21/04/2011

Impôts: en donner aux gens pour leur argent

N'en déplaise à certains oiseaux de mauvaise augure partisans du déplacement de curseur, la fusion genevoise du PLR, très probablement se fera le mois prochain. L'assemblée générale des libéraux et l'assemblée des délégués des radicaux se réuniront séparément dans un même lieu, à Troinex, pour ensuite, s'ils l'approuvent, continuer leur assemblée de concert.

Les "cultures d'entreprise" des deux partis devront apprendre à ne plus faire qu'une et les leaders des deux partis deviendront des leaders communs. Ce qui ne sera pas toujours facile, mais n'est que billevesées en regard de la question à 40 000 voix: comment gérer la percée populiste et la dispersion des voix qui profite à la gauche...

La réponse de Décaillet et de quelques autres a le mérite d'être claire, c'est d'ailleurs le seul: union des forces et partage des postes de pouvoir. Donc forcémment, alliance programmatique ou accord de principe sur les objectifs de gouvernement.

Ses inconvénients sont beaucoup plus nombreux. D'abord rien ne dit que l'électeur s'y retrouve. Plusieurs dizaines de milliers de voix sont nécessaires à la victoire, et celles des militants de tous les partis genevois, gauche et droite additionnés n'atteignent pas 10 000. Au delà, les gens votent selon leur bon plaisir. Et si quelques uns ont la haine de la gauche chevillée au corps, d'autres ne peuvent pas sentir l'extrême-droite.

Oui, mais justement, rétorquent les tenants de l'alliance, l'UDC et le MCG ne sont pas l'extrême-droite... Du moins, ils nient qu'ils le sont. Comme Marine le Pen qui essaie de bannir les skinheads de son défilé du 1er mai parisien... Le fait est que la question n'est pas dans le qualificatif, mais dans le déroulement au quotidien des campagnes et des attitudes. Hors de quelques personnalités respectables qui font exception, le jeu de l'UDC et du MCG déplait. A beaucoup de gens, qui ne sont pas forcément de gauche. Leurs affiches, leur allure, leurs provocations, leurs explications politiques et leurs positions même sur l'Union européenne, la région, la culture, l'ouverture au monde et à la diversité... Tout cela fait autant de repoussoirs pour une bonne partie des électeurs, même si bien sûr cela leur en apporte d'autres.

S'allier avec eux, c'est-à-dire forcémment aller dans leur sens, cela signifie à tout coup s'aliéner une partie de l'électorat traditionnel de l'Entente, à droite et au centre. Une partie très probablement suffisante à faire échouer toute tentative d'arriver au pouvoir, parce qu'elle compenserait négativement l'apport de voix populistes. Cela c'est une donnée de base, que les tenants du déplacement de curseur s'obstinent à oublier, obnubilés qu'ils sont par leur haine de la gauche et leurs rêves de grandeur. C'est particulièrement vrai en Suisse, où le pouvoir d'initiative et de référendum confié au peuple réduit à néant toute velléité de gouverner contre la volonté de ce même peuple.

Contrairement à ce que d'aucuns voudraient faire croire, le centre existe bel et bien. Au même titre que l'extrême-droite. Et si des personnalités issues de l'extrême-droite se sont rapprochées du pouvoir en Europe, que ce soit en France, en Italie ou en Espagne, c'est toujours en abandonnant leurs oripeaux d'extrême-droite, comme l'avait fait le premier, avec beaucoup de clarté, Gianfranco Fini et comme tente de le faire, de manière plus trouble, Marine le Pen. Les oripeaux, mais aussi les thèmes politiques. Fini défend aujourd'hui des thèses fort honorables et que des thèses honorables. Le Pen, peut mieux faire. Et pour le MCG ou l'UDC, on attend toujours.

Mais pourquoi donc souscrire aux thèses du centre, si les thèses extrémistes ont au contraire le vent en poupe, en Suisse, à Genève, en Europe et même partout dans le monde ? Au point de tailler des croupières électorales aux partis traditionnels et raisonnables ? Parce que déplacer le curseur - à savoir intégrer tout ou partie des thèses extrêmes - n'est pas la solution.

Les gens, à raison, ont peur de l'avenir et réclament le maintien de leurs conditions de vie. Mais les thèses extrémistes ne solutionneront rien. Au contraire. Elles ne peuvent que mener au conflit et à la récession, qui n'est jamais qu'un autre mot pour "décroissance". Ce n'est pas en verrouillant à double tour que l'on maintiendra le niveau des échanges qui sont notre oxygène quotidien. Et que l'on rendra à Genève l'ambiance bon enfant qui fut la sienne. C'est au contraire en osant le progrès, en investissant dans les nouvelles technologies, en assurant à la région le développement des infrastructures qu'elle mérite...

Cela implique des changements de paradigme. La droite libérale s'est battue essentiellement ces dernières années pour le "moins d'impôts" qui pressurent, c'est vrai la classe moyenne. Mais la sécurité à un prix, les insfrastructures de transport ont un prix, la paix sociale et l'harmonie dans nos rues ont un prix. Tout cela coûte de l'argent et doit être financé. La haute bourgeoisie genevoise et d'importation a encaissé ou plutôt décaissé, sans trop broncher, en 2007-2008, des pertes sèches en bourse qui devaient bien représenter 20 à 30% du patrimoine en moyenne. Depuis, la bourse a regrimpé, les fortunes se sont reconstituées.

Quelque part, le problème, c'est moins la quantité de l'impôt lui-même que ce que l'on en fait. Si les gens ont le sentiment d'en avoir pour leur argent, de vivre dans la plus merveilleuse région du monde, ils seront prêts à payer pour ça. Cela implique, évidemment que la manière de dépenser l'argent collectif soit un peu moins "de gauche" et consacré essentiellement à l'amélioration de la situation des plus pauvres et de quelques apparatchiks, et davantage attribué à l'amélioration du bien commun, notre région. Pour le profit de tous. Ce combat là peut rassembler de larges majorités, et séduire ceux qui votent aujourd'hui pour les populistes. A condition que le progrès puisse être jugé sur pièces.

Commentaires

Belles Idées

Encore faudrait-il avoir une démocratie et des élus exemplaires. 34% d'électeurs quand des gens se font tuer simplement pour vivre à 2000 km d'ici.
Le reportage de MISE AU POINT nous a gentiment décrit la bonne affaire immobilière de Mr Murith sur le terrain de la Tulette mais a malheureusement oublié de décrire les acrobaties d'attribution de logements sur la zone de la Louchette et je passe sur d'autres promotion de cette commune. Vive le parti Libéral.... On ne parlera pas là de le série de procès initiés par les supers démocrates à l'encontre d'autres élus tout aussi exemplaire.

Au dela de ca, j'espère que ces politiciens exemplaires sauront anticiper la pénurie d'EMS et autres établissements spécialisés qui se profile avec l'entrée dans le 4ieme age de la génération du baby boom au contraire de ce qui c'est passé pour le logement et le trafic. Il y a fort à parier que ce problème va pomper toutes vos très bonnes idées sur la bonne utilisation des impôts. Dans ce domaine la pénurie est déjà patente.

Écrit par : Rebus | 21/04/2011

A la demande de Florence Kraft-Babel, j'ai mis ce texte sur mon profil FB, où j'ai reçu quelques commentaires. Il en ressort que certains ne l'ont pas bien compris, pensant que j'appelle à faire payer les infrastructures, la sécurité et le reste par la classe moyenne au travers d'un supplément d'impôt. Evidemment, il n'en est rien.
Tout au contraire, j'estime que les plus hauts revenus, locaux ou d'importation, doivent passer à la caisse, car le maintien d'un cadre de vie harmonieux est aussi voir surtout dans leur intérêt à eux. Et ce qu'ils paieront collectivement sera toujours de moins à payer à titre privé, en matière de sécurité par exemple.
Cela étant, il faut trouver comment faire payer des très riches sans les faire fuir, ce qui serait catastrophique pour l'économie locale et les finances publiques auxquelles ils participent déjà très activement. L'harmonisation fiscale mondiale est un thème majeur de mon livre l'Utopie Urgente. Mais même si l'OCDE et le G20 ont décidé de s'y coller, les exceptions demeurent nombreuses et cela ne sera pas réglé avant quelques années au mieux.
Les volontés conservatrices de relever les frontières que l'on trouve à l'extrême-gauche comme à l'extrême-droite étant à cet égard éminemment contre-productives, car si elles peuvent nuire aux échanges, elles ne contraindront en rien les flux financiers, sauf à supprimer Internet et à saccager toute l'économie mondiale.
Faire payer les riches, pour un bout de temps encore, ce sera donc comme je le sous-entendais entre les lignes, d'abord une question de persuasion et d'acceptation par eux-mêmes de l'utilité de la chose. Quitte à privatiser ou mettre en fermage à long terme certains secteurs, de manière contrôlée et avalisée politiquement, puisqu'il semble que de grosses fortunes aient soif d'investir par chez nous...

Écrit par : Philippe Souaille | 22/04/2011

Bonjour Philippe Souaille,

Je ne suis pas sûr que la fusion PLR au niveau cantonal soit de nature à juguler la montée du populisme, mais ce dont je suis certain c'est qu'une hypothétique alliance électorale entre ce même PLR unifié et la nébuleuse MCG + UDC serait catastrophique pour l'image et les valeurs qui ont été forgées depuis le XIXème siècle par les radicaux et les libéraux.

En effet, la véritable question qui se pose pour l'avenir d'un PLR fusionné est celle de sa crédibilité. C'est en responsabilisant les citoyens dans la gestion des deniers publics que le PLR pourra regagner du terrain, pas en prêtant ses voix au choeur des sirènes.

Dans son dernier billet déposé sur son blog, Artur Grosjean aborde ce thème et se trompe lourdement dans son analyse.

" Pourquoi le PLR devra s’allier un jour au MCG " :

http://leblogdarthur.blog.tdg.ch/archive/2011/04/21/pourquoi-le-plr-devra-s-allier-un-jour-au-mcg.html

En effet, ce n'est point d'une opération comptable dont il s'agit, mais bien de défendre des valeurs démocratiques. Pourquoi faudrait-il absolument gagner des élections, si c'est pour perdre son âme en bradant ces mêmes valeurs ?
C'est au pied du mur que l'on l'on reconnaît le maçon dit-on. Par conséquent, on verra bien l'usage que les populistes feront de leurs succès obtenus par des arguments simplistes, voire monothématique pour le MCG. Pour ma part je ne donne pas cher de telles promesses irréalistes.

Quant au volet fiscal de votre billet, que l'on pourrait titrer " Du bon usage des deniers publics ", je suis parfaitement en phase avec vous.

Je crois que c'est Karl Marx qui disertait sur la maxime relative aux prélèvements fiscaux et à leur redistribution :

" De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins "

Il suffirait juste d'y ajouter " ... dans une gestion responsable des deniers publics et sans gaspillage " et tout serait parfait !

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 22/04/2011

Supprimer internet ?

Écrit par : Pierre JENNI | 22/04/2011

Supprimer Internet, c'est un raccourci pour dire supprimer toute forme de connexion électronique et/ou d'échange financier transfrontalier, instaurer un contrôle des changes stricts y compris à l'égard des entreprises en particulier des multinationales, bref au final se retrouver dans les conditions d'il y a 30 ans en arrière, en supprimant l'essentiel de ce qui a permis à l'économie de progresser depuis lors.
Sans ce genre de choses, il est parfaitement illusoire d'espérer contrôler les flux financiers et bien évidemment, cela réduirait à néant la prospérité genevoise, basée principalement sur des services à vocation mondiale, en matière bancaire notamment.

Écrit par : Philippe Souaille | 22/04/2011

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