29/03/2011

Culture et subventions: Pierre et le Loup

Au Théâtre du Loup, les candidats au Conseil Administratif de la Ville sont sortis du bois pour séduire les petits chaperons rouges de la culture. Toutes canines dehors, les candidats du MCG se sont pris un râteau en affirmant vouloir privilégier les "distractions" de portée mondiale, tout en les réservant aux résidents. Comment ??? Outre que d'interdire l'accès des salles genevoises aux habitants d'Annemasse ou de Ferney tomberait sous le coup de la loi, ce serait un magnifique auto-goal quant on sait que le Paléo, "distraction" populaire s'il en est, estime que 20 à 30% de ses recettes proviennent du Genevois français.

Les verts, qui dirigeaient le département depuis 20 ans, veulent céder la place. La col-verte Esther Alder parait plus intéressée par le département de la cohésion sociale... Dont l'actuel Secrétaire Général, le chat socialiste Sami Kanaan, hésiterait entre la culture et l'environnement urbain de Maudet. Il fut en effet un acteur majeur de la lutte pour la mobilité douce, et comme il est plus que probable que l'alternative reste majoritaire au CA, c'est la gauche qui décidera.

L'un des chantiers principaux sera de rabibocher le département de la Culture de la Ville, à dominante verte,  avec le très rose DIP, qui est en charge de la culture à l'Etat. L'adoubement de Kanaan pourrait faciliter les choses... Ou les compliquer, tant il est vrai qu'il n'est jamais très sain qu'une seule équipe monopolise toutes les cartes. Même si le PS est aujourd'hui le maillon fort de l'alternative. De manière générale, il faudra reposer la question des commissions qui, en dehors des budgets pharaoniques du Grand Théâtre ou des Musées, décrètent combien il faut donner et à qui, sur des critères forcément aléatoires et subjectifs. Sami Kanaan, sur ce point, se dit favorable à la plus grande transparence et c'est une excellente chose, même si en matière de goûts et de couleurs, on peut toujours justifier n'importe quoi.

Sans doute serait-il judicieux de réfléchir à la manière de démultiplier les critères, non pas pour saupoudrer en vain, mais pour diversifier les styles. L'une des solutions les plus efficaces en la matière serait l'incitation fiscale à l'investissement privé dans la culture, en laissant l'investisseur libre de ses choix, tout en maintenant en parallèle un secteur dépendant du soutien public. Un choix de nature essentiellement politique.

Autre candidat déclaré, le jeune Pierre, prénom prédestiné pour une histoire de loup, table sur son sens du rythme pour imposer le tempo. Plus quelques armes secrètes, comme son goût pour les nouveaux canaux de diffusion des oeuvres, à commencer par Internet. Il y a là un gros travail à mener pour soutenir durablement la présence de la culture locale sur ces nouveaux médias, face aux mastodontes d'Outre-Atlantique. Des cadres de la culture à la Ville m'ont dit lui être assez favorables, se souvenant encore du rôle précurseur joué par le Radical Guy-Olivier Segond dans l'accession des cultures alternatives à la reconnaissance publique.

Grand-Père GOS avait été jusqu'à expliquer aux jeunes rockers qu'il leur fallait monter une association s'ils voulaient bénéficier d'une aide analogue à celle dont bénéficiaient (déjà grâce à lui) leurs "grands frères" de l'AMR ou du Bois de la Bâtie. Ce fut la naissance de PTR, qui engendra l'Usine. Votre serviteur ayant à l'époque servi de messager et de catalyseur. Dans le même ordre d'idées, Pierre Maudet est évidemment bien placé pour concevoir les règles d'engagement qui devraient permettre à l'économie privée de jouer un rôle à sa hauteur dans le petit théâtre de la culture genevoise. Tant en termes de mécennat que d'investissement.

Dans le domaine audiovisuel, que je connais le mieux, Genève pourrait prendre une place de premier plan, si l'on offrait simplement ce qui se fait ailleurs en matière d'incitation fiscale. La culture peut-être un artisanat, voire une industrie rentable et ce n'est pas opposable à la culture moins commerciale, mais bien plutôt complémentaire: les vrais artistes passent de l'un à l'autre, pour se refaire "on" la santé financière leur permettant de jouer "off".

Des pistes existent, connues et balisées. Genève a déjà un rôle de leader dans le placement de produits dans les films de Hollywood, par exemple. Ce qui s'est fait pour le commerce de commodities grâce à la présence des banques, peut se refaire pour le business des droits. Qui sait que la maison de production des James Bond est basée à Zoug ou que le financement des plus grosses productions mondiales, à l'époque du Maccarthisme, transitait par Genève ? Il existe des synergies à développer, à condition de travailler ensemble et non pas "classe contre classe", à la manière de ce que réclamait le chasseur Pagani, apparemment impatient d'en découdre avec le grand méchant loup capitaliste.

Dans cette histoire, l'oiseau et même le rossignol, c'est évidemment Florence Kraft-Babel, la seule à avoir suivi des études artistiques au conservatoire. Sauf qu'elle se retrouve avec un partenaire pas vraiment désiré, dont on ne lui avait pas parlé des antécédents... mais dont on aurait pu supposer qu'en tant qu'élue, elle les connaissait ! En tout cas, elle assume crânement, regrettant juste que les quatre sièges de la gauche semblent boulonnés, ce qui n'était pas prévu au départ, la contraignant à un combat fratricide au centre-droit. Sauf qu'entre temps, il y a eu les communales. Et un "déplacement de curseur" prématurément claironné à tout va par un héron d'armes au caquettement bien mal inspiré.

Il est certain que le jeune Pierre se sentait souvent très seul au CA. La présence d'une deuxième voix de l'entente aurait permis de faire avancer quelques dossiers utiles à cette partie de la population, majoritaire, qui ne profite pas des largesses alternatives. Les cris d'orfraie du MCG, qui cannibalise la droite bien davantage que la gauche, ne l'auront pas permis. Reste que la culture, grosse consommatrice de subventions, fournit toutes sortes de services indispensables à l'animation de la cité. C'est la vitrine des sociétés prospères et le sel de nos soirées. Les temps maussades qui s'annoncent risquent de réduire le flot des subventions. Raison de plus pour essayer de développer un artisanat du spectacle qui puisse être moins toxico-dépendant de l'aide publique. C'est la survie des petits métiers du spectacle à Genève qui en dépend. Car comme le signalait Michel Chevrolet, à priori le grand perdant de cette élection, d'aucuns diraient le dindon de la farce, il va bien falloir rationnaliser pour apprendre à faire mieux avec moins.

Commentaires

en entendant le mot culture Stauffer n'a pas sorti son revolver, j'y vois incontestablement un signe politique que Lèon Bloy de Salvan devrait apprécier.

Écrit par : briand | 29/03/2011

le PPP : ouais...hmmm .... avec une extrême-gauche qui dès que l'argent privé arrive s'offusque en insinuant qu'il est sale ! (cf l'agrandissement du MAH)
p.l.

Écrit par : pierre losio | 30/03/2011

J'étais présent hier soir au Théâtre du Loup.

Je ne suis pas intervenu, contrairement à vous, me dispensant ainsi de poser une question incompréhensible.

ce que j'ai compris du discours de Soli Pardo, qui était dans un environnement hostile, c'est qu'il estimait que la Ville de Genève ne devait plus subventionner des facilités culturelles pour la France voisine sans contrepartie.

Que la carte "20 ans 20 francs" soit offerte aux résidents de Genève est une bonne chose. Mais qu'elle soit aussi aussi mise à disposition des jeunes Annemassiens est un scandale.

La Ville de Genève ne doit plus être l'arroseur de la région dans toutes les matières.

Quant à Maudet, qui dit vouloir s'occuper du département de la culture, je suggère qu'il en acquiert un minimum avant de se lancer là-dedans.

Enfin, à nouveau, et sans vouloir le pousser en avant, Soli Pardo est nettement supérieur à Florence Kraft-Babel sur le plan culturel. Ce Deleuzien de droite, animé par un sens de la provocation qui l'a fait affronter une salle qu'il voulait être dirigée contre lui, a acquis plusieurs voix inattendues hier soir...

Écrit par : André Baldini | 30/03/2011

En s'imaginant une seconde avoir la moindre chance d'être élu, Soli Pardo prend surtout ses délires pour des réalités, ce qui n'aurait pas manqué d'intéresser prodigieusement Deleuze et Guattari...
Pour ce qui est de la carte "20 ans 20 Francs", je vous signale qu'elle donne accès à tarif réduit à des spectacles des salles genevoises ET du Genevois français, comme Château rouge à Annemasse, par exemple, dont la programmation est excellente. Notamment en matière de rock progressif, car il s'est passé des choses depuis "Tubular Bells" que Soli Pardo dit apprécier. En exclure les jeunes frontaliers serait donc particulièrement inconvenant, puisque les impôts de leurs parents, frontaliers ou non, co-financent l'opération.
Nous vivons dans une agglomération et il est pour le moins normal que chacun de ses habitants aient accès à toutes ses prestations. D'autant que si la culture adoucit les moeurs, et je crois que c'est vrai, il me semble préférable d'en ouvrir les portes à tous, y compris aux jeunes des banlieues les moins chics de l'agglomération, dont quelques unes se trouvent de l'autre côté de la frontière. M. Pardo a le droit de penser le contraire, mais le fait d'avoir lu Deleuze (quelle abnégation, et je sais de quoi je parle, il était prof dans mon école !) ne le dispense pas d'avoir des pensées stupides et c'est bien le cas ici.
Pour ce qui est de ma question, qui n'en était pas une, mais plutôt une réaction aux propos de M. Pagani, Pierre Losio, ci-dessus abonde dans mon sens. A savoir que si l'on veut travailler en partenariat avec l'économie privée, il ne faut pas leur cracher dessus. Je constate au passage que c'est la deuxième fois que M. Pardo ou ses partisans s'acoquinent avec l'extrême gauche à mon sujet. J'en suis flatté, mais ce n'est jamais qu'une preuve de plus de ce que les extrêmes se touchent.
Enfin, concernant la culture de Pierre Maudet, qu'il m'a été donné de côtoyer à plusieurs reprises ces dernières années, je ne vois franchement pas ce que vous voulez dire. A moins que vous ne considériez que comme la confiture, et comme M.Pardo, il devrait l'étaler davantage ?

Écrit par : Philippe Souaille | 30/03/2011

A qui appartient le sobriquet Lèon Bloy de Salvan ?

Écrit par : Hypolithe | 30/03/2011

Léon Bloy est un mystique catholique passablement frappadingue, dont l'imprécateur des grandes surfaces ménagères se dit être un fan transi. Accessoirement anti-anti-sémite, mais pour de fort douteuses raisons: le peuple juif serait selon lui pré-destiné à un destin particulier, lié notamment au supplice subit par JC.
Salvan est un village valaisan proche de Saint-Maurice d'Agaune.

Écrit par : Séraphin Lampion | 30/03/2011

Les commentaires sont fermés.