintenir des quartiers d'habitation, de loisirs et d'emploi qui soient diversifiés et variés.

Des deux côtés de la frontière, il faut des quartiers chics et d'autres moins chics, des zones villas et des zones vertes, parce que c'est une grande partie de notre secret, du "label Genève". Et ils ne peuvent pas tous être au même endroit. Par contre, si l'on veut améliorer notre qualité de vie, il ne faut pas transiger sur l'excellence des moyens de transport au sein de l'agglomération, pour relier ces différentes zones et ces différents centres le plus rapidement possible avec un coût écologique minimal. Et il faut cesser de désigner des boucs émissaires, qui comme par hasard sont toujours les derniers arrivés, qu'ils soient "frontaliers" ou "expatriés", deux même faces de la haine éternelle à l'égard de l'autre, du nouveau venu.

Commentaires

"la somme des intérêts particuliers n'est qu'exceptionnellement égal à l'intérêt général."

En somme, il ne vous reste plus qu'à définir en quoi consiste cet intérêt général et vous aurez réponse à tout.

Écrit par : carlos | 28/03/2011

Bonjour Philippe,

Je te rassure, en oeuvrant au rééquilibrage de notre agglomération je travaillerai à l'intérêt général des habitants du Genevois où qu'ils se trouvent. J'aurai à coeur de contribuer à ce que les Genevois puissent se loger dans leur commune auprès de leurs parents. J'aurai à coeur d'agir pour que le Conseil d'Etat Genevois respecte les engagements qu'il a pris formellement dans son programme de législature tant vis à vis du Grand Conseil que des Genevois. J'aurai à coeur d'agir pour que notre agglomération se développe de manière ordonnée c'est à dire concentrique... et de stopper la lente transformation de la campagne genevoise en aire d'autoroute. J'aurai à coeur d'apporter des solutions durables aux problèmes de mobilité en traitant d'abord la question de l'aménagement.

J'aurai à coeur de travailler à l'intérêt de tous les Genevois.

Amicalement,

Antoine

Écrit par : Antoine Vielliard (Saint Julien en Genevois) | 28/03/2011

Carlos, merci de m'avoir rendu attentif à une si vilaine faute d'orthographe.
Quand au fond, je n'ai évidemment nul pouvoir de décréter le sens de l'intérêt général. En revanche des experts, urbanistes et autres devraient être entendus. De plus, des communiquant polyvalents suivant ces questions de longue date (perso, cela fait une trentaine d'années) me semblent en mesure d'émettre des avis censés.
Quant aux décisions finales, elles devraient pouvoir être prises par des politiques élus au sein d'une assemblée commune. Voire de deux assemblées: une constituée d'une grande circonscription commune et l'autre de la somme des élus locaux (ou d'un représentant par commune) ce qui forcerait la sommes des intérêts particuliers à s'entendre. La constituante me semble avoir singulièrement manqué de souffle à cet égard.

Écrit par : Philippe Souaille | 28/03/2011

022, je vous réponds ici à un de vos commentaires postés sur un autre blog dans lequel vous attribuiez tous les maux de la Terre, et de Genève en particulier, à la libre circulation. C'est évidemment faux.
La situation n'a jamais été si merveilleuse à Genève, il y a 20 ou 30 ans que vous le décrivez. Il y avait déjà des problèmes de logement, des problèmes de circulation et toujours structurellement, un taux de chômage important en comparaison des cantons rupestres ou alémaniques.
Entretemps, le reste du monde a connu une grave crise économique et les bouleversements qu'entraînent la mondialisation. Qui est avant tout la possibilité offerte à une bonne moitié de la planète de sortir de la pauvreté partageant ainsi plus équitablement les fruits de la prospérité. Ce qui signifie que nous pays riches, qui profitions honteusement du système, en profitons moins désormais.
Or, bien que la crise ait frappé de plein fouet quelques grosses fortunes locales ou d'adoption, Genève s'en est sortie nettement mieux qu'ailleurs. Et nettement mieux que s'il n'y avait pas eu la libre circulation. C'est votre droit le plus strict de continuer de croire benoîtement au credo de l'UDC. Mais c'est juste un acte de foi, assez peu raisonnable.

Écrit par : Philippe Souaille | 28/03/2011

Antoine, c'est bien ce que je craignais. Le concentrique serait une grave erreur, une vision à courte vue. Nous avons à bâtir une métropole du XXIème siècle. Pourquoi donc le faire selon les mêmes vieux schémas, alors que de nouveaux pourraient être plus performants ?

Écrit par : Philippe Souaille | 28/03/2011

Si les politiques pouvaient arrêter d'essayer de tout règlementer pour inventer un monde nouveau! Il faudrait voir surtout si ce sont les politiques qui empêchent les nouveaux logements en maintenant des lois qui les interdisent alors que sans ces lois ils se feraient d'eux-mêmes, ou si on attend d'eux qu'ils fassent des lois pour contraindre les propriétaires à vendre des terrains, parce que sans l'intervention de l'Etat, ces logements ne se feraient pas. D'un cas à l'autre, cela change tout, et les solutions théoriques et générales ne sont pas les bonnes, ni de rester bloqué sur des promesses inconsidérées de politiques qui en réalité ne veulent pas contraindre les citoyens à vendre des terrains, ce qui est au fond légitime. Si les Français ont cru à des promesses qui contraindraient les politiques genevois à faire des choses immorales, ils ont eu tort. Si c'est l'excès de règlementation imposé par quelques privilégiés de la campagne genevoise qui bloque tout, c'est sûr que l'Etat manque d'autorité. Mais il faut voir. On ne décide pas a priori de ce qu'il en est.

Écrit par : RM | 28/03/2011

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