03/05/2011

De la différence entre un conseil d'Etat responsable et des fachos...

Tandis que Me Poggia se félicite des mesures d'incitation en mesure d'emploi des chômeurs annoncées par le Conseil d'Etat, Me Pardo se demande si le Conseil d'Etat est devenu facho ? La question est grossière et mérite à peine une réponse. Mais tout de même, peut-on comparer le discours d'un parti que les frontaliers font ch... et qui réclame, purement et simplement de les bloquer aux frontières, avec un chapelet de mesures incitatives et républicaines, prudemment élaborées pour rester dans un cadre légal suisse et européen ?

D'autant que l'attitude du Conseil d'Etat n'est pas nouvelle. Cela fait de nombreux mois que le Département de l'Emploi incite discrêtement les employeurs, privés et publics à préférer des chômeurs genevois à chaque fois que c'est possible. Au point que le Groupement transfrontalier s'en est discrêtement ému, l'été dernier déjà. Le problème, c'est que les employeurs ont tendance à estimer que cela n'est pas dans leur intérêt. Et de fait, un employeur a besoin de compétences, de connaissances et de dynamisme. Les séjours à l'étranger, par exemple, sont considérés comme des avantages dans les entreprises ayant à travailler à l'exportation. Ce que trop de jeunes genevois hésitent encore à faire, peu désireux de quitter ne fût-ce qu'un temps le douillet cocon lémanique.

La dimension sociale d'une entreprise, ou d'un patron, est toujours dialectique, le fruit d'une résultante. Il doit peser son intérêt à court terme (faire le maximum de résultats) et l'intérêt commun de la collectivité dans laquelle il s'insère, qui est de ne pas trop augmenter les disparités. Ce serait générateur de turbulences, et à terme de conséquences négatives sur ses résultats et son cadre de vie. Au besoin, la politique est là pour rappeler à l'économie ces règles de base. Sans en faire trop.

A l'instar des mouvements communistes, les mouvements fascistes ont toujours eu leur dimension sociale, soucieux d'apporter "au peuple" les bienfaits d'un toit, d'un travail, d'une couverture sociale. Du franquisme au fascisme italien en passant par Hitler ou Peron, c'est une constante absolue, le côté "ni gauche ni droite" du populisme. Avec cette autre constante: la désignation d'un bouc émissaire extérieur à la communauté. Le problème des mouvements populistes, de gauche ou de droite, c'est qu'ils en font trop et finissent toujours par freiner l'économie, paralysant la croissance. Ce dont ils attribuent la faute au bouc émissaire, évidemment.

Les partis de gouvernement républicains naviguent à vue entre ces différents écueils, tâtonnant en permanence pour trouver le juste milieu. Les mesures incitatives proposées hier vont dans ce sens. Elles s'accompagnent de facilités offertes aux entreprises qui acceptent de prendre le risque d'engager des chômeurs. Car c'est un risque, par définition: le travail qu'ils fournissaient en échange du salaire qu'ils recevaient, en tant qu'employés ne permettait pas à leurs employeurs de dégager des résultats suffisants. Certes à leurs yeux, aux employeurs, et tenant compte de leurs propres capacités d'entrepreneur, parfois très relatives. Mais le résultat est là: les chômeurs ont été licenciés, ou leur boîte a fermé. Ou ils l'ont quittée, pour toutes sortes de raisons...

C'est cruel, cela ressemble à la jungle, mais ce sont les lois du capitalisme... et aussi celles de la nature. La collectivité rend la chose moins cruelle par toutes sortes de mesures... qui n'incitent pas forcément le chômeur à se remettre en question. J'ai été frappé en discutant avec un ami, membre d'un comité de chômeurs de plus de 50 ans, par son refus de se recycler. Il s'indignait de ne plus trouver de travail dans sa branche, l'édition, par ailleurs en perdition, mais n'envisageait pas vraiment de changer de métier et de réécrire sa vie... Le Conseil d'Etat a raison de rappeler leurs responsabilités sociales aux entreprises. Il serait bon aussi que quelqu'un rapelle aux citoyens leur responsabilité personnelle dans l'accomplissement de leur vie, dans un monde qui ne leur est ni hostile ni amical, mais plutôt indifférent, et auquel il leur faut s'adapter.

Mais cela, aucun politique ne le fera, et surtout pas les populistes - de gauche ou de droite - car ce serait suicidaire en termes électoraux.

Commentaires

Bonjour,
Très bon billet. Merci! Du coup, je préfère poster mes pensées chez vous plutôt que sur le forum principal de la TdG…
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Il serait peut-être utile qu’on discute, et que le Conseil d’Etat se préoccupe, des vrais problèmes de Genève (et de la Suisse en générale), qui sont AMHA au nombre de quatre :
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- Une économie trop « grosse » compte tenu de la taille du canton/du pays, surtout dans le domaine de la haute qualification ;
- Une politique d’aménagement du territoire aux abonnés absents (dû à la structure hyper-fédérale du pays) qui fait que toujours plus d’emploi se concentrent à GE/VD, ZH et BS, « banlieusant » les régions aux alentours;
- Un système de formation insuffisante (en tout cas quantitativement, dans le domaine des diplômes universitaires) ;
- Une politique de logement insuffisante de la part le de l’Etat (impôt à la source oblige…) et prise en otage par une population abusant des outils de démocratie directe.
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Une fois qu’on aura commencé de discuter de ces points on pourra peut-être faire la morale aux entreprises, à ses voisins, aux chômeurs, etc. pp.

Écrit par : caracolelimonade | 03/05/2011

Caracolelimonade, merci du compliment, mais votre premier "problème" est aussi le premier atout de notre région, le seul qui fait qu'aujourd'hui notre niveau de vie, y compris celui des chômeurs, reste largement supérieur à ce qu'il est à peu près partout ailleurs dans le monde.
Le vrai problème, c'est que faire de ceux qui restent au bord de la route et n'envisagent pas de s'en aller voire ailleurs, ou alors juste à l'âge de la retraite. Justement parce qu'ailleurs, même pour un chômeur ou un assisté, c'est pire. A part des emplois étudiés pour, au service de la collectivité, afin que la chose soit d'une certaine manière rentable, je ne vois pas. Car les mesures incitatives du Conseil d'Etat risquent fort d'être insuffisantes.

Écrit par : Philippe Souaille | 03/05/2011

Encore une chose. Le discours du Conseil d'Etat, c'est de penser d'abord aux chômeurs locaux et ensuite seulement aux non résidents. Y compris dans les établissements publics et l'administration communale ou cantonale. Le discours du MCG, c'était d'interdire purement et simplement l'accès du secteur public aux frontaliers. C'est sur cette base qu'un Conseiller administratif MCG avait été élu à Vernier. Si la nuance ne saute pas aux yeux de Me Pardo, je crois que Genève a de quoi se réjouir qu'il n'ait pas été élu au CA de la Ville.

Écrit par : Philippe Souaille | 03/05/2011

"C'est cruel, cela ressemble à la jungle, mais ce sont les lois du capitalisme... et aussi celles de la nature."
ça dérape naturaliste du côté du Centre mou du politique, ce qui est vrai c'est que toutes les mesures incitatives "avantages fiscaux par exemple"en vue d' instaurer une préférence à l'engagement de travailleurs "indigènes" se sont soldées par de cuisants échecs. En appeler à la conscience citoyenne des entrepreneurs est de fait un aveu d'impuissance du politique envers l'homo économicus qu'il ne faut pas confondre avec l'homo erectus cruel par nature.
La fuite dans la financiarisation outrancière de l'activité dite économique est simplement le reflet d'une guerre de très basse intensité que les riches mènent contre les pauvres sous les yeux condescendants des acteurs du politique.

Écrit par : briand | 03/05/2011

Je ne crois pas qu'on puisse parler de guerre. Et dans tous les cas, le repli sur une identité locale, qu'elle quelle soit, est le meilleur moyen d'aider les riches à gagner, si conflit il y a. Parce qu'eux n'ont plus vraiment besoin de racines pour exister, ni pour faire travailler leur argent. Mais cela, il semble qu'une bonne partie des pauvres de cette planète refuse de le comprendre. Une partie de plus en plus importante malheureusement, ce qui n'est pas vraiment de bonne augure pour l'avenir. Et qui va payer les pots cassés de la montée des nationalismes ?

Écrit par : Philippe Souaille | 03/05/2011

Il manquait plus que ça... L'embauche décrété.

D.J

Écrit par : D.J | 03/05/2011

pffffffffffffffffff...L'éternel cliché UDC, MCG = fachos. La remise en question, c'est ce que fait le Conseil d'Etat, trop tard malheureusement. A quand votre tour ?

Écrit par : Bob | 03/05/2011

"Un monde ni hostile ni amical,indifférent, auquel il faut s'adapter". Belle résignation.
J'ai revu la semaine dernière le Rhinocéros d'Eugène au théâtre de la Ville.Texte d'une résistante actualité. J'en suis ressorti requinqué, plein d'énergie pour résister à l'ambiante anésthésie globalisatrice.
cordialement
p.l.

Écrit par : pierre losio | 04/05/2011

S'adapter au monde, à titre individuel, pour y faire sa place, n'empêche pas de chercher à adapter le monde pour l'améliorer. Ce qu'il y a de sûr c'est que ce n'est pas en restant assis à quémander sans tenir compte des réalités que l'on changera quoi que ce soit, de soi ou du monde.
Maintenant pour ce qui est de la globalisation, je la trouve de plus en plus mal en point et de moins en moins ambiante. C'est même tout le contraire. Je crois qu'on peut parler d'ambiante agressivité isolationniste. C'est même la seule vraie donnée mondiale par les temps qui courent. Et crois moi, Pierrot, ce n'est une bonne nouvelle pour personne.

Écrit par : Philippe Souaille | 04/05/2011

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