19/04/2011

Pour Genève, nous voulons tout. Et la qualité en prime

En arrivant à Unimail, dimanche, un ami français rencontré pour la première fois en ces lieux m'apprend que, sans être encarté, il a voté MCG... Et que "les radis, c'est une cause perdue !"

Une cause perdue avec autant d'exécutifs élus, j'en connais que ça rend jaloux. Au point de réclamer qu'on change les règles du jeu. Qui ne sont pourtant pas là par hasard mais pour mieux séparer les pouvoirs. Ceci dit, l'Entente a senti le vent du boulet. Pour l'avenir de Genève, menacé par toutes sortes de conservatismes, il importe d'agir. Mais pas n'importe comment.

La ligne gauche-droite, sur laquelle la lumière du petit écran genevois voudrait nous faire déplacer le curseur est-elle bien la plus représentative de nos valeurs ?  La toile d'araignée "smart-vote" n'est-elle pas plus pertinente ? Gauche-droite, cela dit juste la manière dont on veut réguler la richesse. Hormis pour les très riches (et même pour eux ?), cela doit-il être notre principal étalon ? D'autant qu'à l'évidence, même pour Castro aujourd'hui, la réponse ne peut être qu'une mixture socialo-libérale. Ou libéro-sociale... Le détail du "comment on fait, en pratique," n'abritant plus guère qu'un diablotin...

Les autres extrémités de la toile sont tout aussi importantes que les questions strictement économiques: comment gérer la nature, la pollution et notre rapport au reste du monde, qu'il soit proche ou lointain ? Sans oublier les religions ou notre rapport à la culture. Mais le plus important aujourd'hui et on le voit bien dans la montée des nationalismes europens, la ligne de front majeure, c'est la volonté de progrès et d'ouverture, opposée au conservatisme et au repli sur soi alimenté par la peur de l'avenir. Or ce conservatisme qui transcende l'opposition gauche-droite mène, qu'on le veuille ou non à la récession économique. Et la croissance, on en a besoin pour produire de la richesse à répartir.

L'évolution du monde ne nous est pas favorable. Le monde occidental n'est plus le maître de la planète.  Même sans colonies, la Suisse et Genève en étaient le coeur, par leur activité économique, diplomatique et institutionnelle. La déchéance occidentale a et aura de rudes conséquences pour les plus faibles et les classes moyennes. Parce que la tendance, à quelques exceptions près, est au lissage des conditions de vie dans le monde et qu'ailleurs elles sont très nettement inférieures aux nôtres.

Hélas, les 4/5èmes de nos richesses sont puisées dans le reste du monde. Sans elles, nous sommes pauvres et même très pauvres. Première raison pour éviter de s'isoler. La deuxième, c'est que notre communauté genevoise possède une immense chance: nous sommes l'une des rares exceptions. De par sa situation de petite capitale mondiale, Genève peut tirer son épingle du jeu des bouleversements en cours. A condition de jouer juste et en harmonie.

Que l'on ferme les portes ou que l'on continue de ne pas agir, le résultat sera le même: l'engorgement du marché du travail dans un cas, celui des infrastructures dans l'autre, réduiront l'attractivié de l'agglomération... Et aussi ses ressources. Très vite, les activités à très haute valeur ajoutée qui sont notre spécialité, y compris les organisations internationales, s'en iront là où l'on est prêt à se battre pour attirer la mane. Et sans ces activités à haute valeur ajoutée, Genève n'est plus qu'une bourgade parmi d'autres, dans laquelle on trouvera aisément de quoi se loger, mais plus de quoi payer le loyer...

Notre seule carte, c'est une action franche et déterminée. Nous en avons les moyens. Pour maintenir notre qualité de vie en assurant l'essor de la région. Sauf que cela ne se fera pas avec les forces conservatrices, mais contre elles. Aux forces politiques de se déterminer sur cette échelle là. Car ce n'est pas la croissance économique qui nuit à notre qualité de vie: c'est l'imprévoyance, le conservatisme et l'égoisme.

Il ne s'agit pas de faire de Genève une "grosse pomme" bis ou un Monaco sur Léman. Notre histoire et nos spécificités nous ont laissé une urbanisation atypique, marquée par une forte présence des zones vertes et le morcellement du territoire habité sur de vastes étendues. Je parle ici non seulement de Genève, mais de toute l'agglomération. C'est ce qui fait son charme, sa qualité de vie mais la cause aussi de ses problèmes: manque de logements et engorgement des transports.

Le remède est simple : construire du logement et des transports. Mais pas n'importe où, ni n'importe comment. Notre carte de visite, c'est la qualité de vie et le haut niveau socio-économique de nos populations. Il faut construire en fonction de ces données brutes, de par et d'autre de la frontière. Des petits ensembles de qualité dans les zones villas. Déclasser de la zone agricole pour y construire des éco-quartiers... Des transports en commun en site propre, efficaces et rapides, partout, qui quadrillent le territoire. Des RER, des trams, des bus, mais aussi des téléphériques, des navettes automatiques robotisées, des vélos et des voiturettes électriques en location. Et une Traversée.

Bâtir des tours à la Praille, pourquoi pas, à condition que ce soit des immeubles de luxe et de bureau. Car les grands ensembles en habitat populaire, c'est le ghetto quasi assuré à moyen terme.  De même, quel autre argument qu'idéologique peut-il justifier d'interdire à Christian Lüscher de rajouter deux duplex de luxe en haut de ses immeubles ? A raison de 2 ou 3 familles de plus par bâtiment, cela ne va pas davantage modifier la pression sur la circulation que la carte électorale... Mais cela réduit la pression ailleurs, sur des logements qui pourront être habités par d'autres. Voire sur des villas qui pourraient être remplacées par de petits immeubles.

Les petits immeubles construits ces dernières années par la commune de Bellevue sont emblématiques de la qualité de vie à viser, même s'il reste à améliorer en matière de convivialité et d'urbanisme. L'essentiel y est: suffisamment cossus et vastes pour la classe moyenne, abordables et proches d'une gare, ce qui est fondamental pour les pendulaires, comme pour les ados qui doivent pouvoir rejoindre la ville commodément. Tout en conservant des espaces verts de qualité. Des logements assistés, dans ce contexte, sont les bienvenus, mais en nombre contenu.  Du luxe urbain, qui a un prix. Il nous faudra le payer, nous et tous ceux qui choisissent de vivre dans ce coin de pays, par l'impôt qui doit être justement réparti.

Comment résoudre les blocages au niveau des communes, comment loger les salaires français en France, comment réguler la paix des transports, commen gérer le flux immigratoire de "pauvres" bien plus nombreux que d'expats, ce sont les chantiers qui nous attendent. Qui n'ont pas grand chose à voir avec une simple ligne gauche-droite... Nous aurons l'occasion d'en reparler. Ce débat, c'est le rôle naturel de l'Entente de le mener en s'élargissant à ceux qui sont prêts à s'y rallier.

Commentaires

Auriez-vous l'extrême obligeance de bien vouloir nous indiquer le nombre d'élus radicaux pondérés par le nombre d'électeurs (ou d'habitant ?) des communes dans lesquels ils ont été élus.

Merci.

Écrit par : CEDH | 19/04/2011

Voila qui me parait tailler à l'aune du bon sens.
Ca nous change du comptable CEDH, et du politiquophobe Remi.
Ca demande pas mal de changement de comportement y compris de certains politiciens genevois dont l'émission MISE A POINT nous a éclairé sur les excellents placements immobiliers (et encore l'émission a oublié de citer le programme immobilier précédent proche de la route de Vandoeuvre).

Comme le dis je ne sais plus qui seule la construction permettra de débloquer la situation. Bloquer les loyers ne ferra qu'embourbé la situation déjà invivable.

Écrit par : Rebus | 19/04/2011

"Notre carte de visite, c'est la qualité de vie et le haut niveau socio-économique de nos populations."

Le haut niveau socio-économonique ? Les traines savates genevoise sont, à l'échelon mondial, riches. C'est tout. Pour le reste, la majorité de la population est flemmarde, largement dénuée des connaissances et des savoir faire nécessaires au développement de Neurones-sur-Léman.

Râler, manifester, protester, élire, voter (et encore) et c'est tout !

Au passage, qu'avez vous contre Monaco ? 9-3 sur Léman est plus souhaitable ?

Écrit par : CEDH | 19/04/2011

CEDH, hormis Pierre Maudet et quelques villes comme Versoix, nos élus de l'Entente sont effectivement plus nombreux dans les petites communes que dans les grandes. Et alors ? Toujours est-il que le MCG n'a toujours qu'un élu et l'UDC aucun. A noter pour le MCG, qu'on verra à l'usage s'il en va comme le Front National en France, à savoir que depuis qu'ils sont parvenus à placer par ci par là quelques élus locaux, ils n'ont jamais réussi à leur faire rempiler pour un 2ème mandat sous leurs couleurs... Question d'incompétence et/ou d'inadaptation à la fonction au moins autant que de front républicain semble-t-il.
A moins que ce ne soit la preuve par l'acte qu'il n'est pas de solution simple et populiste qui puisse être mise en oeuvre utilement.
Le fait est que les conservatismes ont avant tout peur du changement. Ils aimeraient que le monde - et Genève - reste tel qu'ils l'ont connu. Cela n'est pas possible. Le monde change et nous n'y pouvons rien. C'est aussi inéluctable que le vieillissement. L'intelligence est de s'adapter au mieux pour non pas résister au changement (ce qui serait catastrophique), mais de l'accompagner pour parvenir à le dompter et l'utiliser. Pour le bien commun.

Écrit par : Philippe Souaille | 20/04/2011

le rideau est tombé sur ce théâtre d'ombres . Se sont profilées des figures diverses et emblématiques de l'extrémisme, débordant à peine sur des silhouettes calvinistes ou musicales de l'establishment convenu de "notre" Genève tourisico-internatiolo- culturelle.
En guise d'argumentaires ,les gesticulations zygomatiques, oculaires, les crispations frontales des candidats MCG en face de madame Salerno , m'ont fait croire que la fête fédérale de gymnastique tenait lieu d'élections municipales.
Face à ce vide abyssal, faut-il lire Michel Rocard , qui constate dans le Monde que "tout le monde navigue à vue" faut -il ajouter qu'il pratique la voile et non le ski nautique. Les véritables enjeux, et je ne m'en réjouis pas échappent au Politique. La régulation trans-frontalière d'une croissance économique hors- norme européenne est un fantastique défi pour quiconque s'intéresse de près ou de loin à l'économie politique. A défaut de mobiliser les élus, une nouvelle génération d'intervenants libérée des animosités du passé pourrait empoigner ce singulier problème et y proposer des pistes de réflexions "soyons modestes"

Écrit par : briand | 20/04/2011

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