31/03/2011

Peut-on être royaliste en Suisse ?

Il est fasciné par la politique, sans la comprendre vraiment. Il l'analyse à la lumière de ses lectures, qui de Machiavel à Maurras, du pet du prince au nationalisme intégral, n'ont rien à voir avec la Suisse et pas davantage avec la démocratie. Sa passion vénérante pour les grands hommes est tout sauf helvétique. Entre Alpes et Jura, on coupe les têtes qui dépassent en guise de révérence. Pour le pire et le meilleur. Mais lui n'a toujours pas compris, et admis, qu'on ait brandi celle de Christoph au bout d'une pique.

Il n'a surtout aucune idée de la manière dont fonctionne réellement le peuple des électeurs. En bon croyant qu'il est, éduqué par la rigide austérité des bons pères de Saint-Maurice, il s'imagine volontiers le peuple se contenter de se prosterner devant les idoles qu'on lui dresse. Et que lui, éclairé par son talent, désigne d'un doigt salvateur. Doigt qu'il promène un peu partout, de la Tribune de Genève à Léman Bleu, en passant par One FM et le Nouvelliste... Etonnant pour quelqu'un qu'on pourrait qualifier "d'anti-suisse" tant ses valeurs sont étrangères à ce pays.

Car depuis un demi-millénaire, il s'en est passé des choses. Le protestantisme, les Lumières, la libre pensée, la démocratie... Et plus particulièrement en Suisse, le droit d'initiative et de référendum.  Qui conditionne la vie politique bien davantage qu'il ne le réalise. Son désir charnel d'être gouverné par un homme fort, chef d'une majorité tranchée, n'a guère de sens dans un système où le peuple peut, à tout moment, s'opposer à une décision ou en suggérer d'autres. Un tel système conduit naturellement à la concordance et au compromis, si l'on veut pouvoir gouverner. En préparant des projets qui soient une synthèse et une pesée d'intérêts. L'inverse précis de ce qu'il prêche à longueur de journée.

Alors certes, ailleurs, on fait autrement. Mais ailleurs, fait-on mieux ? Quel homme ou femme politique, en Suisse, ne rêve pas de pouvoir imposer ses vues au rouleau compresseur, comme cela se fait en France, aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne? Mais est-ce réellement ce dont le pays a besoin ? Le système suisse est lent, plein de défauts, mais ailleurs, réussit-on mieux ? Certes, ailleurs, cela donne l'illusion du mouvement, c'est beaucoup plus "saignant", plus amusant à commenter... Mais doit-on réorganiser la politique pour amuser davantage les commentateurs ?

Le hic, c'est que le discours de notre monarchiste exalté, porté par la vague populiste, parvient à séduire des candidats plus soucieux d'être élus que de morale publique. C'est le karma d'un politicien, ou d'une politicienne, que d'être prêt à tout ou presque pour être élu. Indépendamment de son intérêt personnel, comment mettre en pratique ses idées, si l'on n'est pas élu ? Mais tout est dans le "presque". Certaines compromissions compromettent la mise en application de certaines idées, même si elles peuvent en faciliter d'autres. Tout est une question de choix. Mais entre la démocratie helvétique et la tentation monarchique, il ne me semble pas qu'il y ait photo. Et heureusement, certains résistent et assument leur choix.

En résumé, si je puis me permettre une recommandation de vote pour ces élections au Conseil administratif de la Ville de Genève auxquelles je ne participe pas directement, je dirais "votez la liste de l'Entente, compacte". C'est le meilleur moyen d'assurer l'élection des meilleurs, tout en envoyant un message clair à tous ceux que tenteraient les sirènes populistes ou monarchistes, adeptes de l'homme providentiel.

29/03/2011

Culture et subventions: Pierre et le Loup

Au Théâtre du Loup, les candidats au Conseil Administratif de la Ville sont sortis du bois pour séduire les petits chaperons rouges de la culture. Toutes canines dehors, les candidats du MCG se sont pris un râteau en affirmant vouloir privilégier les "distractions" de portée mondiale, tout en les réservant aux résidents. Comment ??? Outre que d'interdire l'accès des salles genevoises aux habitants d'Annemasse ou de Ferney tomberait sous le coup de la loi, ce serait un magnifique auto-goal quant on sait que le Paléo, "distraction" populaire s'il en est, estime que 20 à 30% de ses recettes proviennent du Genevois français.

Les verts, qui dirigeaient le département depuis 20 ans, veulent céder la place. La col-verte Esther Alder parait plus intéressée par le département de la cohésion sociale... Dont l'actuel Secrétaire Général, le chat socialiste Sami Kanaan, hésiterait entre la culture et l'environnement urbain de Maudet. Il fut en effet un acteur majeur de la lutte pour la mobilité douce, et comme il est plus que probable que l'alternative reste majoritaire au CA, c'est la gauche qui décidera.

L'un des chantiers principaux sera de rabibocher le département de la Culture de la Ville, à dominante verte,  avec le très rose DIP, qui est en charge de la culture à l'Etat. L'adoubement de Kanaan pourrait faciliter les choses... Ou les compliquer, tant il est vrai qu'il n'est jamais très sain qu'une seule équipe monopolise toutes les cartes. Même si le PS est aujourd'hui le maillon fort de l'alternative. De manière générale, il faudra reposer la question des commissions qui, en dehors des budgets pharaoniques du Grand Théâtre ou des Musées, décrètent combien il faut donner et à qui, sur des critères forcément aléatoires et subjectifs. Sami Kanaan, sur ce point, se dit favorable à la plus grande transparence et c'est une excellente chose, même si en matière de goûts et de couleurs, on peut toujours justifier n'importe quoi.

Sans doute serait-il judicieux de réfléchir à la manière de démultiplier les critères, non pas pour saupoudrer en vain, mais pour diversifier les styles. L'une des solutions les plus efficaces en la matière serait l'incitation fiscale à l'investissement privé dans la culture, en laissant l'investisseur libre de ses choix, tout en maintenant en parallèle un secteur dépendant du soutien public. Un choix de nature essentiellement politique.

Autre candidat déclaré, le jeune Pierre, prénom prédestiné pour une histoire de loup, table sur son sens du rythme pour imposer le tempo. Plus quelques armes secrètes, comme son goût pour les nouveaux canaux de diffusion des oeuvres, à commencer par Internet. Il y a là un gros travail à mener pour soutenir durablement la présence de la culture locale sur ces nouveaux médias, face aux mastodontes d'Outre-Atlantique. Des cadres de la culture à la Ville m'ont dit lui être assez favorables, se souvenant encore du rôle précurseur joué par le Radical Guy-Olivier Segond dans l'accession des cultures alternatives à la reconnaissance publique.

Grand-Père GOS avait été jusqu'à expliquer aux jeunes rockers qu'il leur fallait monter une association s'ils voulaient bénéficier d'une aide analogue à celle dont bénéficiaient (déjà grâce à lui) leurs "grands frères" de l'AMR ou du Bois de la Bâtie. Ce fut la naissance de PTR, qui engendra l'Usine. Votre serviteur ayant à l'époque servi de messager et de catalyseur. Dans le même ordre d'idées, Pierre Maudet est évidemment bien placé pour concevoir les règles d'engagement qui devraient permettre à l'économie privée de jouer un rôle à sa hauteur dans le petit théâtre de la culture genevoise. Tant en termes de mécennat que d'investissement.

Dans le domaine audiovisuel, que je connais le mieux, Genève pourrait prendre une place de premier plan, si l'on offrait simplement ce qui se fait ailleurs en matière d'incitation fiscale. La culture peut-être un artisanat, voire une industrie rentable et ce n'est pas opposable à la culture moins commerciale, mais bien plutôt complémentaire: les vrais artistes passent de l'un à l'autre, pour se refaire "on" la santé financière leur permettant de jouer "off".

Des pistes existent, connues et balisées. Genève a déjà un rôle de leader dans le placement de produits dans les films de Hollywood, par exemple. Ce qui s'est fait pour le commerce de commodities grâce à la présence des banques, peut se refaire pour le business des droits. Qui sait que la maison de production des James Bond est basée à Zoug ou que le financement des plus grosses productions mondiales, à l'époque du Maccarthisme, transitait par Genève ? Il existe des synergies à développer, à condition de travailler ensemble et non pas "classe contre classe", à la manière de ce que réclamait le chasseur Pagani, apparemment impatient d'en découdre avec le grand méchant loup capitaliste.

Dans cette histoire, l'oiseau et même le rossignol, c'est évidemment Florence Kraft-Babel, la seule à avoir suivi des études artistiques au conservatoire. Sauf qu'elle se retrouve avec un partenaire pas vraiment désiré, dont on ne lui avait pas parlé des antécédents... mais dont on aurait pu supposer qu'en tant qu'élue, elle les connaissait ! En tout cas, elle assume crânement, regrettant juste que les quatre sièges de la gauche semblent boulonnés, ce qui n'était pas prévu au départ, la contraignant à un combat fratricide au centre-droit. Sauf qu'entre temps, il y a eu les communales. Et un "déplacement de curseur" prématurément claironné à tout va par un héron d'armes au caquettement bien mal inspiré.

Il est certain que le jeune Pierre se sentait souvent très seul au CA. La présence d'une deuxième voix de l'entente aurait permis de faire avancer quelques dossiers utiles à cette partie de la population, majoritaire, qui ne profite pas des largesses alternatives. Les cris d'orfraie du MCG, qui cannibalise la droite bien davantage que la gauche, ne l'auront pas permis. Reste que la culture, grosse consommatrice de subventions, fournit toutes sortes de services indispensables à l'animation de la cité. C'est la vitrine des sociétés prospères et le sel de nos soirées. Les temps maussades qui s'annoncent risquent de réduire le flot des subventions. Raison de plus pour essayer de développer un artisanat du spectacle qui puisse être moins toxico-dépendant de l'aide publique. C'est la survie des petits métiers du spectacle à Genève qui en dépend. Car comme le signalait Michel Chevrolet, à priori le grand perdant de cette élection, d'aucuns diraient le dindon de la farce, il va bien falloir rationnaliser pour apprendre à faire mieux avec moins.

28/03/2011

Elu au service de l'intérêt général ?

Mon ami Antoine Vielliard a donc été élu au Conseil Général de Haute-Savoie. Je suis content pour lui, c'est le début de la récompense de longues années de travail acharné. Mais je suis triste, car s'il mérite amplement son élection et si je pense qu'il fera un excellent Conseiller Général et sans doute au-delà, prochainement, un maire de Saint-Julien remarquable, voire un parfait député, il a été élu en partie sur de mauvaises bases, sur un signal qui quoiqu'il s'en défende est un signal de défiance à l'égard de Genève.

Je sais bien que son leitmotiv explique sans doute moins son élection que son patient travail de fourmi, sa visibilité, son entregent. Il le sait aussi. N'empêche qu'il est lié aujourd'hui par son message et que son message n'est à mon avis pas constructif. Bien qu'il prétende et peut être même croie travailler à l'avenir commun de la région, il s'est positionné en rempart des intérêts de la France Voisine contre une Genève envahissante. Et ce n'est pas comme cela qu'on construit une région unie.

Il y a tant d'incompréhension, de préjugés et de gros sabots, de part et d'autre, parfois même de haine, que toute attitude conduisant à diviser ou opposer les uns aux autres est une attitude négative. Pour ne pas dire suicidaire. Le morcellement de l'autorité politique dans la région a certes des vertus démocratiques évidentes, mais aussi un énorme inconvénient: l'intérêt général est pris en compte par un nombre ridiculement petit de responsables politiques, qui, c'est naturel, cherchent d'abord à défendre l'intérêt particulier de ceux qu'ils représentent. Or la somme des intérêts particuliers n'est qu'exceptionnellement égale à l'intérêt général.

Comme Antoine Vielliard, la gentille verte Esther Alder (dont j'ai noté avec stupéfaction qu'elle censurait même les autres élues vertes du canton, sur son blog) se trompe lourdement en continuant de penser l'agglomération comme une construction concentrique. Les différences et les antinomies sont telles que c'est sur une construction excentrique, multipolaire qu'il faut tabler. Genève ne doit pas, ne peut pas être un centre et sa banlieue. Le concevoir ainsi, c'est accentuer les écarts et les facteurs de divergences, qui finiront par nous exploser à la figure, de part et d'autre de la frontière. Il faut au contraire maintenir des quartiers d'habitation, de loisirs et d'emploi qui soient diversifiés et variés.

Des deux côtés de la frontière, il faut des quartiers chics et d'autres moins chics, des zones villas et des zones vertes, parce que c'est une grande partie de notre secret, du "label Genève". Et ils ne peuvent pas tous être au même endroit. Par contre, si l'on veut améliorer notre qualité de vie, il ne faut pas transiger sur l'excellence des moyens de transport au sein de l'agglomération, pour relier ces différentes zones et ces différents centres le plus rapidement possible avec un coût écologique minimal. Et il faut cesser de désigner des boucs émissaires, qui comme par hasard sont toujours les derniers arrivés, qu'ils soient "frontaliers" ou "expatriés", deux même faces de la haine éternelle à l'égard de l'autre, du nouveau venu.

24/03/2011

Qui a enclenché la machine à perdre?

Etant finalement en passe de boucler mes comptes plus tôt que prévu, tâche citoyenne oh combien enthousiasmante à l'approche du 31 mars, je me permets un bref aller-retour sur les blogs. Croyez-moi, entre deux colonnes de chiffres, ça détend! Et là, surprise, rien n'a changé. Sauf que Pascal Décaillet découvre avec stupéfaction qu'il a peut-être enclenché la machine à perdre de la droite. Parce que "le peuple" ne vote pas comme il voudrait. Et que le rassemblement à l'autre bout de la droite (il parait que le terme "d'extrême" les choque, les bisounours en chemise noire), ben ça ne plait pas à tout le monde.

Mais essayons de résumer, parce que mes lecteurs fidèles, dans tous les cocktails où je les croise, me supplient à genoux de faire court.

- Etonnament, à l'approche des élections, la révélation de scandales réels ou supposés s'est succédé en cascades. Touchant majoritairement les élus de droite et profitant comme par hasard au MCG. Et potentiellement à d'autres personnalités de droite non élues mais qui ne diraient pas non à l'idée de l'être.  Ou élus, mais désireux de changer de poste. Le timing était parfait et d'ailleurs ça continue.

- La gauche, miraculeusement, y a échappé. Soit qu'elle n'ait rien à se reprocher, soit que les piranhas manquaient de source d'informations, soit qu'ils avaient clairement identifié leur ennemi: la droite au pouvoir, majoritairement centriste.

- Résultat des courses, le centre droit et le centre gauche sont les principales victimes, tandis que la gauche gauche et la droite droite crient victoire. Ce qui laisse apparaître les appels à "voter bloqué pour faire front à la gauche" pour ce qu'ils sont: une vaste fumisterie, car leurs auteurs sont juste parvenus à phagocyter la droite, sans prendre réellement de voix à gauche, qui restera aux commandes en Ville.

Sur le fond, comme nous vivons dans un pays de démocratie directe, d'initiative et de référendum, l'opposition bipartisane ne peut pas fonctionner chez nous. Toute tentative d'imposer des décisions unilatérales ou trop peu balancées se heurtera systématiquement au droit du peuple à donner son point de vue. Et "le peuple" n'est pas majoritairement MCG, loin s'en faut. Pas même de droite ou de gauche, il juge au coup par coup.

La dernière chose à faire, pour jauger de la santé politique du pays, serait de se baser sur les blogs ou les sondages de la Tribune, qui ne sont absolument pas représentatifs. Le taux d'extrémistes et d'excités de cafés du commerce qui s'y expriment est heureusement nettement plus élevé que dans la population. Même si certains d'entre eux briguent des postes de conseillers administratifs ici ou là. Quant aux "sondages", ils sont manipulables par un enfant de 10 ans. Et manipulés.

Prenons le cas des assistants de la police frontaliers, par exemple. N'y voyez là que mon analyse personnelle, hors de toute affiliation partisane:

L'histoire est montée en épingle sur le mode émotionnel, alors que tout le monde glisse comme chat sur braise sur l'incendie d'un "salon de massage", dans le cas présent plutôt une maison ouverte à tous les passants... Un incendie qui sent le roussi, qui pue même le règlement de comptes ou le racket à plein nez. Or, pour justifier la tolérance qui règne à Genève, les flics des moeurs ont toujours assuré qu'il n'y avait ni maquereaux ni réseaux dans le Canton. Apparemment, ce n'est plus le cas, et c'est extrêmement grave en termes de sécurité publique. Le proxénétisme a toujours été la principale mammelle du grand banditisme.

Genève a un problème de sécurité, c'est clair. Le meilleur moyen d'y remédier est d'augmenter la présence policière. Dans les rues, dans les salons (pas comme clients si possible), dans les parcs, le soir etc... Mais on manque de flics. Des flics, il y en a des bons et des mauvais partout. Un jeune né de parents suisses, mais élevé à Buenos Aires et qui débarque en Europe à 25 ans pour la première fois peut demain entrer dans la police s'il sait écrire en français. Un gars d'Annemasse, enfant de frontaliers, ayant fait son collège et son uni ici, ayant nagé aux Vernets et pogotté à l'Usine ne le peut pas. Comme si le passeport à croix blanche donnait de superpouvoirs magiques face aux truands de tous poils, vaccinait contre la malhonnêteté et l'alcoolisme ou le fait de devenir un ripoux. Un super grigri, quoi. Pour moi c'est de la superstition. Je ne vois pas d'autre explication.

A moins bien sûr que le syndicat des citoyens gendarmes ait comme principale préoccupation non pas la sécurité de nos concitoyens mais la préservation de ses acquits corporatistes ? Dont on pourrait penser qu'ils seraient remis en question si l'on engageait des frontaliers. Sauf qu'ici, on ne parle pas de gendarmes, mais d'assistants, engagés d'ailleurs aux mêmes tarifs, qu'ils soient frontaliers ou pas, selon les barêmes de l'Etat. Pas qestion ici de préférence aux chômeurs locaux, puisqu'il y a davantage de postes offerts que de postulants !

Je tiens à préciser que je n'ai rien contre les gendarmes, dont j'estime à titre personnel qu'ils font remarquablement bien leur boulot, en règles générales, dans des conditions très difficiles. Le syndicat fait d'ailleurs lui aussi son boulot de syndicat, en défendant des intérêts qu'il croit menacé (à tort à mon avis).  Mais les intérêts de la population sont qu'il y ait davantage de gendarmes sur le terrain et donc déchargés des autres tâches. Ce qui implique davantage d'assistants pour ce faire. Le fait qu'ils aient l'accent d'Annemasse ou de Porrentruy n'a d'importance que pour les... Non xénophobes non plus, on n'a plus le droit d'employer...

La balle est dans le camp des politiques, y compris du MCG pour le coup : vous voulez vraiment améliorer la sécurité dans le canton - qui laisse de plus en plus à désirer, c'est un fait - ou juste ramasser des voix dans votre course au pouvoir ?

18/03/2011

Le pamphlétaire qui se voulait faiseur de roi

Pascal Décaillet roule pour l'extrême-droite et le MCG. Il a l'Entente en horreur, pour lui qui n'aime que le sang et la castagne, du moins quand ce sont les autres qui se battent. Le terme même d'Entente lui écorche les oreilles. Il fait flèche de tout bois. Assassine son ex-collègue Chevrolet, lui reprochant même d'aimer les petits drapeaux, là où ceux de Stauffer, pour quelques centaines de voix supplémentaires deviennent légitimes et mérités. Même portés par des séides en chemises noirs, organisés en phalange.

Il complote aussi, Décaillet et annonce à tort et à travers des nouvelles qui ont pour point commun de nuire à cette Entente qu'il déteste, car son idole, en vrai, plus encore que Stauffer, c'est Blocher. Et ce n'est pas le panégérique dressé d'un candidat retoqué qui le dédouannera!

Les nouvelles que donne ce qu'il appelle pompeusement une agence de presse sont parfois distorsion de la réalité. Ainsi, le Parti Libéral doit se décider en Assemblée générale dimanche soir, à laquelle sont conviés les radicaux. D'ici là, toute liste à venir n'est que supputation. La présenter comme acquise, comme le fait Décaillet, au fait que les deux Présidents l'aurait négociée, est indigne d'un journalisme qui se voudrait sérieux. Même s'il précise que tout devra être entériné d'ici lundi midi.

Las, il y a longtemps que Pascal Décaillet n'est plus qu'un homme emporté par sa vision personnelle. Sa force est de parvenir malgré tout à faire prendre ses rêves pour la réalité. Ses vessies n'en deviennent pas pour autant des lanternes, comme ne devrait pas tarder à s'en apercevoir un Président de parti qu'il encense à longueur de chronique. Pour autant que celui-ci se laisser berner par si viles flagorneries.

Que pourrait-il se passer dimanche soir et d'ici le dépouillement ? Si Maudet refuse de participer au ticket commun avec l'UDC, il perd une partie des voix libérales. Combien et dans quelle mesure ? Cela pourrait-il remettre en cause son élection qui semblait assurée, cela ne parait pas impossible. Dès lors, c'est à priori Mme Kraft-Babel qui passerait l'épaule... Eric Bertinat restant de toute façon distancé.

Mais si la gauche, finalement, décidait de présenter un 5ème candidat, elle placerait à coup sûr ses 5 postulants au CA.

Si Maudet cède à ce qui serait du pur chantage, et met son nom sur la liste, il perd une partie de sa crédibilité, mais garde les voix libérales, plus celles de l'UDC... Tout en perdant une bonne partie de celles du PDC et sans doute ses fans de gauche, voire du centre. En clair, il se retrouve à faire jeu égal au concours de pronostics. Avant d'être une machine à faire gagner la droite, cet accord serait donc d'abord destiné à faire perdre Maudet. Qui a commis le crime de lèse-majesté de s'opposer au grand génie des caméras de Léman Bleu.

Une telle attitude laisserait des traces durables, dont la droite genevoise ne sortirait pas gagnante. Christian Lüscher pourrait dire adieu à son espoir de siège aux Etats. Le mariage libéral-radical risquerait de tourner au divorce. Et les électeurs pourraient bien se retourner en masse vers la gauche ou les verts libéraux.

Mais Pascal Décaillet serait content. Il aurait eu son heure de gloire. Et aboutit à cet étonnant paradoxe qui laisse la gauche en mesure de décider si elle veut ou non un candidat de droite et lequel. Car la gauche, en Ville de Genève, dans un scrutin majoritaire, est actuellement hégémonique en Ville de Genève, avec ou sans MCG.

Gauche-Droite, ce sont des mots. Qui veut du racisme ou qui n'en veut pas, qui veut de l'Europe ou qui n'en veut pas, qui veut haïr son voisin ou qui le refuse, ce sont là de vrais débats, qui même au niveau de la commune font qu'une partie notable de l'électorat du centre et de droite ne votera jamais pour l'UDC ou le MCG.

C'est ce que n'ont pas compris les idéologues qui dressent un parrallèle entre l'attitude de la droite face à l'extrême-droite et l'attitude de la gauche face à l'extrême gauche. Dans le deuxième cas, il sagit d'exacerbation de valeurs communes. Alors que dans le premier, il s'agit de valeurs fondamentalement divergentes.

15/03/2011

Entre la peste et le choléra

Quelle tension, quelle intensité... On se croirait dans un film. Ce n'est que l'histoire en train de se faire, celle de ce petit coin de planète auquel nous sommes tous attachés. Des deux côtés de la frontière.

L'heure est grave puisqu'il faut choisir entre la peste (dont je tairais la couleur) et le choléra... J'aurais tendance à penser qu'après tout, un peu de changement ne ferait pas de mal. Mais d'abord, rectifier un titre, celui de la Tribune, qui m'arrache les yeux depuis hier: "Le MCG sort vainqueur des élections", assorti de cette précision: "le MCG rafle une cinquantaine de sièges". Sur un millier, ce que ne dit pas l'article. En nombre de sièges, le MCG passe donc de 1 à 7%. Belle progression, mais il n'est pas "vainqueur", hormis peut-être dans les grandes communes. Il devient juste le 4ème parti du canton et l'un des 3 seuls à progresser. Les deux autres étant l'extrême gauche, là où elle se présentait... et les Verts Libéraux, qui en pourcentage enregistrent une progression encore plus forte que celle du MCG. Normal, ils partaient de 0. Oui, mais le MCG lui partait de 1%, soit presque rien, et c'est toujours beaucoup plus facile de progresser, quand on part de presque rien. N'importe quel créateur d'entreprise vous le dira: c'est beaucoup plus dur de tenir ses parts de marché à long terme.

En Ville de Genève, le premier candidat MCG, Soli Pardo, arrive dérrière une bonne centaine d'autres, soit quasiment tous les socialistes, les PLR, les Verts et l'extrême gauche. Avec seulement 60% des voix récoltées par Pierre Maudet, bon premier. Et 80% de celles récoltées par Mme Kraft-Babel. A noter que les bons résultats d'ensemble des radicaux sont d'abord à mettre au crédit des voix récoltées à l'extérieur du PLR, plusieurs libéraux ayant été moins performants sur ce point. Mais on ne relève pas de "biffage" particulier au sein des bulletins de liste bleus... Il n'y a donc pas eu de complot fratricide.

Pour rester dans les chiffres, pour placer une majorité à la mairie, il faudrait que tout le centre, la droite et l'extrême droite votent comme un seul homme. Ou une seule femme. Ce qui parait peu probable, n'en déplaise à Pascal Décaillet, qui voit volontiers de la bêtise là où il pourrait bien y avoir conjugaison des principes républicains avec la lucidité. Car même si les appareils s'entendent, les partis ne sont pas propriétaires de leurs électeurs et ceux-ci ont des principes, justement.

Certains n'ont qu'une idée en tête, barrer la route à la gauche, à ses prébendes, à son clientélisme et son immobilisme immobilier. Mais pas tous. Quelques-uns ne veulent pas entendre parler de l'UDC, de ses lubies racistes et anti-européennes. D'autres encore professent une sainte horreur du MCG et de ses délires anti-frontaliers, nos voisins et amis. Or la majorité potentielle d'une alliance de l'Entente et des populistes demeure extrêmement fragile. Il n'est pas du tout certain que la majorité des électeurs, ou du "peuple" comme on aime le nommer à l'extrême-droite suivrait le mot d'ordre comme un régiment aligné-couvert. Et il suffirait de quelques désistements pour faire écrouler le château de cartes.

La solution du parti libéral, à savoir une alliance avec l'UDC, est un moyen terme. Ce qui reste de ce parti à Genève est plutôt de sensibilité agrarienne que blochérienne et reste présentable. Encore que l'UDC, au municipal, ait adopté des positions pour le moins scabreuses, comme l'alliance avec l'extrême-gauche contre l'OMC...  Pas sur que cela suffise à Mme Kraft-Babel pour passer l'épaule, mais cela vaut le coup d'essayer. Michel Chevrolet, c'est nettement plus aléatoire. Il part de très loin et même avec l'UDC, ne risque guère d'y arriver. Quant au MCG, on sait que le Conducator à cravate jaune lui voue une haine personnelle qui le plombe à coup sûr.

Pierre Maudet, dans presque tous les cas de figure, est lui quasimment assuré de se retrouver au CA. A moins qu'une alliance libéraux, PDC UDC se monte contre lui, qui serait évidemment suicidaire pour tout le monde. Donc pas à l'ordre du jour. Qu'aurait à gagner l'UDC dans cette affaire ? Probablement pas un poste au CA, son candidat, que ce soit Yves Nideger ou un autre serait probablement trop souvent biffé pour cela. Mais un peu de respectabilité. Et des retours d'ascenseur au niveau municipal.

Reste le MCG. Qui n'a selon moi aucune chance d'arriver au Conseil Administratif à Genève, même en cas d'alliance large, du centre à l'extrême-droite. Pas à cause des partis et de l'élite politique, mais à cause du peuple des électeurs, dont une partie notable ne veut pas entendre parler d'elle, de ses discours haineux, de ses affiches infectes et de ses spadassins en costard noirs. Sans parler de ses retournements de veste du ni-gauche ni-droite au "à droite toute..."  Alors le mieux, c'est de les laisser aller au casse-pipe tous seuls. Le peuple des électeurs saura bien reconnaître les siens.

ps: plusieurs personnes, membres ou non du MCG, m'ont accusé d'être méchant ou manichéen, pour ce que j'écrivais du MCG. C'est très amusant, parce qu'à côté de ce qu'ont écrit ou dit certains leaders du MCG au sujet de "l'élite politique" ou des frontaliers, je me trouve extrêmement poli et factuel. Il ne suffit pas de vouloir effacer ses bourdes pour se refaire une virginité, la mémoire existe. Lorsqu'on demandait pardon, enfant, après avoir fait une bêtise, mon père avait coutume de nous rappeler l'histoire de la planche à clous. On a beau enlever le clou, le trou demeure. Eh bien le MCG, ce n'est pas sur une planche à clous qu'il est assis, mais sur une planche de fakir...

14/03/2011

Les extrêmes gonflent: barre au centre, en avant toute !

Etonnant paradoxe: tandis que Fukujima remplace Benghazi à la Une des gazettes, ce qui pourrait sonner le glas du nucléaire civil, les verts genevois se prennent une veste... Difficile de montrer de manière plus éclatante la dichotomie existant entre la réalité des faits et la perception qu'en ont les électeurs. Le nez sur leurs difficultés quotidiennes, les électeurs exigent qu'on s'occupe de leurs problèmes. Sans savoir très bien comment et ce n'est d'ailleurs pas leur problème aux électeurs. Ils veulent des résultats, un point c'est tout.

Résultats qui risquent cependant de se laisser désirer, car il ne semble guère exister de remède à l'inexorable érosion de notre pouvoir d'achat et de nos conditions de vie dans les années à venir. En attendant, qu'est qui pourrait être réalisé sur le plan communal, pour compenser cette érosion annoncée ?

La seule bonne nouvelle apportée par le résultat de dimanche pourrait être la fin de la majorité automatique au conseil municipal de la ville. La politique devrait ainsi reprendre ses droits, contraignant tout le monde à négocier pour parvenir à faire passer la moindre décision. L'alternative étant d'aboutir, faute de négociation, à un blocage généralisé.

Si l'on analyse les résultats, on constate à gauche comme à droite la montée des extrêmes et le repli du centre, qui cependant n'est de loin pas encore mort et enterré. Pierre Maudet sort largement en tête de tous les candidats de la ville et au sein du PLR, les candidats d'origine radicale se sont extrêmement bien tenus.   Les libéraux souffrent davantage. Dans d'autres communes, c'est l'inverse. Le PDC perd des plumes, le MCG est à sa place, l'UDC aussi. A l'évidence, une bonne partie de l'électorat semble vouloir en découdre avec la gauche et durcit le ton à droite. C'est particulièrement sensible dans les grandes communes urbanisées, au sein de l'électorat populaire.

Idem à gauche, où la recomposition n'était pas attendue dans cette configuration. Certes les verts libéraux ont pris des voix aux verts, qui de plus n'avaient pas vraiment de très bons candidats, mais cela n'explique pas tout. La bonne tenue de l'extrême gauche et des socialistes souligne la radicalisation du discours à gauche également. Ce qui n'est pas bon signe et ne peut faire plaisir qu'aux commentateurs féru de sang et de larmes.

Barre à gauche d'un côté, barre à droite de l'autre, le bâteau Genève risque de fort tanguer... Un peu comme si en France on se retrouvait avec un 2ème tour Jean-Luc Mélenchon-Marine Le Pen. Avec les risques de débordement violents que cela impliquerait. Compliqué dans le cas de Genève par la menace du référendum susceptible de blackbouler tout projet mal négocié. Tout dépendra de l'attitude des nouveaux élus et de leur capacité à travailler au bien commun plutôt qu'à leur gloriole personnelle.

Les réponses proposées par les partis de l'extrême pendant la campagne s'avèrent éminemment dangereuses. Réduire la voilure du développement, restreindre les flux frontaliers seraient autant de chocs risqués pour l'économie locale et pour ses capacités à financer le social. S'ils parviennent à mettre de l'eau dans leur vin, à écouter la voix de la raison, l'absence de majorité claire au conseil municipal peut devenir un atout. Mais ce faisant, ils risquent de paraître trahir leur électorat. Si en revanche, ils choisissent la voix de l'intransigeance, le blocage de la situation pourrait aggarver la situation et partant leur profiter. Puisque de toute manière, ce seraient les autres qui seraient coupables. Que vont-ils faire ? Réponses dans quelque mois.

 

12/03/2011

Benghazi-Kinshasa: Au Congo, on n'a pas de pétrole, mais on boycotte le soukouss

J'aime bien "Le Temps" qui est un bon journal. Mais l'accroche de son éditorial du jour est d'une rare bêtise. Parlant de Kadhafi, il interroge: "N’a-t-on pas sous-estimé le tyran? N’a-t-on pas vendu la peau de l’ours trop vite?" Et précise encore: "La désillusion est programmée pour des va-t-en-guerre qui manquent de réalisme". Il est possible que certains aient vendus un peu vite la peau du fennec... Mais certainement pas les va-t-en-guerre, dont je suis sur ce coup, qui depuis le début ont estimé que la révolution aurait du mal à vaincre seule, face à l'arsenal du colonel milliardaire, qui offre des régiments à ses fils en guise de jouets... Encore faut-il s'entendre sur le terme de va-t-en-guerre. J'en connais peu qui aient prôné une intervention au sol, pour ne pas risquer d'interférer dans le jeu politique démocratique à naître. Le quasi consensus qui s'est rapidement mis en place sur une zone d'exclusion aérienne paraissait bien plus sage et de nature à rétablir l'équilibre des forces. Seulement, le fennec et ses fils auront été plus rapides.

Tellement rapides que l'idée même de brigades internationales parait dépassée. Hormis celles d'AQMI, dont on peut se demander si elles vont s'investir dans un baroud d'honneur ou regagner prudemment les sables du Tanezrouft et du Ténéré. Les libyens révoltés, en  revanche vont y aller au baroud, avec la mort au bout de toute manière, car ils n'ont pas le choix. Hormis celui de se réfugier en Egypte, ou en Crête. De vrais réfugiés, qu'il va bien falloir accueillir, en dépit des gesticulations apeurées des Nidegger et consorts.

Que va-t-il se passer ensuite ? Le Conseil Fédéral va-t-il devoir rendre l'argent séquestré, avec des excuses et des dédomagements en prime, dès lors que le fennec sera redevenu le chef incontesté de la Libye ? En principe pas, le séquestre ayant été approuvé par la communauté internationale, on peut espérer que l'argent pourrait rester bloqué et servir à financer l'accueil des réfugiés par exemple. Ou les activités d'un gouvernement libyen en exil, qui serait reconnu par au moins une partie des capitales du monde. Le fennec et ses fils, de toute manière ne seront pas dans le besoin, puisqu'on prédire à coup sûr l'envoi de leur pétrole... en Chine ! Pékin ayant freiné des quatre fers pour s'opposer à toute intervention armée. A la fois pour défendre ses intérêts économiques, mais aussi parce qu'on est pas très chaud pour le renversement des régimes dictatoriaux du côté de la place Tien an Men. Surtout par des interventions extérieures.

Comment réagira le fennec à moyen terme ? On peut penser qu'il rejoindra son ancien camp, celui des terroristes, avec de gros moyens.

Le seul point positif de l'histoire est que l'occident aura montré, pour une fois, qu'il était prêt à mettre ses principes démocratique en avant plutôt que ses intérêts immédiats. Même si c'est encore surtout en paroles. Une rupture salutaire d'avec l'hypocrisie habituelle que l'on ne peut qu'espérer durable. D'autant que se profilent d'autres évolutions en Afrique et c'est d'abord là encore le monde musulman qui bouge. Au Burkina Faso, par exemple, où l'université exige la vérité sur les disparitions sanglantes ayant émaillé le règne de Compaoré. La révolte étudiante saura-t-elle se muer en mouvement démocratique populaire ?

L'Afrique au sud du Sahara manque encore peut-être de repères démocratiques pour y parvenir. Il faut laisser du temps au temps, et notamment à la révolution économique en cours. Depuis moins d'une génération, les élites ont changé leur fusil d'épaule. Jadis toutes entières tournées vers la fonction publique et l'administration, elles ont aujourd'hui compris que l'entreprise était un vecteur plus profitable et créatif. Du coup, au lieu d'être ceux qui reçoivent les backchich, les jeunes entrepreneurs sont ceux à qui on en demande. Ce qui mieux que n'importe quelle campagne, pourrait contribuer à faire baisser la corruption endémique. Et surtout à développer des pays qui ne seront plus tout entier laissés aux hommes d'affaires étrangers.

En attendant, l'Afrique noire semble rester vouée davantage aux coups d'états claniques qu'aux révolution démocratiques. Mais cela n'empêche pas l'évolution bienvenue des mentalités, appuyée fortement par la diaspora intellectuelle, qui depuis l'Europe, les Etats-Unis ou la Chine, se signale par des mouvements originaux. Si les coups de feu tirés dans l'entourage de Kabila, à Kinshasa, semblaient n'être qu'un putsh de gardes du corps factieux, le boycott des chanteurs du régime est nettement plus intéressant.

On sait leur importance, dans l'imaginaire africain, et aussi leur docilité aux pouvoirs en place. A l'instar des griots d'autrefois, payés pour chanter les louanges du monarque. La situation se complique en Côte d'Ivoire, où chacun doit choisir son camp, ce qui permet de constater que la barrière est loin d'être uniquement ethnique: Meyway, l'inventeur du zoblazo embématique du sud est pour Ouattara, tandis qu'Aïcha Koné, musulmane tient pour Gbagbo.

Les congolais d'Europe, eux, ont imaginé de boycotter les concerts des stars proches du régime Kabila, comme Koffi Olomide et Werason. Voire même de les empêcher. Ce qui fut fait à Paris, les autorités ayant finalement interdit le concert par crainte des échauffourées. Un peu comme si la gauche française prétendait interdire Johnny Hallyday et Doc Gynéco... Mais en beaucoup plus symbolique, tant, pour les congolais, le soukouss et ses dérivés modernes sont synonymes de tythmes vitaux. Un tel mot d'ordre a été lancé à Genève, pour le prochain concert de Werason. Affaire à suivre.

11/03/2011

Et si on parlait vrai. Pour une fois ?

Le MCG va faire une percée dimanche. Normal, comme le souligne Arthur Grosjean dans son blog, il part de 0 ou presque. Exactement 1% du nombre d'élus, toutes communes confondues. Difficile de ne pas faire mieux, dès lors qu'ils se présentent. Même si leur discours est bâti sur le mensonge, il y aura toujours des gens pour y croire.

Premier mensonge, le peuple souverain et la démocratie directe, qui ne sont pas vraiment une tradition suisse. Jusqu'à la révolution française et l'égalité des droits, enracinés en Suisse par Napoléon puis par les radicaux, les aristocraties qui dirigent les cantons ont tout de la dictature: la moindre contestation est punie de mort et seules les familles les plus riches (quelques dizaines dans les plus grandes villes) ont le droit de vote. Dans les cantons de Vaud et Fribourg, c'est encore pire, les aristocrates étant alémaniques et le peuple francophone. A Neuchâtel, c'est le Bas qui régente le Haut. Certes il n'y a pas de rois, mais les souverains environnants ne s'y trompent pas, qui courrent à la rescousse des aristocrates genevois, lorsque la plébe se soulève en 1781.

Le deuxième mensonge ose prétendre que nous sommes  dans le même type de configuration. Que l'aristocratie opprime un petit peuple sans droits, que l'Union européenne, c'est comme les rois d'antan, ou même (dixit l'UDC) l'Allemagne nazie. Et que tout ce que le peuple a à faire, c'est se soulever, comme en Afrique du Nord. C'est du très grand délire. Car entretemps, précisément, la démocratie a été instaurée partout en Europe (même en Suisse!), tous les citoyens ont le droit de vote (et s'en servent d'ailleurs assez peu) et les niveaux de vie n'ont rien, mais alors rien à voir avec ce qu'ils sont en Afrique du Nord ou pire, ce qu'ils étaient dans la Suisse de l'Ancien Régime. Où le peuple mourait de faim.

Le troisième mensonge rejète toute la responsabilité des problèmes sur l'ennemi étranger (frontalier et/ou braqueur basané) et sur "l'élite" alias la classe politique. Ce fut le discours de toutes les ligues fascistes du XXème siècle, qui exonére le peuple de toute responsabilité. Or à Genève, le peuple ou plutôt les différentes catégories sociales et entités communales qui le composent ont une responsabilité évidente: celle de n'être jamais d'accord entre elles et de bloquer, ou de ralentir, toutes les solutions envisageables. C'est vrai du logement comme de la circulation. Tout le monde veut tirer la couverture à soi, conserver ses avantages et les développer, sans tenir compte des intérêts du voisin ni même de l'intérêt général.

Combien de candidats de communes situées sur des axes de transit (et pas forcément avec la France) ont promis de bloquer le trafic pendulaire? Sauf que si tout le monde cherche à empêcher les autres de passer, plus personne ne bouge. Idem ceux qui prônent la mobilité douce contre la voiture, la voiture contre les transports publics, etc... De même en matière de logement, c'est "pas devant (ou au-dessus de ) chez moi". Tandis que les tenants du "faut construire plus dense" s'opposent au "faut construire moins dense", selon que le projet est situé à côté de chez eux ou pas.

Pas question pour autant de réduire le droit d'initiative et de référendum, indissociable de notre démocratie. On pourrait certes veiller à ce que le nombre minimal de signatures soit réévaluée de manière réaliste, mais cet aiguillon dans le dos des politiques doit demeurer. S'il ralentit considérablement le développement, il évite aussi les trop grosses erreurs. Seulement, si nos cousins de France aiment rappeler qu'ils sont des gaulois querelleurs, les ancêtres des genevois sont des allobroges et des helvètes tout aussi performants en termes de chamailleries. Comment concilier le tout ?

La réponse est simple, mais fort complexe à mettre en place. Tout le monde a quelque chose à perdre et quelque chose à gagner des aménagements à prévoir en termes de mobilité et d'urbanisation. Et à Genève, à force de vivre dans l'une des agglomérations les plus prospères du monde on a un peu perdu l'habitude d'accepter les inconvénients. L'important est que l'avantage perçu soit plus important que l'inconvénient immédiat.

Lors d'un déclassement agricole par exemple, le propriétaire du terrain, s'il perd son outil de travail, va voir sa valeur multipliée par un multiple de cent... Ce qui constitue une sacrée motivation. Le propriétaire en zone villas, en revanche, risque de devoir aller en France ou se rabattre sur un appartement en cas de déclassement. En effet, les prix sont bloqués par le système du fait des lois socialistes et le déclassement aboutit souvent à une diminution du prix du m2 en zone villas.

D'où l'idée des constituants d'introduire un article permettant à la loi de l'offre et de la demande de faire son oeuvre, en cas de crise, pour permettre une densification en zone villas, proche du centre. Quitte à ce que l'Etat prenne à sa charge des compensations pour maintenir le prix des logements sociaux qui y seront construits à des niveaux raisonnables.

C'est la même chose pour les transports. Malgré quelques efforts de part et d'autres, Genève souffre des décennies de guerre stérile entre pro et anti-bagnoles, chacun ayant longtemps cherché à exclure l'autre de l'espace public. Ou plus exactement, après des décennies de tout voiture, on assiste depuis 20 ans à l'excès inverse.  Il manque un plan directeur consensuel et clair. Qui doit définir des axes prioritaires réservés au trafic motorisé (où l'écoulement est favorisé et non freiné) quitte à ce que ces axes mènent à des parkings proches du centre, mais empêchent de le traverser. Cela implique évidemment une traversée du Lac pour boucler un contournement autoroutier et des transports publics efficaces. En dehors de ces axes, les déplacements lents et sécurisés pour tous doivent être favorisés partout.

Donnant, donnant (aujourd'hui on dirait plutôt "win-win"), c'est le seul moyen de débloquer la situation, et pour y parvenir, il faut que chacun y mette du sien. Tout le contraire des sanglantes oppositions gauche-droite auxquelles voudraient arriver les populistes et quelques autres, à gauche comme à droite. Dans les bons westerns, il y a des méchants chez les indiens  comme chez les cow-boys. Des va-t-en-guerre  style Géronimo, près à faire parler la poudre pour leur seule gloriole et leur intérêt personnel. Et puis des vieux sages, façon Cochise, capables de parlementer et de conclure une paix durable... Eh bien dans la vraie vie, c'est pareil. Les affrontements stériles servent surtout ceux qui les provoquent.

08/03/2011

Gauche-droite, gauche-droite...

On me dit méprisant parce que j'ai osé écrire " "le peuple" ce n'est pas seulement le ramassis de déçus de l'existence à l'égo flétri et d'ambitieux sans vergogne qui peuple les bancs de l'extrême-droite". Qu'en est-il en réalité ?

A Genève, le MCG a été fondé par des gens que l'UDC refusait de présenter sur ses listes, ou qui en avaient été exclus pour faits de racisme. L'un d'entre eux avait d'ailleurs déjà transité des libéraux à l'UDC pour des raisons similaires: On ne l'y appréciait pas à sa juste valeur et il n'y progressait pas assez vite à son goût. Par la suite, le MCG s'est renforcé en recrutant des gens qui avaient été exclus de leurs partis respectifs à cause de malversations ou qui s'en allaient d'eux mêmes parce qu'ils se sentaient barrés dans leur ancien parti. Le tout renforcé de quelques gendarmes, des "honnêtes gens" utiles...

Pourquoi est-on barré dans un parti ? Parfois parce que l'on est vraiment antipathique ou plus souvent parce que l'on vous y juge incompétent pour affronter les tâches publiques. Le résultat, on le voit très bien au MCG, c'est un discours aigri et jaloux, voire haineux, seul dénominateur commun entre les membres, tandis qu'un joyeux salmigondis de type auberge espagnole tient lieu de programme politique !

Il est assez amusant de constater que le MCG pousse des hauts cris à Vernier sur l'alliance contre-nature de la droite et de la gauche contre son candidat, alors qu'il prétend lui-même n'être ni de gauche, ni de droite... Faudrait savoir, gauche et droite ont-elles encore un sens ou non ? De fait, la lutte de classes semble en bonne partie dépassée. Tout le monde s'accorde à dire que l'URSS, c'était pas top et que le néo-libéralisme sans entrave, c'est pas la joie non plus. Ce que disent et ce qu'appliquent depuis belle lurette les partis de centre droit et de centre gauche, soit dit en passant.

La différence entre gauche et droite se résume aujourd'hui essentiellement à un positionnement économique: où se situe-t-on en matière de dosage entre contrôle public et initiative privée et dans quelle mesure redistribue-t-on la richesse produite. Ce sont effectivement les bases déterminantes de toute action politique. Sur cette base, par ses votes passés au Grand Conseil, le MCG se situe clairement à droite. Très à droite.

Les populismes (de droite et de gauche aussi avec l'altermondialisme) introduisent cependant un nouvel élément: le protectionnisme. Parce que brandir la démocratie directe, c'est juste du vent, de l'esbroufe à destination du petit peuple que les populistes cherchent à manipuler: le peuple vote des référendums mais élit aussi un exécutif et cet exécutif dirige au quotidien. Pas moyen de faire autrement. Un exécutif prend des dizaines de décision par jour et l'on ne peut pas faire voter le peuple toutes les 3 secondes.

Par contre on peut se servir de référendums pour se faire connaître et apprécier pour des prises de position de matamore. Au sens propre, pour les non hispanophones, de tueur de maures (mata moros)... Ce qui fait toujours recette et permet d'espérer atteindre le saint-graal: l'exécutif. Ou l'on pourra enfin prendre des décisions, sans en référer au peuple toutes les 3 secondes... Et l'exécutif, évidemment, c'est l'objectif des populistes. Ce en quoi ils ne diffèrent en rien des autres politiques, la soi-disant "élite".

C'est là que les Athéniens s'éteignent et que la démocratie risque sa peau. Soit l'exécutif populiste se montre raisonnable et constate ce qu'il est possible de faire sans tout casser, soit il fait ce pourquoi il a été élu: tuer des maures (c'est une image, disons plutôt leur barrer la route), relever les frontières, bannir les frontaliers, etc... Bref, il met l'économie cul par dessus tête, et se retrouve naturellement bien vite avec des problèmes économiques monstrueux.

A l'échelle d'une ville comme Genève, on ne risque guère que de perdre rapidement notre statut privilégié de capitale économique et diplomatique mondiale, qui nous fait vivre mieux qu'ailleurs. Certes, nous aurions alors davantage de logements disponibles, mais les prix s'effondreraient, les entreprises feraient faillite, et le chômage exploserait. Sans plus avoir les moyens du filet social actuel.

A l'échelle d'un pays, c'est plus grave, car ça se termine généralement en guerre contre l'ennemi, le voisin, forcément responsable de tous les maux, les populistes ayant une fâcheuse tendance à conserver le pouvoir par tous les moyens lorsqu'ils y accèdent, en rejetant tous les torts sur l'étranger. Un réflexe complôtiste aussi vieux que le monde.

La découverte du protectionnisme ne date en effet pas d'hier. Le concept a été très à la mode à toutes sortes d'époques. Pour le siècle passé, ce fut surtout dans les années 10 et 30... Juste avant les deux guerres mondiales, ceci étant évidemment lié. Le populisme, ce n'est pas le peuple contre l'élite. C'est l'aveuglement rétrograde contre la lucidité et le sens de l'histoire.

07/03/2011

Quand les populistes mentent, tout simplement

Je me méfie fondamentalement des gens qui se pensent investi d'une mission par imposition des mains ou parce qu'ils entendent des voix. Quelle que soit cette mission. Comme Soli Pardo par exemple, qui explique "le politicien est sur terre pour...(entendre le peuple)". Le droit divin ou l'aveuglement idéologique ne sont jamais bien loin, de même que les exactions de toutes sortes qu'ils peuvent justifier.

En l'occurrence, en parant le populisme de la légitimité populaire, tout en accusant ceux qui ne sont pas d'accord avec lui d'élitisme (un discours connu), Soli Pardo et les siens font abstraction d'un élément fondamental: la réalité. Ce que désire le peuple est une chose, ce qu'il est possible de faire ou d'obtenir en est une autre. Souvent malheureusement radicalement différente, et dépendant avant tout des circonstances économiques, politiques, environnementales, humaines, climatiques etc... Circonstances qu'il importe d'analyser et de comprendre avant de proposer la moindre action politique.

Ce que ne font pas les populistes, justement. Eux se contentent d'entendre le peuple clamer son désir en lui promettant d'y répondre.

Un peu comme ces mauvais parents qui pourrissent leurs enfants à force de les gâter, lorsqu'ils en ont les moyens (là  ce serait plutôt la gauche avec les moyens de la classe... moyenne, justement) ou qui, s'ils n'en ont plus les moyens se retrouvent confrontés aux cris de la marmaille ! Parce qu'ils n'ont jamais pris le soin de lui expliquer, à la marmaille que : "Non tu ne peux pas avoir ce jouet, ou cette limonade, ou cette chambre supplémentaire, parce que nous sommes fauchés". Ou parce que nous devons faire des économies, pour l'hiver qui s'annonce rude.

En affirmant qu'il suffit d'écouter le peuple et de répondre à ses demandes, Soli Pardo ment, tout simplement. Tout le monde veut avoir un bon salaire, un bon logement, partir en vacances, posséder une belle voiture et même plusieurs etc... Mais le monde est limité, on ne peut pas tout avoir dans la vie. Ce que l'on obtient, en principe, il faut le gagner. Ce qui se fait rarement en deux temps trois mouvements. Contrairement aux prétentions des leaders du MCG qui affirment volontiers qu'il suffirait de les élire pour que tout aille mieux. Evidemment c'est faux, parce que les réalités sont là, et bien là.  En politique, comme dans la vrai vie, il n'y a pas de miracle.

Par exemple, en matière de sécurité, on peut multiplier le nombre de gendarmes et de policiers, construire des prisons, d'ailleurs les partis du centre y sont évidemment favorables, notamment le PLR, mais il faut bien savoir que ça coûte. Et que l'argent qu'on met là ne va pas ailleurs. Dans le logement par exemple, ou l'aménagement des transports, ou l'éducation...  Et là on rentre forcémment dans le vif du sujet. Parce que si "le peuple" en général veut pouvoir sortir le soir sans être importuné, il est loin d'être uniforme. Telle partie du peuple est enseignante par exemple et veut plus de profs, telle autre veut des autoroutes, tandis que cette partie ci veut des pistes cyclables, et telle autre des augmentations de salaire pour les fonctionnaires, tandis qu'une autre encore en a marre de payer tant d'impôts... Bref, prétendre que l'on peut entendre monter du peuple une voix uniforme, c'est là encore mentir... ¨

Pour déterminer comment parvenir à mettre à peu près d'accord tout ce petit monde, ou à défaut de mettre tout le monde d'accord, parvenir à déterminer les priorités les plus urgentes, et travailler à les rendre réalisables financièrement et acceptables par le corps social des électeurs, mieux vaut être capable de comprendre les enjeux. Tous les enjeux. Et ne pas avoir tendance à prendre les électeurs pour des c... en pensant qu'il suffit de prétendre qu'on les écoute pour que demain, leurs rêves deviennent réalité. Par quelle magie ???

L'inverse du populisme, ce n'est pas l'élitisme, c'est dire la vérité !

 

03/03/2011

Abidjan, Tripoli, et nous et nous et nous...

L'heure est grave à Abidjan, où les jeunes patriotes à la solde de Laurent Gbagbo bloquent systématiquement les véhicules blindés de l'armée française ou de l'ONU dans des embouteillages artificiels et les entourent en vociférant, sous l'oeil des caméras, en espérant se faire tirer dessus... Ou sinon s'emparer des armes des soldats. Pendant que dans les quartiers, on tire à l'arme lourde entre partisans des deux camps.

Le problème de la Côte d'Ivoire est que les deux camps sont de force sensiblement égales. Le Nord musulman est essentiellement voué à Ouattara, ancien fonctionnaire international, et lié au Burkina Faso, tandis qu'au sud, chrétien et animiste, c'est plus compliqué. La capitale Abidjan, ébrié (donc Akan), comprend de fortes minorités de toutes les ethnies. Houphouet-Boigny l'ancien président comme son successeur désigné Konan Bédié étaient baoulés du groupe linguitique akan, qui dominent au Ghana, tandis que Gbagbo l'opposant historique est de mère bété, du groupe Krou, très présent au Libéria et en Sierra Leone.

Ouattara et Konan Bedie, qui n'avaient pas eu le droit de se présenter lors des élections de 2000 ont fait alliance contre Gbagbo, même si Konan Bedie est à l'origine de toute l'histoire en ayant le premier, en 98, refusé à Ouattara le droit de se présenter. En 2000, le Général Guei avait dans un premier temps été déclaré vainqueur, mais  le soulèvement des patriotes (jeunes étudiants et chômeurs soutiens de Gbagbo) avait abouti à la désignation de Gbagbo par la Cour constitutionnelle.

En 2002, la révolte armée du nord avait abouti à un cessez-le-feu contrôlé par la France et quelques pays africains sous mandat de l'ONU et à la partition de fait du pays. Difficile à dire qui aurait gagné sans l'intervention de la France, chacun des camps étant persuadé d'être le plus fort, mais Paris a voulu éviter les massacres (et les pertes économiques pour les intérêts français très présents à Abidjan) dans la principale métropole d'Afrique de l'Ouest après Lagos. C'est aussi l'année où Guei est assassiné mystérieusement, sans que ses assassins ne soient jamais retrouvés. Ceci dit, si on cherche à qui le crime profite, c'est plutôt à Gbagbo.

Depuis 2000 ce dernier gouverne et refuse d'organiser les élections, bien que la Constitution ivoirienne prévoit celles-ci tous les 5 ans, avec une durée maximale de deux mandats, soit 10 ans à la Présidence. Finalement, elles ont lieu fin 2010, soit au bout de 10 ans de pouvoir et de tractations. On connait la suite. Les deux camps revendiquent la victoire et Gbagbo croit pouvoir refaire le coup de Bush en 2000, lorsqu'il avait remporté la présidentielle grâce à une cour suprême à sa botte. Sauf que les observateurs internationaux nombreux en Côte d'Ivoire sont d'un avis contraire et proclament Ouattara vainqueur.

Dans l'immédiat, juste après l'élection, une intervention  militaire pilotée par l'ONU aurait peut-être permis de renverser rapidement Gbagbo, considéré comme un usurpateur, évitant la guerre civile et le bain de sang probable. On n'en est plus là.

Si Gbagbo reprend la main, la répression qui va s'abattre sur les communautés baoulé et musulmane d'Abidjan sera très probablement terrible. Car ils sont considérés par les "jeunes patriotes de Gbagbo" comme des éléments étrangers et perturbateurs, à éliminer. Or il s'agit de millions de gens. Si c'est Ouattara, on peut supposer qu'il aura à coeur de prouver à la communauté internationale qu'elle a misé sur le bon cheval. Mais rien n'est sûr. Une des plus grandes chanteuses ivoiriennes, pilier du régime, aurait ainsi été passée à tabac par des opposants. Les vannes de la violence aveugle sont ouvertes et cela peut faire très mal.

Que peut faire la communauté internationale dans ce contexte ? La propagande de Gbagbo, extrêmement insistante et bien faite, malgré ses gros sabots, est parvenu à créer l'idée que Gbagbo défendait les intérêts de l'Afrique contre le reste du monde. Ce qui est évidemment faux. Il ne s'agit que d'un tyran de plus, jaloux de son pouvoir et qui s'enrichit en vendant les richesses de son pays à l'étranger. Ou en pillant les richesses accumulées par Houphouet-Boigny, qui possédait, à titre personnel, d'immenses plantations.

Le discours de Gbagbo marque des points dans l'opinion africaine, tandis que sur le terrain, la tension monte. En neuf années d'efforts acharnés, notamment des personnels de l'ONU qui font un travail admirable sur le terrain, la communauté internationale n'est pas parvenue à imposer une solution durable. Que faire ? Laisser les ivoiriens s'entretuer et ruiner leur pays, comme ce fut le cas en Sierra Leone et au Liberia, jusqu'au point de non-retour où l'intervention internationale sera vécue comme une délivrance, cela peut être une solution.  Mais peut-on laisser commettre les massacres programmés ? Ce qui est certain, c'est que quoi que fasse l'ONU, elle sera critiquée.

Je me souviens m'être trouvé à Lomé au Togo, au moment où les forces armées présidentielles avaient attaqué celles qui défendaient le premier ministre. En quelques heures, la ville s'était couvertes d'inscriptions anti-françaises parce que l'Armée française, positionnée au Bénin voisin, n'intervenait pas. On n'ose imaginer la virulence des inscriptions si elle était intervenue !

Le dilemne est assez proche en Libye, quoique peut-être plus simple. Doit-on répondre à l'appel des révoltés qui se font bombarder par l'aviation de Kadhafi, ou attendre qu'ils soient exterminés ? Ou s'ils ne le sont pas, que dans le cadre d'une guerre d'usure, quelques guerriers bien entraînés, ceux d'AQMI par exemple, prennent le contrôle des opérations, de par leur discipline et leur détermination. Et prennent le pouvoir par la même occasion, massacrant au passage les leaders démocratiques. Un peu comme les staliniens le firent durant la Guerre d'Espagne.

Le monde pouvant plus facilement se passer quelques temps du cacao et du café ivoirien que du pétrole libyen, et les enjeux géo-stratégiques (et migratoires) étant moins évidents à Abidjan qu'à Tripoli, il est probable que l'intervention ait lieu dans le golfe de Syrte et pas dans le golfe de Guinée. En plus, Gbagbo est tout de même moins pire que Kadhafi, tant qu'à faire. Mais parmi les populations civiles, les machettes des combattants ivoiriens peuvent causer autant de dégâts que les MIG du colonel vert aux yeux chargés de khol.

Halte au racisme, à l'anti-sémitisme, au sionisme, au kémitisme... Etc

J'ai été interpellé hier par l'anecdote racontée par le copain avec qui j'ai commis les 400 coups à l'adolescence.

"l'autre jour je parlais à quelqu'un qui semblait découvrir que jétais juif... et puis patatra, toute l'armoire est arrivée... Hitler, la shoa, vous les feuj, vous remettez toujours ça sur le plateau... et moi je lui disais: mais moi je parle de rien... et ça continuait, et ça continuait... et lui me parlait uniquement du fait "qu'on parle toujours de ça" -- et moi, je lui disais qu'il ne parlait pas de "ça", mais du fait qu'on en parlait..."

Il se trouve que le copain en question s'est toujours opposé, depuis 40 ans que le connais, à l'utilisation de la shoah pour justifier ce qui n'est pas justifiable, notamment en Palestine. Et ses parents, et ses 6 frères et soeurs avec lui.  Pas seulement dans un cadre familial, mais public, au travers de leurs écrits, de leurs films, de leurs activités politiques. Je peux comprendre qu'il l'ait saumâtre et se pose des questions.

Comme se posent des questions ces autres amis, d'origine africaine, lorsque des footballeurs noirs de haut niveau se plaignent d'être de plus en plus souvent accueillis par des cris de singe et autres à leur entrée dans le stade. Et qu'à l'inverse, je bondisse lorsque je vois certains de ces amis - mais de loin pas tous - prétendre en gros que la violence de masse serait une invention blanche. Entre autres.

Nous sommes tous le fruit de notre histoire, nous disait cette cinéaste congolaise et nous réagissons en fonction d'elle. C'est indéniable. Même Marx l'affirmait, alors... En même temps, nous sommes tous des individus capables de nous affranchir des pesanteurs de nos racines. Et de dépasser le hasard du lieu ou de la communauté de notre naissance.

Les racismes et les ...ismes de toutes sortes montent en puissance depuis plusieurs années et tendent à séparer les gens, à les classer en communautés hostiles les unes aux autres. C'est grave et c'est dangereux. L'alternative au communautarisme, le vieux fonds républicain français est-il voué à l'échec ? Cette amie congolaise affirmait qu'elle n'en voulait plus. Soit, mais alors que faire, avec tous ces métis et toutes ces populations entremêlées ?

Le modèle anglo-saxon des communautés juxtaposées et hostiles tient davantage de la poudrière que de la situation durable. Le modèle africain, à savoir que tout individu étranger peut être assimilé et de fait l'est, mais en adoptant les coutumes de l'ethnie, ressemble davantage au modèle républicain. Mais doit-on, peut-on demander aux gens de renoncer à leurs racines en échange de leur intégration ? Qui reste de toute manière sujette à caution, puisqu'ils courrent toujours le risque d'être réduit à leur communauté d'origine, même lorsqu'ils s'en distancient ? En particulier pour les minorités visibles.

C'est un débat millénaire. Je me souviens avoir lu, à l'adolescence, un passionant bouquin de je ne sais plus qui  racontant la lutte "idéologique" au sein du peuple juif entre les tenants de l'assimilation et leurs adversaires, au fil du temps des pogroms et des bannissements. Le conflit perdure aujourd'hui, plus fort que jamais entre sionistes et soutiens de la cause palestinienne. Doit-on défendre d'abord des valeurs humaines ou les intérêts de son clan? Je penche évidemment pour la première variable et la plupart de mes amis avec moi, mais nous sommes de plus en plus isolés. Je crois que la ligne de détermination initiale doit rester de refuser l'amalgame. Un individu est un. Il appartient à un groupe, mais ce n'est pas parce qu'il commet une atrocité que tout le groupe est responsable. A l'inverse, ce n'est pas parce qu'un grand nombre de personnes de son groupe, même la majorité, adoptent un comportement répréhensible qu'il en est lui-même forcément coupable.

Et pour ce qui est des communautés "immigrées", l'intégration doit être un savant dosage d'assimilation des coutumes de la région hôte sans nier pour autant ce qui construit l'individu, à savoir aussi son appartenance à un ailleurs dont il conserve les traces. C'est complexe, c'est flou et c'est au coup par coup. Il faut cependant tenter d'encadrer la chose, légalement, pour éviter les délires extrémistes d'un côté ou de l'autre.

C'est la base, mais c'est insuffisant. Il est frappant de constater que le racisme des blancs à l'égard des chinois ou des japonais est fort différent de celui que subissent les noirs. Les premiers sont craints, mais respectés. Et moi-même je conseille à mes amis africains de refuser le kémitisme (la théorie facho black en d'autres termes) car l'Afrique a meilleur temps d'exiger l'équité que d'espérer conquérir la suprématie par la force. Sauf que, de fait, l'Afrique ne sera vraiment respectée que quand elle sera en mesure de tailler des croupières à l'occident. Comme la Chine, le Japon ou l'Inde. Ce n'est pas demain la veille, mais on y vient. Lentement, très lentement, mais sûrement. Le décollage est amorcé et j'en suis personnellement très heureux.

c'est une histoire à suivre et ce devrait être passionant, parce que c'est la nôtre.

ps: une maison d'édition m'a contacté hier pour me demander l'autorisation de reproduire un de mes blogs (La Mondialisation, ce mal nécessaire) dans l'un de ses manuels scolaires. Voilà qui fait plaisir. Bien davantage que d'être payé pour écrire un article. Dommage tout de même que ça ne rapporte que du plaisir :-(